Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • L'unité se fait dans la vérité

    IMPRIMER

    Du blog d'Aldo Maria Valli en traduction sur le site "Riposte catholique" : 

    Mgr Nicolas Bux : le pape, l’hérésie et le schisme…

    Dans un long entretien accordé hier à Aldo Maria Valli, Monseigneur Nicola Bux aborde les problèmes de l’heure et la situation grave que connaît la Sainte Église. En  voici la traduction de l’italien

    *

    Aldo Maria Valli – Mgr Nicola Bux, hérésie et schisme, mots qui semblaient avoir disparu du vocabulaire des catholiques, reviennent au centre de nombreuses analyses et observations sur la situation actuelle de l’Église. Pouvons-nous faire le point sur le statut quaestionis après Amoris laetitia et le débat qui a suivi ?

    Il me semble qu’après la publication, le 24 septembre 2017, de la Correctio filialis de haeresibus propagatis (Correction filiale à cause de la propagation des hérésies), et de la Déclaration promulguée à Rome, lors de la conférence du 7 avril dernier, où les cardinaux Brandmüller et Burke se sont exprimés, l’idée se répand que le pape lui-même, par son Magistère, est maintenant au cœur de ce vaste débat qui devient chaque jour plus passionnel. À l’origine, il y a l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dans laquelle, selon les quarante signataires de la Correctio (qui sont maintenant deux cent cinquante, sans compter des milliers d’adhérents), on trouve sept propositions hérétiques concernant le mariage, la vie morale et la réception des sacrements.

    Il convient simplement de noter que les problèmes, au moins en ce qui concerne Amoris laetitia, se sont considérablement aggravés et compliqués. Comme on le sait, la lettre du pape François aux évêques argentins de la région de Buenos Aires, approuvant les critères de ces derniers pour l’accès à la communion des divorcés remariés, qui ont contracté un nouveau mariage civil, ont été publiés dans les Acta Apostolicae Sedis, accompagnés par un rescrit ex audientia SS.mi du cardinal Secrétaire d’État ; ces documents sont donc considérés comme l’expression du « Magistère authentique » du Pape actuel et, par conséquent, comme un Magistère auquel il faut accorder une soumission respectueuse de l’intelligence et de la volonté.

    En même temps, le cardinal Brandmüller, l’un des quatre cardinaux des dubia (les autres étant Burke, Meisner et Caffarra, ces deux derniers étant entre-temps décédés), relance dans un article l’idée, que j’avais également exprimée, d’une profession de foi du Pape.

    Lire la suite

  • Quand plus rien ne s’oppose à ce que la technologie s’empare de l'homme pour le modifier...

    IMPRIMER

    De Christophe Geffroy sur le site de La Nef :

    L’homme laissé sans défense

    Mathématicien, philosophe, Olivier Rey, homme humble et discret, n’en est pas moins l’un des penseurs actuels parmi les plus pertinents. Après notamment l’excellent Une question de Taille (Stock, 2014), il nous offre un essai remarquable – à lire absolument ! –, le plus intelligent écrit sur le transhumanisme (1). Entretien.

    La Nef – Vous montrez que le transhumanisme bénéficie d’une active propagande : comment se développe-t-elle ?

    Olivier Rey – Je compare la propagande que vous évoquez à l’histoire du chaudron, telle que Freud la rapporte : un homme qui a prêté à son voisin un chaudron se plaint, après avoir récupéré son bien, d’y découvrir un trou. Le voisin se défend en prétendant premièrement qu’il a rendu le chaudron intact, deuxièmement que le chaudron était déjà percé quand il l’a emprunté, troisièmement qu’il n’a jamais emprunté de chaudron. Il en va de même quand il s’agit de nous faire accepter une innovation « disruptive ». On commence par nous dire que la face du monde va en être bouleversée. Des inquiétudes se font jour : le discours change alors du tout au tout, l’innovation en est à peine une, elle n’est que la continuation de ce qui se fait depuis la nuit des temps. Et pour les récalcitrants, reste le dernier argument : celui de l’inéluctable. Prenons l’exemple des OGM : on nous dit à la fois qu’ils doivent révolutionner l’agriculture, et qu’ils n’ont rien de révolutionnaire, puisque l’homme sélectionne des semences depuis le néolithique ; et de toute façon, les opposants sont des passéistes qui, quoi qu’il arrive, seront vaincus. Le schéma se reproduit à l’égard du transhumanisme : d’un côté la condition humaine va être métamorphosée, de l’autre rien ne change puisqu’un homme qui porte des lunettes est déjà un homme augmenté. Et puis finalement, inutile de discuter : ceux qui refuseront les « augmentations » seront les « chimpanzés du futur », que les augmentés extermineront ou mettront dans des zoos.

    À plusieurs reprises vous dites que les promesses du transhumanisme ne sont pas destinées à se réaliser, mais sont là pour faire diversion et polariser l’attention sur un avenir incertain, ce qui permet de faire oublier les changements en cours déjà effrayants : pourriez-vous nous expliquer cela ?

    C’est une vieille ruse de guerre : simuler en un certain point du front une grande attaque, pour mieux pousser son avantage ailleurs. Ainsi les grandes entreprises technologiques ont tout intérêt à promouvoir le transhumanisme et ses promesses mirifiques : superintelligences artificielles, des milliards de fois plus puissantes que la réunion de tous les cerveaux humains, augmentation faramineuse de nos capacités par amalgame avec la machine, élimination du vieillissement et de la mort… Les esprits se concentrent sur ces annonces spectaculaires – que ce soit pour s’en enchanter ou s’en inquiéter. Pendant ce temps, les grandes firmes continuent de tisser leur toile bien réelle, de technologiser nos existences. Aristote définissait l’homme comme « vivant politique », nous sommes en train de devenir des « animaux monitorés » – de plus en plus incapables de survivre sans notre branchement permanent à la mégamachine numérique. Les promesses grandioses sont là pour soutirer le consentement à une artificialisation toujours croissante de nos vies, à une dépendance si complète envers la mégamachine que toute possibilité d’émancipation s’en trouverait annihilée.

