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Il est inopportun d’ordonner prêtres des hommes mariés

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mgr-laurent-camiade_article.jpgÉlu président de la Commission doctrinale de l’épiscopat français en avril 2019, Mgr Laurent Camiade est évêque de Cahors. En qualité de pasteur, il estime que le célibat sacerdotal est bien plus qu’un simple règlement disciplinaire dans l’Église latine. Samuel  Pruvot  l’a interrogé   pour l’hebdomadaire « Famille  Chrétienne »:

"La question de l’ordination des hommes mariés relève-t-elle de la doctrine ?

En soi, rien n’empêche l’ordination des hommes mariés… Mais, en revanche, cette hypothèse ne me semble ni souhaitable ni opportune par rapport au bien de la communauté.

Mais ne faut-il justement pas ordonner des hommes mariés – des viri probati – dans des territoires comme l’Amazonie où les communautés n’ont pas accès à l’eucharistie ?

Il ne faut pas chosifier les sacrements… Évidemment, l’eucharistie est vitale pour une communauté chrétienne, et je suis le premier à célébrer la messe tous les jours, puisque cela m’est donné. L’enjeu n’est pourtant pas d’avoir son sacrement comme une dose quotidienne. Les sacrements sont liés à l’écoute de la parole de Dieu, explique Vatican II ; ce ne sont pas des actes magiques. L’Église ne nous fait pas l’obligation de communier tous les jours, mais au minimum une fois l’an. Sans doute sommes-nous un peu victimes, en Occident, d’une banalisation du mystère de l’eucharistie et de la présence du prêtre…

Pourtant, la proximité du prêtre semble une réalité capitale pour les fidèles ?

Nul n’est prophète en son pays… Ce proverbe n’est pas un dogme, puisque Jésus prêche en la synagogue de Nazareth ! Mais il rencontre une sérieuse résistance. Humainement, la proximité a ses limites. Certains prêtres sont restés cinquante ans dans le même lieu… Quand ils sont morts, la communauté est morte avec eux. Ils ont tissé de remarquables liens personnels et affectifs, c’est vrai. Mais ils étaient tellement identifiés à un peuple que cela a tout sclérosé. On peut toujours essayer de faire survivre des communautés, mais on n’est pas vraiment dans une dynamique missionnaire. La logique de la proximité, avec les viri probati, n’est pas évidente. La proximité fait perdre cette liberté de parole qui est nécessaire. Il est difficile de prêcher l’Évangile à des gens que vous connaissez trop bien…

Mais le Code de droit canon latin n’oblige-t-il pas les évêques à tout faire pour favoriser la distribution des sacrements ?

Certains voudraient faire dire au Code de droit canonique que les évêques doivent ordonner des gens mariés au nom de l’accès à l’eucharistie ! Ce code stipule, il est vrai, que les fidèles doivent avoir accès aux sacrements. C’est le devoir de l’évêque de faire en sorte qu’ils puissent participer à l’eucharistie. Je note cependant que ce Code ne précise pas la fréquence de la communion. Et c’est quand même le même code de l’Église latine qui impose la continence parfaite aux clercs !

Au nom de l’eucharistie, ne pouvons-nous pas imaginer des adaptations à cette règle ?

À propos de l’eucharistie, il faut se souvenir que le concile de Trente [chapitre 26, Ndlr] n’a pas voulu qu’on ordonne des prêtres pour juste dire la messe et recevoir des honoraires ! Le texte interdit l’ordination aux hommes qui chercheraient un gain matériel en se mettant au service par exemple de grandes familles aristocratiques. Ceux qui militent pour l’ordination d’hommes mariés défendent, sans s’en rendre compte, un certain retour au Moyen Âge ! Le concile Vatican II n’a pas voulu revenir à cette époque. Il a promu des prêtres pasteurs et non des prêtres domestiques d’une famille ou d’un lieu.

À propos des lieux, un diocèse comme celui de Cahors sera peut-être comme l’Amazonie dans quelques années…

Nous ne serons jamais l’Amazonie, même si toutes nos terres étaient en friches ! Nous avons quand même des facilités de transport. Aujourd’hui, les habitants se déplacent pour aller au supermarché, ils ne vont pas cueillir des baies sur les buissons ! Le diocèse de Cahors n’est pas si défavorisé si l’on raisonne au nombre de prêtres par habitant. Notre presbytérat est jeune et compte une trentaine de prêtres de moins de 60 ans. Je compte sur eux pour les quinze ans à venir ! Et je pense que nous n’aurons pas trop de difficulté à assurer habituellement la messe à moins de vingt minutes des habitations.

Pour revenir à la discipline du célibat ecclésiastique, ne vaut-elle pas pour les rites catholiques orientaux ?

