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Le "pari bénédictin" : Rod Dreher se défend de l'accusation de donatisme

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De Sandro Magister, traduit sur le site diakonos.be :

Saint Benoît au XXIe siècle. Mais « La Civiltà Cattolica » le condamne au bûcher

« The Benedict Option » a désormais traversé l’Atlantique et est devenu une question de portée internationale. Une question qui n’est pas sans importance puisqu’elle concerne le futur du christianisme dans une époque toujours davantage postchrétienne.

C’est l’américain Rod Dreher qui est l’auteur de cette proposition et du livre et il est en ce moment en train de parcourir la France pour un cycle de conférence, il a également accordé un entretien-fleuve au mensuel catholique « La Nef ». Son livre a été traduit en Français et le sera bientôt également dans d’autres langues.

(Voir aussi : http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2018/02/14/pari-benedictin-ou-politique-antipolitique/)

Mais c’est l’attaque frontale que « La Civiltà Cattolica » a lancé depuis Rome contre « The Benedict Option » qui a contribué à élever encore davantage le niveau de la polémique.

Dreher n’est pas catholique. Il l’a été par le passé, aujourd’hui il est orthodoxe russe.  Mais c’est surtout dans la sphère catholique, à commencer par le catholicisme des Etats-Unis, que sa proposition a fait mouche et a lancé un débat enflammé.

En fait, sa proposition remet radicalement en cause aussi bien le pontificat actuel de François que celui de son prédécesseur Benoît XVI, bien que très différents l’un de l’autre.

Le Benoît de l’option en question n’est pas le Pape Joseph Ratzinger mais Benoît de Nursie, le grand saint du Ve et VIe siècle qui a su générer une formidable renaissance de la foi et de la culture chrétienne dans le chaos de l’effondrement de l’empire romain, cette renaissance que l’autre Benoît, le pape, a magistralement évoquée dans son mémorable discours du 12 septembre 2008 à Paris, au Collège des Bernardins, en proposant en substance aux catholiques d’aujourd’hui d’en retenir la leçon et de s’en servir dans l’actuel changement de civilisation.

Il n’est donc pas surprenant que ce soit depuis Rome et de la part d’un pape tel que François qui défend une vision opposée que surgisse une mise à l’index de « The Benedict Option » à travers de l’organe de communication de Jorge Mario Bergoglio qu’est « La Civiltà Cattolica », dirigée par le jésuite Antonio Spadaro.

Le 10 octobre dernier déjà, aux Etats-Unis, au cours d’une conférence à l’University of Notre Dame, le Père Spadaro avait attaqué « The Benedict Option » en l’accusant de céder au « complexe de Massada », du nom de cette forteresse surplombant la Mer Morte dans laquelle un millier de Juifs s’enfermèrent sous l’assaut des légions romaines après la chute de Jérusalem en l’an 70 avant de finir par s’y donner la mort.

Mais l’article d’ouverture du numéro 20 de « La Civiltà Cattolica » a poussé le bouchon encore plus loin en laissant déjà deviner dans le titre ce qu’ils avaient en ligne de mire :

> Quel est le rôle des chrétiens dans la société d’aujourd’hui ? « Option Benoît » et hérésie donatiste

L’auteur de l’article, le jésuite belge Andreas Gonçalves Lind épargne à Dreher l’accusation formelle d’hérésie. Mais il s’en approche beaucoup en comparant son « option » à celle de l’un des chrétiens hérétiques les plus célèbres du bas-empire, Donat, que Saint Augustin combattit de toutes ses forces.

Et ce que représente l’hérésie « donatiste » qui se trouve aujourd’hui sous le feu de critiques de « La Civiltà Cattolica » est bien décrit dans la réponse de Dreher lui-même que nous reproduisons ci-dessous, dans laquelle il cite textuellement les chefs d’accusation pour y défendre point par point le véritable sens authentique de « The Benedict Option ».

Mais avant de passer la main à ce question-réponse, il est utile de faire deux observations que Dreher lui-même soulève dans l’interview à « La Nef ». L’un et l’autre concernent l’autre Benoît, le Pape.

