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Selon Frédéric Martel, le pape aurait voulu changer le discours de l'Eglise sur les homosexuels lors des synodes sur la famille

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De Jeanne Smits sur son blog :

Frédéric Martel : le pape François a voulu changer le discours de l'Eglise sur les homosexuels aux synodes sur la famille

Le pape François a-t-il vraiment œuvré pour introduire une forme de reconnaissance des unions homosexuelles par le biais des deux synodes sur la famille ? C’est ce que croit savoir Frédéric Martel, qui livre à ce sujet ce qu’il présente comme des confidences de proches de François dans son livre-brûlot Sodoma sur les réseaux homosexuels dans l’Eglise.

Si les propos rapportés sont exacts, ils constituent une véritable bombe, puisqu’ils conduisent Martel à décrire par le menu les manipulations (pour une bonne part manquées) qui ont accompagné ces synodes, puis la rédaction de l’exhortation apostolique Amoris laetitia – telles qu’elles étaient perçues, au demeurant, par les tenants de la tradition dans l’Eglise qui ne sont pas allés, pour autant, jusqu’à en rendre le pape directement et explicitement responsable.

Commençons donc par une mise en garde : Sodoma est un livre de combat qui voit des homosexuels partout, mais qui ne désigne, dénonce et dénigre comme tels que ceux – actifs ou refoulés selon lui – qui se manifestent par leur « homophobie ». C’est même l’affirmation « rigide » de la doctrine de l’Eglise sur l’homosexualité et le péché de sodomie qui serait selon Martel le signe qui ne trompe pas d’une homosexualité dissimulée de la part de ceux qui se livrent à cette affirmation.

Outre ce raisonnement qui tourne en rond, tout en insinuations et sous-entendus, il y a les erreurs factuelles qui émaillent le livre, et – s’il faut en croire Antoine-Marie Izoard, rédacteur en chef de Famille chrétienne – surtout, la déformation de propos recueillis, des interviewés « piégés » ou ayant fait l’objet de tentatives de « drague » au cours de l’enquête.

Izoard, face à la question de l’homosexualité, prône la réponse de Benoît XVI : « Il est alors plus que temps d’appliquer les mesures de Benoît XVI qui recommandait qu’aucun jeune ayant des tendances homosexuelles ne puisse intégrer le séminaire. » C’est à peu près l’inverse de la conclusion suggérée par le livre de Frédéric Martel : que les prêtres « gays » puissent enfin vivre leurs amours au grand jour et qu’on en finisse avec le célibat sacerdotal, au motif que la continence serait « contre nature ».

D’ailleurs Martel présente Benoît XVI lui-même comme un homosexuel probablement chaste qui sublime sa tendance dans l’amour des arts et des beaux vêtements, et donc « rigide » sur le plan doctrinal.

Le pape François, lui, gay-friendly et donc selon toute probabilité pas « gay » lui-même, serait entouré de proches de la même eau tels les cardinaux Blase Cupich, Walter Kasper, Kevin Farrell, Reinhard Marx, Christoph Schönborn, Oscar Maradiaga, Lorenzo Baldisseri, qui se distinguent tous par leur approche plus libérale de la question « LGBT » (acronyme de combat qui revendique des droits pour ce que la morale traditionnelle juge gravement peccamineux).

C’est avec prudence qu’il faut donc aborder l’ensemble de ce qui est avancé, mais sur le plan de la doctrine certaines allégations sont si graves qu’elles doivent être connues, et – plût à Dieu – démenties, sous peine de laisser la confusion s’installer encore davantage dans l’Eglise.

Selon Frédéric Martel, le cardinal Baldisseri, chargé de l’organisation des deux synodes sur la famille, lui a assuré qu’avant le premier, en 2014, l’idée était d’« ouvrir les portes et les fenêtres », à la demande de François. « On n’avait aucun tabou, aucune retenue. Toutes les questions étaient ouvertes. Brûlantes ! Tout était sur la table : le célibat des prêtres, l’homosexualité, la communion des couples divorcés, l’ordination des femmes… On a ouvert tous les débats à la fois. »

Il forme une « petite équipe sensible, gaie et souriante » en s’entourant de Bruno Forte, Peter Erdö et Fabio Fabene, « tous promus depuis par le pape » : « une véritable machine de guerre au service de François ».

Avec Schönborn et Maradiaga, ils sont sur la « ligne Kasper », qui a fait savoir dès avant l’ouverture du synode que les « unions homosexuelles, si elles sont vécues de manière stable et responsable, sont respectables ». Mais ils mettent en branle une forme de dynamique de groupe en interrogeant « la base » dans les diocèses du monde. Les réponses qui affluent sont « traitées » à Rome pendant que des plumes acquises se mettent au premier jet d’Amoris laetitia (« dont au moins un homosexuel que j’ai rencontré », assure Martel).

