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L’avenir de l’Eglise: une apostasie sans fard ?

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Une opinion de Jacques Meurice, prêtre ouvrier en retraite, publiée par « La Libre Belgique ». Selon lui, le pape François veut ouvrir l’Eglise mais, pour en faire une démocratie, cela ne suffit pas. Il faudrait inventer des syndicats, y créer des partis, y favoriser une liberté d’options et de parole. Peu de chances :

« Eh oui ! les religions sont comme les êtres humains, elles naissent un jour, elles vivent, grandissent, prospèrent, puis elles sont malades et un jour aussi elles meurent et disparaissent. Leur vie est seulement habituellement plus longue que celle des hommes, elle se compte en siècles plutôt qu’en années, à tel point que beaucoup d’adeptes et de fervents adhérents ont souvent été persuadés de leur immortalité. Au cours de son histoire, l’humanité a cependant connu bien des exemples de mort de religions. A Babylone on en a déjà fait l’expérience, puis les religions des Hittites, des Egyptiens, des Grecs, des Celtes, des Etrusques, des Romains, toutes y ont passé. Certaines ont vécu plus de trois mille ans, mais la moyenne se situe plutôt vers les deux millénaires. Il y a quelques exceptions comme pour confirmer la règle : le judaïsme en est une, le bouddhisme aussi, mais le bouddhisme est-il vraiment une religion ?

Trois siècles de retard

Pourquoi la religion catholique échapperait-elle à ce qui paraît être une loi universelle ? Le cardinal Martini, jadis archevêque de Milan et père du Concile Vatican II, a parfois dit que l’Eglise catholique avait dans la société un retard de deux siècles au moins. Maintenant il faudrait bien lui en reconnaître trois. Quand les peuples ou les nations ont à surmonter des obstacles importants comme des guerres, des invasions, des migrations obligées, il n’y a qu’une seule règle et chance de survie, c’est l’adaptation. S’adapter aux changements c’est sauver sa vie. C’est, semble-t-il, ce que l’Eglise catholique n’a pas su ou pu ou voulu faire, depuis quelques siècles.

Elle n’a pas accepté les grandes révolutions, ni en France, ni en Italie, ni en Russie, ni en Espagne, et les petites seulement où et quand cela l’arrangeait. Elle n’a jamais été pour le progrès par les lumières ou par la science. Prisonnière de ses dogmes et d’une morale dite naturelle, elle n’a pu accepter spontanément Darwin et l’évolution, Voltaire et le goût des libertés, Marx et le socialisme, Einstein et la relativité, Gandhi et l’autonomie des peuples dans la paix, pour n’en citer que quelques-uns.

Elle a toujours refusé d’envisager le droit au divorce, à l’avortement, à l’homosexualité, à la pilule contraceptive, à la procréation médicalement assistée, au mariage pour tous, au suicide, à l’euthanasie. Elle s’oppose avec obstination à l’ordination des femmes, au mariage des prêtres, à la franc-maçonnerie et à la liberté de pensée. Bref, elle a multiplié à l’infini les blocages et les refus.

Tant de questions sans réponses

Pourquoi la fréquentation des églises a-t-elle baissé de façon aussi catastrophique depuis la dernière guerre mondiale ? Pourquoi les sacrements ne font-ils plus partie des signes sensibles de la vie pour beaucoup ? Pourquoi les vocations sacerdotales et religieuses sont-elles devenues si rares, alors que les ONG continuent à recruter parmi les jeunes ? Tant de questions qui sont restées sans réponse, qui bien souvent n’ont même pas été posées, car il y a une sorte de silence orgueilleux de sa hiérarchie qui s’est appesanti sur les difficultés de l’Eglise.

 

Le problème est sérieux, le pape François en est conscient, mais beaucoup refusent encore de le comprendre et de l’envisager. Nombreux sont ceux qui ont été tentés par des échappatoires. Les paroisses ont été désertées et certains ont trouvé leur chemin dans des communautés de base, dans des mouvements charismatiques, des équipes de recherche spirituelle. Le tissu ecclésial s’est diversifié à l’infini pour correspondre aux aspirations particulières, mais en divisant allégrement le peuple de Dieu, peut-être ainsi devenu adulte, mais échappant à sa hiérarchie. Un membre de l’Opus Dei n’est pas un membre de Sant Egidio, tant s’en faut. Un membre de l’Emmanuel, n’est pas de Jérusalem ni des Béatitudes. Un membre de Taizé n’est pas du chemin neuf, ni légionnaire du Christ. Un dignitaire de l’Ordre de Malte n’est pas un théologien de la libération. Cela semblerait vouloir dire que maintenant une telle diversité est offerte à tous, que chaque croyant doit pouvoir y trouver sa voie, sa vérité, sa vie ? Cela pourrait aussi signifier l’éclatement d’une religion en un grand nombre d’options dont certaines sont, au pire, antinomiques. A quoi peut servir une religion si elle ne rassemble plus ?

