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Belgique : bientôt un débat national sur l'euthanasie des malades psychiatriques ?

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BELGIQUE : VERS DÉBAT NATIONAL SUR L’EUTHANASIE DES MALADES PSYCHIATRIQUES ?

 de genethique.org (7 novembre)

Quarante-deux psychiatres, psychologues et universitaires ont publié une lettre ouverte la semaine dernière appelant à un « débat national sur l’euthanasie et la maladie mentale » en Belgique. « L’euthanasie comme réponse à une souffrance psychologique insupportable et inutile est véritablement problématique », écrivent-ils, « il s’agit de personnes qui ne sont pas en fin de vie et qui en principe, pourraient vivre encore longtemps et, par conséquent, il faut être extrêmement prudents à la fois sur le plan clinique et légal ». La loi actuelle ne définit pas précisément les critères exacts d’une souffrance psychologique intolérable, elle conduit à un « no man’s land légal ». La décision dépendrait ainsi « simplement de la manière dont un psychiatre interpréterait ou testerait les symptômes » du patient « en fonction de ses propres hypothèses ».

Cette déclaration intervient alors que les « observateurs internationaux s’alarment de plus en plus de l’évolution de la situation » et qu’un conflit oppose sur ces questions Lieve Thienpont, psychiatre, qui a procédé à l’euthanasie de nombreux patients sur base de leur souffrance psychologique, et Wim Distelmans, Chef de la commission fédérale sur l’euthanasie et « un des médecins les plus éminents de l’euthanasie en Belgique ».

Wim Distelmans dit avoir été « choqué » du manque de respect des critères belges de l’euthanasie dont Lieve Thienpont a fait preuve envers ses patients atteints de troubles mentaux.

Selon Ignaas Devisch, bioéthicien à l’université de Gand en Belgique, décider d’euthanasier une personne autrefois capable d’autodétermination et désormais « incapable d’articuler leur pensée d’une manière appropriée » révèle « un gigantesque problème ». Et une psychiatre raconte que « curieusement les personnes souffrant de troubles mentaux moins sévères et facilement traitables demandent plus l’euthanasie que les patients sérieusement malades. L’euthanasie est devenue un nouveau symptôme, souvent un appel à l’aide "Est-ce que je vaux encore la peine de vivre ou est-ce que tu m’abandonnes ?" … mais ce symptôme a des conséquences particulièrement dangereuses ». « Depuis la loi sur l’euthanasie, il y a comme une forme de folie dans notre travail : alors que nous avons toujours dû être vigilants aux menaces de suicide en tant que psychiatre, il y a maintenant la menace de l’euthanasie. »

Dans un récent livre publié aux presses universitaires d’Oxford, Euthanasia and Assisted Suicide : Lessons from Belgium, David Albert Jones[1], Chris Gastmans[2] et Calum MacKellar[3] soulignent le manque de transparence du système : « Seize membres seulement supervisent des milliers de cas » d’euthanasie. Un seul cas a été référé à un procureur et ils estiment que « seulement la moitié de tous les cas sont signalés ». « La mort par euthanasie en Belgique n’est généralement plus regardée comme une exception, nécessitant un recourt juridique spécial. Elle est très souvent considérée comme une mort normale et même un avantage, qui ne doit pas être restreint par des justifications particulières ».

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[1] Du centre d’Oxford Anscombe Bioethics en Angleterre.

[2] De la faculté de médecine de la KU Leuven en Belgique.

[3] Du conseil écossais de bioéthique humaine.

 
Sources: Mercatornet, Michael Cook (07/11/2017)

Commentaires

  • Il n’y a pas à dire : nous progressons beaucoup et de plus en plus vite... vers la barbarie. Déjà dans les années 70, le philosophe Gustave Thibon écrivait un texte admirable sur « La vieillesse encombrante » (La Libre Belgique, 9 novembre 1973 : il y a 44 ans !), invitant le lecteur à « méditer sur le sort amer de tant de vieillards dans la société contemporaine ». Et il poursuivait : « Deux facteurs caractéristiques de notre époque contribuent à les isoler : l’oubli du passé et la dépréciation de la vie. » Tout sombre qu’il fût, le pénible tableau qu’il brossait était loin de la réalité d’aujourd’hui. En mars 2013, parut dans La Revue générale, un « Courrier des lecteurs » qui s’en prenait vivement à ladite revue pour avoir « dans ses deux derniers numéros, fait largement écho à la question de l’euthanasie, ressuscitée après dix ans sous la plume agressive d’un catholique militant rivé à la doctrine, qui n’hésite pas à répondre à la diatribe par la diatribe ; sous celle d’un juriste rigoureux qui, tout en affirmant, comme il se doit, son respect d’une loi dûment votée, s’oppose à tout élargissement de ses applications ; et celle d’un religieux qui, d’une manière que d’aucuns pourraient qualifier de « jésuitique », élude le débat de principe [...] ». Le texte était signé « Christian de Duve ». On sait quand et comment l’éminent savant quitta ce monde. Qui était ce juriste ? Qui était ce religieux ? Il messiérait peut-être de les nommer ici. Quant au « catholique militant (...) », il avait, en effet publié, en janvier 2013 un article intitulé : « L’euthanasie en Belgique... et ailleurs : sombres perspectives ». Cette étude, solidement documentée, observait que, de 2002 à 2012, sur 5.537 euthanasies déclarées, le nombre de dossiers ayant abouti sur le bureau d’un procureur pour non respect des conditions requises s’élevait à zéro : une belle preuve que la loi avait été observée à la lettre... ou qu’elle était superflue. L’auteur de l’article tant critiqué avait été jusqu’à mettre en évidence que la procédure (très « filtrante ») d’évaluation et de son suivi était d’une inefficacité prévisible dès lors que la composition de la fameuse commission d’évaluation pouvait apporter un certain éclairage sur l’excellence du travail accompli. L’auteur de l’étude ayant attiré l’hommage assez particulier d’un Prix Nobel, vous l’aurez deviné, est celui qui signe la présente note. Mutien-Omer Houziaux.

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