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Quand Jean d'Ormesson confessait sa foi

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Le 12 juin 2014, sur le Figaro, Etienne de Montety interviewait Jean d'Ormesson qui vient de nous quitter :

Jean d'Ormesson: «Croire en Dieu, on aurait tort de s'en priver…»

INTERVIEW - Il publie un très personnel cantique de la Création.

En 1980, Jean d'Ormesson écrivait Dieu, sa vie, son œuvre. En 2014, son panthéisme joyeux s'est transformé en action de grâces. Il publieComme un chant d'espérance: un court livre où l'écrivain fait part de son émerveillement et de sa stupéfaction face au mystère de l'univers. Il le fait avec brio, comme à son habitude. Commencé comme un court traité de cosmologie, le livre tourne vite à la quête de Dieu. Ce Dieu-là n'est pas celui qui régnait en maître chez ses grands-parents à Saint-Fargeau, il y a cent ans ; c'est une Personne plus insaisissable et plus riche à la fois: l'auteur des beautés de la Création, et celui qui donne la vie et la joie. Et ce Dieu, Jean d'Ormesson l'avoue, l'émeut chaque jour davantage.

À quand remonte votre intérêt pour Dieu?

Mon livre traite de Dieu, non pas parce que je vieillis, mais parce que ce sujet m'intéresse depuis longtemps. J'ai été élevé dans la religion catholique. Généralement, quand les gens disent ça, c'est pour mieux s'en démarquer. Ce n'est pas mon propos. Je ne suis jamais allé au catéchisme, hormis quelques mois au cours Bossuet, c'est ma mère qui m'a transmis la foi. Enfant, j'ai lu et relu l'Histoire sainte. Je revois mon père, qui était un catholique de gauche, me disant: est-ce bien vrai, tout ça? Sa remarque m'ouvrit un abîme de perplexité. Je n'ai jamais été très pieux, mais face aux mystères de l'existence, j'ai toujours manifesté un sentiment d'étonnement. Je suis étonné d'être en vie, je n'en reviens pas que le soleil se lève le matin ; je suis stupéfait d'écouter l'andante du Concerto 21 de Mozart. L'éternité, le temps, l'histoire me remplissent d'étonnement

Avez-vous conservé la foi de votre enfance?

À trente ans, j'étais toujours dans le même état d'esprit, mais toujours aussi peu pieux: je célébrais Dieu dans sa création. Si j'étais né aztèque, je crois que j'aurais été un adorateur du Soleil. Je trouvais des raisons de croire en découvrant la lumière du matin sur la Méditerranée, dans les calanques de Porto, en Corse, mais aussi en séjournant à Palmyre, à Rome, à Venise, à Damas, devant la mosquée des Omeyyades. Face au mystère de la création, il m'a toujours paru impossible de s'en tenir aux certitudes. Mes doutes m'embarrassaient, me paralysaient jusqu'à ce que j'apprenne que les plus grands saints ont douté. Ainsi Mère Teresa elle-même a connu des périodes de doutes profonds. Léon Bloy a raison: il n'y a qu'une tristesse, c'est de ne pas être un saint. Mais un saint n'est pas un être parfait!

Pas pieux, donc, mais croyant…

Je n'accorde pas une grande importance à l'astrologie, mais je note que je suis Gémeaux, signe de la dualité. Je suis gaulliste et européen, de droite mais assez à l'aise avec des hommes de gauche comme Mitterrand et Mélenchon. Et je suis catholique et agnostique. Songez que lorsque j'assiste à une messe, je suis volontiers un peu ironique. Mais je ne supporte pas qu'on critique la foi catholique devant moi. De nombreux auteurs me confortent dans cette position ambivalente. Il y a une histoire célèbre chez les juifs, ce sont deux rabbins qui se disent: «L'important c'est Dieu, qu'il existe ou non.» Un Père de l'Église dit par ailleurs: ma foi est la forme de mon espérance. C'est exactement mon cas.

Alors à quoi croyez-vous précisément?