Voici la première :

« En 1969, Joseph Ratzinger avait prévu cette situation. Il avait prédit que l’Eglise passerait par une douloureuse phase de pénitence, au cours de laquelle elle perdrait sa puissance et ses privilèges ; que beaucoup tomberaient mais que les croyants courageux se maintiendraient. Il concluait : « Quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie » ; et d’ajouter : « Alors, les hommes verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée ». L’avenir de la foi en Occident va dépendre de notre manière de vivre cette prophétie ».

Et la seconde :

« Benoît XVI, lui encore, avait bien raison de dire que les deux arguments les plus forts en faveur de l’Eglise étaient l’art chrétien et les saints. La logique et la raison ont leur place, mais la conversion provient souvent d’une rencontre avec la beauté (l’art) et la charité (les saints). Brandissons les étendards du Beau et du Bon pour convertir ce monde anti-rationnel, car ils le mèneront, plus sûrement que tout le reste, à la vérité.

C’est l’objet du livre sur lequel je travaille en ce moment. J’analyse cette parole de Benoît XVI à la lumière du passage le plus marquant du roman « Soumission » de Houellebecq : l’expérience mystique vécue par le protagoniste, lorsque, s’étant rendu en pèlerinage à Rocamadour, il prie devant la Vierge. Une question me hante : comment aurait-il pu se préparer à dire « oui » à ce qu’il ressent alors ? Je pense que Benoît XVI a la réponse, et je vais tâcher de l’expliquer ».

On peut consulter ici le texte intégral de l’interview à « La Nef » :

> Nouvel entretien exclusif avec Rod Dreher

Et voici le texte intégral de la réponse exhaustive de Dreher à l’article de « La Civiltà Cattolica » :

> The Donatist Option

Ce qui suit en est un extrait :

*

Ce n’est pas vrai que je propose aux chrétiens de se retirer au monde

par Rod Dreher

L’essentiel de la critique du P. Andreas Gonçalves Lind c’est que « Le pari bénédictin » [Le titre français de « The Benedict Option », NdT] encouragerait une nouvelle forme de donatisme, cette hérésie du quatrième siècle qui proclamait un rigorisme moral strict et niait la validité des sacrements administré par les prêtres qui n’avaient pas résisté à la persécution romaine.

Voici sa principale objection :

« Sans naturellement tomber dans l’hérésie, on retrouve chez Dreher l’écho de la voix de Donat : ‘Si les Eglise d’aujourd’hui veulent survivre au nouvel âge obscur, elles doivent cesser d’être normales. Nous devrons nous engager plus profondément dans notre foi et nous aurons besoin de le faire d’une façon qui semblera étrangère aux yeux de nos contemporains.  Si nous redécouvrons le passé, si nous restaurons le culte liturgie et l’ascétisme, si nous centrons notre vie sur la communauté ecclésiale et si nous renforçons la disciples de l’Eglise, nous réussirons, avec la grâce de Dieu, à redevenir ce peuple spécial qui nous aurions toujours dû être.  Cette façon de se concentrer sur la formation chrétienne donnera comme fruits non seulement des chrétiens plus forts mais également une nouvelle évangélisation parce que le sel retrouvera sa saveur’ ».

« Dans leur volonté de s’identifier à l’Eglise primitive des martyrs persécutés, les donatistes n’acceptaient pas une autre façon de vivre et de pratiquer la foi. Même dans un nouveau contexte historique dans lequel les persécutions étaient terminées, le fait de continuer à se sentir persécutés les confirmait dans leur sentiment d’être les vrais bons chrétiens ».

« Ce faisant, ces chrétiens schismatiques formèrent un petit parti de ‘personnes pures’. En opposant ‘integer’ à ‘profanus’ comme la principale différence entre ceux qui appartenaient à l’Eglise et ceux qui n’y appartenaient pas, les donatistes avaient tendance à n’admettre que des membres irréprochables ».

Voilà donc le problème – et c’est problème récurrent dans la rhétorique du Pape François. Y a-t-il des catholiques rigides, amers et extrêmes ?  Absolument.  Mais François et ses adeptes ont cette habitude détestable et profondément injuste de qualifier de « rigide » tout qui, prêtre et laïc, croit simplement dans la foi catholique et souhaite la vivre comme elle est définie avec autorité – et, dans certains cas, dans ses formes liturgies plus anciennes.

