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Le 7 novembre 1917 : un coup d'état bolchévique, pas une révolution !

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De Thierry Wolton sur Figaro Vox (lefigaro.fr), cette mise au point concernant la Révolution d'Octobre (qui, dans notre calendrier grégorien, a eu lieu le 7 novembre 1917) :

Octobre 1917 : un coup d'Etat bolchévique, pas une révolution !

FIGAROVOX/TRIBUNE - Thierry Wolton dénonce l'appellation «Révolution d'octobre 1917» pour qualifier la prise du pouvoir par Lénine. Pour lui, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un coup d'Etat au profit des communistes.

Thierry Wolton, essayiste, est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, consacrés pour la plupart au communisme. Il a notamment publié «Une histoire mondiale du communisme» en trois volumes chez Grasset à partir de 2015. Le troisième tome, intitulé «Les Complices», est en librairie depuis le 20 septembre.

En ce centième anniversaire d'octobre 1917 persistent des automatismes de pensée qu'on pouvait espérer révolus compte tenu de ce qui est su, sur les faits comme sur leurs conséquences.

Cette constance laisse voir combien l'illusion reste plus forte que la réalité quand le besoin de croire, propre aux hommes, se heurte au savoir, constitutif du vrai. Ce qui en dit davantage sur nous que sur l'histoire elle-même.

Il est question de «révolution d'octobre» alors que tous les témoins de l'époque évoquent un coup d'Etat, à commencer par l'envoyé spécial de L'Humanité (celle de Jaurès) dans ses articles écrit sur place. «C'était plus aisé que de soulever une plume», commente Lénine au lendemain de la prise du pouvoir.

Un an plus tard, dans la Pravda, l'organe des Bolcheviks parle bien de coup d'Etat pour célébrer l'anniversaire. C'est en octobre 1920 que le nouveau pouvoir transforme l'événement en geste révolutionnaire par le biais d'un spectacle son et lumière représentant une foule de gardes rouges à l'assaut du palais d'Hiver, symbole du peuple en arme.

La fiction est reprise par le film d'Eisenstein, Octobre, produit et diffusé à l'occasion du dixième anniversaire. Cette version finit par s'imposer comme la vérité sur octobre 1917.

Si le terme de révolution évoque les bouleversements intervenus après cette prise du pouvoir, mieux vaut savoir de quoi il retourne concrètement: toute presse autre que celle des Bolcheviks est interdite dès le lendemain du coup d'Etat, le congrès des soviets (conseils d'ouvriers et de paysans), suspendu, dix jours plus tard. Le nouveau pouvoir décide de légiférer par décret.

Un mois plus tard se met en place la police politique, la Tchéka, puis intervient en janvier 1918 la dissolution de l'Assemblée constituante élue démocratiquement, avant l'ouverture des premiers camps de concentration en juin 1918. Ce ne fut en rien une libération, y compris pour les ouvriers qui qualifièrent le nouveau régime, dès les premiers mois, de dictature sur le prolétariat.

«Il a été dit qu'il n'existait pas de parti, en Russie, prêt à prendre le pouvoir entièrement pour lui. Je réponds: si, il y en a un! Nous sommes prêts à chaque minute à prendre entièrement le pouvoir!», avait averti Lénine quatre mois avant octobre, au 1er Congrès des soviets.

Il n'a jamais été question pour les Bolcheviks de partager. Il suffit de se reporter au Que Faire?, écrit par le leader bolchevique en 1902. Son programme est annoncé. Ce texte permet de comprendre la tournure prise par le régime, avec pour fer de lance la fameuse dictature du parti mise en place au nom du prolétariat, qui conduit à l'instauration d'un parti-Etat tout puissant.

C'est l'essence même du totalitarisme, modèle que vont suivre par la suite tous les régimes communistes.

Ni les circonstances - la guerre civile avec les Blancs, postérieure aux premières mesures dictatoriales -, ni les déviations invoquées plus tard - stalinisme, culte de la personnalité, etc. - ne sont responsables d'une quelconque trahison du plan d'origine.

C'est le programme communiste tel que Marx et Engels (le Manifeste de 1848) puis Lénine l'ont élaboré qui a été appliqué, en Russie puis ailleurs, avec parfois des variantes nationales souvent plus radicales: le maoïsme s'est révélé encore plus mortifère que le stalinisme, le polpotisme cambodgien plus destructeur encore que le maoïsme.

Parler de «révolution d'octobre» donne une aura à l'événement, et permet de voir le processus communiste sous un jour favorable tant tout acte révolutionnaire correspond dans l'imaginaire collectif à une avancée positive dont le modèle reste 1789.

Il n'est pas innocent que la propagande soviétique ait cherché à assimiler le coup d'Etat à ce moment fort de l'histoire française, cela l'est encore moins de continuer à le faire. Il en découle des mécanismes de défense qui cherchent à sauver l'idéal de sa réalisation, un cas unique au regard de l'histoire de ce XXe siècle totalitaire.

L'immunité recherchée tient au projet même du communisme, annoncé comme l'ultime étape de l'humanité, l'âge de la félicité pour tous.

Cette espérance repose sur l'une des plus vieilles revendications de l'être humain, l‘égalité, dont la plupart des religions avaient fait leur credo pour l'au-delà, avant que le marxisme-léninisme la promette ici et maintenant, ce qui a assuré son succès.

Difficile de faire le deuil de cette aspiration si bien partagée, d'où les tentatives d'exonérer l'idéologie de sa pratique, donc de son bilan, pour n‘en garder que l'esprit, toujours chargé d'utopie.

La présentation révolutionnaire d'octobre 1917, que réactive ce centenaire, permet d'entretenir cette passion égalitaire, humaine, trop humaine.

«Le communisme, c'est zéro pour toi, zéro pour moi», a dit un jour le numéro deux du régime khmer rouge devant de jeunes cambodgiens. C'est probablement la meilleure définition qui existe, mensonge compris.

Les dirigeants communistes, eux, ne se sont jamais contentés de rien.

Commentaires

  • Le tsar Nicolas II a largement contribué à l'émergence du communisme prôné par Lénine et puis Staline.

    Le tsar n'a pas entendu les plaintes de son peuple.

  • C'est vrai mais on a prêté très peu attention aux analyses de socialistes sincères qui dénonçaient le leninisme ( L' élimination de Zinoviev et Kamenev, la commune de Cronstadt, Rosa Luxembourg et Carl Liebknecht ....
    On n' a pas voulu voir non plus qu' auparavent l' ère industrielle avait transformé la pauvreté en misère noire. Rerum Novarum est venu bien tard et ne fut pas suivie par tous les catholiques.
    On a même vu des chrétiens s' allier de plus en plus aux libéraux pour sauver le capitalisme sans vouloir voir que le liberalisme véhiculait une morale de plus en plus mortifère.

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