    Lire la suite

  • Deux évêques chiliens réduits à l'état laïc

    IMPRIMER

    De Vatican News :

    Le Pape François réduit deux évêques chiliens à l'état laïc

    Deux évêques chiliens réduits à l’état laïc par le Pape François: la nouvelle a été rendue publique par le Bureau de presse du Saint-Siège ce samedi 13 octobre 2018.

    C’est une décision sans appel, précise la note. Francisco José Cox Huneeus, archevêque émérite de La Serena, membre de l’Institut des Pères de Schoenstatt, et Marco Antonio Órdenes Fernández, évêque émérite d’Iquique, tous deux accusés d’agressions sexuelles sur mineurs, ont donc été réduits à l’état laïc en vertu de l’article 21 § 2, 2° du Motu proprio Sacramentorum Sanctitatis Tutela.

    C’est une nouvelle sanction adoptée par le Souverain Pontife concernant l’Eglise chilienne, secouée depuis des mois par d’importants scandales d’abus sexuels. En septembre dernier, c’est Fernando Karadima, ancien prêtre prédateur, qui avait été réduit à l’état laïc.

    La Congrégation pour la Doctrine de la foi a informé les principaux intéressés de la décision du Pape par l’intermédiaire de leurs supérieurs respectifs. Francisco José Cox Huneeus continuera à faire partie de l’Institut des Pères de Schoenstatt.

  • Indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne : vers un schisme entre Constantinople et Moscou ?

    IMPRIMER

    De Delphine Allaire sur Vatican News :

    Indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne: de quoi s’agit-il ?

    Une nouvelle étape dans le long processus d’indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne vient d’être franchie, jeudi 11 octobre, avec, entre autres, la réintégration de Philarète Denisenko, patriarche non canonique de Kiev, excommunié par Moscou il y a onze ans.

    L’annonce du Patriarcat de Constantinople, considéré pour des raisons historiques comme chef spirituel de l’Église orthodoxe, est tombée en fin de journée, jeudi 11 octobre, à l’issue de deux jours de saint-synode sur les rives du Bosphore à Istanbul.

    La réunion de tous les évêques orthodoxes sous la juridiction de Constantinople (dont le plus grand nombre appartient à l’Église orthodoxe grecque) a ainsi acté plusieurs nouveautés concernant les orthodoxes d’Ukraine.

    Que représente l’Église orthodoxe ukrainienne ?

    Aujourd’hui, les orthodoxes en Ukraine sont divisés: les uns sont rattachés à Moscou, les autres à un Patriarcat de Kiev non canonique, fondé à la chute de l’URSS, par Philarète alors excommunié par Moscou pour avoir créé une Église orthodoxe ukrainienne dont il s'était autoproclamé patriarche.  Outre ces deux Églises orthodoxes ukrainiennes, l'une dépendente de Moscou, l'autre dépendante - non canoniquement - de Kiev, l'on note l'existence d'une troisième communauté orthodoxe ukrainienne. Plus minoritaire, elle est emmenée par Mgr Macaire Maletitch et se prénomme «Église orthodoxe autocéphale ukrainienne». Cette appellation n'a toutefois rien à voir avec le fameux processus d'autocéphalie enclenché par le Patriarcat de Constantinople pour réunir toutes ces Églises ukrainiennes. 

    Au niveau mondial, l’Église orthodoxe, beaucoup moins centralisée que l’Église catholique, est formée de 14 juridictions ecclésiastiques autocéphales. Si le Patriarcat de Constantinople est donc pour des raisons historiques, considéré comme le chef spirituel de l’orthodoxie, le Patriarcat de Moscou est de loin la force la plus importante de l’orthodoxie mondiale sur le plan démographique, son autorité spirituelle faisant loi sur plus de la moitié des 300 millions d’orthodoxes que compte le monde.

    Qu’a décidé le Patriarcat de Constantinople lors du saint-synode d’octobre ?

    Au terme de ses deux jours de saint-synode tenu en Turquie, le Patriarcat de Constantinople a donc annoncé «renouveler la décision déjà prise, selon laquelle il procède à l'octroi de l'autocéphalie à l'Église d'Ukraine».

    L’autocéphalie n’est cependant pas encore proclamée; il s’agit d’un long processus qui vient simplement d’être consolidé dans cette direction. Il manque encore un chef spirituel et une structure clairement définie à l’Église orthodoxe ukrainienne pour pouvoir se dire «autocéphale», du grec autoképhalos«qui est sa propre tête» c’est-à-dire, indépendante à tout point de vue.   

    Ce 11 octobre, Constantinople a décidé de rétablir Philarète «dans sa dignité épiscopale», et non comme Patriarche, et de réintégrer Mgr Macaire Maletitch, qui se trouvait aussi «en schisme», soit en situation non canonique, ni dépendant de Moscou, ni de Constantinople.

    Au cours de ce saint-synode, il a aussi été décidé de révoquer «les dispositions légales de la lettre synodale de 1686», rattachant Kiev au Patriarcat de Moscou.

    Quelles conséquences pour les relations entre Constantinople, Kiev et Moscou ?

    L’Église orthodoxe russe a qualifié cette décision de «catastrophe» et de «schisme». Le Patriarcat de Constantinople a «franchi la ligne rouge», selon le Patriarcat de Moscou. Souvent tendues, les relations entre les deux Églises se sont particulièrement dégradées avec l'annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014.  