« François venait ici chaque semaine, me raconte Baldisseri. Il présidait personnellement les sessions où nous débattions des propositions », avance alors l’auteur.

Le texte est ainsi construit qu’on imagine que le pape a tout voulu et approuvé : il a « choisi de bouger sur les questions de famille et de morale sexuelle », affirme Frédéric Martel. Et de lui attribuer un « plan secret » qui annonce «  la bataille inimaginable qui va bientôt se jouer entre deux factions homosexualisées de l’Eglise » – les méchants qui s’en tiennent à la morale traditionnelle, les gay-friendly qui ne sont pas « corrompus », hypocrites, adeptes de la double vie comme les premiers mais cherchent à ouvrir la porte aux pécheurs. Périphéries et hôpital de campagne, c’est en effet le programme de François.

C’est alors que Martel donne la liste des cardinaux dont l’opposition bruyante « abasourdit » le pape et conduit celui-ci à dénoncer les « maladies curiales » pour désigner ceux qui composent selon Martel « l’invraisemblable paroisse » (dans Sodoma, « la paroisse », ce sont les homosexuels : « Raymond Burke, Carlo Caffarra, Joachim Meisner, Gerhard Ludwig Müller, Walter Brandmüller, Mauro Piacenza, Velasio De Paolis, Tarcisio Bertone, George Pell, Angelo Bagnasco, Antonio Cañizares, Kurt Koch, Paul Josef Cordes, Willem Eijk, Joseph Levada, Marc Ouellet, Antonio Rouco Varela, Juan Luis Cipriani, Juan Sandoval Iñiguez, Norberto Rivera, Javier Errazuriz, Angelo Scola, Camillo Ruini, Robert Sarah et tant d’autres ».

Et voilà que Martel attribue à François la volonté d’« abattre un mur » – encore un. « Sur la question homosexuelle, il entreprend un long travail pédagogique. Il s’agit, ici, de distinguer de manière nouvelle et fondamentale pour l’Eglise, d’une part les crimes que sont la pédophilie, les abus sexuels sur mineurs de moins de quinze ans, ainsi que les actes sans consentement dans le cadre d’une situation d’autorité (catéchisme, confession, séminaires, etc. ; et d’autre part les pratiques homosexuelles légales entre adultes consentants. Il tourne également la page du débat sur le préservatif en mettant l’accent sur “l’obligation de soigner”. »

Explosée, la morale traditionnelle, et par le successeur de Pierre lui-même ? Certains éléments, certaines attitudes du pape François semblent aller en ce sens, il faut bien le dire, mais il n’a jamais dit pareille chose explicitement. Ce qui est sûr, c’est que le monde de la presse mainstream, le monde « mondain » ne saurait que croire ce qu’il approuve déjà si volontiers.

La sortie du livre Demeurer dans la vérité du Christ, sur le mariage chrétien, présenté par Sodoma comme un « pamphlet » signé Burke, Müller, Caffarra, Brandmüller et De Paolis, met un frein aux manœuvres même s’il se fait « saisir » à la demande de Baldisseri (assure Martel) avant de pouvoir être distribué aux pères synodaux.

Martel qualifie de « subtile » la formule d’un prêtre homosexuel à propos de ce synode qui a tourné à la « farce » : « C’est la revanche du placard ! C’est la vengeance du placard ! »

Il décrit également la colère du pape qui est révulsé par les « manœuvres en coulisse », le « complot » des opposants : François réagit en « têtu entêté », raconte Martel, citant la formule d’un de ses interlocuteurs. Cela passera par la sanction des cardinaux qui l’ont « humilié » (Müller en tête) et par une stratégie à long terme : « Modifier la composition du collège des cardinaux en créant des évêques favorables à ses réformes et, compte tenu de la limite d’âge, évincer naturellement peu à peu son opposition – c’est l’arme suprême, dont seul le souverain pontife peut user. »

Qui ? Mgr Victor Manuel “Tucho” Fernandez de La Plata, qui aurait été « mobilisé » par le pape après le premier synode pour expliquer que François « vise des réformes irréversibles ». Le cardinal bergoglien Daniel Sturla de Montevideo, qui revendique devant Martel – s’il faut l’en croire – des « positions pro-gays ». Le cardinal Maradiaga, lui, voyagera à travers le monde où il « distille la pensée de François ».

