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Vatican II en questions; un livre de Mgr Aillet

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9782360403394FS.gifDe Franck Abed sur Agora Vox :

Vatican II, le Concile en questions par Monseigneur Marc AILLET

Plus de cinquante ans après sa clôture, le deuxième Concile du Vatican continue de faire couler beaucoup d’encre. Ce dernier « a promulgué 16 textes dont l’autorité varie : il y a quatre grandes Constitutions, neufs décrets et trois déclarations  », comme le précise l’auteur. En quatrième de couverture, nous pouvons lire : « Dissiper tous les malentendus qui encombrent souvent la vie ecclésiale et qui empêchent encore aujourd’hui le Concile Vatican II de porter les fruits que l’on peut légitimement en attendre. » Il est intéressant de constater que la présentation du livre expose une idée que tous les esprits lucides et honnêtes expriment depuis des lustres : les bons fruits du Concile tardent vraiment à venir. A qui la faute ? A un texte mal écrit ? Mal compris ? Mal interprété ? Pourtant ce Concile fut : « annoncé comme le printemps de l’Eglise » mais en réalité « il a ouvert une période de crise. » L’Evêque de Bayonne, qui est par ailleurs docteur en théologique, tente de répondre à ces épineuses questions - et à d’autres - avec cet ouvrage se présentant sous la forme d’un entretien avec questions réponses. Il en ressort un texte dialogué et clair qui se veut pédagogique. Contrairement à de nombreux de clercs, il ose aborder ce sujet majeur, à savoir les enjeux du Concile et sa réception, en tentant avec ses idées, son histoire et son parcours d’expliquer cette histoire douloureuse. Y parvient-il ? En partie seulement selon nous…

Monseigneur (Mgr) Aillet rappelle que « Jean XXIII affirme que la doctrine de l’Eglise est certaine et immuable  » à celles et ceux qui déjà dans les années 1960 voulaient en changer la moelle substantifique. Il poursuit sa pensée lors de la question consacrée à l’aggiornamento en précisant ce qui suit : « ce mot italien qui signifie mise à jour, est celui qui définit le mieux dans l’esprit l’objectif du Concile. A condition de ne pas confondre cette mise à jour avec une remise en question comme l’auraient voulu certains, ou une mise au goût du jour qui signifierait une adaptation aux idéologies et aux modes du moment. » Malheureusement certaines idées développées, telles que la collégialité, la liberté religieuse, le dialogue interreligieux, par des acteurs de premier plan du Concile Vatican II laisse apparaître plus qu’une remise en question de la doctrine séculaire… Comme le rappelle très justement l’évêque, beaucoup de catholiques regrettèrent et regrettent encore : « que le Concile ne se soit pas contenté de rappeler les formules dogmatiques déjà définies pour condamner les erreurs d’aujourd’hui et prévenir les fidèles contre l’apostasie. »

 

