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Quand Notre-Dame dérange

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assomption.jpgLa popularité de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie dont Pie XII -inspiré par une croyance pérenne depuis les premiers siècles de l’Eglise- a proclamé le dogme en ce jour mémorable de la Toussaint 1950, ne se dément pas. A Liège encore cette année-ci, malgré le temps maussade, on se pressait à l’église du Saint-Sacrement où j’ai assisté à la grande messe chantée en son honneur. Et la chapelle toute proche du monastère des Bénédictines était également comble: une piété contre laquelle le regard condescendant posé sur ces pratiques par l’esprit qui souffle sur l’Eglise des temps nouveaux n’a aucune prise. L’article d’Anne Bernet que le bimensuel l’Homme Nouveau » publie sur son site, en témoigne :  

« De Maria, nunquam satis », « s’agissant de Marie, ce n’est jamais assez. » dit un vieil adage. Comment, en effet, un vrai catholique pourrait-il se lasser de parler et entendre parler de Sa Mère céleste, alors qu’en égrenant son chapelet, il ne cesse de redire Son nom et de penser à Elle ? Toute nouvelle parution consacrée à la Sainte Vierge devrait être une occasion de joie. Reste que ce n’est pas, hélas, toujours le cas.

Il y a deux ans, Mgr Le Tourneau et Pascal-Raphaël Ambrogi publiaient chez Desclée de Brouwer un Dictionnaire encyclopédique de Marie destiné à faire date, somme impressionnante que chacun devrait posséder. Après cela, s’aventurer sur le même terrain s’avérait risqué, sauf à choisir une approche diamétralement différente et à borner sérieusement ses ambitions. C’est ce qu’a fait l’équipe réunie autour de Fabienne Henryot et Philippe Martin pour donner à leur tour un Dictionnaire historique de la Vierge Marie (Perrin. 570 p. 27 €). Le volume ne compte que cent cinquante articles, nombre dérisoire comparé aux entrées du Le Tourneau/Ambrogi, par référence aux cent cinquante grains du Rosaire. C’est là, au demeurant, la seule concession faite par les auteurs à la piété catholique.

Quel fil directeur ?

Car de quoi s’agit-il ? D’étudier le rapport des croyants, fatalement trouble, infantile, maladif, psychotique, à la Mère de substitution qu’ils se cherchent dans les cieux, censée apaiser leurs craintes existentielles. Le ton est donné, entre mépris, ricanements et prétention scientifique. À travers une sélection impossible parfois à décrypter, - pourquoi tel sanctuaire et pas tel autre, tout aussi connu, voire beaucoup plus ? Pourquoi telle dévotion, telle confrérie plutôt que d’autres plus répandues ? Pourquoi s’intéresser à des sujets mineurs (le vaudou mais pas les premiers samedis du mois ? Les bandes dessinées pornographiques ayant Marie pour héroïne mais pas la médaille miraculeuse …) et se borner à effleurer des thèmes plus intéressants ? -, un fil directeur finit cependant par se dessiner et il agacerait si l’on ne s’avisait pas, au fond, du très bon côté de l’affaire.

 

Ce fil conducteur, mélange de pitié condescendante envers les « humbles », car le chrétien éclairé s’est libéré de toute mariolâtrie, évidemment, et d’incrédulité, consiste à souligner l’inutilité totale de la dévotion mariale et même le tort qu’elle a fait, tout au long de son histoire, au catholicisme.

A en croire les très savants auteurs, partant du silence des évangiles autour d’une jeune fille juive de Nazareth, l’Église a patiemment bâti une déesse, une idole féminine puisant à toutes les sources des paganismes, de sorte que le culte marial s’incultura partout sans difficulté, au détriment de la vérité historique, de la sagesse, voire du vrai monothéisme grevé par la présence d’une « quatrième personne » de la Trinité. Et, le peuple des fidèles, ces imbéciles, n’a jamais toléré que l’on vînt mettre un terme à sa dérive idolâtre en débarrassant la foi des dogmes marials … Pas même après Vatican II où pourtant, certains, à l’instar du père Congar, firent tant d’efforts, au nom de l’œcuménisme, pour en finir avec Marie.

À la même époque, Père Jérôme Kiefer de l’abbaye de Sept-Fons, qui, à mon humble avis, possédait un charisme de prophétie, écrivait, avec son demi-sourire habituel :

    « Chaque fois que des gens très savants ont voulu remiser Notre-Dame à la sacristie, il n’a pas fallu très longtemps pour que les fidèles l’y rejoignent. »

C’est précisément ce qui s’est passé, en effet. Au grand dam de nos savants auteurs, force est de constater que la dévotion mariale, en partie par la faute de Jean-Paul II, loin de s’effacer devant les lumières rayonnantes du progrès et de la modernité, a non seulement survécu, mais retrouvé une nouvelle jeunesse, les sanctuaires de Notre-Dame restant parfois les seuls lieux de culte où les foules continuent de se presser. Par un vieux réflexe païen d’abrutis sans doute …

Récupération ?

Reste à comprendre pourquoi cette survivance dérange autant les nouveaux bien-pensants, ecclésiastiques et universitaires. À lire le Dictionnaire historique, dans lequel, d’ailleurs, l’on glane ici ou là des informations intéressantes, voire quelques bonnes notices qui rachètent partiellement le reste, il est aisé de comprendre la cause de ce mécontentement.

Nos auteurs appellent cela la récupération politique, amorcée dès la fin de l’empire romain, de la figure mariale. A les entendre, les pouvoirs chrétiens, catholiques et orthodoxes, auraient instrumentalisé Notre-Dame afin d’en faire l’auxiliaire de leurs propres buts, l’invoquer contre leurs ennemis, qu’il s’agisse de l’Islam, des Lumières, des forces révolutionnaires ou de la maçonnerie. L’on notera au passage que, chaque fois que les prières ferventes adressées à la Vierge afin de conjurer l’un ou l’autre de ces fléaux furent exaucées, nos savants auteurs, qui tiennent apparitions et miracles pour des fabulations, crient à la coïncidence … Mais, au vrai, en quoi consistent ces buts politiques condamnables ? Tout simplement en l’établissement d’un ordre social et politique chrétien, et de l’instauration de la royauté sociale de Notre-Seigneur …

Il y a bien de quoi s’affoler, en effet. Et c’est précisément cette inquiétude qui nous est une raison d’espérer. Les esprits éclairés n’auraient aucune raison de dénoncer les confréries, les chaînes de prière pour la France et autres pratiques qu’ils imaginaient abandonnées à jamais s’ils ne leur soupçonnaient quelque mystérieux pouvoir.

En cette fête de l’Assomption, notre fête nationale occultée, revenons donc massivement à ces dévotions mariales et « païennes » qui agacent si prodigieusement certains. Histoire de voir, au cas où nous serions enfin exaucés, s’ils parleront encore de « coïncidence ».

Quand Notre-Dame dérange

JPSC

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