Le travail plus général de Christian Smith sur les croyances religieuses et les identités des jeunes américains – pas uniquement catholiques – révèle une tendance qui devrait inquiéter au plus haut point n’importe quel chrétien sérieux, et donc certainement le Pontife romain : « Le plupart des jeunes adultes considèrent la religion comme un entrainement pour devenir quelqu’un de bien. Et ils pensent qu’ils sont, somme toute, des gens biens. »

J’ai beaucoup voyagé aux Etats-Unis et à l’étranger pour mes recherches sur « Le pari bénédictin » et pour des conférences. A plusieurs reprises, j’ai entendu le même message, quel que soit l’endroit où je me trouvais : les jeunes adultes d’aujourd’hui qui se considèrent comme chrétiens ne connaissent pratiquement rien de la foi chrétienne, que ce soit en terme de contenu ou sur la façon de la pratique dans la vie de tous les jours.  A tel point que pour autant qu’ils aient une foi, celle-ci n’est généralement que purement émotionnelle.

Donc, quand j’entends des bureaucrates professionnels de l’Eglise comme le Père Antonio Spadaro déclare au monde entier qu’il faut calme, que tout va pour le mieux, que les inquiétudes de chrétiens comme moi « n’ont aucun rapport avec la réalité », cela me met en colère. C’est une tentative d’anesthésier les fidèles.  Il s’agit d’un mensonge cousu de fil blanc et, qui plus est, un mensonge qui met en péril l’âme de nombreuses personnes.

Malgré cela, le P. Lind s’inquiète des catholiques « rigides » qui veulent pratiquer un catholicisme orthodoxe et élever leurs enfants pour devenir des catholiques croyants et fidèles.

Le P. Lind cite Saint Augustin contre les donatistes :

« Tandis que le pari bénédictin de Dreher vise à former des communautés dans laquelle la disciples serait ‘renforcée » dans le but d’assurer un christianisme présumé plus vrai et plus sain, les écrits qu’Augustin adresse aux donatistes mettent d’autres aspects en évidence comme, par exemple, la patience envers les pécheurs, notamment en ce qui concerne l’importance de préserver la communion ».

« Le pari bénédictin n’implique pas automatiquement l’arrogance qu’Augustin percevait dans l’attitude des donatistes. Toutefois, l’appel à un ‘renforcement de la disciples de l’Eglise’ renvoie à la rigidité morale donatiste.  En outre, la volonté de construire de petites communautés de ‘chrétiens forts’ pourrait occulter l’importance des vertus chrétiennes telles que l’humilité, la patience et la tolérance – qui figurent dans les textes d’Augustin -, compromettant ainsi la communion entre les croyants et la formation de relations de pour la paix dans le monde. »

C’est là que le P. Lind commet une erreur fondamentale. Il confond la croyance donatiste que l’Eglise devrait être strictement une confrérie de purs avec la croyance chrétienne catholique élémentaire que nous devons tous cheminer vers la sainteté.  Tous les pécheurs sont les bienvenus dans l’Eglise parce que l’Eglise ne compte aucun membre qui soit sans péché.  La vie chrétienne est un pèlerinage pour faire grandir en nous le Christ.  Nous trébuchons tous, mais c’est à cela que servent la confession et le pardon.  On a parfois l’impression que des chrétiens comme le P. Lind se moquent de la sainteté.  Cela n’est certainement pas vrai mais j’avoue que je peine à comprendre ce qu’ils pensent que l’Eglise et de la vie avec le Christ doivent être.

Le P. Lind poursuit :

« Une caractéristique supplémentaire de cette attitude donatiste qui a beaucoup frappé le théologien dominicain Yves Congar porte sur l’hostilité envers les institutions séculières. Les donatistes avaient tendance à refuser de collaborer avec les autorités de l’Empire qui constituaient pour eux un pouvoir païen.  Dans leur perspective théologique, la pureté de la pratique chrétienne entraînait un refus de prendre part, de collaborer ou de s’engager avec les païens dans leurs institutions non-chrétiennes.

En ce sens, les donatistes constituaient dans les faits une ‘polis parallèle’. Au contraire, les catholiques comme Augustin restèrent liés à certaines institutions impériales et se sentirent forcés de considérer que les donatistes étaient des chrétiens schismatiques ».

