Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Saint Bruno (6 octobre)

IMPRIMER

girolamo_marchesi_saint_bru.png

De Benoît XVI (6 octobre 2006) :

La mission de saint Bruno, le saint du jour, apparaît avec clarté, elle est - pouvons-nous dire - interprétée dans la prière de ce jour qui, même si elle est assez différente dans le texte italien, nous rappelle que sa mission fut faite de silence et de contemplation. Mais silence et contemplation ont un but:  ils servent à conserver, dans la dispersion de la vie quotidienne, une union permanente avec Dieu. Tel est le but:  que dans notre âme soit toujours présente l'union avec Dieu et qu'elle transforme tout notre être.

Silence et contemplation - une caractéristique de saint Bruno - servent à pouvoir trouver dans la dispersion de chaque jour cette union profonde, continuelle, avec Dieu. Silence et contemplation:  la belle vocation du théologien est de parler. Telle est sa mission:  dans la logorée de notre époque, et d'autres époques, dans l'inflation des paroles, rendre présentes les paroles essentielles. Dans les paroles, rendre présente la Parole, la Parole qui vient de Dieu, la Parole qui est Dieu.

Sur le site de la Famille monastique de Bethléem :

Qui est Bruno ?

Bruno est né à Cologne vers 1035.

REIMS

Dès ses jeunes années, il quitte la Germanie pour entreprendre des études à l’école cathédrale de Reims, la plus réputée à son époque en Europe.
Vers l’âge de vingt ans, il devient membre du chapitre des chanoines séculiers qui suivent la règle de saint Augustin en étant rattachés à la cathédrale de Reims. De l’initiateur de la vie canoniale qu’est Augustin, le chanoine Bruno reçoit non seulement la pensée mais aussi sa sagesse de vie tout évangélique, ecclésiale, théologique, liturgique, fraternelle, qu’il a instaurée et léguée comme charisme à l’Église.
A cette même période, Bruno est maître en théologie et lui, l’humble chanoine, dirige l’école cathédrale de Reims où il exerce une grande influence et dont il devient l’écolâtre renommé. Homme de Lumière il sait puiser dans les sources variées de la Tradition vivante de l’Église. Chercheur de la Vérité, qu’il transmet dans son enseignement pendant de longues années, Bruno ne s’arrête pas dans sa course vers la Lumière. Il est l’homme selon Dieu, parce qu’il est par-dessus les choses du monde, attaché à Celui qui a fait le monde. Ce n’était pas seulement son érudition, la profondeur de sa science, la sûreté de sa pensée, qui attiraient la jeunesse de l’école de Reims vers Bruno. C’était son rayonnement spirituel. Unifié en son intelligence et en son cœur, Bruno a cette science qui se tourne à aimer. Toute cette science, ce succès, cette gloire, s’allient en Bruno avec une grande bonté dont il rayonne, si bien que « Bonus » deviendra, après sa mort, son surnom. Sa riche personnalité pourrait se résumer dans ce témoignage du légat Hugues de Die :Maître Bruno est maître en tout ce qui honore l’homme dans l’homme.

Voici qu’un jour il se trouve dans un jardin avec deux amis, Raoul le Verd et Foulcoie le Borgne. Bruno reçoit la grâce de brûler d’Amour divin d’une manière nouvelle. A la fin de sa vie, il rappelle à son ami Raoul cette rencontre : « Tu te souviens du jour où nous étions tous les deux dans le jardin d’Adam, avec un troisième ami, Foulcoie. Notre conversation avait évoqué les plaisirs de la vie qui trompent l’homme, les richesses de ce monde qui sont périssables, et enfin, la joie de la gloire de Dieu qui n’a pas de fin. Soudain, tu te souviens ? Brûlants d’Amour divin, nous avons promis, nous avons fait vœu, nous avons décidé de quitter prochainement les ombres fugitives du monde, afin de nous mettre en quête des biens éternels en recevant l’habit monastique. »

Au cœur même de sa brillante carrière d’écolâtre à l’école cathédrale de Reims, Bruno décide de tout quitter pour l’Unique Nécessaire qu’est son Seigneur. En témoignent les titres funèbres qui lui sont dédiés : Bien qu’il fût expert en toute science, éloquent et très fortuné, il méprisa tout pour le Christ, il se mit à la suite du Christ nu, et le désert l’accueillit avec de nombreux disciples.