    Le Patriarche Philaret a lui affirmé jeudi que les paroisses orthodoxes ukrainiennes qui, à l’avenir, ne reconnaîtront pas la nouvelle Église autocéphale, pour rester liées au Patriarcat de Moscou, auront le droit d'exister mais n'auront pas le droit de s'appeler «Église ukrainienne». Ces paroisses devront se présenter en tant qu' «Église russe».

    Il faut savoir qu'en Ukraine les paroisses dépendantes du Patriarcat de Moscou, au nombre de 12 000, sont numériquement supérieures à celles du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Leur sort demeure donc encore incertain.

    La réponse formelle et officielle du Patriarcat de Moscou à cette décision du Patriarcat de Constantinople sera donnée lors de la réunion du saint-synode russe orthodoxe, qui se tiendra lundi 15 octobre, à Minsk en Biélorussie.

    Pour comprendre l'organisation de l'Orthodoxie aujourd'hui

  • Goûter l’amour n’est pas sans conditions (28e dimanche du temps ordinaire)

    IMPRIMER

    Goûter l’amour n’est pas sans conditions

    homélie de l'abbé Christophe Cossement pour le 28e dimanche B, 14 octobre 2018

    Aujourd’hui il est question de sagesse et de richesse. Et plus précisément, de comment la richesse nous barre le chemin de la sagesse. Comment cela se passe-t-il, et d’abord, qu’est-ce que cette sagesse tellement désirable qu’elle est plus précieuse que « tout l’or du monde », que la santé et la beauté, que la lumière même ? (Sg 7,7-11)

    La sagesse ne consiste pas à connaître beaucoup de choses, mais à connaître bien, à connaître par le cœur : avoir une intelligence chaleureuse, qui se laisse toucher, qui sait se réjouir. La sagesse, c’est aussi connaître les choses et les personnes dans leur profondeur, dans leur lien avec Dieu qui est le centre de tout. Tout voir, et se voir soi-même, saisi par l’amour de Dieu qui veut conduire tous les êtres à la perfection, voilà la sagesse.

    Le mot « sagesse » est parent du mot latin sapere, qui signifie « goûter ». La sagesse nous fait goûter, apprécier, jouir des dons de Dieu, et d’abord le bonheur d’avoir pour Créateur un Père, d’être son enfant bien-aimé, de pouvoir marcher dans la vie sous le regard aimant de Dieu. Goûter aussi l’amour du Christ, son engagement pour nous tirer de l’impasse de la mort, son amour personnel pour nous. Goûter la joie d’être sauvé, de retrouver un sens éternel à sa vie. Pas étonnant qu’on a identifié la sagesse avec l’Esprit Saint, avec Dieu qui se communique savoureusement à nous. Il faut prendre du temps pour goûter le bonheur d’exister, d’être aimé de Dieu, de pouvoir lui répondre. C’est une dimension importante de la prière chrétienne.

    À l’opposé de cela, il y a la perte de goût, spécialement la perte de goût des choses de Dieu, par toutes nos richesses diverses. Il y a bien sûr l’argent, qui crie « toujours plus », mais aussi la connaissance froide et désabusée, l’attachement au confort, à sa volonté propre, à son image de marque, à son point de vue, à ses routines. Toutes ces choses nous font mésestimer les dons de Dieu, sa présence, son amour. Elles nous accaparent, assiègent notre cœur et puis l’envahissent et occupent toute la place.

    C’est ce qui arrive à l’homme riche qui court vers Jésus. Cet homme est vraiment quelqu’un de bien, il vit selon des valeurs, j’aurai tendance à dire qu’il vit selon les valeurs chrétiennes. Et pourtant il lui arrive une grosse déception avec Jésus. Il repart tout triste. Jésus lui a proposé de passer à un autre registre : il a posé sur lui un regard d’amour, qui est la porte pour entrer dans le royaume de Dieu. Et il a proposé à l’homme le moyen de répondre à cet amour : désencombrer son cœur, se rendre disponible pour goûter la joie de suivre le Christ par amour, aller vendre ce qu’il a pour les pauvres, et venir pour le suivre. Jésus demande à l’homme et à chacun de nous : laisse là ce qui fait que tu te crois riche, fort, heureux, et apprends à goûter mon amour.

    Il n’y a pas moyen de trouver la joie d’aimer Dieu et de se laisser aimer par lui tout en gardant un cœur qui se croit riche, fort, heureux. Un jour il faut quitter ce qui faisait notre assurance, pour retrouver une joyeuse dépendance envers le Père. C’est impossible à quelqu’un qui est riche de lui-même ou de ce qu’il a conquis d’entrer dans le Royaume de Dieu (Mc 10,23). Parfois, on se dépouille volontairement, attiré par l’amour. Parfois, la vie nous dépouille de force, et nous faisons soudain l’expérience de la tristesse. Heureuse tristesse, heureux dépouillement, s’il nous conduit à tout quitter de ce qui nous rassurait pour nous attacher au Christ.

    Aujourd’hui saint Pierre dit à Jésus : « voici que nous avons tout quitté pour te suivre ! » Depuis 2000 ans dans l’Église, des jeunes hommes ou femmes choisissent de tout quitter pour Jésus en s’engageant dans le célibat pour le Royaume. Il faut qu’aujourd’hui encore des jeunes y pensent, car c’est un grand bonheur et c’est très utile. Cela montre Dieu d’une façon irremplaçable. Et si jamais l’Église décidait, comme le demande Mgr Kockerols, d’ordonner prêtre des hommes mariés, il faudrait que ce ne soit pas des jeunes, mais des convertis de plus tard, des gens qui n’ont pas eu l’occasion dans leur jeunesse de choisir de tout quitter pour le Christ. Pour les jeunes, il faut garder cette proposition phénoménale, très grande et très belle, d’appartenir tout entier au Christ alors qu’on aurait pu vivre autrement.