Il s’agit là d’une falsification flagrante de mon livre. Voici comment l’idée d’une « polis parallèle » est introduite dans « Le pari bénédictin » :

« L’originalité de la contribution du dissident Tchèque Vaclav Benda au mouvement dissident, c’était l’idée d’une ‘polis parallèle’ – une société distincte mais perméable coexistant aux côté de l’ordre communiste officiel. Flagg Taylor, un philosophe politique américain expert des mouvements dissidents tchèques, affirmait que ‘Selon Benda, les dissidents ne pouvaient pas se limiter à contester le gouvernement communiste, ils devaient également promouvoir un engagement positif dans le monde. 

Au risque de se mettre en grand péril lui-même ainsi que sa famille (son épouse et lui avaient six enfants), Benda refusa la ghettoïsation. Il ne voyait aucune possibilité de collaboration avec les communistes mais il refusait la passivité, la considérant comme un échec à montrer la juste préoccupation chrétienne pour la justice, la charité et à témoigner de l’Evangile du Christ dans l’espace public.  En ce qui concerne Benda, l’injonction de Václav Havel de ‘vivre dans la vérité’ ne pouvait signifier qu’une seule chose : vivre comme une communauté chrétienne.

Benda ne conseillait pas aux chrétiens de se réfugier dans un ghetto. Il insistait au contraire sur le fait qu’il fallait entendre la polis parallèle au sens d’un combat pour ‘la sauvegarde ou le renouveau de la communauté nationale dans le plus large sens du terme – en même temps que la défense des valeurs, des institutions et des conditions matérielles indispensables à l’existence d’une telle communauté’ ».

Le P. Lind voudrait faire croire à ses lecteurs que je serais en train de dire aux catholiques et aux autres chrétiens de se retirer du monde pour éviter la contamination. En fait, dans le contexte de ce que dit le livre, cette « polis parallèle » ne se justifierait que quand on ne permet plus aux chrétiens d’être chrétiens dans l’espace public.

Peut-être cela n’a-t-il aucun sens pour le P. Lind qui enseigne à l’Université jésuite de Namur en Belgique (où, par ailleurs, la foi catholique est moribonde avec un électrocardiogramme pratiquement plat). Je ne sais pas quelle est la situation concernant l’Eglise et l’Etat en Belgique.  Ici aux Etats-Unis, cependant, nous sommes entré dans une ère où les collèges et les institutions chrétiennes risquent de sérieux ennuis s’ils ne conforment pas leurs enseignements et leurs pratiques internes aux dogmes du LGBT et de l’idéologie du genre.

Comme je l’ai clairement exprimé dans le livre, il ne s’agit pas de simple spéculation. J’ai interrogé une série de professeurs de droit et d’experts dans le domaine.  Ils voient bien, eux, ce qui est en train de nous arriver, même si ce n’est pas le cas du P. Lind.

Il y aurait beaucoup à dire sur son article mais conclurai avec ceci :

« Par conséquent, le pari bénédictin porte un regard pessimiste envers la société contemporaine. Bien que l’affirmation de la liberté religieuse soit essentielle si l’on veut que les chrétiens puissent pratique leur foi, Dreher ne semble pas très intéressé à montrer l’importance du véritable dialogue issu de cette dignité humaine qui est la source de toutes les libertés ».

Eh bien, il a raison sur ce point : je porte bien un regard pessimiste sur les sociétés contemporaines. Comment un chrétien orthodoxe (avec une minuscule) qui fait un tant soit peu attention pourrait-il ne pas être pessimiste ?  Bon sang, le Pape François lui-même, selon les mots de son biographe [Austin Ivereigh], est « apocalyptique » !  Bien sûr que Dreher veut parler aux autres – « Le pari bénédictin » appelle explicitement à une collaboration ouverte entre les chrétiens et tous les autres (j’ai mentionné les Juifs en particulier) qui partagent notre positionnement de contre-culture vis-à-vis du monde, sinon nos convictions théologiques – mais les idées assimilationnistes éculées des jésuites modernes ne m’intéressent pas.  Elles pouvaient sembler raisonnables en 1968 mais nous savons bien quels fruits a donné cette approche : l’effondrement.