Pendant deux ans, Bruno va chercher comment répondre concrètement à l’appel de Dieu qui le séduit et le conduit au désert pour parler à son cœur. Mené par l’Esprit, Bruno se réfère aux premiers moines des déserts d’Égypte et de Palestine. Et c’est la manière dont Macaire et ses disciples vivaient au désert dans une profonde solitude avec Dieu, dans une profonde communion liturgique et fraternelle avec les autres solitaires, qui va inspirer la sagesse de vie de saint Bruno.

 

LA CHARTREUSE

En la solennité de saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1084, il vient dans le Massif de Chartreuse qui ressemble aux montagnes du Sinaï, par son âpreté. A Grenoble, l’Évêque Hugues de Chateauneuf — qui fût peut-être le disciple de Bruno à l’école cathédrale de Reims, certains le pensent — l’accueille alors qu’il vient de voir en songe sept étoiles étincelantes au-dessus des falaises de Chartreuse. Ainsi a-t-il été averti de la venue en son diocèse de sept enfants de lumière : Bruno et six compagnons arrivent au port tranquille et caché. Sa vie est alors un cri intense et silencieux :Mon âme a soif de Toi, ô Dieu fort et vivant. Quand pourrais-je aller voir ta Face ? Quand pourrais-je aller voir la Face de Dieu ? Y a-t-il un autre Bien que Dieu seul ? s’écrie saint Bruno qui décrit dans sa lettre à son ami Raoul les délices que trouvent ceux qui quittent tout pour trouver ce Bien :Combien la solitude et le silence du désert apportent à leurs amoureux d’utilité et de plaisir divin, seuls le savent ceux qui l’ont expérimenté. Ici en effet, aux hommes ardents il est permis, autant qu’ils le désirent, de revenir en eux-mêmes, d’y demeurer, de cultiver sans repos les pousses des vertus, et de se nourrir avec bonheur des fruits du paradis. Ici on recherche cet œil pur et limpide dont le clair regard blesse d’amour l’Époux et par qui Dieu se laisse atteindre. Ici on se livre à une oisiveté fort occupée et à une activité toute reposée. Ici pour prix de l’effort du combat, Dieu donne à ses lutteurs la récompense attendue : la paix qu’ignore le monde et la joie dans l’Esprit Saint. C’est elle la belle Rachel si élégante, la préférée de Jacob, même si elle lui donnait moins d’enfants que Lia, plus féconde, mais faible des yeux. Moins nombreux sont en effet les fils de la contemplation que ceux de l’action ; pourtant Joseph et Benjamin sont préférés par leur père à leurs autres frères. C’est elle la meilleure part choisie par Marie et qui ne lui sera pas ôtée. C’est elle la belle Shunamite, la seule vierge retenue en tout Israël pour serrer sur son sein le vieux David et le réchauffer. Et toi, mon frère très cher, que ne l’aimes-tu pas par-dessus tout, de sorte que, saisi dans ses embrassements, tu brûles d’Amour divin ?
Bruno était assoiffé du Christ
, témoignent ses contemporains : Il cherchait à plaire au Christ. Il s’était consacré uniquement à l’Amour du Christ. Il s’est attaché au Christ. Il a suivi le Christ nu dans le dépouillement du désert. Bruno s’est tenu auprès du Christ. Il a vécu pour le Christ. Sa vie, ses veilles, son merveilleux renouvellement prouvent qu’il était vraiment le disciple du Christ. Bruno était le soldat du Christ. Bruno était l’esclave du Christ. Il marchait avec le Christ. Il portait la croix du Christ. Il se sacrifiait pour le Christ. Il était uni au Christ. Il aspirait à accomplir avec les bienheureux la Royauté du Christ.
Bruno demeure avec bonheur dans ce fond de gorge du Massif de la Chartreuse où sont construites sept petites cabanes en bois autour d’une église de pierre et d’un cloître : silence grandiose, échappée de ciel, âpreté presque inaccessible, abondance de sources. Là, l’absolu de la vie monastique des moines d’Orient entre dans l’horizon monastique d’Occident, et s’y greffe en la personne et la vie de Bruno et de ses compagnons. Là s’instaure une vie insolite qui l’emporte sur beaucoup d’autres en sainteté et en valeur spirituelle. Elle a été instituée à notre époque, dit Pierre le Vénérable, par quelques pères, hommes de grande valeur, savants et saints, maître Bruno, maître Landuin d’Italie et quelques autres grands hommes… Leurs jeûnes sont presque continuels… À la manière des anciens moines d’Égypte, ils n’habitent jamais qu’en cellules isolées. Là, ils ne cessent de s’adonner au silence, à la lecture, à l’oraison, et aussi au travail manuel, surtout à la copie des livres. C’est dans leur cellule qu’au signal donné par l’église, ils s’acquittent d’une partie de la prière canoniale. Pour les vêpres et les matines, ils s’assemblent tous à l’Église… Ils sont très recueillis, récitent l’office les yeux baissés vers la terre, le cœur fixé au ciel, montrant et par la gravité de leur maintien et par le son de leur voix et par l’expression de leur visage que tout en eux, tant l’homme intérieur que l’homme extérieur, est absorbé en Dieu.
Toute l’Église latine n’aurait eu que des monastères de vie purement communautaire ou bien des reclus, si Bruno de Cologne n’avait voulu imiter au XIe siècle l’institution des laures d’Orient, lorsqu’il fonda son monastère en Chartreuse, dit un chroniqueur du XVIIème siècle, Arnaud d’Andilly.