    Pour terminer, je paraphraserai les Béatitudes : bienheureux ceux qui ont un cœur de pauvre, qui ne cherchent pas à compenser aussitôt leur manque et à le combler à tout prix. Il découvriront que ce manque conduit à la joie profonde, parce qu’il y a Dieu, une présence invisible mais réelle, qui peut être accueillie de plus en plus avec tout notre être.

  • Ce qu'entend l'Église lorsqu'elle se réfère à la loi naturelle

    IMPRIMER

    Du Figaro Vox :

    Loi naturelle et PMA: la réponse de Monseigneur Bozo à Luc Ferry

    Loi naturelle et PMA: la réponse de Monseigneur Bozo à Luc Ferry

    FIGAROVOX/TRIBUNE - En réponse à la chronique de Luc Ferry publiée dans Le Figaro du 11 octobre, Mgr Bozo précise ce qu'entend l'Église lorsqu'elle se réfère à la loi naturelle.


    Mgr Pierre-Antoine Bozo est évêque de Limoges et membre du groupe de travail des évêques sur les lois de bioéthique.


    À la faveur de la révision des lois bioéthiques, on lit beaucoup de choses, ces temps-ci, sur la «loi naturelle». Cette loi naturelle fait partie du patrimoine commun à de nombreuses traditions religieuses et philosophiques. L'Église catholique s'y est beaucoup référée. Elle le fait moins. Ce n'est pas tant que la notion serait périmée, mais plutôt que la compréhension commune la déforme souvent. Témoin de cette méprise, l'usage qu'en fait Luc Ferry dans sa chronique du Figaro.

    Pour un voyage-invitation aux plaisirs des sens au bout du monde, partez à travers les plus beaux vignobles australiens!

    Au rebours de ce qu'il y affirme, la loi naturelle ne consiste pas à «prendre la nature pour modèle», ni à ratifier la «compétition cruelle qu'elle impose». Si la nature était de soi normative, comment explique-t-on que l'Église, qui se réfère volontiers à la loi naturelle, défende les plus vulnérables, dans sa doctrine sociale, en toute fidélité aux préceptes évangéliques, prenant ainsi à contre-pied la «compétition cruelle» qui sévit dans la nature? La loi naturelle n'est pas une soumission aux lois physiques de la nature et ne s'impose pas directement à la conscience. Elle fait appel à la raison et au discernement.

    Si la nature n'est pas de soi normative, les progrès scientifiques techniques devraient-ils l'être davantage ?

    Dans la contribution qu'elle a donnée en 2009 sur la question, la Commission Théologique Internationale (catholique) présente la loi naturelle - dont l'Église n'a pas le monopole - comme la capacité qu'ont «les personnes et les communautés humaines, à la lumière de la raison, de discerner les orientations fondamentales d'un agir conforme à la nature même du sujet humain et de les exprimer de façon normative».

    Le récent texte des Évêques de France, intitulé «La dignité de la procréation», qui prend position sur la question de la PMA «pour toutes», n'évoque aucune norme naturelle qui imposerait d'elle-même ses conclusions, mais propose «un discernement éthique posé en raison».

    Bien loin de remettre en cause les progrès médicaux, qui suscitent l'admiration, ce texte interroge plutôt la responsabilité du législateur sur l'usage des découvertes scientifiques et techniques en ce qui concerne la transmission de la vie, pour le bien de tous et en particulier des plus vulnérables. Si la nature n'est pas de soi normative, les progrès scientifiques techniques devraient-ils l'être davantage? Si la fameuse loi de Gabor - qui veut que tout ce qui est techniquement faisable finit par se réaliser - s'impose, nous avons beaucoup à craindre de l'avenir.

    En tout cas, ce n'est pas parce qu'elle serait le fruit des progrès de la technique que les évêques émettent des réserves sur la PMA, c'est parce que sa mise en œuvre elle-même interroge: quid des embryons surnuméraires, de l'anonymat du don, des techniques de sélection et du développement de l'eugénisme libéral qu'elle implique?

    Monsieur Ferry, pour mieux prendre ses distances avec «la nature», écrit que «tout ce que ce que l'humanité a fait de grand depuis le siècle des Lumières est pour l'essentiel artificiel, antinaturel». À l'heure où les chercheurs scrutent toujours plus la nature pour y découvrir des secrets cachés qu'elle pourrait reproduire et utiliser, pourquoi opposer l'artifice humain à la nature? Et quand bien même la nature ne dicte pas abruptement ses lois à la conscience humaine, individuelle ou communautaire, faut-il pour autant nous défier d'elle, n'a-t-elle donc rien à nous enseigner? Ne progresserons-nous qu'en l'ignorant?

    Les conséquences inquiétantes de nombre de nos réalisations techniques liées aux progrès scientifiques, en matière de climat, de ressources naturelles comme en termes de santé publique sont-elles négligeables? N'y a-t-il pas une intelligibilité du cosmos à laquelle la raison humaine ne devrait pas trop vite se soustraire, un «message éthique contenu dans l'être»? Si les lois de la nature ne sont pas l'instance ultime, ne faut-il pas pour autant les scruter, en faisant œuvre de discernement et de raison?

    Ainsi, la perspective d'ouvrir la PMA aux femmes seules et aux femmes vivant en couple homosexuel invite-t-elle à regarder ce que signifient des réalités «naturelles» comme la procréation, la grossesse, la paternité et la maternité, la filiation. Tous ces éléments qui font partie du donné de l'expérience humaine ont-ils une intelligibilité globale, une cohérence? Peut-on s'en affranchir sans conséquences?

    La question écologique qui s'invite avec urgence dans notre actualité relativise toute prétention techno-scientifique dominatrice et montre plus que jamais l'importance de mettre en œuvre une capacité d'écoute et de respect face à la nature.