Je suis confiant dans le fait que les catholiques qui souhaitent que leur foi survive à cette apocalypse-ci et puisse continuer à vivre chez les enfants, et chez les enfants de leurs enfants, se joindront à moi et à d’autres chrétiens de bonne volonté pour essayer de tracer une nouvelle voie pour sortir des ruines de la chrétienté contemporaine. Au risque d’en choquer beaucoup, certaines traditions de l’Eglise catholique datant d’avant 1965 ont véritablement quelque chose à dire aux catholiques d’aujourd’hui – et à tous les chrétiens.  C’est le message principal du « Pari bénédictin ».  Ma propre approche n’est pas exempte de défauts et je reste ouvert à la critique.  Mais je préfère tenter quelque chose de sérieux pour résister plutôt que d’adopter de pieuses stratégies de capitulation.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Commentaires

  • Les chrétiens doivent être le "sel de la terre" et la "lumière du monde"; ils doivent en même temps se distinguer du monde et être en contact avec lui.
    Le sel ne sert qu'à saler ce qui ne l'est pas (sinon à quoi sert-il?) ; et la lumière doit être vue par ceux qui sont dans les ténèbres. Le témoignage chrétien implique à la fois un contact et une distance avec le monde. Cela s'appelle être "dans" le monde sans être "du" monde.

  • Le livre de Dreher est un manuel de survie des croyants chrétiens attachés à leur foi dans un monde qui n'est plus du tout celui des années 60 et 70, où il était de bon ton de "s'ouvrir au monde". On connaît le résultat ! L'Eglise est devenue plus mondaine mais le monde n'est pas du tout devenu plus chrétien ou apte à une conversion.
    Le Cardinal Ratzinger préférait compter sur "les minorités actives" au sein de l'Eglise.

  • J’ajouterais pour ma part au dossier de la controverse cette citation un peu longue de l’article intitulé « La prophétie de Joseph Ratzinger », paru en 2013 dans l’hebdomadaire « Famille chrétienne » :

    « En 1969, un jeune théologien bavarois, le Père Joseph Ratzinger, donne une série de conférences sur l’avenir du christianisme, dans une époque troublée par Mai 68 et les années qui ont suivi le Concile. Le futur Benoît XVI s’y livre à une forme de prophétie : l’Église traverse une période semblable à la Révolution française, « un tournant énorme », affirme-t-il, et de cette crise surgira « une Église qui a perdu beaucoup » : bâtiments, fidèles, prêtres, privilèges sociaux, une Église ainsi devenue une « minorité », plus spirituelle, mais aussi plus vigoureuse et missionnaire.

    Comme dans une mélodie, cette idée maîtresse constitue un thème récurrent dans l’itinéraire de ce pape musicien. Il l’a encore développé en 2010, dans Lumière du monde : nous avons besoin, écrivait-il, « d’oasis, d’arches de Noé », où la foi en Dieu vit et rayonne, où « l’homme peut toujours venir se réfugier » et se ressourcer, notamment par de belles liturgies.

    Par son intelligence et sa foi solidement enracinée depuis sa tendre enfance, cet Allemand devenu romain n’a eu de cesse de soutenir le petit troupeau chrétien qui cherche ses marques en Occident. Sans pour autant négliger le beau printemps des fidèles et des vocations en Afrique et en Asie.

    Par son enseignement lumineux des vérités de la foi, par la recherche d’une unité fondée sur le Christ, et par sa vision politique de haute volée, Benoît XVI a ainsi redonné à cette Église, à ses prêtres et à ses laïcs, des fondements solides pour affronter le IIIe millénaire.

    Inévitablement, cela lui valut de solides oppositions, des attaques médiatiques sans précédent pour un pontificat qui n’était pas dans l’air du temps. Des épreuves qui montrent aussi, a contrario, que l’Église représente encore dans notre monde une force spirituelle sans équivalent, avec laquelle il faudra compter dans l’avenir.

    Lorsqu’il a été élu en France à l’Académie des sciences morales et politiques, le cardinal Ratzinger a, comme il se doit, rendu hommage à son prédécesseur, le savant russe Andréi Sakharov, qualifié de « grand homme ». De Benoît XVI, son successeur à l’Institut dira certainement qu’il fut un grand pape »

  • Mystique et prophétique Benoït ....
    Il en a ramené plus d'un dans l' Eglise avec un grand E mais en toute discrétion.

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