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Vermeer, un peintre catholique

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img-_innerArt-_463px-Vermeer_The_Allegory_of_the_Faith.jpgA l'occasion d'une exposition qui se tient au Louvre, on peut relire l'article que Massimo Introvigne avait consacré à cet artiste capital dans la Nuova Bussola Quotidiana lors d'une exposition organisée à Rome; merci à E.W. pour sa traduction :

Vermeer le catholique

(...) Vermeer se convertit au catholicisme en 1653, alors qu’il n’a que 21 ans, peu avant d’épouser une jeune femme catholique. A partir de ce moment, il déménage du quartier catholique, surnommé « le coin des papistes », de sa ville natale, Delft, et pratiquera la religion catholique pour tout le reste de sa vie, malgré les vexations et les interdits auxquels celle-ci est soumise dans les Pays-Bas calvinistes à cette époque. Il appelle l’aînée de ses onze enfants Marie et son fils aîné Ignace, en l’honneur de Saint Ignace de Loyola (1491-1556).

L’histoire de l’art ayant été écrite, elle aussi, avec de nombreux préjugés anticatholiques, même si l’on a prétendu que la conversion de Vermeer avait été superficielle, et motivée par le simple désir de plaire à son épouse et à sa belle-famille, bien plus aisée que la sienne. Certaines de ces interprétation se retrouvent dans le roman précité et dans le film « La jeune fille à la perle ». Mais il s’agissait de théories désormais dépassées. Actuellement, les spécialistes de Vermeer reconnaissent qu’il a été un catholique fidèle, et même enthousiaste.

A la controverse sur la foi catholique de Vermeer vient se rattacher celle qui porte sur l’un des tableaux exposés à Rome : Sainte Praxède. Si cette peinture s’avère authentique, comme les organisateurs de l’exposition de Rome l’affirment sans réserve, il s’agirait du plus ancien Vermeer connu. Et, chose unique dans le cas de Vermeer, ce serait une copie d’un original de l’italien Felice Ficherelli (1605-1660). A Rome, le tableau de Ficherelli et celui de Vermeer sont exposés en vis-à-vis, ce qui permet d’apprécier la supériorité de la « copie ». De plus, dans les mains de la Sainte qui recueillent le précieux sang des martyrs à l’aide d’une éponge, Vermeer a ajouté un crucifix – symbole contesté par les protestants – et a modifié le visage du personnage, qui, selon le catalogue de l’exposition romaine, serait celui de l’épouse du peintre. Il s’agirait donc d’une célébration de la conversion de l’artiste au catholicisme, et d’un hommage à son épouse.  

L’exposition du Quirinal se conclut par une œuvre importante de Vermeer, tant par ses dimensions que par son engagement : l’Allégorie de la Foi catholique.  Voir cette œuvre à Rome pendant l’Année de la foi est significatif. Cette œuvre mature 1670-1672) de Vermeer célèbre l’Eglise catholique dans un contexte de dure confrontation aux persécutions calvinistes, et a une claire intonation antiprotestante.  La tapisserie du 16e qui apparaît à gauche correspond à celles que l’on utilisait pour cacher l’entrée d’une église hollandaise clandestine typique (schuildkerk), du même genre que celle que Vermeer fréquentait à l’époque. Le blanc et le bleu sont les couleurs de la dévotion mariale, si critiquée par les protestants. Tandis que le globe de verre supérieur symbolise le Paradis; la Foi catholique a une mappemonde sous ses pieds, comme pour affirmer que l’Eglise catholique – quelles que soient les décisions prises dans les Traités politiques qui divisent l’Europe en pays catholiques et protestants- maintient, d’un point de vue fondamental et moral, son autorité spirituelle sur le monde entier.

Plus bas, une pierre écrase un serpent: c’est le Christ, pierre angulaire de l’Eglise, qui écrase le démon, mais c’est aussi Marie, qui écrase à la fois la tête du diable et les hérésies. A la pomme d’Eve, en  bas, correspondent, sur la table, le calice et le Missel romain : encore une forte revendication antiprotestante, ici, celle du salut par l’intermédiaire de l’Eucharistie. Et derrière la Foi, une toile dans le cadre représente Jésus-Christ qui confie l’Eglise, en la personne de Saint Jean, à la Vierge, une affirmation soit du rôle indispensable de Marie, soit de la nécessité de l’Eglise, contre les tentations anti-ecclésiales répandues dans certains milieux protestants de l’époque.

Le tableau témoigne bien sûr de la maîtrise du peintre mature, qui peint peu de toiles, précisément parce que chacun était l’objet d’une étude méticuleuse des lumières et des couleurs, mais il est aussi un manifeste de la fidélité de la minorité catholique dans les Pays-Bas protestants, et un cri poussé par les églises clandestines, pour demander la liberté religieuse et des droits égaux pour les catholiques. 

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