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La mise en œuvre du Concile a été l’élément déclencheur du décrochage du catholicisme

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005323031.jpgD'Isabelle de Gaulmyn sur le site du journal La Croix :

Catholicisme français, la rupture de Vatican II

Guillaume Cuchet montre que la mise en œuvre du Concile a été l’élément déclencheur du décrochage du catholicisme en France (et tout autant chez nous ndB), une évolution qui aurait de toute façon eu lieu.

Comment notre monde a cessé d’être chrétien 

de Guillaume Cuchet

Seuil, 288 p., 21 €

Comment le catholicisme français est-il devenu si rapidement une religion minoritaire, avec une chute de la pratique dominicale de près d’un tiers entre 1955 et 1975 ? La question n’est pas nouvelle. Depuis plus de trente ans, deux types de réponses sont avancés : pour les uns, plutôt à droite de l’Église, c’est la faute à Mai 68 ; pour d’autres, c’est à cause de l’encyclique Humanae vitae, qui, en interdisant la contraception, aurait découragé une génération de croyants.

C’est en historien que Guillaume Cuchet cherche à répondre à cette même question, en exploitant les fameuses enquêtes du chanoine Boulard. Grâce à l’appui de l’épiscopat de l’époque, ce prêtre audacieux, féru de sociologie, a réalisé une photographie de la pratique du catholicisme dans tous les diocèses de la France des années 1955-1965. Et s’il a lui-même perçu le décrochage du catholicisme en France, il n’en a pas mesuré l’ampleur, notamment en ce qui concerne la chute massive de la pratique des plus jeunes, entre 12 et 24 ans. En exploitant ces données, et en les confrontant à d’autres enquêtes faites dans les années 1970, Guillaume Cuchet peut affirmer que cette rupture a eu lieu exactement juste après Vatican II en 1965. Donc avant 1968.

La question est de savoir ce qui, dans le Concile, a pu provoquer la rupture. « A priori, le Concile lui-même n’y est pas pour beaucoup, quoi qu’en ait dit la polémique intégriste ou traditionaliste », écrit Guillaume Cuchet. En revanche, l’historien met en cause une pastorale post-conciliaire, en France, souvent « élitiste », peu adaptée à une pratique plus culturelle. Les prêtres de l’époque ont sans doute un peu vite considéré que le cadre qui permettait de tenir cette pratique (obligation dominicale, piété populaire, communion solennelle…) n’était que sociologique, et n’avait, au fond, pas de valeur.

Tout un discours pastoral, qui n’est en rien écrit dans les documents conciliaires, va mettre en place une nouvelle hiérarchie des obligations du fidèle, où l’assiduité à la messe n’a plus la même importance que l’engagement dans la vie sociale ou associative, le respect aussi de la liberté de conscience. Cette « sortie collective de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel », ainsi que la désigne Guillaume Cuchet, eut un effet désastreux sur la fréquentation des églises, effet d’autant plus important que ce mouvement s’inscrit dans une mutation plus générale des formes de l’autorité, que ce soit dans le domaine familial ou scolaire. Pour appuyer son propos, Guillaume Cuchet analyse le sacrement de la confession, qui baisse de manière spectaculaire autour de 1965, et l’évolution de la prédication autour des fins dernières et du Salut.

Pour autant, ce livre n’est pas un réquisitoire contre Vatican II. Au contraire, refusant d’en faire un tabou, il permet de replacer cet événement dans un contexte plus général d’une histoire longue, commencée avec la Révolution française, et que toute l’évolution de notre société, à partir de 1968, a amplifié et démultiplié. Comme le remarque l’historien, la crise était inévitable. Le Concile n’a pas provoqué la rupture, qui aurait de toute façon eu lieu, mais il l’a déclenchée, en lui donnant une intensité particulière. Ce n’est pas tant l’évolution que la manière dont elle a été accompagnée pastoralement qui est ici en cause. Et sans doute la quasi-disparition du catholicisme populaire dans notre pays peut-elle aujourd’hui en partie s’expliquer par cette mise en œuvre d’une pastorale réservée à une élite ultra-formée, ultra-consciente, laissant sur le côté des pratiquants moins investis, qui tenaient à la religion à travers un cadre dressé par des sacrements plus accessibles. Des pratiquants dont on n’aurait pas suffisamment pris en compte les besoins.

Voilà un travail qu’il aurait été difficile de mener plus tôt en raison de « la sanctuarisation du concile Vatican II », par crainte de donner des arguments aux intégristes. Il marquera sans aucun doute l’historiographie du catholicisme dans notre pays et devrait susciter des discussions passionnées.

Commentaires

  • Ma perception est vraiment différente, vous vous en doutez !

    S'il n'y avait pas eu le Concile Vatican II, l'Eglise aurait seulement gardé en son sein les "conservateurs, voire les intégristes ... " La société en général appelait des réformes et pas seulement les chrétiens ...

    Trop facile de mettre le déclin sur le fait qu'il y eut des réformes via le Concile.
    Ces réformes se seraient faites de toute manière : mais alors dans un débordement tout à fait incontrôlable.

  • perso, je dirais que Mgr SARAH a la bonne réponse à notre souci pour notre Eglise. Oui. L'Homme est resté le même que le premier homme Adam, avec les mêmes besoins pour se réaliser.
    On peut lire qu'Adam eut peur après avoir désobéi et chercha à se cacher ...
    Ensuite, dans Isaïe 29,13 : "Ce peuple m'honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi."
    Ensuite, dans Ps 108,30 "Je glorifierai le Seigneur de toute la puissance de ma voix."
    Et cela vaut pour réaliser nos recherches et désirs bien humains : réveiller la mémoire, exciter la somnolence, enflammer le désir, disposer à l'obéissance, exprimer la Joie et donner l'exemple.
    Le Seigneur a voulu notre équilibre de toute éternité.
    C'est par l'union régulière avec Notre Seigneur et son Eglise, en 2018 que le projet divin se réalisera et Lui, Il fera la reste pour chacun d'entre nous, à notre niveau, pour le juste fonctionnement de la société dans la Paix et la Joie.

  • M. Cuchet met en évidence que ce qui a donné le coup de grâce à nos chrétientés catholiques locales (dans nos pays) c'est la pastorale post-conciliaire.

    Ceci paraît conforme à la réalité.

    Et j'entends encore tel clerc déclarer : "On a moins de chrétiens. Mais on a gardé les bons." J'ai dû partir pour ne pas lui casser sa ... .

    Cette bande de pharisiens est toujours satisfaite d'elle-même.

  • Le Pape Benoit XVI aurait parait-il dit :" Il y a eu deux conciles: celui des pères conciliaires et celui des médias" Je crois que c'est cela une des causes, beaucoup (y compris les clercs), on interprété le concile selon leurs leur désirs, profitant de l'ignorance de la plupart qui n'avaient jamais lu le texte.

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