Mgr Aillet ne semble pas faire sienne l’analyse de certains catholiques dits de tradition qui expliquent que le Concile Vatican II ne fut pas un concile dogmatique mais pastoral, même s’il écrit : « Vatican II n’a pas défini de nouveaux dogmes ». Effectivement, nous lisons dans la préface écrite par Mgr Aillet lui-même, au sujet des textes conciliaires : « (qu’) il y avait des motifs dogmatiques et pastoraux importants ». Il prend même le soin d’apporter des précisions supplémentaires : « l’ecclésiologie du Concile Vatican II est une ecclésiologie fondamentalement théologique. Car en fait, le Concile Vatican II ne fut pas un Concile ecclésiologique mais bien un discours sur Dieu, et cela non seulement à l’intérieur de chrétienté mais face au monde. » Cependant, plus loin, Mgr Aillet prend le contre pied de ce qu’il annonçait plus tôt dans le livre en tentant de décrypter la pensée du Pape d’alors : « sans doute le Pape Jean XXIII avait-il souhaité que l’enseignement du Concile soit présenté de manière pastorale, considérant que Vatican II ne devait pas faire porter son effort sur des discussions d’ordre théologique. » Il poursuit avec cette idée : « il reste qu’en voulant donner à son enseignement un caractère surtout pastoral c’est bien la doctrine immuable qu’il cherche à exposer de manière plus accessible aux hommes et aux femmes de notre temps : en ce sens Vatican II, est aussi un concile doctrinal. » Ces explications contraires, confuses, et les différentes précisions apportées sur la nature du Concile paraissent quand même déconcertantes… Ceci étant dit, Mgr Aillet accepte pleinement et sans réserve ce Concile : « J’adhère à Vatican II car j’y reconnais une expression conforme à la tradition bimillénaire de l’Eglise. » Selon lui : « Vatican II est une expression de la foi de l’Eglise pour notre temps, mais il ne peut être en rupture avec le passé, sans être infidèle à la foi de l’Eglise elle-même. » Ainsi sur la « Messe versus populum  » son propos est on ne peut plus pertinent : « Pour beaucoup c’est l’un des acquis essentiels du Concile. Pourtant, contrairement à des idées reçues, le Concile n’a rien dit sur la question. Si la pratique s’est généralisée après le Concile, ce n’est pas parce que des directives ont été données par le législateur, en l’occurrence le Saint-Siège ». A l’aune de cette pensée non pas lumineuse, mais tout simplement conforme à la doctrine catholique, nous espérons du fond du cœur que tous les prêtres de son diocèse, à commencer par lui, célèbrent la Sainte Messe à l’endroit… Il enfonce le clou, sans mauvais jeu de mots, en rappelant que : « L’esprit est indissociable de la lettre qui l’incarne précisément : de même qu’il n’est pas possible d’atteindre la divinité du Christ qu’en passant par son humanité, de même on ne peut rejoindre l’esprit du Concile qu’en passant par la lettre.  »

A la lecture de cet ouvrage des questions s’imposent : pourquoi donc certains clercs prirent leurs fantasmes et leurs erreurs doctrinales pour la réalité en les imposant au mépris du respect des règles et de la tradition ? Pour quelles mystérieuses raisons ceux qui agirent ainsi ne subirent-ils pas des légitimes réprimandes infligées par l’autorité suprême ? Malheureusement, l’évêque de Bayonne élude ces questions fondamentales, alors qu’à nos yeux elles s’avèrent essentielles pour la compréhension des évènements. L’auteur revient sur la « Semaine Noire » en rappelant les luttes et les combats qui se jouèrent lors des derniers jours de la troisième session, au point que Paul VI dut lui-même intervenir pour jouer la carte de l’apaisement entre les différents protagonistes. D’une manière générale, l’avis plus que favorable de Mgr Aillet à l’endroit de Daniélou et Lubac ne nous inspire pas positivement, pour ne pas dire plus… Il termine son livre entretien par une note d’espoir en forme de prière. Effectivement, il a composé une prière à Marie dans laquelle il L’implore « O Cœur Immaculé de Marie, Mère de l’Eglise, soyez notre refuge.  » afin qu’Elle nous guide : « pour accueillir cette nouvelle Pentecôte tant désirée. » Qu’Elle l’entende et l’exauce.

Commentaires

  • Je préfère suivre Mgr Aillet que Franck Abed, qui a une opinion à courte vue sur le sujet, comme tous ceux qui remettent en cause le Concile Vatican II.

    Un concile est assisté du Saint Esprit, mais les évêques, individuellement, ne le sont pas de la même manière. Ainsi, l'application où non du Concile par chaque évêque peut être antagoniste.
    Donc, on ne peut pas accuser le Concile par ce qu'en font les évêques.

    J'ajoute que Danielou et de Lubac sont de grands théologiens du XXè siècle, et le fait que Mgr Aillet y fasse référence m'inspire plutôt confiance. Mais je n'en attendais pas moins de Mgr Aillet.

  • Il y a eu peu de temps après le concile le phénomène de mai 68. Quand il pleut dans le monde, il bruine dans l'Eglise. Il est difficile de distinguer clairement dans la crise de l'Eglise ce qui est dû à l'esprit du monde ou à une simple mauvaise interprétation du concile, ou même à des points faibles de l'enseignement conciliaire dans des parties qui n'engagent pas l'infaillibilité de manière absolue

  • J'ai une interprétation un peu audacieuse.