  • Un "Curé d'Ars" italien sur les autels

    IMPRIMER

    De Davide Lamparella sur le site de l'Homme Nouveau :

    Un curé sur les autels : 
    Vincenzo Romano, le Curé d’Ars d’Italie (1751-1831)

    Un curé sur les autels : <br>Vincenzo Romano, le Curé d’Ars d’Italie (1751-1831)

    14 octobre 2018 : le Pape François, après 173 ans de l’ouverture de la cause de béatification, canonisera – entre autres – un curé. Un curé spécial : le premier dont un procès de béatification a été entamé depuis la fondation de notre Église bien-aimée par le Christ. Le 13 juin 1843 le Pape Grégoire XVI, lors de la signature du décret d’introduction de la cause de l’Abbé Vincenzo Romano, curé de la ville de Torre del Greco dans les environs de Naples, dit: « Gloire à Dieu, car, après plus de dix-huit siècles de la fondation de l’Église, nous avons un curé saint ». Pendant que saint Jean-Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, exerçait son ministère dans l’Ain, l’Abbé Romano commençait à faire l’objet d’un procès de béatification qui aurait pu aboutir à la canonisation du premier curé dans toute l’histoire de l’Église catholique. Le 25 mars 1895, le Pape Léon XIII signa le décret concernant les vertus héroïques et les miracles du Servant de Dieu, qui fut enfin proclamé bienheureux le 17 novembre 1963 par le Pape Paul VI1, après que les deux miracles attribués à son intercession avaient été officiellement reconnus. En 1990, le pape Jean-Paul II, pendant sa visite pastorale à Torre del Greco, se rendit dans la Basilique pontificale de la Sainte-Croix, où le corps du bienheureux est vénéré, pour rendre hommage au saint curé napolitain, et rappela ce qu’il avait déjà dit en 1983, à l’occasion des vingt ans de sa béatification: « En lisant la biographie de l’Abbé Romano, on est impressionné par le zèle de son action pastorale, qu’il exerça pendant trente-deux ans sans aucune interruption, ne s’éloignant jamais de sa paroisse, où il était constamment occupé, à partir de l’aube, dans la prière, la célébration de la Sainte Messe, les confessions, la catéchèse des adultes et des enfants, les visites aux malades, la conversion des pécheurs ».

    Vincenzo Romano naquit le 3 juin 1751 dans la ville de Torre del Greco, à quelques kilomètres de Naples, centre de pêche et de traitement du corail aux pieds du Vésuve. Issu d’une famille très pieuse, le 10 juin 1775, à l’âge de 24 ans, il fut ordonné prêtre pour l’éternité. Formé à l’école de Saint Alphonse Marie de Liguori, il se dédia avec zèle à l’exercice de son ministère sacerdotal. Son engagement fut si dévoué que le peuple lui attribua l’appellation d’« ouvrier infatigable ». Il paraissait avoir fait vœu de ne pas perdre son temps afin de se dédier entièrement au soin des âmes : instruction aux enfants, tutorat aux séminaristes, évangélisation de la population rurale, aumônerie de confréries et couvents, assistance spirituelle aux malades et aux mourants et prédications dans la rue. En 1794, une éruption dévastatrice enterra toute la ville, y compris la paroisse de la Sainte-Croix. L’Abbé Romano fut le propulseur de la reconstruction de l’église, un événement qui alla bien au-delà d’une reconstruction matérielle : grâce à son œuvre infatigable et à son dévouement surnaturel, la ville vécut une véritable renaissance spirituelle et morale. Apôtre de l’espérance, il exhortait sans cesse ses concitoyens à confier dans la Providence Divine, en leur disant : « l’espérance est notre bien le plus précieux : elle sèche nos larmes, allège nos fatigues, revigore nos faiblesses, soigne nos plaies ».

    À partir de 1799, la charge de curé de la paroisse de la Sainte-Croix lui fut confiée. Il n’accepta ce ministère si exigeant et difficile que pour accomplir la volonté de Dieu. Humilité, sainteté de vie, prière, jeûnes, veilles, pénitences, fatigues, pureté, chasteté, science, longanimité, bonté, charité, zèle, adhésion parfaite aux canons du Concile de Trente, obéissance : ces quelques mots décrivent parfaitement sa vie sacerdotale.

    Lire la suite

  • Dimanche 14 octobre 2018 sur la place Saint-Pierre à Rome : le pape François canonise Paul VI, le pape de Vatican II

    IMPRIMER

    A mi-parcours du Synode « des jeunes », ce dimanche 14 octobre 2018, sur la place Saint-Pierre à Rome, le pape François va élever sur les autels sept nouveaux saints : Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador (capitale de la république du même nom), icône emblématique des droits de l’homme en Amérique du Sud, assassiné en 1980, Nunzio Sulprizio (un jeune artisan italien exemplaire), Francisco Spinelli et Vincenzo Romano (prêtres italiens ayant dédié leur vie aux pauvres et à l’adoration du Saint-Sacrement), Maria Katharina Kasper  et  Nazaria Ignacia  March Mesa  (deux religieuses, l’une allemande, l’autre espagnole, partageant le même souci de l’aide aux défavorisés) et, last but not least dans la notoriété, le pape Paul VI auquel l’historien Yves Chiron a consacré les lignes qui suivent reproduites sur le site « aleteia » :

    « Dans la tempête qui suivit le concile Vatican II, dans une société de plus en plus sécularisée, le saint pape Paul VI gouverna l’Église avec souplesse, en tenant bon la barre sur la doctrine et la protection de la vie.

    PopePaulVI.jpgLe pape Paul VI, qui fut pape de 1963 à 1978, sera canonisé ce 14 octobre. Il gouverna l’Église dans la période difficile de l’après-concile Vatican II. La première grande décision de son pontificat fut de poursuivre le concile Vatican II que son prédécesseur, Jean XXIII, avait convoqué et qui avait connu une première session en 1962. Il y eut encore trois sessions sous Paul VI et le concile durera jusqu’en décembre 1965. Le Pape, tout en laissant une grande liberté au concile, est intervenu à plusieurs reprises de manière décisive : en imposant une Note qui précisait et limitait la collégialité (la participation des évêques au gouvernement de l’Église universelle) et en enlevant des débats conciliaires certains sujets sensibles (la contraception, le célibat des prêtres, l’organisation du synode des évêques) qu’il se réservait de traiter.

