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Quand un papa patriarche pudibond repenti se confesse

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Une opinion de Joseph Junker parue sur le site de LaLibre.be :

Confession d’un PPP (papa patriarche pudibond) repenti (OPINION)

L’éducation sexuelle présentée par le site Sensoa à nos enfants propose une "bonne" pornographie d’Etat. Je n’avais pas compris, moi, l’horrible pudibond réactionnaire…

C’est un papa repenti qui vous écrit. Oui, je dois vous l’avouer, j’ai été tout d’abord indigné et révulsé par le site explicite conseillé par Sensoa à des écoliers. J’ai passé une bonne heure à en discuter avec mon épouse et des amis inquiets dont l’enfant de 10 ans avait reçu le fascicule en question. Nous nous croyions capables de choisir nous-mêmes l’éducation à donner à nos enfants. Nous nous croyions autorisés à mieux savoir que Sensoa comment leur transmettre notre vision de la vie affective. Arrogants que nous étions ! Sensoa et le ministre Sven Gatz me l’ont bien expliqué, et je dois vous faire cette confidence : j’étais en fait tellement pudibond !

Pudibond parce que…

Pudibond, parce que je me suis permis si allègrement de faire l’impasse sur la distinction sibylline entre site "érotique" et "pornographique". Longtemps j’ai cherché l’once de subtilité qui pourrait faire mériter à cet étalage de sexe cru et explicite le qualificatif "érotique". N’avais-je donc pas compris que seule l’intention compte ?

Pudibond parce qu’il me faut vous avouer que j’ai fait partie des "illusionnés" que la stratégie de Sensoa tracasse. Le raisonnement est pourtant limpide, bon sang ! Puisque nous ne parvenons pas à protéger nos jeunes de la "mauvaise" pornographie, puisqu’ils savent tous où la trouver en abondance, distribuons directement en classe une "bonne" pornographie d’Etat, revêtue de toute la légitimité éthique et morale qu’il reste encore à notre école ! Idée géniale n’est-ce pas, de combattre la pornographie… en permettant désormais à vos fils et aux miens d’en consommer de manière responsable, avec l’aval du corps professoral ! En guise de repentir, je ne saurais d’ailleurs que trop prier le ministre Gatz de montrer toute l’étendue de sa modernité en mettant sans tarder à la disponibilité de chaque école secondaire de Flandre une salle de shoot sécurisée dernier cri. Tant qu’à fumer, autant que ça soit de la bonne n’est-ce pas ?

Quoi, vous êtes choqués par mon idée ? Arrêtez donc de vous "voiler la face", vils réactionnaires va !

Feu d’artifice de positions

Je suis le pire des obtus, je vous l’avoue, car dans toute ma pudibonderie patriarcale cisgenre, je n’avais pas compris qu’il existait, à côté de la "mauvaise" pornographie, une "bonne" pornographie. Grâce à Sensoa, je commence enfin à entrevoir ce qui permet de rendre la pornographie responsable. 1) Qu’elle soit dessinée; 2) qu’elle soit destinée aux mineurs et surtout; 3) qu’elle soit "diverse" : blanc sur noir sur jaune sur rouge sur blanc sur homme sur autre homme sous femme sur autre femme, à l’endroit ou à l’envers,… un feu d’artifice tellement beau qu’on leur pardonne même volontiers d’avoir omis de dessiner le sacro-saint préservatif ! (Ne cherchez pas d’autres différences, il n’y en a aucune, sinon une série d’explications mécaniques et d’histoires de sexes qui, à n’en pas douter, ne défigureraient pas les plus licencieuses publications du genre).

Oui, mes amis, je suis un horrible pudibond réactionnaire. J’ai même cru naïvement et stupidement qu’alors que Twitter déborde de #metoo et autres #balancetonporc, qu’à l’heure où la majorité des femmes seront victimes au moins une fois dans leur vie d’agressions sexuelles, la priorité serait de trouver des moyens concrets pour éviter d’habituer nos garçons dès leur enfance à se repaître du corps d’une femme comme d’un objet. D’éviter que le porno n’asservisse leur cerveau, ne détruise leur vie sexuelle naissante ni ne pollue leur regard sur l’autre sexe. Je sais dorénavant que la priorité, c’est d’apprendre à regarder le corps de l’autre comme un objet, mais de manière responsable et consentie. Ce n’était pourtant pas bien compliqué de voir à quel point s’attaquer au porno pour de vrai serait prude (berk) et conservateur (pouah !).

