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L'Eglise et la Chine : capitulation et trahison ?

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De Riccardo Cascioli sur le site de la Nuova Bussola quotidiana (traduction à venir):

La longue marche du Vatican vers la capitulation en Chine

La longue marche du Vatican vers la capitulation en Chine
 
La nouvelle est vraie: la délégation du Vatican a demandé à deux évêques légitimes de démissionner pour faire place à deux évêques de l'Association patriotique. Et le pape François connaît et partage toutes les démarches de ses diplomates en Chine. C'est ce qui ressort de la réaction immédiate du Saint-Siège en réponse à l'évêque émérite de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, d'abord avec la déclaration de la salle de presse Janvier 30, ensuite avec la longue interview accordée au Vatican Insider par le cardinal Secrétaire d'Etat Pietro Parolin.

La nouvelle sensationnelle du retrait exigé des deux évêques légitimes donnée par l'agence  Asia News et confirmée plus tard par le cardinal Zen (d'abord à la  Nuova Bussola Quotidiana puis sur son blog), avait justifié son voyage à Rome pour remettre au pape François la lettre affligée de l'un des deux évêques, Mgr Zhuang Jianjian de Shantou (Guangdong). De sa rencontre avec le pape, le cardinal Zen avait obtenu la conviction qu'il n'avait aucune intention de procéder à une reddition totale au régime communiste chinois, comme le laissait supposer au contraire le rapport de la délégation du Vatican.

C'est à ce moment que le communiqué de la Salle de Presse est venu préciser que "le pape est en contact constant avec ses collaborateurs, en particulier de la Secrétairerie d’Etat, sur les questions chinoises, et est informé par eux de façon fidèle et détaillée sur la situation de l’Eglise catholique en Chine et sur les étapes du dialogue en cours entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, qu’il accompagne avec une sollicitude spéciale." Ce communiqué ne cache pas son agacement à l'égard du cardinal Zen qui est visé par l'aigre conclusion : "Il est surprenant et regrettable que des personnes d’Eglise affirment le contraire, et que soient alimentées tant de confusions et de polémiques."

Aucune mention, cependant, n'est faite à l'histoire des deux évêques, mais une confirmation indirecte de la vérité des faits. Confortée par l'interview du cardinal Parolin qui, après beaucoup de paroles de compréhension et de prise en compte à l'égard des souffrances endurées par ce qu'on appelle l'Eglise clandestine, confirme que celle-ci devra payer le prix de la normalisation des relations diplomatiques avec le régime chinois. On pourrait déjà s'étonner du langage trop diplomatique du secrétaire d'État qui s'exprime dans la terminologie de Pékin ( la « Chine Nouvelle » correspond à la définition de la Chine communiste). Sans tenir compte des dizaines de milliers de catholiques (y compris des évêques, des prêtres et des laïcs) tués ou emprisonnés et torturés dans le Laogai (le goulag chinois), le cardinal, évoquant un « sérieux conflit et des souffrances aiguës, » liquide la scission de l'Eglise due à l'initiative du régime chinois pour créer une Eglise nationaliste, détachée du pape, avec la formation de l'Association patriotique des catholiques chinois.

Parolin s'en prend à ceux qui utilisent des mots comme abandon, trahison, compromis, qui ont une saveur politique alors que l'Église, dit-il, n'agit que pour des raisons pastorales; par conséquent, on devrait utiliser un autre vocabulaire: service, dialogue, miséricorde, pardon, réconciliation, etc. Personne ne veut nier les bonnes intentions du secrétaire d'État, mais le cardinal Parolin doit aussi se rendre compte que même si les motivations du Saint-Siège sont pastorales, le Saint-Siège est engagé dans une négociation politique et diplomatique. Et le terme "reddition" est plus qu'approprié pour ce que nous voyons puisque le Saint-Siège accorde au régime communiste chinois le pouvoir sur la nomination des évêques catholiques (déjà sérieux en soi) sans rien avoir en retour : au cours des derniers mois, le gouvernement a intensifié la répression contre les communautés catholiques et, à compter d'aujourd'hui, le 1er février, un nouveau règlement sur les activités religieuses entrera en vigueur, ce qui donnera lieu à un nouveau tour de vis.

L'histoire des deux évêques à démettre est encore plus grave car les remplaçants voulus par le gouvernement chinois et entérinés par le Saint-Siège ne sont toujours pas «réconciliés» avec Rome. Ils ne figurent même pas parmi ceux qui, malgré leur adhésion à l'Association patriotique, ont demandé dans les années passées d'être accueillis dans la communion avec l'Église universelle. Un contraste total en regard des catholiques qui, pendant des décennies, ont enduré de grandes souffrances pour leur fidélité au pape. C'est aussi une source de confusion sérieuse car il est dès lors légitime de se demander si, pour le Saint-Siège, les évêques, les prêtres et les laïcs qui ont accepté le martyre pour rester fidèles à l'Église se sont trompés.

D'autant plus que le cardinal Parolin lui-même reconnaît que dans les relations avec Pékin, « le choix des évêques est crucial », comme d'ailleurs il l'a toujours été: en fait, il est le cœur même de la scission entre l'Association patriotique, contrôlée par le Parti communiste et l'Eglise clandestine. Bien que, depuis les années 1990, le Saint-Siège ait une attitude de grande ouverture et de dialogue à l'égard de Pékin (contrairement à ce que dit le cardinal Parolin), il y a aujourd'hui un changement radical. Jusqu'à présent, en effet, l'Association Patriotique et la revendication du régime communiste pour nommer les évêques étaient considérés comme l'obstacle principal, tandis qu'aujourd'hui, on doit comprendre que, pour le Saint-Siège, l'obstacle est tristement représenté par l'Église clandestine.

Le cardinal Parolin cite la célèbre lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois (27 mai 2007) pour revendiquer la continuité de la ligne actuelle avec celle des pontificats précédents. Certes, Jean-Paul II et Benoît XVI avaient clairement exprimé le besoin d'un chemin de réconciliation entre les catholiques et le désir de normaliser les relations avec la Chine; ils avaient clairement assuré que l'Eglise n'était pas intéressée par un affrontement politique et qu'il était préférable d'être des catholiques romains et de bons citoyens chinois, mais dans le cadre d'une référence claire aux principes qui ne peuvent être galvaudés et en valorisant les souffrances de l'Église persécutée .

Le cardinal Parolin cite à juste titre le passage de la lettre de Benoît XVI, lorsqu'il dit que "la solution des problèmes existants ne peut être poursuivie par un conflit permanent avec les autorités civiles légitimes"; cependant, il oublie de mentionner la deuxième partie de la phrase: «en même temps, cependant, il n'est pas acceptable d'être dociles à l'égard de ces autorités quand elles s'ingèrent indûment dans les questions concernant la foi et la discipline de l'Église». Et plus loin il dit encore, se référant à l'Association patriotique: "Le but déclaré de ces organisations de mettre en œuvre les principes d'indépendance et d'autonomie, d'autogestion et d'administration démocratique de l'Église, est incompatible avec la doctrine catholique qui professe dans les plus anciens Symboles de la foi « l'Église une, sainte, catholique et apostolique» ». Et si ce n'était pas encore assez clair: "La communion et l'unité - répétons-le - sont des éléments essentiels et intégrants de l'Eglise catholique : donc le projet d'une Eglise" indépendante ", dans la sphère religieuse, du Saint-Siège est incompatible avec la doctrine catholique ".

Feindre de dépasser le scandale d'une Église «indépendante» en la reconnaissant comme légitime tout court, ce n'est pas de la miséricorde, c'est une capitulation sans conditions, c'est de la trahison.

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