Ce qui ne laisse pas de m'étonner et de m'émerveiller, c'est l'Incarnation: Dieu s'est fait homme. Je sais bien, avec Renan, que dans de nombreuses religions anciennes, les dieux prennent forme humaine: Zeus prit les traits d'Amphitryon pour séduire Alcmène. Mais le Dieu des chrétiens est le seul qui s'incarne par amour. L'amour est la grande nouveauté du christianisme qu'on retrouve dans d'innombrables propos du Christ: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés», etc. Les chrétiens le savent: quand ils font le bien, c'est à l'imitation de Dieu, mais je suis rempli d'admiration pour les non-chrétiens qui font eux aussi le bien.

Votre livre montre cependant que votre approche de Dieu procède plutôt de la science que la foi.

Le XXe siècle a été un siècle horrible à cause des guerres et des massacres. Et un siècle magnifique à cause de la science. On y a fait des découvertes exceptionnelles notamment concernant les origines de l'Univers, de Planck à Hubble. La réflexion sur l'univers est proprement saisissante: nous vivons sur une scène, coincés entre le mur de Planck qui donne le départ de l'Univers et celui de la mort. Nous vivons dans une parenthèse miraculeuse, qui a eu un commencement et aura une fin.

Tous ces scientifiques nous éclairent sur la façon dont a pu se construire l'Univers. Mais pourquoi tout ceci a-t-il été créé?

Ça relève de la foi. «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» demandait Leibnitz. Or la nécessité de l'Univers n'est pas nécessaire. D'ailleurs, la science et la foi ne sont pas du tout incompatibles. Il est loin, le temps où Bertrand Russell pouvait, après une longue discussion sur l'existence de Dieu, couper court en disant: «Vous ne m'avez pas donné assez de preuves…» Croire en Dieu, c'est beaucoup plus simple que de ne pas y croire, et c'est beaucoup plus encourageant. On aurait tort de s'en priver!

Il y a le mal qui est un mystère et un scandale, qui peut faire douter de Dieu.

Oui, mais le mal est arrivé avec l'homme et avec la pensée. Avant l'homme, le mal n'existe pas. Il y a la souffrance, mais pas le mal. Le mal est l'apanage de l'homme. Car le mal est indissociable de la conscience du mal. Il procède de l'homme, de sa responsabilité, c'est-à-dire de la liberté de faire le mal. Le mal est le prix de notre liberté. Dieu n'est pour rien là-dedans.

Et l'Église catholique dans tout ça, comment la trouvez-vous?

Les ricaneurs sont nombreux qui citent Loisy: «Jésus annonçait le royaume, mais c'est l'Église qui est venue»… Or la succession de trois papes, Jean-Paul IIBenoît XVIet François, chacun illustrant à sa manière les trois vertus théologales, l'espérance, la foi et la charité, montre le caractère durablement exceptionnel de l'Église catholique, et ce depuis deux mille ans. Je mourrai dans son sein si elle veut de moi et j'aimerais bien avoir un prêtre à mes côtés.

Comme un chant d'espérance, de Jean d'Ormesson, Éditions Héloïse d'Ormesson, 160 p., 16 €.

Commentaires

  • J'ai lu au moins 6 ou 7 bouquins de Jean d'O notamment son "juif errant" quand j'avais 19 ans. Je conseille ce livre pour ceux qui ne l'auraient pas lu. Je regrette que dans aucune nécrologie des grands quotidiens on ne rappelle qu'il était catholique.

  • Un grand monsieur nous a quitté.

  • Lamentations universelles sur la mort de Jean d'Ormesson. Rarement un écrivain aura été aussi surfait. Ses livres sont pour la plupart d'interminables et assommants bavardages amphigourés de bombastiques références culturelles ; çà et là, les éléments d'une philosophie de divan de curé flottent comme des yeux de gras dans le bouillon. Essayez ! Très vite, d'Ormesson vous tombera des mains après dix pages.