    Des réorientations décisives

    C’est aussi en plein concile, mais de sa propre décision, qu’il a donné de façon solennelle un nouveau titre à la Vierge Marie, en proclamant « Marie, Mère de l’Église ». Les seize constitutions, décrets et déclarations votés par le concile Vatican II ont réorienté de manière décisive l’Église et lui ont ouvert de nouvelles perspectives. La forme la plus visible de cette réorientation fut la réforme liturgique qui fut mise en œuvre après le concile et dont Paul VI a suivi l’élaboration de très près.

    On doit relever aussi que Paul VI a été le premier pape de l’histoire de l’Église à aller à la rencontre des fidèles sur tous les continents. Ce seront successivement les voyages en Terre Sainte et en Inde en 1964, à New York au siège des Nations-unies en 1965, au Portugal en 1967, en Colombie en 1968, à Genève et en Ouganda en 1969, en Asie en 1970.

    Lire aussi :

    Que retenir du pontificat du bienheureux Paul VI ?

    Lire la suite

  • "Notre monde est une très belle occasion d'espérance..."

    IMPRIMER

    François-Xavier Bellamy: "notre monde est une très belle occasion d'espérance"

    Emission sur RCF présentée par Stéphanie Gallet

    Le philosophe François-Xavier Bellamy vient de publier un essai remarqué, "Demeure : Pour échapper à l'ère du développement perpétuel" (éd. Grasset).

    9782246815587-001-T.jpeg"LA PERTE DU MONDE ET DE LA RÉALITÉ DE NOS VIES"

    La politique française (mais pas seulement elle) est dans tous ses états. Dans ce chaos médiatique et politique, quelque chose pourtant demeure. C’est la conviction de François-Xavier Bellamy. Echapper à l’ère du mouvement perpétuel. C’est la conviction forte qui ressort du dernier ouvrage de François-Xavier Bellamy. « Demeure » (éd. Grasset) propose au lecteur de déconstruire sa fascination pour le mouvement, pour le changement.

    François-Xavier Bellamy, philosophe, engagé en politique, plaide pour un véritable enracinement en naviguant entre les différents courants philosophiques. Son ouvrage qui débute sur Saint-Exupéry. Ce qui n’est pas une évidence lorsqu’il s’agit de démonter la vitesse. "C’était une évidence car ce texte a précédé dans le travail de l’écriture l’importance que j’avais de cette question sur notre passion du mouvement. C’est un texte assez peu connu, c’est une lettre. Il y raconte cette passion pour la vitesse. Et il se demande si cette passion n’a pas été une sorte de perte du monde et de la réalité du monde qui l’entourait. Nous pouvons nous aussi avoir le sentiment de perdre la réalité de ce monde, de perdre la réalité de nos vies" explique-t-il.

    "RIEN DE PLUS STÉRILE QUE L'INDIGNATION"

    Quand on regarde l’actualité de notre monde, précise François-Xavier Bellamy, "il y a une forme de révolte nécessaire. Cette formule s’éclaire avec la crise écologique que nous traversons. Le désert grandit, sur le plan matériel, et dans notre vie intérieure. J’aime le monde dans lequel nous vivons, mais nous vivons une époque inquiétante à bien des aspects. Et je ne voudrai pas me résigner à ce que cette époque a d’asséchant. Il faut distinguer la passion que nous pouvons avoir pour le cœur de l’homme de tous les travers de cette époque" ajoute-t-il.

    François-Xavier Bellamy ne veut pour autant pas passer pour un indigné. "Il n’y a rien de plus stérile que l’indignation. Ce qui compte c’est de faire de tous les maux que traverse notre monde un engagement, et une espérance. Ce n’est pas une sorte d’optimisme béat. C’est quand les choses semblent aller mal que l’on peut faire une occasion d’espérance. De ce point de vue là, notre monde est une très belle occasion d’espérance" lance encore le philosophe. "Plus que jamais, nous avons besoin du sens des mots, du sens d’une parole qui se partage" ajoute-t-il.

    "NE PAS ENFERMER LES DÉBATS DANS UN CAMP"

    Certains disent de François-Xavier Bellamy a du mal à choisir entre la philosophie et l’engagement politique. "Je n’ai pas de mal à choisir en ce sens que l’un et l’autre vont de paire. L’engagement politique, ce n’est pas forcément le fait de devenir élu un jour. Il y a beaucoup de formes d’engagement politique. Nous sommes tous engagés en politique car nous sommes citoyens. Il n’y a pas de séparation à faire. Ce qui compte, c’est de vivre dans une véritable unité personnelle" précise-t-il.

    Il conclut en expliquant que "ce qui compte, c’est moins de renouveler la pensée à droite que de tenter de partager ensemble des constats. On peut avoir voté à droite ou à gauche, et construire des diagnostics communs. C’est très stérile d’enfermer les débats dans un camp".

  • Vive le latin !

    IMPRIMER

    De Clémentine Jallais sur le site Réinformation TV

    « Vive le latin – histoires et beauté d’une langue inutile » : Nicola Gardini

    Des humanités, on ne sait encore quel sort leur sera fait pour le bac mouture 2021 – Jean-Michel Blanquer vient de leur promettre un « traitement de faveur », mais qu’aucun texte, encore, n’atteste. « Mais alors, à quoi me serviront ces cours ?! » me demande ma fille, désabusée, matheuse qui plus est, voyant s’enfuir les prometteuses options de latin et de grec… Pour cela, il faut lire l’ouvrage de Nicola Gardini, « Vive le latin – histoires et beauté d’une langue inutile ». Un livre qui fait fureur par-delà les Alpes, au pays de Cicéron et que les éditions de Fallois sont allés chercher et traduire, à juste titre.

