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Et si l'Église se penchait en profondeur sur la question des flux migratoires ?

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Hugues Lefèvre, sur le site de Famille Chrétienne, a recueilli les propos de Marc Fromager, Directeur de l'Aide à l'Eglise en Détresse (France) :

Marc Fromager : " Concernant les migrants, l'Église doit faire un vrai travail de pédagogie "

Le directeur de l'Aide à l'Église en Détresse (AED) revient sur le message du pape François pour la journée mondiale du migrant et du réfugié. Il estime que le texte ne va pas assez loin dans l'analyse des causes des flux migratoires. Une plus profonde compréhension du phénomène permettrait selon lui de dénoncer notamment les pratiques de l'Occident en Afrique et au Moyen-Orient.

Comment avez-vous réagi à la lecture du message du pape François sur les migrants ?

Pour tout vous dire, j'ai d'abord parcouru les réactions occasionnées par le texte avant de le lire… Et le fait de voir certains passages pris et commentés de manière isolée joue à une espèce de dramatisation qui, si on en reste à ce niveau, rend le texte un peu anxiogène. Il faut donc le lire en entier. D'autre part, replaçons le message du pape François dans son contexte. Il ne s'agit pas d'un discours programmatique d'une personne nouvellement élue qui donnerait un cap stratégique et politique précis pour les années à venir. Il s'agit d'un message pour la journée mondiale du migrant qui a lieu chaque année.

Que retenez-vous de ce message ?

D'abord, certains points positifs m'ont interpellé. Le fait que le pape rappelle et insiste sur la centralité de la personne humaine. Les migrants ne sont ni des pions, ni une espèce de masse informe, une main d'œuvre ou bien une menace. Ils sont avant tout des personnes. Aussi, le pape évoque à la fin de son message l'opportunité d'évangélisation engendrée par ces flux migratoires. Reste à savoir si, en France par exemple, l'Église a encore les moyens humains, l'énergie et la volonté de s'occuper de ces personnes. Sans parler d'évangélisation proactive, il s'agirait déjà d'être en capacité de répondre aux migrants musulmans qui frappent à la porte des églises.

Ensuite, j'ai un regret. Je trouve que ce message procède d'une vision un peu pessimiste du monde. Une vision qui consisterait à dire que, quoiqu'on fasse, il y aura toujours autant de migrants. J'aurais attendu que l'Église s'intéresse davantage aux raisons de ces flux migratoires. Car je pense que c'est seulement en identifiant bien les causes que l'on peut s'attaquer aux problèmes. Certes, dans un passage, le pape évoque le fait que l'Église participe à cette recherche des causes mais il ne va pas plus loin. Sur la question complexe des migrants, une analyse plus approfondie du phénomène et un vrai travail de pédagogie de la part de l'Église permettraient à chacun de prendre ses responsabilités.

 

Vous estimez que le texte manque de pédagogie ?

Le pape François, depuis le début de son pontificat, semble attacher une réelle importance à la question des migrants, ce qui est une bonne chose. Mais l'Église doit approfondir la question des flux migratoires, au-delà des effets d'annonce ou bien des vœux pieux auxquels semblent parfois se prêter ce message. Au final, la seule solution que semble préconiser le texte est celle d'ouvrir les frontières et d'accueillir les migrants au nom de la centralité de la personne humaine. Si l'Église veut être prophétique sur cette question, elle devrait s'attacher à analyser les causes des migrations en osant par exemple parler de l'ingérence des occidentaux en Afrique ou au Moyen-Orient ou bien du suicide démographique occidental.

Que voulez-vous dire ?

