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Quand l'émission "Affaires étrangères" (France Culture) prétend dévoiler "les affres du Vatican"

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L'avant-dernière émission "Affaires étrangères" de Christine Ockrent sur France Culture consacrée aux "affres du Vatican" (toujours "podcastable" sur https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/les-affres-du-vatican) a dépassé les limites du supportable. Paul Vaute a adressé au producteur de l'émission la missive suivante :

Monsieur Moneghetti,

        Le présent courrier a pour objet l'émission Affaires étrangères de Christine Ockrent, sur France Culture du 13 avril dernier, intitulée "Les affres du Vatican".

        L'orientation unilatérale de cette émission et de ses invités a choqué non seulement le catholique que je suis, ce qui ne serait pas bien grave (nous avons l'habitude!), mais aussi le journaliste professionnel que j'ai été pendant une longue carrière qui vient juste de s'achever. Pas un seul intervenant qui représente l'institution ecclésiale ou qui défende sa cause, est-ce comme cela qu'on "nous raconte le monde", un monde où "rien ne peut nous rester étranger" (cfr la présentation générale d'Affaires étrangères) ?

        S'il s'agissait seulement d'opinions, je ne viendrais pas vous déranger. Mais il est des contre-vérités tellement flagrantes, qu'elles aient été proférées consciemment ou non, qu'on ne peut les laisser sans réponse. Je ne vais pas les relever toutes, ce serait trop long, alors je le suis déjà assez (désolé). Pour m'en tenir à trois points:

        1) Il a été dit à vos auditeurs, dans une belle unanimité, que l'Eglise est, depuis le XIXè siècle, "obsédée par la sexualité" et qu'elle en a même fait un mode de contrôle de ses fidèles. Qu'il y ait en la matière un enseignement et un idéal exigeants, qui ne plaisent pas à tout le monde dans nos sociétés occidentales libertaires avancées, c'est indéniable. Que des excès de puritanisme aient pu se développer à la base, c'est aussi indéniable. Mais parler d'obsession, c'est être tout simplement ignorant, totalement "étranger" (justement) au monde catholique. Le Credo que répètent les croyants pratiquants à chaque célébration ne contient pas une ligne sur ces sujets. Dans le Catéchisme de l'Eglise catholique (édition 1992, supervisé par Jean-Paul II et le futur Benoît XVI), les questions touchant à l'amour humain, à la famille, à la fidélité dans le mariage, au respect de la vie humaine, aux vocations à la chasteté... représentent 51 pages sur 581 (pp. 341-353 et 450-487). Soit 8,8 % pour ceux qui aiment les statistiques. Le moins qu'on puisse dire de cette prétendue "obsession" est qu'elle n'est guère envahissante. Sur les quatorze encycliques publiées par Jean-Paul II, deux concernent l'enseignement moral et la valeur de la vie humaine. Les douze autres ont trait à l'enseignement social de l'Eglise, à la miséricorde, à l'Esprit Saint, à l'oecuménisme... Benoît XVI a publié pour sa part deux encycliques essentiellement sociales et une sur l'espérance. Et des deux encycliques de François, une est consacrée à la foi chrétienne et l'autre à l'écologie.

        Plutôt que les obsessions de l'Eglise, ce sont celles... des médias qui mériteraient d'être interrogées. Le Pape peut prononcer un  magnifique discours sur la prière, il n'aura pas le moindre écho. Mais qu'il y ait une petite phrase, dans un discours, sur un sujet sexuel ou proche, elle fera le tour du monde des journaux, des chaînes de radio et de télévision, des sites d'information... dans l'heure qui suit, et bien souvent avec des commentaires choisis. Un relevé des questions que posent le plus souvent les journalistes lors des rencontres informelles avec le Pape, notamment pendant les déplacements en avion, serait particulièrement probant à cet égard. J'en ai été personnellement témoin.

