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33e dimanche : ce qui doit vraiment nous inquiéter

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Du Père Joseph-Marie Verlinde (homelies.fr) (archive 2013)

Sans aucun doute, le Temple devait être très beau, avec ses colonnes et ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or. Commencé par Hérode le Grand en 19 avant notre ère pour tenter de gagner la faveur des juifs, il était en voie d’achèvement du temps de Jésus. Il sera terminé en 63 et… détruit en 70 par les armées du général romain Titus. Les pèlerins devaient rester bouche-baie, un peu comme nous le sommes devant la Basilique Saint Pierre de Rome, ou un Hindou devant le Taj Mahal. Il est vrai que la contemplation d’un édifice imposant et beau donne une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions nous aussi à l’usure du temps.

L’intervention de Jésus vient rompre le charme : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires : le prophète Jérémie n’avait échappé que de justesse à la mort pour moins que cela. D’ailleurs, ce sera le motif de condamnation de notre Seigneur.

Pourtant, quoi de plus normal que l’énoncé de Jésus : tout comme les plus hautes montagnes finissent par être érodées par les vents et se transformer en collines, puis en plaines, ainsi ce monde passe et ses plus beaux édifices sont éphémères, surtout lorsque la furie des hommes s’acharne sur eux. Jésus ne fait que nous arracher à nos rêveries de toute puissance et d’immortalité terrestre, pour nous ramener à la réalité de ce monde où tout est vanité.

Mais l’auditoire du Seigneur ne l’entend pas ainsi : il croit comprendre que le Rabbi fait allusion aux événements de la fin du monde : pressons-le et demandons-lui de nous révéler le temps et les signes avant-coureurs ! Les sectes contemporaines n’ont décidément rien inventé : la fièvre apocalyptique est de tous les temps. 

Devinant la visée du questionnement, Jésus ne répond pas à la demande, mais met en garde non seulement contre ce genre de curiosité malsaine, mais plus encore contre ceux qui prétendraient y répondre : seul le Père connaît le temps et l’heure ; il ne nous appartient pas de scruter ses intentions. « Ne vous laissez pas égarer » par les faux prophètes, nous dit-il en substance, ni par de soi-disant signes de la fin prochaine du monde : les « tremblements de terre » et autres cataclysmes naturels, les « épidémies de peste et les famines » et même les « guerres et soulèvements » appartiennent aux conditions de ce monde déchu et ne sont en rien des signes de sa fin. Il y en a eu à toutes les époques, et il en sera hélas ainsi jusqu’au bout. S’il faut y lire un signe, c’est bien celui du dégât causé par le péché dans la création toute entière ; s’ils sont porteurs d’un message, c’est celui d’un vigoureux appel à la conversion. Car le vrai combat n’est pas « nation contre nation, royaume contre royaume » ; tout cela demeure horizontal, intra-mondain, intra-historique, et appartient à ce monde éphémère. Le vrai combat est vertical : il se livre là où le croyant est persécuté « à cause du Nom » de son Seigneur. Ce combat là est trans-historique, il participe à celui qu’a livré victorieusement le Fils de l’homme et par lequel il a ouvert les portes du ciel. Saint Luc y reviendra longuement dans le Livre des Actes des Apôtres, où il relatera les persécutions subies par les disciples du Christ. Si ceux-ci ne se dérobent pas et ne sombre pas dans le découragement, c’est précisément parce que le Seigneur les avait avertis de ce qui les attendaient. Toute dramatiques qu’elles soient, pour le vrai disciple, les persécutions sont à saisir comme des « occasions de rendre témoignage » à Celui qui, par sa résurrection glorieuse, nous a définitivement sauvé de la peur de la mort.

Dans les épreuves - qui ne manqueront pas tout au long de l’histoire de l’Église - le Seigneur s’engage à venir personnellement en aide à son témoin : « Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ». Dieu ne peut pas changer le cours des événements sans empiéter sur la part de responsabilité qui échoit à l’homme ; mais la liberté avec laquelle les chrétiens assument ces événements, devrait être un vivant témoignage que leur vie n’est pas entre les mains des hommes, mais de Dieu.

Sans minimiser les dangers extérieurs qui nous menacent de toute part dans notre monde en ébullition, il n’en reste pas moins que le vrai danger, celui qu’il faut redouter plus que tout, est intérieur : la catastrophe la plus grave serait de trahir Notre-Seigneur et d’apostasier notre foi devant l’agressivité - peut-être un jour la haine mortelle - de ceux qui nous détestent « à cause de son Nom », et qui hélas peuvent être des proches, des amis, voire des parents. Tel est le sens de la demande du Notre Père : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » - sous-entendu : de l’apostasie. L’historien romain Tacite écrit que les chrétiens étaient devenus « la haine du genre humain » ! Cela ne les a pas empêchés de témoigner de leur foi, au point que Tertullien a pu écrire : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens ».

Devant de tels exemples, nous devrions être bien plus inquiets de notre tiédeur que de la « catophobie » grandissante. Le mépris, voire l’hostilité affichés envers les croyants, ne menacent que notre réputation, alors que la tiédeur est une maladie spirituelle qui met en danger notre participation à la vie éternelle. 

Notre-Seigneur est très clair : le temps de l’Église est un temps de persécution. Si cette épreuve nous a été épargnée en France, il ne faudrait pas oublier qu’il y a eu plus de martyrs au XXe s. sur notre Planète, qu’au cours des vingt siècles précédents de christianisme. Ces « témoins » ne vivaient pas hors du monde, en marge de leur temps, dans une attente passéiste de l’éternité : Saint Paul nous l’a rappelé fermement dans la 2nd lecture. Loin de nous démobiliser, le discours de Jésus devrait tout au contraire nous stimuler à nous mettre généreusement au service de l’annonce de l’Évangile, à la suite du Christ lui-même, et selon la voie qu’il a ouverte devant nous. Voie étroite de la Croix à rechoisir chaque jour : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».

Puissions-nous devenir des hommes et des femmes de discernement, des prophètes remplis de Sagesse - celle de la Croix - pour pouvoir dénoncer les peurs aliénantes et stériles, et orienter nos frères vers les vrais enjeux et le véritable combat.

« “Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise” (1ère lect.). Seigneur, accorde-nous de discerner les signes du Royaume au cœur de notre quotidien ; afin que réconfortés par ta présence, nous ayons le courage de te rendre dignement témoignage, sans crainte d’éventuelles représailles. Car “pour ceux qui craignent ton Nom, le Soleil de justice apportera la guérison dans son rayonnement” (Ibid.). »

Père Joseph-Marie

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