    J'ai l'impression que l'Eglise a été inspirée de prendre des risques à l'occasion de ce Concile (par exemple, ne plus anathèmiser), quitte à en subir des dommages, mais que cette prise de risques sera payée de retour à long terme.

    A vue humaine, cela parait insensé. Mais les voies de Dieu sont souvent inattendues.

  • Les fruits de Vatican II parlent d'eux-mêmes : chute de la pratique religieuse et des vocations, ignorance de la Foi de l'Eglise, fin des missions, relativisme religieux, saccages liturgiques et pastoraux, désacralisation, laïcisation des états, sécularisation...
    Ce concile est un échec cuisant, né de volontés humaines, il sera aboli après la passion de l'Eglise déjà à l'oeuvre
    Vouloir son maintien tel quel n'est que l'expression d'une frilosité de la majorité de nos prélats.
    Lisons Mgr Sarah, nous serons sur une voie salvatrice !

  • Le Cardinal Sarah ne tiendrait certainement pas ce genre de propos faux et caricaturaux, car c'est un homme de foi avec un admirable sens de l'Eglise.

    Pas la peine d'essayer de le récupérer pour servir l'idéologie traditionaliste.

  • Je rebondis sur l'expression "idéologie traditionaliste". Bien sûr, le traditionalisme peut, chez certains, dégénérer en idéologie, laquelle résulte toujours d'un renoncement à l'intelligence. Ce genre d'attitude se rencontre partout et on pourrait donc tout autant évoquer une "idéologie progressiste ou moderniste".
    Le traditionalisme, quand il n'est pas idéologique, est une attitude prudente d'humilité. L'homme moderne a souvent la faiblesse de croire qu'avec lui l'intelligence se manifeste enfin dans le monde et qu'on peut maintenant oublier sans dommages ce que le passé nous a légué. Cette orgueilleuse prétention est vieille comme le monde. Sa version contemporaine n'est autre que l'idéologie du progrès. Des changements dans la présentation de la doctrine peuvent certes être parfois souhaitables, mais à la condition qu'ils n'en altèrent pas le sens. Il en est de même pour la liturgie. Les experts qui ont mis en oeuvre Vatican II n'ont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, eu cette élémentaire prudence. Ils se sont plutôt comportés comme des éléphants dans un magasin de porcelaines. Quant à la charité envers ceux qui s'inquiétaient, elle a été totalement absente. Nous en subissons encore les conséquences aujourd'hui, tant il est vrai qu'il est plus facile de ne pas commettre une erreur que de devoir la corriger, surtout quand les mauvaises habitudes se sont installées.
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  • Excellent article de Franck Abed qui a la justesse de démonter le livre d'Aillet tout en restant gentil. Je vous conseille aussi cet article :

    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-tripartisme-herite-de-la-194382

  • En quoi ces propos sont faux et caricaturaux :
    "Les fruits de Vatican II parlent d'eux-mêmes : chute de la pratique religieuse et des vocations, ignorance de la Foi de l'Eglise, fin des missions, relativisme religieux, saccages liturgiques et pastoraux, désacralisation, laïcisation des états, sécularisation…"
    Ce sont hélas des faits vrais.

  • Le style « pastoral » des textes du concile Vatican est la source d’ambigüités (probablement conscientes chez certains rédacteurs). Elles sont comme des pierres d’attente pour faciliter des dérives qui attendent impatiemment derrière la porte : laquelle, sans ces ambigüités, ne se serait jamais ouverte.

    Dans la Constitution Sacrosanctum Concilium (pour rester dans mon secteur) on affirme par exemple que l’usage de la langue latine doit être conservé dans la liturgie...latine « sauf droits particuliers » (art. 36). Moralité : le latin a disparu. L’exception a retourné le principe. Même chose pour le chant liturgique : le grégorien est le chant propre de la liturgie romaine et il doit y occuper la place principale... « toutes choses égales d’ailleurs » (article 116). Résultat : il s'est évaporé. Et ainsi de suite.

