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"Qui suis-je pour juger ?", une formule profondément juste...

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Sur son blog "Metablog", l'abbé de Tanouärn répond à un lecteur qui l'interroge :

Réponse à Albert 76 sur François

"Mon Père, je m'interroge, mieux: j'ai interrogé des prêtres. Ils ne m'ont pas donné de réponse. Peut-être trouvaient-ils ma question oiseuse? impertinente? Ce n'était pas mon intention. Alors je réessaye, peut-être aurai-je une réponse avec vous. Je schématise, et voila la question: COMMENT SE FIER AU JUGEMENT D'UN PAPE QUI RÉPOND NE PAS ÊTRE LA POUR JUGER ?"

Cher Albert 76, votre question est très importante, parce qu'en disant "Qui suis-je pour juger ?" le pape François a donné l'impression à certains de ne pas vouloir faire le pape, de s'abstenir de tout discours normatif, en se contentant, comme il le répète souvent, "d'accompagner", c'est-à-dire au fond d'approuver. L'objection est de taille et l'on ne s'en débarrasserait pas d'un revers de main.

Il y a une deuxième objection, celle au fond que vous formulez : le pape pose des jugements sur des personnes. Je pense  aux pauvres franciscains de l'Immaculée. Cette congrégation parfaitement reconnu, il l'a persécuté et c'est bien au nom d'un jugement personnel qu'il portait sur une manière d'être religieux qui ne lui plaisait pas. On ne sache pas, par exemple, que le pape blanc s'en soit pris au pape noir, quand ce dernier a dit que le diable n'existait pas.  Cette affirmation d'un homme qu'il a fait nommer à la tête des jésuites, manifestement... il ne la juge pas. Il est donc très clair que le jugement du pape sur tel ou tel personne est obéré par des présupposés, au point qu'on peut penser qu'il a raison de dire : "Qui suis-je pour juger ?" et que cette question, il devrait parfois se l'appliquer à lui-même.

Le pape, dans sa fonction de pape, doit pourtant, en nom Dieu, juger des personnes. Mais la plupart du temps, cela doit passer par une procédure canonique. La distinction des trois pouvoirs n'étant pas théologique, le jugement du pape peut en droit se porter sur des personnes, non seulement celles qu'il nomme à tel ou tel poste, mais surtout celles qu'il condamne. Voilà pour ce que j'ai appelé ici la deuxième objection.

Revenons à la première : le pape s'abstient-il volontairement de tout discours normatif ? Il est clair que par tempérament il fuit de tels discours, mais par fonction, il doit en assumer quelques uns. Ces discours ne portent pas sur des personnes, mais sont supposés refléter un discernement, en départageant la vérité et l'erreur. Dans ces circonstances, non seulement le pape peut juger, mais il doit juger.

Au fond la formule : Qui suis-je pour juger ? est profondément juste si l'on en définit correctement l'objet. "Seul Dieu sonde les reins et les coeurs" répètent les prophètes de l'Ancien Testament. "Le jugement a été remis au Messie" lit-on en Jean V. Seul le Christ possède le droit de juger les personnes, parce que seul, en tant que Dieu, il les pénètre et les connaît vraiment. C'est ce que l'on voit sur le porche de nos cathédrales : le jugement rendu par le Christ, seul juste juge. Comme je le propose plus haut, il faut distinguer ici : juger les personnes et discerner leurs actions. "L'homme spirituel juge de tout" dit saint Paul. Cela ne signifie pas qu'il juge les gens en pénétrant les recès de leur coeur. Seul Dieu peut le faire. Mais cela signifie qu'il juge de toutes les situations, qu'il possède une intelligence particulière des situations, celle que donne la sagesse.

Dernier point : il nous faut donc nous abstenir de juger les autres, puisque nous ne les connaissons pas vraiment. Mais pas seulement les autres : nous-mêmes. Nous avons le plus grand mal à nous juger nous mêmes, nous avons toujours tendance à exagérer nos qualités, parfois aussi à exagérer nos défaut. Laissons nous juger par le Christ, ne nous laissons pas impressionner par les jugements que nous portons sur nous-mêmes et enfin, d'un autre côté, n'hésitons pas à discerner à juger des situations dans lesquelles nous nous trouvons. C'est à cela que le Saint Esprit lui-même nous pousse.

Commentaires

  • « Qui suis-je pour juger » ? Prise à la lettre cette formule est trop courte pour être exacte. Les individus comme les sociétés posent sans cesse des jugements de toutes sortes, y compris en matière de morale : le juge comme le confesseur ou chacun d’entre nous. Sans règles ni codes, la vie serait impossible dans l’Eglise comme dans l’Etat. La Bible comme les Evangiles prétendent aussi nous délivrer des règles de discernement moral pour régler notre conduite en ce monde qui passe. Un pape qui renoncerait à s’y référer faillirait à sa mission de guide du peuple chrétien. Simplement, il n’est pas le juge ultime des reins et des cœurs. Heureusement, sinon il se prendrait pour Dieu («Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées », Isaïe, 55, 6-9) . Il est toujours utile de définir ce dont on parle.

  • Magnifique cette mise au point Mr JPSC. J'espère que tout le monde va la lire et la méditer avant de l'employer à tour de bras et sans réfléchir.

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