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Congo : « Le peuple doit se prendre en charge consécutivement à l’appel des évêques »

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Marcel-Héritier-Kapitene.pngAu Congo, La « Lucha » (la lutte pour le changement) et d’autres mouvements citoyens sont en pointe dans le combat pour l’alternance en RDC. Hubert Leclerq interroge ici Marcel Héritier Kapitene pour Lalibreafrique.be :

« Poursuivre vers la voie des élections, c’est aller dans le sens de Kabila !" Marcel-Héritier Kapitene, une des figures du mouvement citoyen congolais Lucha, ne mâche pas ses mots. Vendredi dernier, le jeune chercheur du Nord-Kivu était à Paris avec d’autres responsables des mouvements citoyens ou de la société civile pour signer le Manifeste du citoyen congolais. Un texte qui constate la volonté du pouvoir en place à Kinshasa de tout faire pour ne pas organiser les prochaines élections, de manœuvrer pour se maintenir au pouvoir et qui en appelle à la mobilisation citoyenne la plus large possible pour contraindre Joseph Kabila à quitter le pouvoir.

"Si on devait aller aux élections aujourd’hui, avec Kabila qui contrôle tout, il peut présenter n’importe qui, il gagnera les élections", poursuit le membre de Lucha.

Mais les mouvements citoyens seuls n’ont pas les assises suffisantes, aujourd’hui, pour mobiliser la masse populaire comme pourraient le faire certains partis politiques. Vous êtes donc obligés de vous entendre ?

Aujourd’hui, avec certains partis de l’opposition et des partenaires de la société civile classique, notamment le réseau associatif et religieux, nous avons une cause commune : l’alternance. Mais il faut aussi proposer une alternative et une alternative crédibles à même de conduire le pays vers une stabilité institutionnelle acceptable par tous. Une alternance qui se ferait en interne n’aurait pas de sens. Le Congo ne veut plus des kabilistes ou d’une réplique du Kabilisme. Dans les années 90, au Zaïre, le peuple était fatigué de Mobutu. On savait ce qu’on ne voulait plus et on a accepté certaines alliances pour en finir avec ce régime mais on n’a pas préparé la suite et on s’est retrouvé avec d’autres Mobutu, les Kabila. Aujourd’hui, on sait qu’on ne veut plus du système Kabila et qu’on ne veut plus des institutions qu’il a mises en place pour le servir. On veut un vrai système démocratique, avec des échéances et des engagements clairs que le peuple puisse contrôler. On ne veut pas accompagner la naissance d’un nouveau Kabila qui aurait à son tour des organes comme la Ceni, la cour constitutionnelle, le CSAC ou le CNSA qui lui seraient inféodés.

 

Les partis politiques congolais ne sont pas signataires du manifeste du citoyen congolais, signé ce vendredi 18 août…

Le Manifeste leur est ouvert. Ils sont les bienvenus. Ils ont d’ailleurs plus à gagner que nous.

Que dites-vous à ceux qui réclament encore aujourd’hui, la publication d’un calendrier électoral ?

Le calendrier, c’est un piège. Il y a deux textes essentiels dont on doit tenir compte. La Constitution, qui limite la durée et le nombre de mandats et qui indique quand il faut organiser les élections, et l’accord de la Saint-Sylvestre (signé par la majorité présidentielle et les principaux mouvements de l’opposition sous la médiation des évêques catholiques, NdlR). Le pouvoir en place base sa légalité sur un arrêt charcuté de la cour constitutionnelle qui est à sa botte et sa légitimité sur l’accord de la Saint-Sylvestre, jamais respecté, pour se maintenir à la tête de l’Etat. Mais au-delà du 31 décembre 2017, l’accord de la Saint-Sylvestre expire. Joseph Kabila n’aura ni légitimité, ni légalité. En effet, la Constitution parle de deux mandats de cinq ans et l’accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2017. Il doit donc démissionner. Point. S’il ne le fait pas, le peuple doit se prendre en charge consécutivement à l’appel des évêques.

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? Comment comptez-vous vous y prendre pour faire comprendre au président qu’il doit respecter l’échéance du 31 décembre 2017 ?

Le 1er septembre prochain, si le corps électoral n’est pas convoqué, comme le prévoit la Constitution, on constatera que Kabila n’est plus légitime et cela légitimera toute forme de recours à l’article 64 de la Constitution. Un calendrier d’actions sera mis en place.

Et s’il part ?

La classe politique et toutes les forces vives se mettront autour de la table pour organiser une période de transition. Sur ce point, notre manifeste est clair, ceux qui seront chargés de cette période de transition qui doit amener le pays aux élections ne pourront être candidats à cette élection. Il faut à tout prix éviter que cette transition soit à la base de la création d’un nouveau pouvoir, mais réellement une transition citoyenne pour remettre le pays sur les rails démocratiques.

(Intégralité de l’interview sur lalibreafrique.be)

Face à la réalité, il est difficile de parler aujourd’hui de démocratie possible, au sens européen du terme, dans un pays comme le Congo, à l’histoire aussi récente que problématique.

Ainsi, faute de recensement crédible, on ignore même, de nos jours, le nombre exact des habitants de ce pays grand comme quatre fois la France ou quatre-vingt fois la Belgique. Malgré les guerres récurrentes, les épidémies, la corruption et l’anarchie qui le déstabilisent depuis l’octroi de l’indépendance, on parle (les chiffres varient) d’une population de 80 millions d’âmes (contre 16 millions avérés je pense au moment du départ des Belges, en 1960).  Cette population est répartie entre plus de deux cents tribus (et autant de dialectes) qui se situent sur des territoires aussi divers que ceux des Grands Lacs, de la forêt équatoriale baignée par le fleuve Congo, des savanes katangaises ou des plateaux de l’Uélé et de l’Ituri. Mais les communications routières et ferroviaires, autrefois si denses entre ces régions, sont devenues toujours plus problématiques depuis la fin de l’époque coloniale.

De tels facteurs et bien d’autres font obstacle au progrès « citoyen » d’un sentiment d’appartenance commune, essentiel au bon fonctionnement d’institutions dépassant le stade tribal. D’autres, heureusement, font progresser le  lien social susceptible d’aider à bâtir une  nation moderne.

Au développement de la communication intertribale apporté par les langues véhiculaires (lingala, swahili, tshiluba et kikongo), quatre vingts ans (et plus si l'on compte l'Etat fondé par Léopold II) de colonisation belge ont tout naturellement ajouté l’usage du français : une grande langue de culture universelle que le Congo indépendant a inscrite dans sa constitution au titre de langue officielle, à côté de ses quatre langues nationales.

Une urbanisation aussi impressionnante qu’improvisée s’est aussi développée, surtout après la colonisation (la Belgique contrôlait sévèrement l’implantation des centres extra-coutumiers autour des localités et des villes habitées par les Européens): à sa manière, elle a aussi favorisé un certain désenclavement des esprits et une ouverture sur le monde moderne, pour le meilleur et pour le pire.

Mais l’apport le plus substantiel à la formation humaine d’un peuple apte à prendre en main ses destinées est dû, sans conteste possible, au réseau éducatif, social et sanitaire de l’Eglise : contre les vents et marées de l’histoire, il s’est maintenu sans faiblir jusqu’à nos jours, là où les structures économiques et administratives - les deux autres « piliers » hérités de la période coloniale - se délitèrent sans qu’apparaissent, jusqu'ici, les signes d’un vrai redressement.  Aujourd’hui encore, un peu comme durant le haut moyen âge chez nous, le réseau ecclésial constitue pour le pays la meilleure chance de s’en sortir un jour.  

JPSC 

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