    Alors, bien sûr, c’est un Italien qui parle, qui raconte des amours et des enchantements tout personnels… Mais la portée en est universelle. Car « sous le jardin de la langue quotidienne, il y [a] le tapis des racines anciennes »… et nous mourrons de ne plus le sentir sous la langue et dans la tête ! Et puis Gardini est tout sauf un vieux professeur perdu dans son époque. Il est de son temps – et c’est pour ça qu’il est arrivé au latin.

    « Un essai sur la beauté du latin » Nicola Gardini

    Ils sont là, juste derrière. Ils sont toute notre culture – l’essence de l’intelligence humaine parvenue à une apogée certaine. L’ouvrage de Nicola Gardini est à la fois un éloge et une défense du latin et de toute la littérature composée dans cette langue qui s’étale sur des siècles et sous la plume d’une quantité d’auteurs.

    Parce qu’aujourd’hui l’offensive est systématique dans tous les programme scolaires et ailleurs. Et que ce doit être une préoccupation pour tous, pas seulement pour les latinistes. Car nous sommes tous nés de cette culture et de cette histoire. Notre pensée et même nos sentiments occidentaux sont pétris de latinité. « La civilisation de la parole humaine et la foi dans les possibilités du langage n’ont pas de monument plus imposant que le latin ».

    Il n’en reste que des bribes ? Suffisamment pour y passer une vie ! Un peu de « conscience historique », que diable ! Sa connaissance « ou au moins, écrit Gardini, le sentiment de ce qui lui est propre » est plus que jamais nécessaire.

    « Des voix encore parfaitement nettes » : pourquoi le latin est tout sauf une langue morte

    Il y a bon nombre d’arguments sur la vertu linguistique du latin, des résonances étymologiques à la détermination méthodique des structures syntaxiques… Mais s’ils sont vrais, ils ne suffisent guère à Gardini, qui veut parler beauté et beauté vivante, parce qu’éminemment parlante.

    « C’est une vieille habitude d’accoler au latin (et au grec ancien) la métaphore disgracieuse et vague de langue morte ; bien au contraire, le latin est vivant parce qu’il nous parle, parce qu’il y a des textes d’une étonnante force expressive écrits dans cette langue, d’une influence considérable au cours de nombreux siècles, qui continuent à nous dire des choses importantes sur le sens de la vie et de la société (…) »

    Rien d’abstrait, de fait, dans cet ouvrage où l’auteur se promène, avec légèreté et profondeur tout à la fois parmi ces grands auteurs qui ont galvanisé ses passions, jeunes ou plus tardives. On passe de Catulle à Lucrèce, de Térence à Cicéron, sans bien sûr oublier le « charme », le « réconfort », la « lumière » de Virgile, les « leçons de bonheur » de Sénèque ou la ferveur convaincante de Saint Augustin… et Horace et son fameux « ut pictura poesis » !

    Il butine avec amour à travers les siècles, soulignant la perfection poétique d’un mot ou l’ironie cinglante d’un adynaton (une figure de style que j’avais bien oubliée). L’émerveillement du lycéen qu’il fut, devant ce pouvoir « de l’expression en tant que telle » demeure celui de l’écrivain qu’il est devenu. Tous nos auteurs européens n’y ont-ils pas puisé ? Dante aurait-il écrit sa Divine Comédie sans la précieuse ascendance des Métamorphoses ovidiennes… ?

    Vive le latin – histoires et beauté d’une langue inutile : « reprenons tout à partir du latin » !

    S’érige plus que jamais cette prétention moderne de tout rapporter à soi. « Les Anciens nous parlent d’eux. Et nous, en apprenant qui ils sont, nous apprenons, en substance, à parler de nous-mêmes ; nous devenons, pour ainsi dire, un tout petit peu des Anciens, nous aussi, plutôt que de prétendre qu’ils deviennent eux, des modernes. »

    Plus que jamais s’érige aussi cette prétention moderne d’auréoler toute connaissance du sordide épithète de pragmatique, « la transposition immédiate du savoir sous la forme de quelque service pratique »… Quid de la mémoire, de l’imagination, de la créativité ?! Quid de la « libertas », mot phare de Cicéron ? Quid, surtout, des grandes questions de l’existence : « Où vais-je ?… », « Qui suis-je ? » « Quiconque étudie le latin doit l’étudier pour une raison fondamentale (…) Parce que c’est en en latin qu’ont été écrit les secrets de notre identité la plus profonde et que, ces secrets, l’on veut les déchiffrer. »

    Seulement le goût décline cruellement, écrit Gardini… et l’on cherche à convaincre les esprits que le bien-être matériel est l’unique source de bonheur – et d’éducation.

    « Le mort ou le moribond, c’est celui qui n’écoute pas, non celui qui parle »

    La vie est pourtant plus vivante à mesure qu’elle se nourrit du passé. Tout ce monde antique, resté accessible par l’écriture, ne doit pas être enterré, sous peine que nous le soyons nous-mêmes. Des nains sur des épaules de géants, disait Victor Hugo ! « L’histoire de nos vies n’est qu’une fraction de l’Histoire » dit encore Gardini, qui cite avec bonheur Pagnol en guise d’envoi, ce grand amoureux de Virgile.

    L’offensive est là, comme une évidence choquante. Est cité en exergue d’un des chapitres le grand archéologue et historien de l’art italien, Salvatore Settis : « La marginalisation radicale des études classiques dans la culture générale et les systèmes scolaires est un processus de profonde mutation culturelle que nous ne pouvons en aucune façon ignorer…. »

    Une mutation qui ne se fait pas incidemment. Moins l’homme peut réfléchir par lui-même et avoir conscience de son identité, mieux c’est.