Je suis patriarche

Mais aujourd’hui, grâce à Sensoa, j’ai compris qu’il n’est rien de tout cela. Car le vrai responsable, je suis amer de vous le dire car je viens d’en prendre conscience, n’est autre que l’humble vermisseau que je suis.

Je dois vous le confesser, je suis le pire des patriarches. J’ai eu la faiblesse de défendre la transmission masculine du patronyme, qui me vaut encore aujourd’hui une rancune tenace mais j’en suis certain méritée de la part d’une partie du corps féministe. J’éprouve un malin plaisir à parler de madame "le" ministre en répétant à qui veut l’entendre qu’en français, le genre n’a pas de sexe. J’ai gardé un faible pour l’adorable mot "mademoiselle" et vante à longueur de journée la complémentarité homme-femme. En matière de galanterie, la liste de mes méfaits serait trop longue à détailler tant il m’arrive fréquemment aujourd’hui encore de leur tenir la porte, leur donner le bras avec condescendance ou pire en les complimentant sur leur robe. Je me complais volontiers dans le rôle du chevalier protecteur s’amusant à impressionner la racaille vespérale qui papillonne un peu trop près des dames dans le métro. Pire, j’ai honte de vous l’avouer, quand un individu un peu louche manque de respect à ma sœur, j’éprouve de manière quasi irrépressible l’envie protectrice et paternaliste à peine dissimulée de casser la figure de l’importun.

Grâce à Sensoa, Sven Gatz et Cie, je puis désormais faire amende honorable et devenir un homme nouveau. Car je sais à présent que j’ai fait fausse route, et qu’en fait, le vrai problème, le vrai responsable de #metoo, c’est moi.

Faire de mes fils des hommes

Il me reste encore une étape ultime que je ne parviens pas encore à franchir. J’ai beau essayer par tous les moyens, je ne suis pas parvenu à renoncer à l’ambition de faire de mes 4 fils des hommes, des vrais. C’est-à-dire en faire des garçons qui savent regarder une femme dans les yeux, pour qui la vie affective ne se résume pas qu’au sexe et qui ne parlent de personne comme d’un objet comme je l’entends si souvent sans que cela n’émeuve personne; en faire des hommes qui sauront qu’enfiler les filles comme d’autres les perles n’est pas plus glorieux que de se repaître de la nudité de quelqu’un ou d’acheter le corps d’une prostituée; en faire des hommes qui auront appris à aimer en cœur, corps et âme. Bref, à tout faire pour qu’ils ne deviennent pas des porcs.

Pauvre rêveur que je suis dans le monde d’aujourd’hui ! Quand j’aurai renoncé à cette folle chimère, quand je serai enfin prêt pour le monde libéré et radieux qu’annonce Sven Gatz, je pourrai confier l’éducation affective de mes fils à Sensoa, qui sait bien mieux que nous, pauvres parents, ce qui est mieux pour eux.

Je n’aurais pas évité d’en faire des porcs. Mais au moins ils seront devenus des porcs responsables. Et pour ça, je pourrais remercier Sensoa jusqu’à la fin de mes jours.

Commentaires

  • La société occidentale « post-moderne » se meurt de schizophrénie : de la dissociation éros et agape. L'amour fait peur alors on se réfugie dans son ersatz : le sexe sans amour. Et comme un ersatz n'est jamais satisfaisant on multiplie les ersatz. Mais tant que l'on retrouvera pas l'authentique on accumulera les frustrations.
    John-Paul

  • Lorsque je regarde un sexe d'homme ou un sexe de femme, je vois des organes complémentaires dont la fonction première et primordiale est la reproduction. Je sais bien que je n'ai pas utilisé mon sexe seulement pour engendrer, mais éliminer la fonction génitrice de la sexualité m'apparaît un déni de réalité. Et pour ne pas engendrer et jouir quand même, certains sont prêts à tout (même parfois à tuer).

  • Il y a du sexe sans amour et de l'amour sans sexe. Mais parfois, parfois, les deux vont de pair ; et la jouissance est la plus intense, le plaisir le plus grand. Comme je voudrais que les « éducateurs à la sexualité » ne perdent pas cette réalité de vue. Comme je voudrais qu'ils n'inspirent pas la crainte de l'amour qui est un don où chacun enrichi l'autre.