Aujourd'hui, on invoque deux raisons pour expliquer le phénomène migratoire. D'une part les raisons sécuritaires – fuir les bombes. D'autre part, les raisons économiques. Or, on a expliqué que la vague migratoire de 2015 est arrivée à cause de la guerre en Syrie. Mais dans les faits, la moitié seulement des migrants venus en Europe étaient Syriens. Par ailleurs, sur les 22 millions d'habitants que comptait la Syrie, 9 millions se sont déplacés à l'intérieur du pays et 5 millions ont trouvé refuge dans les pays avoisinants (Liban, Jordanie, Turquie). 9 millions de Syriens déplacés : cela signifie bien qu'on n'est pas forcément obligé de quitter son pays lorsqu'il est en guerre mais qu'il est possible de rejoindre pour un temps des régions non-exposées. C'est par exemple ce qui s'est passé pour les chrétiens du nord de l'Irak. En 2014, lors de l'invasion de la plaine de Ninive par Daech, 120 000 chrétiens se sont réfugiés à quelques dizaines de kilomètres à l'est de chez eux. La position de l'Église sur place était claire : ne pas encourager les départs à l'étranger et tout faire pour soutenir les déplacés. Quand la France, par démagogie, a expliqué qu'elle allait soutenir les chrétiens d'Orient en accordant des visas ! Heureusement que dans les faits peu de visas ont été octroyés. Car on aurait en un sens participé au travail de l'organisation État islamique qui voulait vider le Moyen-Orient de ses chrétiens…

Par contre, il a fallu soutenir très largement ces chrétiens déplacés pour qu'ils traversent la crise avec de la nourriture, un toit, des écoles pour les enfants, etc. C'est ce qui a été fait massivement par un ensemble d'associations. En trois ans, l'Aide à l'Eglise en Détresse (AED), a déjà dépensé plus de 35 millions d'euros dans le nord de l'Irak. Quitter son pays n'est donc pas une fatalité. D'autant plus qu'on pourrait même se demander s'il est charitable de favoriser les départs quand on pense à la reconstruction des pays touchés par la guerre.

C'est-à-dire ?

Regardez la Syrie qui doit maintenant être reconstruite. Mais qui va la reconstruire si tous les Syriens sont partis travailler en Allemagne ? Par égoïsme démographique – car l'Europe ne veut plus avoir d'enfants –, on va puiser dans les populations périphériques et prendre leurs forces vives.

Pour vous, les réalités démographiques expliqueraient l'importance de ces flux migratoires 

Aujourd'hui, le continent européen est en panne démographique alors que l'Afrique est en pleine vitalité. L'industrie allemande sait très bien que, face au suicide démographique européen, elle a besoin de faire venir de la main d'œuvre. C'est ce qui s'est passé en 2015. Or, on sait que pour faire face à un déficit démographique deux solutions existent. Soit on favorise la natalité en mettant en place des politiques en faveur de la famille. Soit on favorise les flux migratoires. Aujourd'hui, l'Europe ne se sert que du second levier.

Vous avez parlé de l'ingérence occidentale en Afrique et au Moyen-Orient comme facteur d'immigration. Pouvez-vous détailler ?

L'Afrique est un continent qui possède de grandes richesses. Pourtant il est l'un des plus pauvres. C'est paradoxal. Il y a là une responsabilité des gouvernements occidentaux et des multinationales qui plongent et entretiennent ces pays dans le chaos – avec la complicité d'une frange microscopique de leurs populations. La résolution de la question des flux migratoires passe aussi par la dénonciation de ce saccage organisé. Je ne dis pas que l'Église va réussir à contraindre les États-Unis d'arrêter leur stratégie du chaos mais elle pourrait au moins aborder la question. Au-delà des grands discours sur l'accueil des migrants, il faudrait aussi regarder ce qu'il se passe dans ces zones périphériques et s'accorder concrètement sur ce qu'on y fait.

Les gouvernants occidentaux devraient donc prendre leurs responsabilités…

Oui, mais pas seulement les gouvernants. Les populations aussi. Est-ce que les européens qui ne veulent pas être envahis par les migrants font quelque chose pour les aider à rester sur place ? Soutiennent-ils le développement des pays africains ? Se sont-ils rendus au Moyen-Orient pour voir ce qu'il s'y passe ? Sur les questions migratoires, chacun doit prendre ses responsabilités.

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