Du côté des intellectuels, c’est le père jésuite Antonio Spadaro, rédacteur en chef de La Civiltà Cattolica, revue jésuite « semi-officielle » du Vatican, qui joue le rôle de « poisson pilote » pour un « grand plan de communication secret » à l’initiative de « la bande à Baldesseri ». C’est lui qui est crédité d’avoir mobilisé Maurizio Gronchi et Paolo Gomberini en Italie, le P.  Jean-Michel Garrigues, « un proche ami du cardinal Schönborn) et Antoine Guggenheim en France. Ce dernier écrit en tout cas dans La Croix : « La reconnaissance d’un amour fidèle et durable entre deux personnes homosexuelles, quel que soit leur degré de chasteté, me semble une hypothèse à étudier. Elle pourrait prendre la forme que l’Eglise donne habituellement à sa prière : une bénédiction. »

C’est de là aussi que date la mise en route de l’opération Adriano Oliva, selon Martel : ce frère dominicain italien, basé à Paris, qu’il présente comme l’un des plus grands spécialistes vivants de saint Thomas d’Aquin. Et selon Martel, c’est sur ordre du pape François lui-même qu’il a agi.

Oliva sort en 2015 – pour fêter les huit cents ans de l’Ordre dominicain ! – au Cerf le livre Amours où il prétend démontrer que l’Aquinate reconnaissait le caractère « naturel » de l’homosexualité, puisque « l’homme dans ses irrégularités et singularités fait partie du dessein divin ». « Contre nature », l’inclination homosexuelle ? Pas du tout ! « L’homosexualité ne comporte en soi aucune illicéité, et quant à son principe, connaturel à l’individu et enraciné en ce qui l’anime comme être humain, et quant à sa fin, aimer une autre personne, qui est une fin bonne », écrit en effet Oliva.

« Après la lecture d’Amours, des cardinaux, des évêques et de nombreux prêtres m’ont dit que leur vision de saint Thomas d’Aquin avait changé et que l’interdit de l’homosexualité avait été définitivement levé », assure Martel.

Si selon ce dernier Oliva a refusé de commenter « la genèse de son livre », « son éditeur, [le théologien orthodoxe] Jean-François Colosimo, patron des éditions du Cerf, a été plus disert, tout comme l’équipe du cardinal Baldisseri qui confirme avoir passé “commande d’analyses à des experts” dont le frère Oliva ». Martel poursuit : « Enfin, j’ai eu la confirmation qu’Adriano Oliva a bien été reçu au Vatican par Baldisseri, Bruno Forte et Fabio Fabene – soit les principaux artisans du synode. »

Plus loin, il surenchérit : « Le cardinal Walter Kasper le confirme l’intervention personnelle de François : “Adriano Oliva est venu me voir ici. Nous avons parlé. Il m’avait envoyé une lettre que j’ai montrée au pape : François a été très impressionné. Et il a demandé à Baldisseri de lui commander un texte pour diffuser aux évêques. Je crois que c’est ce texte qui est devenu Amours. (…) Adriano Oliva a rendu service à l’Eglise, sans être militant. »

Vrai ? Faux ? Si lettre il y avait, quel était son contenu ? Il y a ici beaucoup d’insinuations et peu d’affirmations nettes, mais Martel n’hésite pas à ajouter : « Amours sera diffusé pendant le synode sur la suggestion du pape. Le livre n’est pas un pamphlet de plus ou un essai isolé et quelque peu suicidaire, comme on l’a dit : c’est une arme dans un plan d’ensemble voulu par le souverain pontife lui-même. »

Il serait intéressant de savoir si les pères synodaux, tous ou une partie d’entre eux, ont effectivement reçu le petit livre.

Au bout du compte, toutes ces manœuvres n’ont pas abouti, du moins en ce qui concerne l’homosexualité qui ne sera évoquée, selon Martel, qu’en deux ou trois phrases sibyllines d’Amoris laetitia. Mais Kasper est selon lui confiant pour l’avenir parce que les lignes on un peu bougé : « Nous gagnerons », aurait-il dit.

En fait, Martel confirme (à moins qu’il ne fasse que répercuter, histoire de semer encore davantage le trouble), toutes les inquiétudes, toutes les accusations de manipulations du synode qui ont été exprimées par les fidèles à la doctrine traditionnelle de l’Eglise.

L’exercice a ses limites, j’ai essayé de vous le montrer en soulignant combien Martel met peut-être de lui-même dans son compte-rendu qui cherche manifestement à impliquer étroitement le pape dans le processus d’« ouverture » aux homosexuels – mais il faut bien reconnaître que sur ce chapitre, il y a aussi des faits visibles à tous.

Un démenti de la salle de Presse serait le bienvenu. Ou de Baldisseri, Kasper, Spadaro, Oliva et les autres. On peut toujours rêver. Ou mieux – prier.

 

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