De manière imprévisible, voici que Bruno caché dans le désert de Chartreuse reçoit un appel d’un ancien disciple qui est devenu Pape. Le Souverain Pontife Urbain II fait demander à Bruno de venir sans tarder l’assister de ses conseils éclairés car il se trouve dans une grande difficulté qui lui a fait quitter Rome.
Fils solitaire du Père du ciel et de l’Église de la terre, Bruno reçoit l’appel du Pape comme venant de Dieu Lui-même et obéit sans hésitation. Dépouillé de lui-même, dépouillé de son dépouillement même, il a reçu gratuitement, il donne gratuitement. Sans tarder, Bruno quitte ceux que Dieu lui a confiés et que, dira-t-il, il aime plus que tout au monde après Dieu, c’est-à-dire ses frères qu’il laisse dans le désarroi pour obéir à l’appel de sa Mère l’Église, ne se laissant arrêter par aucune considération humaine, ni même spirituelle.

 

LA CALABRE

Après une année passée auprès du Pape Urbain II, l’appel du désert est de plus en plus fort dans le cœur de Bruno. Humblement, en serviteur obéissant, il demande au Pape de discerner si la Volonté de Dieu ne serait pas qu’il accomplisse un service invisible, encore plus fécond pour l’Église que sa présence visible auprès de lui. Éclairé par l’Esprit, Urbain II permet à Bruno de retrouver sa vie solitaire, quoi qu’il lui en coûte de se séparer de son maître et ami. Ainsi met-il en lumière, au nom de l’Église, la nécessité de la prière silencieuse des moines contemplatifs, fécondité invisible et indispensable à l’accomplissement du service visible de l’Église.
Bruno ne retourne pas en Chartreuse, mais durant les dernières années de son pèlerinage terrestre, il est conduit à vivre dans une solitude de Calabre qu’il décrit dans la lettre à son ami Raoul : J’habite un désert de tous côtés éloigné des habitations. Son charme, son air sain et tempéré, la plaine vaste et agréable qui s’allonge entre les monts, avec ses prés verdoyants et ses pâturages en fleurs, comment en parler dignement ? La perspective des collines qui montent doucement de toutes parts, le secret des vallons ombreux où abondent à plaisir ruisseaux, filets d’eaux et sources, qui oserait les décrire ? Sans compter les jardins bien arrosés et les vergers aux arbres variés.
À cette époque, de nombreuses communautés monastiques de moines d’Orient demeuraient dans les déserts de Calabre, toute proche de la Grèce, et d’ailleurs appelée la « Grande Grèce ». Il est donc probable que Bruno, moine d’Occident, ait été mis en contact, ou peut-être même ait vécu avec ces moines orientaux du sud de l’Italie.