        2) Avec une belle constance, on nous a resservi le couplet du lien entre célibat sacerdotal ou religieux et l'homosexualité ou - dans un autre registre, bien sûr - la pédophilie et le harcèlement de personnes adultes, hommes ou femmes. Ceux qui méritent d'être punis doivent l'être, c'est clair, et on ne sera jamais assez sévère. Mais est-il encore possible, sans se faire accuser de noyer le poisson, de rappeler que des comportements similaires, avec la même propension au secret, sont aujourd'hui dévoilés dans quantité d'autres milieux, particulièrement ceux où des adultes ont autorité sur des enfants, sans que les responsables soient tenus par un voeu de chasteté ? Cela vaut pour les autres Eglises et religions comme pour le monde du sport ou encore celui du spectacle. Les méfaits des Weinstein et consorts, et tout cet univers d'Hollywood qui a scrupuleusement respecté l'omerta, tous gens qui sont des progressistes, des féministes, soutenant le Parti démocrate bien entendu, sont tout sauf les fruits d'une sexualité refoulée ou d'un environnement verrouillé par les tabous. 

        3) Ceci me conduit à la troisième remarque,  relative à la dichotomie très commune qui sous-tend le discours de tous vos invités: les mauvais conservateurs versus les bons réformistes. Cela peut être indicatif de l'orientation idéologique du locuteur, mais sur le plan informatif, cela brouille les pistes bien plus que cela ne les éclaire. Car ce qui doit être interrogé, s'agissant notamment de la pédophilie, n'est-ce pas justement une certaine culture généralement qualifiée de "progressiste" ? N'a-t-on pas longtemps encensé, dans les milieux qui se veulent ouverts, les livres de Gabriel Matzneff ? Qui a longtemps protégé les petits secrets de David Hamilton ou de Michael Jackson ? A-t-on demandé des comptes à ceux qui ont lancé Vanessa Paradis, à l'âge de 14 ans, dans sa carrière de sex-symbol ?
        Etienne Vermeersch, que Mme Ockrent connaît sans doute - c'était le philosophe de référence de la laïcité dans la partie flamande de la Belgique - a défendu, dans une tribune parue dans le quotidien (de gauche) De Morgen en 1979, le droit pour les pédophiles et les jeunes en relation libre avec eux de chercher le bonheur à leur manière. Vermeersch a reconnu par la suite qu'il ne s'exprimerait plus comme cela.

       La comédie musicale américaine Hair, représentée à partir de 1968,  contient une chanson qui évoque, sans la moindre réserve, une relation sexuelle avec une mineure. Ce spectacle a eu droit à des critiques élogieuses, même dans des journaux réputés conservateurs.

        A 42 ans, Christophe Tison a évoqué, dans son livre Il m'aimait (Grasset), les relations sexuelles qui lui furent imposées à partir de l'âge de neuf ans et durant cinq années par un ami de ses parents, sans que ceux-ci, des comédiens épris des idées permissives de mai 68, ne posent ou ne se posent la moindre question. 

        Daniel Cohn-Bendit, à l'émission Apostrophe de Bernard Pivot sur Antenne 2, le 23 avril 1982, déclarait ceci: "La sexualité d'un gosse, c'est absolument fantastique, faut être honnête. J'ai travaillé auparavant avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans. Quand une petite fille de 5 ans commence à vous déshabiller, c'est fantastique, c'est un jeu érotico-maniaque..." Quand ces paroles furent prononcées, on a entendu quelques rires, mais pas de protestation. Il n'y en eut pas davantage dans la presse des jours suivants.

        Je pourrais multiplier les exemples. Il serait même facile d'en faire un livre entier. L'Eglise payera le prix des fautes commises par les siens. Ce sera peut-être celui d'une traversée du désert dans le monde occidental. Mais au lieu de faire une émission pour ne montrer du doigt que "cette pelée, cette galeuse", il serait grand temps d'inviter les animaux malades à s'interroger sur les véritables origines de la peste (référence à la fable de La Fontaine).

        Veuillez agréer, Monsieur Moneghetti, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

P.S. - Cpi du présent mail est adressée à la médiatrice de Radio France

Paul Vaute,  journaliste préretraité, laïc, marié, père de famille
Auteur de "Plaidoyer pour le vrai", aux éditions L'Harmattan, 2018

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