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France : les évêques signent une déclaration solennelle contre la PMA

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De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro :

Les évêques de France signent une déclaration solennelle contre la PMA

Pour eux, la procréation ne peut être une «fabrication» ni une «marchandisation», pas même un «projet parental».

L'Église catholique de France s'engage contre la procréation médicalement assistée (PMA) par une «déclaration» solennelle intitulée «La Dignité de la procréation» de 112 pages, signée par tous les évêques de France, sans exception - ce qui est très rare - et publiée jeudi soir. Mais Mgr Pierre d'Ornellas, qui fut longtemps secrétaire du cardinal Lustiger, aujourd'hui archevêque de Rennes, à l'origine de ce texte, corrige aussitôt: «Notre attitude n'est pas d'être “contre”. Mais nous sommes pour la dignité de la procréation.» On lui objecte une facilité rhétorique dans sa réponse, il rétorque: «Ce long document ne joue pas sur les mots! Il est le résultat d'années de réflexions, impliquant le groupe de travail bioéthique de l'épiscopat et une dizaine de consultants mais aussi les départements d'éthique biomédicale du Centre Sèvres et du Collège des Bernardins. Nous entendons les souffrances. Mais c'est avec sérénité que nous présentons ici des arguments éthiques car c'est le dialogue que nous cherchons et non la confrontation.»

L'évêque se justifie: «Dans des sujets aussi complexes, éthiques, techniques et évolutifs, qui touchent toute la société et pour longtemps, il faut que la voie la meilleure soit cherchée par tous. S'il n'y a pas de vrai dialogue, nous risquons d'aller tout droit vers un eugénisme libéral où chacun choisira les qualités qu'il veut pour son enfant. Et vers une société où la grande distinction juridique classique entre une personne et une chose risquera d'être écornée. Comment accepter qu'à la place de la dignité de la personne, la marchandisation du corps prenne le pas? La vie ne se vend pas ni ne s'achète. La vie est donnée et elle se donne.»

De fait, bien qu'affaiblie actuellement par les scandales de la pédophilie qui pèse sur sa crédibilité, cet engagement n'est pas une passade pour l'Église catholique: elle n'a jamais cessé d'investir dans la recherche éthique. Le «groupe de travail bioéthique» de l'épiscopat, présidé par Pierre d'Ornellas, a été créé dès 2009. Quant au Centre Sèvres, il est l'équivalent de l'université jésuite à Paris, qui est très respectée. Le Collège des Bernardins, fondé par le cardinal Lustiger, est à la fois la faculté théologique du diocèse de Paris mais aussi un lieu de dialogue très actif avec la culture dominante.

C'est d'ailleurs en ce «Collège» que le président de la République, le 9 avril dernier, avait invité les catholiques à s'impliquer, en tant que tels, dans le débat sur la révision des lois de bioéthique. «Voici donc notre contribution éthique au débat, souligne Mgr d'Ornellas. Nous allons faire en sorte que le président de la République ait connaissance de ce document. Nous ne faisons pas de “politique”, mais l'éthique est le ressort fondamental de la politique. D'ailleurs, nous dialoguons en citant les avis du Comité consultatif national d'éthique et le Conseil d'État.»

Que dit cette déclaration? Les 122 pages - disponibles en librairie cette semaine (1) - sont denses mais accessibles. Elles s'articulent autour de deux concepts phares: la «dignité» et la «fraternité». Pour l'Église, «la procréation» ne peut donc pas être une «fabrication» ni une «marchandisation». Certes la «souffrance» de ne pas avoir d'enfant ne peut pas être «minimisée» - et l'épiscopat souhaite davantage «d'accompagnement» dans ce domaine -, mais le désir d'avoir un enfant ne peut pas être «abordé par la seule technique», comme l'envisage la PMA. Pourquoi? Essentiellement parce que l'on ne sait pas ce qu'il adviendra «des embryons humains surnuméraires» nécessaires à la réussite de la PMA et qui ne seront pas implantés. Parce qu'il y aurait «une suppression juridique de la généalogie paternelle». Enfin parce que la PMA conduirait à «la tentation de rémunérer les donneurs» masculins - causée par une «pénurie prévisible» si «l'anonymat était levé» -, soit un «commerce qui ruinerait le principe de gratuité des éléments du corps humain». Le document critique ensuite la notion de «projet parental» qui donne une «prépondérance aux volontés individuelles». Enfin, il explique pourquoi «l'ouverture de la PMA pour toutes les femmes conduira à la légalisation de la gestation pour autrui (GPA)».

(1) «La Dignité de la procréation», les évêques de France, coédition Bayard Éditions, Mame, les Éditions du Cerf.

Commentaires

  • N'aurait-il pas été tellement plus juste de la part de l'Eglise, de faire une déclaration pour se positionner en rappelant le "Sacré" de toute vie humaine et donc de la procréation plutôt que de parler de "dignité", terme qui n'a rien de transcendant et qui est devenu bateau même pour la mort. Pourquoi cette omission de laisser le Créateur nous instruire sur ce sujet en ne citant pas Sa Parole, qui est pourtant tellement limpide, par exemple: "Je te connaissais même avant que tu sois conçu. (Jérémie 1/4-5)" . Egalement, (l'homme qui s'adresse à Dieu): " Mes os n’étaient pas cachés à tes yeux, Quand j’ai été formé dans le secret, Tissé dans les lieux profonds de la terre. Quand j’étais là en germe, tes yeux me voyaient, Et sur ton livre ils étaient tous inscrits, Les jours qui m’étaient destinés, Avant qu’aucun d’eux existât." (Psaume 139. 15-16)
    Cette déclaration des évêques ne se doit aucunement d'être laïque, or elle en a l'aspect. Pourquoi devrait-elle craindre de proclamer le Nom de Jésus, de dire avec le plus grand respect, mais sans mettre sa lampe sous le boisseau, que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie ainsi que la Miséricorde infinie en ce qui concerne ces questions cruciales de bioéthique? Il vaut mieux déplaire au Monde que d'avoir à rougir devant notre Seigneur un jour, et je me le dis à moi en premier! Je verrais plus opportun de la part de représentants de l'Eglise, une déclaration sur la "sacralité" de la procréation que sur sa "dignité" qui, même d'un point de vue sémantique, ne veut pas dire grand chose accolé au mot "procréation".

  • A demander l'avis de tout le monde et à rechercher à tout prix un consensus sur n'importe quel sujet, on aboutit nécessairement à ce salmigondis qui ne satisfait
    personne. Le clergé,,comme la société civile, a pris la mauvaise habitude de la "réunionite", ce qui offre l'avantage de pouvoir se dissimuler et donc de fuir toute responsabilité. En principe un évêque est maître dans son diocèse, mais il est beaucoup plus confortable de se fondre dans la "collégialité' d'une conférence épiscopale. Ainsi on est sûr de ne pas faire de vagues.

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