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Quelle est la véritable identité des écoles catholiques ?

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Une étude réalisée en France met en évidence le caractère de plus en plus incertain de l'identité catholique des écoles sous contrat. Il serait intéressant qu'une étude semblable analyse la dérive de l'enseignement catholique en Belgique qui bien souvent n'a plus de catholique que le nom...

De Dominique Greiner sur le blog "La Doctrine sociale sur le fil" (site du journal La Croix) :

École catholique, quelle identité ?

Les mutations de l’enseignement catholique français au XXe siècle. Les effets de la loi Debré et du concile Vatican II, 
de Ferdinand Bellengier, 
L’Harmattan, 2019, 226 p., 23,50 €

Le Compendium de la doctrine sociale de l’Église rappelle le droit « des familles et des personnes à une école libre et ouverte » (n° 257). Mais pour que ce droit soit effectif, les autorités publiques ne peuvent se contenter de tolérer les écoles privées. Il doit aussi les soutenir économiquement, car elles rendent un service public (cf. n° 241). En France, c’est la loi Debré qui a permis l’association des établissements scolaires privés par contrats et l’obtention d’un service public. Mais quelles ont été les conséquences de cette association ? A-t-elle permis aux écoles catholiques de rester fidèles à leur mission ? Ces questions sont au centre de ce livre de Ferdinand Bellengier, qui a notamment exercé des fonctions de chef d’établissement dans l’enseignement catholique.

« Lorsque nous avons débuté notre recherche, notre hypothèse de travail était que l’école catholique n’avait pas pu rester fidèle à la doctrine de l’Église sur l’éducation chrétienne en acceptant des contrats avec l’État, écrit l’auteur dans son introduction. (…) Mais au fil de nos lectures, nous avons découvert une réalité complexe, ce qui nous a conduit à des réponses plus nuancées, en raison du fait qu’en un siècle, la pensée de l’Église sur l’éducation a changé, les écoles catholiques se sont profondément transformées sous l’influence des évolutions sociétales et la loi Debré elle-même a connu plusieurs remaniements après 1959 » (p. 9).

Éducation chrétienne

Ferdinand Bellengier propose un parcours qui consiste à examiner en parallèle l’évolution de la pensée de l’Église sur l’éducation à travers les textes et déclarations des papes et évêques et les mutations des écoles catholiques en France. La perspective est chronologique.

La première partie s’intéresse à l’éducation chrétienne avant 1960 et remonte à la fin du XIXe, au temps du pape Léon XIII, avant de s’attarder plus longuement sur l’encyclique Divini illius Magistri de Pie XI (1929), le premier texte romain majeur sur l’éducation chrétienne. Elle se poursuit avec le pontificat de Pie XII, qui infléchit et enrichit la pensée de son prédécesseur.

L’auteur termine cette première partie en se demandant dans quelle mesure cet enseignement magistériel a été mis en œuvre. Il le fait à partir de témoignages et de monographies disponibles, en essayant de voir si, comme l’enseignent les souverains pontifes, l’école catholique ne sépare pas l’enseignement profane de l’éducation morale et religieuse, cherche à former l’homme tout entier, contribue à former des chrétiens solides et suscite des vocations religieuses et sacerdotales. Tout n’est pas parfait mais globalement l’école catholique d’avant les années 1960 semble globalement passer le test.

La loi Debré, « une solution d’équilibre et de compromis »

La deuxième partie examine les effets des deux événements importants que sont la loi Debré et Vatican II pour l’enseignement catholique. La loi Debré marque en effet la fin d’un long processus pour régler un dossier qui empoisonnait la vie politique française depuis plusieurs décennies. Ferdinand Bellengier en relate la genèse du projet et les difficultés rencontrées avant d’aboutir à « une solution d’équilibre et de compromis » qui nécessairement crée des insatisfactions de part et d’autre. La loi Debré impose en effet aux écoles privées associées à l’État des changements majeurs dans leurs pratiques et leur organisation. Surtout, elle introduit une rupture profonde par rapport à ce qu’elles étaient jusqu’ici : « des écoles dirigées par l’Église et transmettant une éducation chrétienne à des jeunes baptisés, sans séparer l’instruction profane et la formation morale et religieuse ».

Mais le Concile va passer par là et appeler « à une conversion des institutions ecclésiales » qui va permettre aux évêques d’accepter plus largement les obligations de la loi Debré : « les deux conditions majeures posées à l’article premier de la loi ne font plus problème pour l’enseignement catholique à partir de 1965, le concile ayant reconnu la liberté de conscience comme un droit inaliénable de l’homme et ayant consenti à ce que les écoles catholiques soient ouvertes à tous ».

Dans la troisième partie, l’auteur examine le discours sur l’éducation depuis la déclaration conciliaire Gravissimum educationis jusqu’au tournant du siècle. Celui-ci n’a pas connu de changements majeurs. La législation française non plus n’a pas connu de bouleversements depuis l’échec du projet Savary. « En revanche, les écoles catholiques ont considérablement évolué, conclut l’auteur : la mixité a été généralisée ; l’encadrement s’est laïcisé ; l’enseignement des disciplines profanes est devenu autonome dans ses méthodes et ses contenus et il n’est plus guère différent de celui que dispense le service public ; les élèves, les professeurs et le personnel sont désormais à l’image de la société française, c’est-à-dire divers dans leurs convictions, beaucoup étant indifférents à la question religieuse ; enfin, la découverte de la foi chrétienne est seulement proposée aux élèves ou fait partie d’enseignement plus large de culture religieuse (…). »

Le témoignage de la communauté éducative

Dans ces conditions, il peut sembler difficile de parler encore d’enseignement chrétien. Mais suggère F. Bellangier, il y a peut-être d’autres critères que ceux-là à considérer dans le contexte qui est le nôtre. C’est ce qu’il suggère en évoquant en conclusion l’expérience d’une école salésienne au Maroc dirigée par un prêtre, mais où les enseignants sont musulmans et le programme (qui comprend l’étude de l’islam) est imposé par l’éducation nationale. « L’établissement donne pourtant le témoignage d’une authentique présence d’Église dans le monde musulman par l’accueil, le respect des personnes, l’initiation des élèves à la culture, une manière chrétienne d’enseigner (…) l’exemple de l’école salésienne de Kénitra montre bien que, pour l’Église, ce qui désormais caractérise essentiellement l’école catholique, ce n’est plus le nombre de baptisés qu’elle compte en son sein, mais le témoignage de sa communauté éducative, qui est appelée à interpeller la société en mettant l’Évangile en pratique dans la vie scolaire de tous les jours. »

C’est pourquoi, estime l’auteur, la question est finalement moins de savoir si l’école catholique est conforme à ce qu’enseigne l’Église que de savoir si « dans le cadre de l’association à l’État, les écoles chrétiennes ont encore la possibilité d’être fidèles à l’Évangile ». Et de ce point de vue, la loi Debré semble bien avoir été une « chance », ose-t-il conclure, bien conscient que la question de l’identité de l’école catholique est aujourd’hui un sujet clivant, y compris au sein de l’épiscopat actuel.

>Lire aussi : Éducation et doctrine sociale de l’Église

 

Commentaires

  • On ne peut servir deux maitres !!!!! Dieu et le diable .....à supposer que le diable soit vraiment un maître digne de ce nom !!!!! Certaines écoles catholiques pourraient s'en .souvenir

  • Pour beaucoup d'écoles catholiques de notre pays, qui n'en ont que le nom, si l'objectif initial était la transmission de la foi, l'échec est total.

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