En 2001, l’occasion du IXème centenaire de la mort de saint Bruno, le Patriarche Bartoloméos de Constantinople adressait ces paroles aux Chartreux de Calabre : Les relations fraternelles établies ces dernières années entre les moines orthodoxes résidents ou pèlerins en Calabre et la communauté monastique des disciples de saint Bruno tirent leur origine de l’amour que votre fondateur, le bienheureux Bruno de Cologne, nourrissait pour les pères grecs qu’il a rencontrés, fréquentés et aimés sur cette terre où il œuvra en solitude, souffrant de la douloureuse séparation alors en train de s’opérer entre nos Églises. Il porta lourdement cette souffrance jusqu’à sa vénérée dormition, et certainement il demande qu’aujourd’hui nous la portions nous et vous. Les témoins de la vie de saint Bruno ont remarqué en lui un exceptionnel sens de la Vérité : Il trouvait toujours la vraie foi. Bruno fut un joyau et une colonne de la maison du Seigneur, dit un de ses Titres Funèbres, un vrai continuateur de la foi apostolique, foi juste bâtie sur les vertus. Recherchant d’une foi pure les biens du Ciel, il a travaillé, heureux labeur. En enseignant les choses divines, il a été la source de la foi, la norme de la vérité du dogme. Il fut lumière du monde. Ce sens de la vérité et de la foi se manifeste aussi par la qualité de tous les actes de la vie de saint Bruno : Là où Bruno a vécu, dit un autre Titre, son image demeure vivante : celle de la vérité, de la justice, de la foi, de la sagesse. Il accomplissait en actes ce qu’il enseignait en paroles et il a rendu fervents beaucoup d’hommes. Qu’il se réjouisse au Ciel, car il a vécu dans la fidélité et dans la foi. L’Église tirera profit d’apprendre de lui les chemins de la foi qu’il a toujours honorés.

A l’heure de sa mort, survenue le 6 octobre 1101, saint Bruno exprime sa foi et son amour de la Très Sainte Trinité en un Credo puisé à la fois aux sources de la théologie d’Orient et d’Occident. En premier lieu, il prononce cette parole héritée de la tradition dogmatique de l’Église latine : Je crois fermement au Père et au Fils et au Saint Esprit, le Père inengendré, le Fils seul engendré, le Saint Esprit procédant de l’Un et de l’Autre, et je crois que ces trois Personnes sont un seul Dieu. Et, à la fin de son Credo, il énonce cette autre parole provenant du Concile de Tolède (675) et gardée par la tradition théologique de l’Église de Byzance : « Nous confessons que le Père n’est ni engendré, ni créé, mais inengendré. Le Père Lui-même ne tire son Origine de personne, de Lui le Fils reçoit la naissance et le Saint Esprit la procession, Il est donc Source et Origine de toute la Divinité. »
Les fils de saint Bruno, nos frères chartreux, nos frères aînés, aiment à dire que Bruno n’a jamais eu le projet d’être le fondateur de la Chartreuse. Mais de son obéissance est née la fécondité de la Chartreuse, et son obéissance n’a jamais été que l’actuation de sa foi dans toute sa maturité. De cette obéissance et de cette foi digne de celle d’Abraham, un fleuve de vie a jailli qui, depuis neuf siècles, a donné à l’Église des sentinelles de silence, de solitude et d’adoration, des amoureux de Dieu. Ô Bonitas !
Neuf siècles après, Saint Bruno n’a pas épuisé sa paternité. Avec magnanimité en 1981, le Chapitre Général des Chartreux accorde toute latitude aux moines et aux moniales de Bethléem de recevoir la sagesse de vie et la paternité de Saint Bruno. Sœur Marie, qui depuis l’enfance portait un appel vers la solitude, a reçu ce don de la paternité de Saint Bruno et le don de son obéissance à l’Église. Cependant la Famille monastique de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge, et de Saint Bruno, en ses deux branches masculine et féminine, fondée le 1° novembre 1950 sur la Place Saint Pierre à Rome, est tout à fait distincte de l’Ordre des Chartreux. Elle a reçu une reconnaissance et une organisation canoniques propres.

Les commentaires sont fermés.