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Quand le Royaume de Dieu se fait proche (3e dimanche du Temps ordinaire)

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Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde (fsJ) (source)

Après que Jean eut été « livré », Jésus se retire en Galilée. Mais au village de Nazareth, perché dans la montagne, Notre-Seigneur préfère les bords du lac de Génésareth. Il s’installe dans la ville douanière de Capharnaüm, cité populeuse, étape sur la route de la mer, entre Damas et Césarée-Maritime. Jésus n’inaugure donc pas son ministère à Jérusalem, ni même en Judée, mais sur une terre cosmopolite en « Galilée, carrefour des païens ». Voilà la région que Jésus a choisie, c’est là qu’il veut annoncer la Bonne Nouvelle d’abord à son peuple, tout en s’ouvrant aux nations, car tous sont appelés à partager la joie du salut. Ce sera également en Galilée qu’il donnera rendez-vous à ses disciples après la Résurrection, et c’est encore de là qu’il les enverra en mission dans le monde entier. « Le peuple qui habitait les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée » : le premier évangile nous présentera l’événement pascal comme l’accomplissement de l’oracle messianique rapporté dans la première lecture, qui s’adressait aux familles disséminées de Zabulon et Nephtali, que le Seigneur a pris en pitié.

En précisant que Jésus « se retire » en Galilée, Matthieu suggère qu’il s’éloigne de Jérusalem, centre du pouvoir politique et religieux, où résident ceux qui ont livré Jean-Baptiste et qui lui feront subir le même sort. Pour l’instant, Jésus esquive la menace ; il ne visitera à nouveau la Ville Sainte que pour y souffrir et mourir à son Heure. 

« A partir de ce moment », c’est-à-dire de la disparition du Précurseur, « Jésus se mit à proclamer : "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" ». Son message est mot pour mot identique à celui du Baptiste, dont il reprend le flambeau.

Pourtant, à y regarder de plus près, des différences importantes apparaissent. D’abord le ton : Jean-Baptiste « criait », Jésus « proclame » ; la voix de Jean-Baptiste résonnait dans le désert, celle de Jésus rejoint les habitants de la ville de Capharnaüm ; les foules venaient à Jean, Jésus se fait rabbi itinérant, parcourant toute la Galilée, portant aux hommes la Bonne Nouvelle dans leurs villages, leurs synagogues, leurs maisons ; Jean s’adressait en priorité et quasi exclusivement aux juifs, Jésus choisit de sillonner une région en bordure des terres païennes, accueillant et guérissant des étrangers, les acceptant même parmi ceux qui le suivent ; Jean exhortait à se préparer à la venue d’un autre et à son action, Jésus annonce la proximité du Royaume et révèle par ses œuvres de puissance que le Règne de Dieu est présent en sa Personne.

Curieusement en effet, Jésus proclame que « le Royaume de Dieu s’est approché » ; c’est donc qu’il n’était pas loin ; certains traducteurs proposent même : « le Royaume de Dieu fait retour », c’est-à-dire qu’il revient là d’où il s’était retiré. Et la réponse adéquate à cette initiative ne peut être que la conversion. Mais celle-ci n’est plus précisée en termes de baptême, de confession des péchés et autres activités préparatoires. Elle exige littéralement de « se tourner vers » celui qui s’est rapproché et de répondre à son appel. 

La vocation des premiers disciples est exemplaire à ce propos. Jésus passe, voit, appelle. Contrairement à la tradition juive qui voulait que ce soit le disciple qui choisisse son Maître, c’est le Seigneur qui prend l’initiative : « Venez derrière moi » : aucune précision du motif de l’appel ; aucun projet, si ce n’est le vague : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes ». La scène constitue le modèle même de l’irruption imprévisible de Dieu dans nos vies, qui s’impose par l’autorité tranquille et convaincante de sa Parole. « Venez derrière moi », tels que vous êtes, car Dieu n’appelle pas des gens capables, mais rend capables ceux qu’il appelle. Capable de « pêcher des hommes », c’est-à-dire de les arracher aux grandes eaux de la mort, en jetant l’épervier de la Parole. 

« Aussitôt ils le suivirent ». Les disciples consentent sans hésiter, sans poser de question, ils consentent à l’ascendant que Jésus a pris sur eux ; ils consentent au désir que son regard et sa Parole ont éveillé dans leur cœur ; ils consentent à la puissance de l’Esprit qui leur donne dans l’instant de cette rencontre, de se lever, de tout quitter, et de se mettre en marche à la suite de Jésus ; ils consentent à s’engager sur le vrai chemin de la liberté en obéissant à la Parole de Celui qui, en les appelant, les arrache aux filets dans lesquels leur vie demeurait empêtrée. 

Ils sont quatre à se mettre ainsi en route ; quatre : chiffre de la terre préfigurant peut-être les points cardinaux d’où viendront des peuples de toutes langues, races et nations, pour se mettre eux aussi à la suite de Celui qui les aura appelés par le ministère de ses Envoyés. 

« Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait, proclamait, guérissait » : avec une paisible assurance, Jésus va son chemin, focalisé sur l’œuvre que le Père lui a confiée. Comme Maître, il enseigne ; comme Prophète, il proclame ; comme Roi messianique, il guérit ; en attendant de parachever son ministère et la révélation de sa Personne, en offrant sa vie comme Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle.

La force tranquille qui émane du Christ contraste singulièrement avec le sentiment d’éparpillement, de dispersion, qui ressort de la seconde lecture, dans laquelle saint Paul répond aux divisions internes de l’Eglise de Corinthe. L’attitude de l’apôtre demeure pour nous exemplaire : devant les conflits de personnes, les luttes d’influence, les intrigues de pouvoir qui tiraillent la communauté, il se réfère à la Croix, du haut de laquelle le Christ a rassemblé tous les enfants de Dieu dispersés : telle est l’unique sagesse, vers laquelle nous sommes invités à nous tourner - c'est-à-dire à nous convertir - sans cesse, pour retrouver la paix en celui qui est notre unité. 

« Seigneur, "tu es mon salut, de qui aurais-je peur ? Tu es le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ?" (Ps 26). A travers ombres et lumières, donne-moi de garder les yeux fixés sur toi et de demeurer fidèle à ton Evangile : que les multiples "sagesses du langage humain" (cf. 2nd lect.) ne m’égarent pas loin de toi, mais que j’aie toujours le courage et la force de puiser ma force dans ta Croix, "folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux que tu appelles : puissance de Dieu et sagesse de Dieu" (1 Co 1, 18-24). »

Père Joseph-Marie

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