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La prédication destinée aux individus est une chose, la responsabilité qu’a chaque État vis-à-vis de son bien commun en est une autre

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De l'abbé Guillaume de Tanoüarn sur le site "Boulevard Voltaire" :

ABBÉ GUILLAUME DE TANOÜARN : « IL Y A UNE DIFFÉRENCE FONDAMENTALE ENTRE LA PRÉDICATION AUX INDIVIDUS ET LA POLITIQUE DES ÉTATS »

Les propos du pape sur l’accueil des migrants dans son sermon de la messe de minuit suscitent commentaires et polémique.

L’abbé Guillaume de Tanoüarn apporte son éclairage de prêtre sur cette question des migrants. Selon lui, on ne peut confondre charité et tolérance.

L’homélie du pape François sur les migrants a fait couler beaucoup d’encre. Pouvez-nous nous éclairer ?

Il est certes question des migrants, mais j’ai été frappé par la manière extrêmement spirituelle dont il en a parlé cette fois, beaucoup plus spirituelle que politique.

De ce point de vue spirituel, le pape ne peut pas dire autre chose que prôner l’accueil, comme l’a fait d’ailleurs le pape Pie XII dans les mêmes termes.

Le pape François parle de la fuite en Égypte de la sainte Famille. Le premier qui ait compris que cette fuite en Égypte était le modèle de l’immigration, de la fuite de son pays, c’est le pape Pie XII. Dans le document Exsul familia nazarethana (la famille de Nazareth exilée) de 1947, il montrait quel était le modèle de tous les émigrés.

Je crois que le discours urbi et orbi ne fait pas du tout mention des migrants, mais au contraire s’intéresse à beaucoup de situations dans le monde, prône la paix à Jérusalem, fait part au cher peuple vénézuélien de son attachement, parle du Bangladesh et de beaucoup de pays dans le monde où les enfants se trouvent maltraités par l’Histoire et par les adultes.

Ce qui est frappant, dans le discours urbi et orbi, est qu’il n’est pas question des migrants en Europe.
Le pape ne souhaite pas se déjuger. Il continue donc à avoir un discours sur les migrants, mais un discours spirituel et non pas un discours politique comme était politique le discours pour la Journée mondiale des migrants.

En Europe occidentale, on a la politique de la porte ouverte, et en Europe de l’Est, certains pays commencent à fermer leurs frontières. Le message papal a du mal à passer auprès de certains inquiets de la conservation de l’identité de leur pays et de la sécurité de leur frontière.

On peut se demander si ce message papal est absolument libre.

Il faut bien distinguer la dimension spirituelle de ce message, qui est naturelle. Il est naturel que, spirituellement, nous prônions l’accueil, mais l’accueil de personne à personne, pas l’accueil au plan politique. Il ne faut pas confondre le plan personnel et le plan politique. Il ne faut pas ordonner les grandes décisions politiques quand on est incapable, personnellement, de cette vertu d’accueil que prône le pape.

Chaque pays est libre d’avoir sa politique et de préserver son bien commun qui lui est propre. Ce fameux vivre ensemble, ou bien commun, c’est la même chose. On voit bien, aujourd’hui, que notre vivre ensemble, notre bien commun ont du plomb dans l’aile. Il faut que les autorités politiques prennent leurs responsabilités à cet égard et défendent le bien commun.

La doctrine de l’Église ne l’a jamais nié. Dans certains textes, François a semblé passer outre.
Pour moi, il n’est pas entièrement libre. Lorsque son discours est politique, il est sous la pression des institutions internationales qui ont l’Église à l’œil. On peut dire qu’il y a une sorte de rivalité inégale politiquement entre l’ONU et l’Église. Cela oblige peut-être les autorités de l’Église à un discours qui est le discours normatif des institutions internationales et, donc, pro-migrants.

Signifiez-vous qu’il y a une différence à faire entre charité et tolérance ?

Il y a une différence fondamentale à faire entre charité et tolérance.

Il y a une différence fondamentale à faire entre la prédication aux individus et la conduite des individus d’une part, et d’autre part la politique des États avec la responsabilité qu’a chaque État vis-à-vis de son bien commun.

Le bien commun est une forme d’état des mœurs, c’est la vie commune. La vie commune est évidemment complètement modifiée lorsque des populations étrangères arrivent en nombre et d’une manière organisée. Cela pose un problème politique. Il est inutile d’aller chercher dans l’ordre spirituel une solution à ce problème.

Commentaires

  • - Il semblait bien que lors de son "discours" de Noël, il parlait du déplacement vers Bethléem et non de la fuite en Egypte.

    - Pour quelle (s) raison (s) faudrait-il qu'un pape adapte son discours aux considérations onusiennes ?

  • Le Père créateur a fait le ciel et la terre et l'homme à son image.

    L'ABBÉ DE TANOÜARN nous dit textuellement :
    "Le bien commun est une forme d’état des mœurs, c’est la vie commune. La vie commune est évidemment complètement modifiée lorsque des populations étrangères arrivent en nombre et d’une manière organisée. Cela pose un problème politique. Il est inutile d’aller chercher dans l’ordre spirituel une solution à ce problème."

    J'en conclus que le bien commun est hors de la sphère spirituelle.

    J'aime à croire qu'il s'est mal exprimé, qu'il croit à la présence de Dieu en tout et partout, y compris en politique.

  • Tout à fait, Paul Alban . Visiter les prisonniers, tous les prisonniers est une oeuvre de miséricorde demandée par Jésus Dès lors les croyants savent que ces visites bénificieront d'une aide spirituelle. Si on ne visite que les prisonniers politiques d'une certaine tendance , on pose un acte politique.
    De même, accueillir l' étranger est aussi une oeuvre de misériccorde demandée par Jésus pour laquelle les croyants se savent beneficiaires d'une aide et d'une inspiration spirituelles. Si pour des raisons politiques on n' accueille qu'une catégorie d' étrangers, on pose un acte politique. ( ex l' accueil des réfugiés antifranquistes avant la guerre ).
    Enfin, c'est comme celà que j' interprète l' Evangile ( " Tout ce que vous aurez fait aux plus petits ... Et " aimer sans faire acception de personnes " ....

  • Eh ben oui! Et en ce qui qui concerne l'accueil de l'étranger, quelqu'un pourrait-il me dire combien de migrants le pape a t-il accueilli entre les murs du Vatican? Plusieurs centaines? Seulement quelques dizaines ou simplement une minuscule poignée.? Voilà au moins qui nous permettrait de savoir combien il joint ses actes à ses paroles.

  • JPSnyers ,
    C'est la communauté de Sant ' Egidio qui s 'occuppe de l' accueil des étrangers au Vatican . Celà se fait dans la discrétion, la main gauche devant ignorer ce qu la droite donne. Les journalistes ne sont pas invités .

  • Accueil des étrangers au Vatican?... Même les douze migrants musulmans (et pas un seul chrétien persécuté, ce qui a provoqué l'indignation des chrétiens d'Orient) que le pape a ramené en avion n'ont pas été accueillis au Vatican mais seulement dispersés dans des paroisses du diocèse de Rome. Quant aux SDF chassés manu militari de la Basilique Saint Pierre, où à ceux qu'on laisse "généreusement" dormir la nuit dans le froid sous des colonnes, je suppose que pour eux non plus, il n'y avait pas de place...

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