    Clémentine Jallais

    Vive le latin – histoires et beauté d’une langue inutile, Nicola Gardini ; éditions de Fallois ; 278 p

  • Les 522 bienheureux martyrs de la guerre civile espagnole (13 octobre)

    IMPRIMER

    D'Evangile au Quotidien : 

    BBx 522 martyrs de la guerre d’Espagne († 1936-1939)

    Fête Le 13 Octobre

    Commémoration commune : le 13 octobre (jour de la béatification)

    Quand nous parlons des martyrs espagnols des années 1930, nous les appelons par erreur « les martyrs de la guerre civile ». Ce n’est pas le cas, car les premiers martyrs nous les trouvons en octobre 1934, au cours de la révolution des Asturies (neuf d'entre eux furent canonisés par St Jean-Paul II en 1999). Il manquait, alors, près de deux ans au début de la guerre civile, avec laquelle ces témoins n’avaient rien à voir.

    Dans ces années terribles beaucoup de membres du clergé et de consacrés furent assassinés simplement parce qu’ils appartenaient à l’Église ; et le martyre des hommes et des femmes de l’Action  Catholique et d’autres mouvements ecclésiaux était de même nature. Mais aucun d’eux ne fut impliqué dans des luttes politiques ou idéologiques. 

    Il est attesté que la persécution a commencé bien avant la guerre civile et qu’elle n’était pas la conséquence d’une prise de position de l’Église qui, seulement à partir de juillet 1937, appuya ouvertement une des parties en conflit parce l’autre avait cessé d’exister et on continuait de tuer les ecclésiastiques et les catholiques pratiquants.

    Le dimanche 13 octobre 2013, le cardinal Angelo Amato s.d.b., préfet de la congrégation pour les causes des saints, a béatifié cinq cent vingt-deux nouveaux martyrs au cours d'une messe célébrée à Tarragone en Catalogne. Une cérémonie exceptionnelle à laquelle ont participé de très nombreux prêtres, religieux et religieuses, des familles des martyrs et près de 25.000 personnes.

    Parmi ces martyrs figurent trois évêques, 97 prêtres, 3 séminaristes, 412 consacrés et 7 laïcs provenant de différents diocèses espagnols. Ils ont été tués pour la plupart entre 1936 et 1939 par les forces républicaines. Sept d'entre eux étaient étrangers: trois Français, un Cubain, un Colombien, un Philippin et un Portugais... « Louons le Seigneur pour leurs courageux témoignages, et par leur intercession, supplions-le de libérer le monde de toute violence » a dit le pape François à l'issue de l'angélus ; il a également enregistré un message vidéo qui a été retransmis au cours de la cérémonie espagnole dans lequel il demande aux nouveaux martyrs d’intercéder pour que nous ne soyons pas des chrétiens « sans substance », eux qui étaient des chrétiens « jusqu’au bout ».

    Liste des 522 martyrs selon les 33 causes de béatification (en bleu entre parenthèses) et par nom ou groupe avec en tête (par ordre alphabétique) le premier membre du groupe.

    Lire la suite

  • Le pape François accepte la démission de l'archevêque de Washington tout en le maintenant comme administrateur apostolique...

    IMPRIMER

    D'Anne Kurian sur zenit.org :

    Etats-Unis : le pape accepte la démission du cardinal Wuerl

    Un geste pour la guérison des abus et pour l’avenir

    Le pape François a accepté la renonciation du cardinal Donald Wuerl, 77 ans, au gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Washington (Etats-Unis), ce 12 octobre 2018. Une décision qui intervient dans un contexte de crise sur la gestion des abus sexuels commis au sein de l’Eglise. (voir ICI)

    Près de deux mois après la lettre de l’ex-nonce aux Etats-Unis, Mgr Carlo Maria Vigano (26 août), mettant en cause le pape François et d’autres responsables dans le traitement du cas de l’ex-cardinal américain Theodore McCarrick, archevêque émérite de Washington, le cardinal Wuerl, sous le feu des critiques, a expliqué dans une lettre que sa renonciation « peut permettre à tous les fidèles, au clergé, et aux laïcs, de se concentrer sur la guérison et sur l’avenir. Cela permet à l’Eglise locale d’aller de l’avant ».

    « Une fois encore, poursuit le cardinal, je demande pardon pour mes erreurs de jugement passées… ma démission est une façon d’exprimer mon grand amour respectueux pour vous, peuple de l’Eglise de Washington. »

    Dans une lettre rendue publique, le pape François exprime son estime au cardinal américain : « Je sais que cette demande repose sur deux piliers qui ont marqué et continuent à marquer ton ministère : chercher en toutes choses la plus grande gloire de Dieu et offrir le bien au peuple qui t’est confié, écrit-il… Je reconnais dans ta demande le cœur du pasteur qui, en élargissant sa vision pour reconnaître le plus grand bien du corps entier, met la priorité sur les actions qui soutiennent, stimulent et font grandir l’unité et la mission de l’Eglise au-dessus de toute division stérile. »

    Le pape ajoute : « Tu as suffisamment d’éléments pour justifier tes actions et distinguer entre ce qui signifie couvrir des crimes ou ne pas s’occuper des problèmes, et commettre des erreurs. Cependant, ta noblesse t’a conduit à ne pas choisir cette voie de défense. Je suis fier de cela et te remercie. Tu exprimes clairement ton intention de donner la priorité au projet de Dieu, avant tout projet personnel… Ta renonciation est un signe de ta disponibilité et de ta docilité à l’Esprit Saint. »

    A la tête du diocèse depuis 2006, le cardinal Wuerl reste cependant administrateur apostolique en attendant la nomination de son successeur.

    La réaction du SNAP (principale association de victimes) : Cardinal Wuerl Resigns with Pope’s Blessing – Insults Victims and Ignores the Coverup