Ailleurs que dans une religion

Il y a quelques années, alors prêtre-ouvrier, j’ai publié un livre intitulé "Adieu l’Eglise" (1). Beaucoup en ont conclu que je partais, déçu ou rejeté, et peu de lecteurs ont compris qu’en fait je disais adieu à une Eglise qui semblait, elle, s’en aller, quitter la vie des gens, s’éloigner d’un monde du travail qui cependant vivait, plus qu’on ne pouvait le penser, de façon presque naturelle, des valeurs chrétiennes. De là à dire que l’avenir du Christianisme, du message chrétien, se trouve désormais ailleurs que dans une religion et n’a véritablement plus besoin de liturgie, de sacrements, de prêtres et d’églises ! Pourquoi pas ?

Jorge Bergoglio voudrait ouvrir l’Eglise mais, pour en faire une démocratie, cela ne suffit pas, il faudrait inventer des syndicats de diacres, de prêtres, d’évêques et peut-être de cardinaux, il faudrait y créer des partis, y favoriser une liberté d’options et de parole. Il y a peu de chances qu’il y parvienne. Aucune religion n’a d’ailleurs jamais été une démocratie, et puis l’opposition de la Curie, des conservateurs et des intégristes encore nombreux l’en empêchera certainement.

Aucun doute

Alors, l’Eglise ? Elle va continuer à se dégrader lentement, très lentement car le poids des institutions va dans le sens du maintien des traditions, jusqu’à la dernière goutte de sueur et d’énergie. Même si des groupes ont l’impression que des morceaux d’Eglise rajeunissent et font rayonner leur témoignage, le constat d’ensemble ne laisse aucun doute. Ce n’est pas en important massivement des prêtres d’autres régions du monde, ni en organisant à grands frais des rassemblements massifs qu’on va sauver l’institution. Les paroisses sont désertées, des églises sont à vendre, les séminaires ferment, les couvents se vident et se transforment en maisons de repos, les religieux et religieuses de différents ordres ou congrégations fusionnent. Il n’y a plus que les brasseries monastiques qui sont en pleine expansion et parfois jouent un rôle social régional qui n’est pas négligeable.

Une religion qui meurt, ce n’est pas nécessairement triste et désastreux. On a bien souvent récupéré les pierres des temples abandonnés pour en faire des maisons pour le peuple. Espérons seulement qu’il y aura toujours quelques hommes et quelques femmes pour penser que le christianisme c’est autre chose qu’une religion, c’est une philosophie, une sagesse de vie, un sens de l’existence.

(1) Jacques Meurice est l’auteur de "Adieu l’Eglise, chemin d’un prêtre-ouvrier" (Edit. L’Harmattan, Paris, 2004) et "Jésus sans mythe et sans miracle, l’évangile des zélotes" (Edit. Golias, Villeurbanne, 2009).

Contribution externe »

Ref. Une opinion de Jacques Meurice, prêtre ouvrier

Ce n'est sûrement pas la première fois que ce fournisseur alimente la rubrique "opinion" d'un journal qui aime aussi les "périphéries".

JPSC

Commentaires

  • Pour information ....

    http://partenia2000.over-blog.com/article-jacques-meurice-la-grande-decouverte-des-pretres-ouvriers-88350288.html

  • ... c'est une réflexion révolutionnaire qui fera fuir le petit reste de nos églises. Désolée si François s'en inspire pour évangéliser ... ce sera encore plus de divisions !
    Dans les syndicats on apprend à bruler les autoroutes ... ouille !
    On prive les enfants, les personnes âgées, les gens qui travaillent de moyens de locomotion en cas de grève,.. Ouille !
    Religion et politique ne se pratiquent pas ensemble depuis longtemps chez nous, sauf pour les musulmans.

  • Le problème des prêtres-ouvriers n'est sans doute pas qu'ils soient prêtres et ouvriers : quand saint Paul était "fauché comme les blés", il nous a fait savoir qu'il fabriquait des tentes.