  • ... j'espère que dans ces cours, on parle quand même de Dieu Créateur. (?) C'est sans doute le moment pour prendre conscience du grand génie qu'est notre Dieu par cette découverte du corps humain et en parallèle toute la Création si bien organisés pour le bonheur de l'Homme lequel cherchera et trouvera quelle est sa Vocation sur cette terre. Quel est le plan divin sur moi ?
    Occasion de s'émerveiller de tant de bienveillance pour chaque créature si bien constituée pour porter du fruit. Seul Dieu pouvait créer tant de beauté...
    Comme nous savons qu'il faut utiliser notre corps avec grand respect, bienveillance et qu'il faut bien le connaître pour vivre en bonne harmonie avec notre Créateur d'abord et avec celle ou celui qu'Il nous enverra pour compagne ou compagnon de vie, ou pas. Oui. , Il est primordial de vivre à son Ecoute, (nourriture spirituelle : Parole, et Vie)
    Je ne vois que gratitude et envie de bien faire pour ne pas lui déplaire.

  • Merci Aubelle, entièrement d'accord.
    « bonheur de l'Homme », « Occasion de s'émerveiller », « tant de beauté », « grand respect, bienveillance », « bonne harmonie », « gratitude » .. comme j'aime votre façon de dire les choses.
    Mais ce que vous vivez, ce que nous vivons, n'est possible que dans le Christ mort et ressuscité par amour.
    Dieu n'a pas de sexe, mais Il est amour. Il est amour car trinitaire et est trinitaire car Il est amour. Avant tout temps et au-delà de tout espace, Dieu est intrinsèquement relation amoureuse entre trois « personnes ».
    L'homme et la femme sont faits à l'image et à la ressemblance du Dieu Unique. La vocation de l'homme est fondamentalement l'amour (pas d’abord le sexe).
    Shimon.

  • A Aubelle.
    La laïcité agressive, celle qui s'identifie à un athéisme matérialiste, (ou plutôt à un anti-théisme), supprimant toute transcendance, aplati l'homme dans le monde. L'homme est réduit à un animal pensant, à un corps ne laissant aucune place à une âme.
    La « libre pensée » n'est souvent que la justification (inconsciente?) du libertinage. Voltaire est contemporain de Marivaux, Rousseau du marquis de Sade, Diderot de Choderlos de Laclos.
    Le rejet de Dieu peut-il ne pas s'accompagner du rejet des sa propre nature humaine (qui est relation) et n'aboutit-il pas à un enfermement dans un bien triste individualisme égocentrique ?
    Lévi.

  • « Pierre qui roule n'amasse pas mousse »
    « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger »
    Certes la gourmandise est un péché capital,
    mais c'est d'abord une erreur diététique foudroyante.
    « On creuse sa tombe avec les dents ».
    « On peut vivre sans sexe, mais pas sans amour ».

  • L'amour se construit pas à pas, jusqu'à son dernier souffle dans l'amour. C'est un chemin merveilleux qui n'est pas donné à tous. Certains ne connaissent qu'un sexe misérable. N'y enfermez pas les enfants, parce que vous n'avez pas, vous, pu vivre le grand, le bel amour. Soyez grand, soyez généreux. Respectez leurs rêves. Respectez les. S'il vous plaît.

  • Malgré la pornographie envahissant tous les média, malgré l'hyper-érotisation de la société, malgré la propagande intensive pour le divorce, il est encore possible de vivre sa sexualité comme un don personnel réciproque total. Un don est définitif, sinon c'est un prêt ou une location. S'il est total il ne peut être fait que à une seule personne, sans réserve ni restriction mentale. Alors il devient l'exaltante aventure de toute une vie. Il n'est jamais trop tard pour un grand amour.

  • A John-Paul.
    Les libertaires poursuivent le rêve illusoire (donc mensonger) d'une liberté « sans limite », sans ancrage et détachée de tout. Un bateau ivre ayant rompu ses amarres.
    La véritable liberté, intérieure, est toujours celle de la libération de toute nos addictions, et l'addiction au sexe n'est pas celle dont il est le plus facile de se libérer. Ne créons pas d'addiction chez les enfants, en réduisant la sexualité à la recherche exclusive du plaisir. Elle est bien plus que cela.

  • A Juliette, à Aubelle
    Mtt 5, « 27. Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas l'adultère. 28 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle. »
    L'important, l'urgence absolue, n'est-elle pas de montrer aux enfants la joie et la fécondité d'un libre engagement total. La grande et profonde joie de la réalisation de soi face à des plaisirs éphémères finalement délétères.
    Jésus a plus d'une fois non seulement dénoncé l'égarement de l'adultère, mais aussi mis en garde contre la nocivité de toute ébauche de débauche, de toute concupiscence.
    Mt 18,7 Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive ! 6. Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer.

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