    Cet obstiné plastronneur fut un dandy universel et amphibien, soucieux avant tout de séduire : à La ville (Paris, naturellement), à la campagne (Bourgogne, Val de Loire... plus bas ça fait plouc), aux tables parisiennes, dans les galeries, au fond des coulisses : nul ne pouvait prétendre échapper à son oeil bleu turlupin : chiens, chats, domestiques, courtisans, politiciens, Personnages Historiques, Passé, Présent et Avenir, salut ! plateaux télé et bien sûr, bien sûr... les phaaaames ! Je sens qu'il a dû passer la moitié de sa vie à regarder sa silhouette passer dans les vitrines et l'autre moitié à disserter sur les Reflets de Lui-Même en pied.
    Un seul personnage l'intriguait : Dieu ! Pensez donc : Quelqu'un de plus célèbre et de plus Omniscient que Jean d'O.

    Chose qui ne trompe pas : Macron a reconnu en lui l'un de ses aïeux à tête de bouquet de fleurs : le bon et chic Jeannot représenterait la quintessence de l'esprit français... dans son acception la plus dramatique (celle qui fait perdre les empires) : le Badinage, la Légèreté, la Pirouette... Bref, le Vent qui se prend pour l'Esprit. Un seul de ses titres peut résumer toute son oeuvre : "Presque rien sur presque tout". Autant dire : "Tout ça pour ça", en quarante volumes.

    Parmi ses citations les plus prudhommesques, relevons :
    «J'ai beaucoup ri. J'ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n'est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle» (C'était bien, éd. Gallimard, 2003). En gros : Je me suis bien marré et puis basta.

    «C'est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle.»
    Envie métaphysique de savoir ce que l'oracle appelle "quelque chose au-dessus de la vie" : Jean d'O. peut-être ?

    «Toute mort est un mystère parce que toute vie est un mystère.»
    (Voyez comme on danse, éd. Robert Laffont, 2001) ; je propose la pirouette à l'envers, vérifiez, ça marche aussi : "Toute vie est un mystère, parce que toute mort est un mystère". Brrr.

    «Personne ne sait jamais ce qu'on gagne avec une naissance. On n'y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu'on perd.» (Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, éd. Gallimard, 1981). Résumé pour les ignares : "En naissant on n'a rien, en mourant on perd tout". Fortiche.

    Une petite dernière, pour la route : «L'argent tombe sur le monde, comme une vérole sur le pauvre peuple, bien après la pensée, bien après l'émotion, le cri, le rire, la parole, et après l'écriture.» (Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, éd. Robert Laffont, 2013). Sans vouloir être désobligeant, je pense que l'argent est tombé sur Jean d'O avant sa pensée, etc.

    ______
    Extrait du forum catholique :

    Voici ce que ce "croyant" disait de Dieu. Ce n'est pas précisément la profession de foi d'un catholique....Depuis son château de Fornali, dans la baie de San Fiurenzu en Corse, il répondait ainsi aux question de Corse Matin le 15 août 2014:

    Le monde n'existe pas sans Dieu. Quelques mots tirés du livre qui prennent la forme d'une révélation. Vous en avez mis du temps…

    Quelque part ailleurs, dans le livre, une autre formule que j'emprunte au dialogue entre deux rabbins : « Le plus important, c'est Dieu… qu'il existe ou qu'il n'existe pas ».

    Il y a autant de preuves de l'existence que de la non-existence de Dieu, et il est possible de détruire chacune de ces preuves.

    Le philosophe espagnol Unamuno disait : « Croire en Dieu, c'est avant tout et par-dessus tout vouloir qu'il existe ». Croire, ce n'est pas savoir. Alors, si vous me posez la question : « Dieu existe-t-il ? », je vous réponds : « Je ne sais pas ». Mais si vous insistez en me demandant « de répondre par oui ou par non », alors je réponds « oui ».

    Vous expliquez encore que la Création de l'univers, l'explosion primordiale, se fait à la précision du centième du milliardième de seconde. Ce n'est pas du hasard ou sinon le hasard, c'est Dieu…

    Et quelle sera votre dernière pensée à vous ?

    Je l'ignore, mais j'espère entendre la pensée de Dieu quand il me verra : « Je te pardonne ».

    Une fois dans l'au-delà, à quoi verrez-vous que vous êtes en enfer ou au paradis ?

    Je m'en remets à la sagesse de Barbey d'Aurevilly : pour le climat, je choisis le paradis, mais pour la compagnie, je préfère l'enfer.