    Il était donc tailleur, en grosses pièces de tissu ; ça doit être un beau métier.

    Alors, le problème de nos prêtres-ouvriers, ne serait-il pas qu'ils sont devenus bien plus marxistes que chrétiens ?

    Mais si nos soi-disant prêtres-ouvriers n'ont pas (ou plus) une Foi comparable à celle de saint Paul, n'insistons pas ; qu'ils gardent leurs avis pour eux et entre eux.
    Et sans saboter la Foi des autres. Merci d'avance.

  • Vous généralisez et c'est dommage.

    Je connais des prêtres-ouvriers qui ont certes la fibre sociale, mais qui restent droits dans leur foi !

  • Incroyable mais qu'est-ce qu'un tel prêtre fait dans l'Eglise catholique. Il y a vraiment des gens qui ne font pas leur travail pour laisser un tel pasteur nourrir ses paroissiens. Que de dégâts a-t-il faits dans son ministère. Il existe pourtant des églises protestantes qui pratiquent ce qu'il demande. Pourquoi reste-t-il dans l'Eglise catholique si ce n'est pour la pourrir de l'intérieur.

  • Jacques Meurice est marié depuis 1972 ...

  • @ M. J. Delen.
    Avez-vous lu le texte de M. J. Meurice ?
    On n'en a pas du tout l'impression.
    Vous intervenez seulement pour contredire ?

    Quant au seul prêtre-ouvrier (auto-proclamé) que j'ai pu rencontrer (paix à ses cendres). Il pensait la même chose que l'autre.
    Et pour ces questions-ci, je ne crois que ce que je vois.

  • Ce qu'il propose C'est le chemin suivi par l'église anglicane : un désastre, les églises sont désertes, beaucoup la fuient pour l'Eglise catholique. C'est une église à la dérive qui se contente de suivre aveuglément le politiquement correct Les débats des évêques portent sur la nomination d'évêques homosexuels..
    Jamais rien entendu sur les sacrements, la bioéthique, les fins dernières, l'évangélisation. Elle n'a plus rien à proposer.

    Alors, recommander ça à l'église catholique, c'est criminel.

  • A Aubelle,
    Il existe des syndicats chrétiens et de justes revendications syndicales. La journée des 8 h, les congés payés etc ....n'ont pas été obtenues par un vote charitable au parlement.. Et le prêtre Daens est resté un bon prêtre jusqu' à la fin.

  • Et ce gars-là n'est toujours pas excommunié ? Son évêque responsable doit se damner avec lui de ne pas l'avoir fait.

  • oui, Thérèse, l'histoire nous révèle beaucoup de choses, des bonnes et des moins bonnes. Mais nous sommes en 2018.
    Moi, je parle pour cette période de notre histoire . Je ne crois pas que les prêtres, les Evêques, ont étudié les sciences politiques et reçoivent un mandat pour gérer une commune, une ville, un pays ... le monde. Ils ne peuvent pas postuler. Peut-être y-a-t-il des exceptions ?

    Chacun a bien entendu le droit de s'exprimer dans le bureau de votes et de défendre les sans-voix, sans pour autant faire des grèves qui pénalisent tout le monde.
    Je pense que si chacun, à notre niveau, nous usons de bienveillance, de générosité, d'abnégation, avec la grâce de Dieu, bien entendu, et en respectant les règlements nationaux et internationaux, le monde serait déjà un peu plus confiant en l'Homme, me semble-t-il.

  • Jacques Delen trouvera sans doute que c'est un peu court, mais avoir Golias pour éditeur est déjà tout un programme!

  • A Aubelle,
    Il n' y a pas si longtemps, en Belgique, des gardiens de prison ont fait grève pour que chaque détenu ait droit le droit d'avoir une chaise et un essuie mains.

  • Benoit 16, lui même dans l' encyclique Caritas in Veritate , nous rappelait,qu'actuellement, en Europe, les lois sociales étaient détricotées.

  • Bilan à peine caricatural de l'expérience des prêtres-ouvriers :
    les ouvriers ne sont pas devenus chrétiens, ce sont les prêtres qui sont devenus marxistes.

  • "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle" Matthieu 16. Evangile du jour.
    Prions, gardons la foi et l'espérance, et aimons-nous les uns les autres, y compris le Père Meurice même si à mon sens il se trompe; et puis, dans la maison du Père, il y a de nombreuses demeures...
    Bon Carême à toutes et tous !

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