Le cardinal Kevin Farrell a été nommé camerlingue de la Sainte Eglise romaine : un choix judicieux ? (15/02/2019)

L'information figure sur Vatican News :

Le cardinal Kevin Farrell est le nouveau camerlingue de la Sainte Église romaine

Le Pape François a nommé le cardinal américain pour succéder au cardinal Tauran, décédé l’été dernier.

Le cardinal américain Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a été nommé camerlingue de la Sainte-Église romaine. Il s’agit d’un poste clé au sein de la Curie romaine, puisqu’il serait en charge d’assurer l’intérim en cas de décès ou de renonciation du Saint-Père. Cette charge était restée vacante depuis le décès, l’été dernier, du cardinal français Jean-Louis Tauran, qui occupait alors cette responsabilité depuis décembre 2014.

Précisément, la Constitution apostolique Universi Domini Gregis, promulguée par le saint Pape Jean-Paul II en 1996, attribue au camerlingue la prérogative de l’administration des biens temporels du Saint-Siège durant la période sede vacante du pouvoir pontifical. Lors de la dernière période de vacance pontificale, à partir de la démission effective de Benoît XVI le 28 février 2013 à 20h, et jusqu’à l’élection du Pape François le 13 mars 2013, cette charge était occupée par le cardinal Tarcisio Bertone, ancien Secrétaire d’État.

Le cardinal Kevin Farrell, 71 ans, a été appelé par le Pape François pour prendre en charge le nouveau Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie institué le 1er septembre 2016. Originaire d’Irlande mais arrivé aux États-Unis dans les années 1960, il a notamment été évêque auxiliaire de Washington de 2001 à 2007 puis évêque de Dallas de 2007 à 2016. Il a été créée cardinal en novembre 2016, lors de la clôture du Jubilé de la Miséricorde, peu après avoir pris ses fonctions à Rome.

Son dicastère est notamment en charge de l’organisation des JMJ et de la Rencontre mondiale des familles. À ce titre, le cardinal Farrell a accompagné le Pape lors de ses récents voyages apostoliques en Irlande et au Panama.

Pourtant,on peut avoir de sérieuses réserves concernant ce prince de l'Eglise, proche du Père Maciel et de l'ex cardinal McCarrick, comme le signalait Sandro Magister :

Né en Irlande, Mgr Farrell est entré chez les Légionnaires du Christ vers le milieu des années soixante, quand cette organisation était encore modeste et que son maléfique fondateur, Marcial Maciel, était encore nimbé d’une aura de respectabilité universelle. Ayant quitté la Légion une quinzaine d’années plus tard, Mgr Farrell a par la suite gardé un silence complet sur les méfaits sexuels de Maciel – qui avaient alors éclaté au grand jour – et a toujours feint de n’avoir jamais eu de contact digne de ce nom avec lui.  Il ressort cependant de témoignages fiables qu’il exerçait des responsabilités dans la Légion et qu’il jouissait d’une proximité non épisodique avec Maciel qui rend invraisemblable qu’il ne se soit pas rendu compte des comportements malsains de son supérieur.

 

Après avoir quitté la Légion, Mgr Farrell fut incardiné comme prêtre dans l’archidiocèse de Washington où il devint évêque auxiliaire fin 2001, alors que McCarrick était titulaire depuis un an.

La promotion de McCarrick au rang d’archevêque de la capitale des États-Unis – au sommet d’une ascension qui l’avait vu nommé auxiliaire de New-York puis évêque de Metuchen et enfin archevêque de Newark – avait déjà alors suscité une série d’objections, justement à cause de ce qui filtrait déjà sur ses insatiables pratiques sexuelles. Les objections étaient montées jusqu’à Rome.  Mais la nomination avait malgré tout suivi son cours et l’année suivante, McCarrick fut même créé cardinal.

Pourtant, la nomination de l’irlandais Farrell comme son auxiliaire suscita également la stupeur. Son activité chez les Légionnaires du Christ ne plaidait certes pas en sa faveur vu que l’on commençait à parler de la double vie de son fondateur Maciel ainsi que des complicités et des silences coupables de tant de personnes de son entourage.  Mais McCarrick était désormais un poids lourd de la hiérarchie supérieure américaine et même au-delà.  Il voulut Farrell à ses côtés et il l’obtint, avant de l’ordonner évêque en personne.  Il décida aussi qu’il habiterait dans le même appartement que lui à Washington, non pas au palais épiscopal mais au quatrième étage d’un ancien orphelinat, réaménagé pour l’occasion.  À nouveau, il semble invraisemblable que Farrell n’ait rien remarqué des aventures sexuelles débridées à répétition de son patron.

En 2006, McCarrick quitte l’archidiocèse de Washington pour dépassement de la limite d’âge mais il contenue à exercer une puissante influence dans les hautes sphères de l’Église. L’année suivante, Mgr Farrell change lui aussi de siège et est promut à Dallas, un diocèse de premier ordre, avec le soutien ostentatoire de son mentor.

Dans la dernière phase du pontifical de Jean-Paul II et sous le pontificat de Benoît XVI, Mgr Farrell ne s’est jamais exposé en première ligne, aux côtés les cardinaux et évêques américains de tendance progressiste. McCarrick bien.  Par exemple, il faisait partie des critiques de la directive publiée par Joseph Ratzinger aux évêques des États-Unis leur demandant de refuser la communion eucharistique aux politiciens catholiques favorables à la légalisation de l’avortement.  Et il a ouvertement soutenu l’un de ces politiciens « pro-choice », John Kerry, dans sa compagne pour les élections présidentielles de 2004.

Cependant, depuis que Benoît XVI a fait place au Pape François, même Mgr Farrell s’est rapidement aligné sur la nouvelle tendance. Aux États-Unis, il a immédiatement rejoint l’équipe des chefs de file progressistes – eux aussi sous la houlette de McCarrick – Blaise Cupich et Joseph Tobin, promus par Jorge Mario Bergoglio respectivement à Chicago et à Newark, l’un et l’autre eux aussi promptement créés cardinaux.  Il a salué avec enthousiasme l’interprétation d’« Amoris laetitia » favorable à la communion aux divorcés remariés.  Et surtout, entretemps devenu cardinal préfet du nouveau dicastère du Vatican pour les laïcs, la famille et la vie, il a signé la préface et la recommandation d’un des livres les plus emblématiques du nouveau climat bergoglien :

> James Martin S.J., « Building a Bridge. How the Catholic Church and the LGBT Community Can Enter into a Relationship of Respect, Compassion, and Sensitivity », HarperCollins US, 2018.

L’auteur, l’un des plus célèbres jésuites des États-Unis et rédacteur-vedette de l’hebdomadaire « America », voudrait par ce livre ouvrir la voie à une révision substantielle, par la voie « pastorale », de la doctrine de l’Église catholique sur l’homosexualité.

Mais la préface du cardinal Farrell de ce livre ne représente pas le seul soutien notable qu’il a donné à ce prétendu changement de paradigme. Grâce à son rôle à la Curie, le cardinal Farrell a également été l’organisateur de la rencontre mondiale des familles à Dublin, où le P. Martin fera partie des hôtes et des rapporteurs, aux côté de couples homosexuels du monde entier.

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