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Le développement des migrations contribue à la fragilité des pays d’accueil comme de ceux de départ

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De Matthieu Baumier sur le site de la Nef :

La migration génère la migration

Economiste britannique de renom, professeur à Oxford, Paul Collier lance un pavé dans la mare en publiant Exodus, un livre important sur l’immigration et le multiculturalisme. Présentation.

L’économiste d’Oxford Paul Collier donne un ouvrage majeur, avec cet Exodus paru en 2013 dans le monde anglo-saxon. Pour ce qui est dit dans les pages dudit ouvrage mais aussi, car il est de gauche et familialement issu de l’immigration, ces deux derniers aspects étant indiqués dans son attachante introduction : « Il s’appelle Karl Hellenschmidt et me fait face alors que j’écris ces lignes. Au moment où il pose pour cette photographie, il n’est plus un jeune immigrant sans le sou mais un homme en costume, marié à une Anglaise et père de six enfants. […] Il ne sait pas encore que sa famille, bientôt, sera brisée par le racisme anti-immigrés de la Première Guerre mondiale. »

Une étude fondée en science

Suit un essai fondé scientifiquement, au sens des sciences humaines, sur un nombre impressionnant d’études et de résultats de recherches publiés par des économistes, des sociologues, des historiens, un ouvrage dont le propos renverse à la fois les a priori et les tabous relatifs aux migrations, comme l’idée que les migrations auraient pour fonction d’empêcher les populations européennes de vieillir ou celle qui prétend que nos économies ont un besoin pressant de migrants, idées qui sont les raisons principales des politiques européennes d’ouverture aux migrations – et donc des drames de 2015. On l’accusera, en France du moins, de jouer la partition du « rouge-brun ». C’est l’usage, détestable bien entendu. Reste que Paul Collier, né Paul Hellenschmidt, sait de quoi il parle, tant parce qu’il connaît ce qu’être né dans une famille immigrée et faire partie de la diaspora signifie ; mais aussi du fait de la scientificité de son travail. Au regard de la doxa en vogue cela décoiffe.

Pourquoi ? Paul Collier met cette doxa à mal, à l’aide de travaux qui ne peuvent être menés dans une France qui se veut multiculturelle tout en refusant de regarder le caractère ethnique des populations qui la composent, de crainte de réalités dérangeantes et que l’on préfère soigneusement masquer. Ce sont justement ces réalités que Collier fait apparaître, non par xénophobie, racisme, etc., mais par simple souci de précision. N’oublions pas qu’il est professeur d’économie à Oxford. Il a aussi été directeur de recherche sur le développement de la Banque mondiale. Les réalités présentées répondent ainsi à un souci de clarté. L’axe principal de son étude est économique, ne délaissant cependant pas les aspects sociétaux de la question migratoire.

Ce que montre Collier ? D’abord, que le creusement d’inégalités gigantesques, quoique niées par des libéraux outranciers prétendant que la richesse ruissellerait sur le monde pauvre, accélère les flux migratoires, accentue les difficultés des relations internationales et menace l’équilibre de nos propres sociétés. C’est son point de départ.

 

Des conclusions à contre-courant

Cependant, l’originalité fondamentale de ce livre est de prendre le discours consensuel sur l’immigration à rebrousse-poil et de montrer que, loin d’être un progrès, le développement des migrations contribue à la fragilité des pays d’accueil comme de ceux de départ, ainsi qu’à l’incertitude de notre monde. C’est ainsi que le discours « progressiste » sur les migrations, tant de la gauche sociale-libérale que des libéraux est battu en brèche : « Nous savons donc à présent que la migration des pays pauvres vers les pays riches génère un effet d’aubaine considérable, lui-même lié au différentiel de productivité, et que ce gain revient aux migrants. Il existe deux obstacles majeurs à l’accès à ce gain : il faut financer l’investissement de départ et surmonter une myriade de restrictions à l’entrée. Les diasporas facilitent le franchissement de ces deux obstacles, si bien qu’avec la poursuite des flux migratoires et l’accumulation du stock de migrants, le nombre de gagnants potentiels est en augmentation constante […] en outre, l’augmentation des revenus dans les pays du « milliard d’en bas » permettra de financer plus aisément des flux migratoires qui n’auront aucune raison de se tarir tant que les inégalités salariales globales resteront colossales. »

Nos responsables politiques et religieux devraient lire cet essai. Pour sortir de l’idéologie et réfléchir sur la base d’une étude impartiale. Il y a urgence. Et en premier lieu pour les migrants.

Matthieu Baumier

Paul Collier, Exodus. Immigration et multiculturalisme au XXIe siècle, L’Artilleur, 2019, 408 pages, 22 €.

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