    De tous les Dieux qui régissent le monde, duquel vous sentez-vous le plus proche ?

    Vous savez que j'ai un côté païen très prononcé. Mais à défaut de savoir si Dieu existe, on peut toujours le choisir. Qu'il s'agisse des juifs, des chrétiens ou des musulmans, le Dieu unique est une invention récente, à peine 3 000 ans avant notre ère.

    Comme Pascal, je crois en l'homme car il y a en lui quelque chose de divin.

    Il ne représente qu'un grain de sable mais il a ce génie extraordinaire d'avoir reconstitué notre histoire depuis 13,7 milliards d'années. Aussi, on ne peut se faire une idée de Dieu qu'à travers les hommes. Et la seule façon d'aimer Dieu, c'est d'aimer les hommes.

    ________________

    Laissons là, pour ne point lasser, ce laborieux La Bruyère, et prenons les paris : dans cinq ans PLUS PERSONNE ne lira une ligne de ce courtisan du Monde.

  • Un "grand monsieur" ? Peut-être.
    Un grand bavard. Sûrement.

  • A Etienne et Pierre René Melon,
    A tous ceux qui se sentent mal après la lecture de " la chose " ci dessus écrite par PR Melon, écrivain .
    Il y a plusieurs articles sur Jean d' Ormesson sur aleteia.org fr
    Une très bonne soirée à tous .

  • Question à PR Melon :
    Jean d'Ormesson taquinait -il ( oeil turlupin) les chiens, les chats, les domestiques ?

    " La critique c'est l' art de faire aimer " disait Jean-Louis Bory
    Quelle belle définition. surtout pour un site catholique !!!

  • A PR Melon : "L' Eglise catholique ....... Je mourrai dans son sein si elle veut de moi et j' aimerais bien avoir un prêtre auprès de moi " interview du 12 juin 2014 .
    Face à ces quelques lignes dignes du bon larron ( devenu Saint Dismas ), que pèsera votre fatras de citations hors contexte, non datées, non référenciées ?
    Savez vous, Monsieur Melon que nous n'avons pas à juger de la Foi de notre prochain . Ce n'est pas à vous de mettre des guillemets au mot croyant . Ni de juger du temps mis par quelqu'un à se convertir ( Voir les ouvriers de la dernière heure et Matthieu 5 - 22 : " Celui qui dira à son frère " Raca" -c-à-dire incroyant -mérite d'être puni par le Sanhedrin . "
    Bonne journée.

  • Désolé, Thérèse, la critique c'est l'art de discerner les choses décisives des choses accessoires (c'est le sens du mot grec "krinein" d'où "critique" tire son origine). Or, le pauvre Jean d'O s'est complu dans l'accessoire, le faux-semblant, les apparences. J'ai le droit de le penser (le dossier est très épais) et j'ai même le droit de le dire à ma façon baroque.

  • Thérèse, félicitations pour votre promotion au Sanhédrin !
    (Je pensais que cette docte assemblée était réservée aux hommes, mais les lumières de votre discernement ont brisé les obstacles. Bravo).
    Je me permets juste de vous donner un conseil : Si un jour vous voyez passer devant votre tribunal un type un peu original, qui ne pense pas comme la foule, qui refuse même de répondre à ses accusateurs, etc. Évitez de le condamner à mort ; vous pourriez le regretter...
    Bonne journée. (N'oubliez pas de prier pour Johnny Hallyday dont je ne ferai pas l'éloge funèbre en ce lieu.)

  • J' ai simplement voulu défendre quelqu'un qui avait le droit d'être défendu comme tout le monde .

  • A PR Mélon
    Vous avez parfaitement le droit de ne pas aimer Jean d'Ormesson. Mais vous n'avez pas celui d'insulter sa mémoire comme vous le faites de manière répétée.
    Vos interventions haineuses, y compris à l'égard de vos contradicteurs, n'apportent strictement rien de constructif. C'est à cause de gens de votre espèce que, durant plusieurs mois, le site avait supprimé la possibilité de commenter les dépêches.

  • À Pierre René Mélon
    Je ne suis pas sûr que votre gaieté aurait plu à notre funambule.
    Quoique...

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