  • D'abord, pour répondre à George, j'aimerais bien qu'on me montre les textes de Vatican II qui incitent à mettre fin à la pratique religieuse, à mettre fin aux vocations, à ne plus être missionnaire, à abandonner la fin de l'Eglise, à désacraliser la liturgie, etc.
    Ce n'est pas sérieux les gars, C'est soit de l'ignorance, soit de la mauvaise foi. On dirait l'idéologie progressiste en miroir.
    On pourrait espérer une certaine hauteur de vue de la part de certains milieux. Au lieu de ça, on a le droit au niveau zéro de la réflexion. Donc dans l'Eglise on aurait seulement le choix entre l'idéologie progressiste et l'idéologie traditionaliste ? Il ne faut pas s'étonner qu'Elle soit dans cet état.

    Pour réponse à JPSC, vous devriez plutôt regretter que le Pape ait un pouvoir supérieur au Concile. Car toutes les évolutions que vous regrettez ne sont que des décisions du Pape Paul VI en dépassement des textes du Concile.
    On pourrait ajouter d'ailleurs : la communion dans la main, la messe face au peuple, l'abandon des confessionnaux, l'abandon de la soutane, etc.

    Pour finir, je dirai qu'il est aussi facile d'incriminer Vatican II quant à la crise de l'Eglise que l'activité de l'Homme quant au réchauffement climatique ! Idéologie, quand tu nous tiens !

  • Le conciliarisme ne vaut pas mieux que la papolâtrie. Il est trop facile de rejeter la responsabilité des excès sur le seul Paul VI pour exonérer le concile Vatican II. Selon la formule consacrée, les conciles agissent « cum Petro et sub Petro ». Relisons l’histoire de l’Eglise : comme les papes, ils peuvent errer, sauf s’ils exercent, dans des conditions requises très précises, leur pouvoir d’infaillibilité conjoint. Sous cette réserve, le respect qu’on leur doit a priori n’exclut pas l’usage de la raison critique : l’Eglise n’est pas une dictature. Pour reprendre mon exemple, lorsqu’une constitution conciliaire écrit qu’une chose doit être prioritaire en ajoutant que toutes choses sont d'ailleurs égales, elle dit à la fois une chose et son contraire. Cela s’appelle au mieux une ambigüité, au pire une contradiction. Tout cela n'a rien de nouveau: dans son essai « Dieu est Dieu, nom de Dieu » publié chez Grasset dans les années 1970, le philosophe Maurice Clavel dénonçait déjà le flou de la phraséologie balancée des Acta de Vatican II. Mais je reconnais qu'on fait encore beaucoup mieux aujourd'hui.

  • A JPSC .......Conciliarisme ? Papolâtrie ? .Ces étiquettes sont des généralisations abusives , dénigrantes qui cassent la communication, nuisent au debat. Par ailleurs, les étiquettes d'une manière générale, n'ont jamais été un argument très convaincant.

  • Il faut toujours définir ce dont on parle.

    Le conciliarisme est une thèse discutée qui prétend qu’un concile universel des évêques est une instance supérieure au pape. Elle a prévalu au Concile de Constance (1414-1418) qui s’arrogea le pouvoir d’élire un nouveau pape -Martin V- pour mettre fin ainsi à la querelle du « grand schisme d’Occident » (1378 - 1417), entre le pape Grégoire XII et ses concurrents, les antipapes Benoît XIII et Jean XXIII. Le concile Vatican I (1870) invalida définitivement cette théorie en définissant le dogme de l’infaillibilité, laquelle peut être exercée tant par le pape seul que par le concile avec le pape mais jamais sans lui.

    A propos de la papolâtrie : appliqué à un pape, le culte de latrie est indu car il est réservé à Dieu seul, par opposition au culte de dulie que l’homme peut rendre aux saints et, par excellence, à la Vierge Marie. Seul un culte de dulie peut être rendu à un pape: après sa mort, s’il est béatifié ou canonisé. Jamais de son vivant. Nous ne sommes plus au temps des empereurs romains.

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