Une discipline n’est jamais là par hasard… Elle a un sens et une portée ; elle éclaire un projet missionnaire. Autrement dit, elle n’a pas pour objectif de mettre des bâtons dans les roues pour rendre le sacerdoce inaccessible ! En clair, la discipline dit quelque chose du mystère du prêtre. Dans la culture orientale, on a sans doute moins besoin qu’en Occident de la continence parfaite pour faire comprendre le caractère surnaturel du sacerdoce. Pourquoi ? Il y a chez eux un sens du sacré et de la liturgie très eschatologique. Cela veut dire qu’ils sont tendus vers les biens du monde à venir. Alors que les Latins sont des êtres plus pragmatiques et juridiques. Il leur faut quelque chose qui montre que le prêtre n’est pas dans ce monde pour remplir une fonction, mais pour accomplir la mission prophétique du Christ. En Occident, je crois qu’il n’y a rien de tel que le célibat pour faire comprendre le sens du sacerdoce.

▶︎ À LIRE AUSSI Le célibat des prêtres en question

Chez les Latins, nous avons des hommes mariés qui célèbrent l’eucharistie en la personne des Anglicans qui ont rejoint l’Église catholique !

C’est l’exception qui confirme la règle. L’Église latine n’est pas dans un rejet idéologique de l’ordination des hommes mariés. Mais il y a ici un statut spécifique de gens qui ont grandi dans une autre Église.

Leur vocation initiale n’a pas été remise en question par l’Église catholique qui estime que l’Esprit Saint était présent. Elle reconnaît la vocation discernée dans une communauté sœur. Ils ont été ordonnés sous condition à cause de l’incertitude qui plane sur la succession apostolique dans l’Église anglicane. Mais c’est du cas par cas, et non une nouvelle règle qui peut faire école : c’est Paul VI en 1967 qui a permis cette exception, et, depuis plus de cinquante ans, c’est resté une exception.

Quel est le sens profond du célibat dans le sacerdoce ?

C’est une consécration de soi. Si on ne construit pas de famille ici-bas, c’est que nous avons confiance en ce qui nous sera donné dans l’Éternité. Là où il n’y aura plus ni hommes ni femmes… Le célibat, en ce sens, n’est pas d’abord une ascèse, même si c’est un combat. Le rôle du prêtre diocésain, c’est la mission et le service du peuple de Dieu. Il n’est pas un animateur social, mais un témoin du monde à venir. Il en va autrement dans la vocation religieuse où le vœu de chasteté revêt un côté plus directement ascétique.

Le célibat sacerdotal n’est-il pas souvent mal compris par nos contemporains et même certains catholiques ?

Le célibat est là pour nous provoquer ! Prêtre n’est pas un métier comme un autre ! Les gens sentent bien que c’est vrai. Réfléchir à un tel sujet a le mérite de nous ouvrir au mystère du sacerdoce qui est une vocation, un appel, une manière de donner sa vie.

Le Christ est mort sur la croix. Il n’a pas fondé une famille avec Marie Madeleine pour montrer l’exemple aux familles. Il a pris une autre voie, celle du don de sa vie et de la Résurrection. Le monde est dérangé par cette façon de vivre. Ce ministère est en effet celui d’un homme qui ne cherche pas sa réalisation dans ce monde et qui témoigne d’un autre monde. En pratique, le célibat reste un combat, tout comme d’ailleurs la fidélité dans le mariage.

Le débat sur les viri probati ne vous semble pas opportun ?

Ce n’est pas vraiment le moment d’ordonner des hommes mariés, alors que l’image du prêtre est complètement brouillée en Occident. C’est le rôle de l’Église et de la communauté d’appeler au sacerdoce. Mais si la communauté ne sait plus ce qu’elle veut, si elle est dans la confusion, il est certain que sa capacité d’appel sera diminuée. Tout le monde est affecté par ce brouillard. Dans mon diocèse, j’ai transmis aux prêtres les magnifiques catéchèses de Benoît XVI pendant l’Année du sacerdoce. L’Église a des trésors du point de vue de l’enseignement, mais ce dernier est souvent parasité par certains livres ou par certains effets d’annonce.

Quelle est la fécondité du célibat ?

Je me souviens d’un jeune qui allait rentrer au séminaire… Sa mère a voulu lui mettre devant les yeux la radicalité de son choix : « Tu sais que tu n’auras jamais d’enfants ! » Il a répondu : « Je les aurais tous ! » Il y a une paternité spirituelle à laquelle on peut aspirer. Cela ne correspond pas à moins d’amour ni à moins de fécon­dités. Les jeunes qui entendent cet appel perçoivent que leur vie ne sera ni gâchée ni stérile.

Quitte à sacrifier la sexualité ?

Vous savez, la libération sexuelle des années 1970, nous en sommes revenus depuis le sida… Il y a aussi les violences faites aux femmes, la multiplication des divorces, etc. Il y a vingt ans, les jeunes qui se préparaient à la confirmation nous demandaient : « Comment vivez-vous le célibat ? » Aujourd’hui, les questions qui reviennent en boucle chez les jeunes sont : « Combien gagnez-vous ? », « Les évêques gagnent-ils plus que les prêtres ? ». Nous devons faire face à un climat matérialiste. Les prêtres vivent correctement, mais modestement. Leur mode de vie atteste que la réalisation de soi ne passe pas obligatoirement par l’épanouissement sexuel ou la réussite matérielle. Néanmoins, les relations du prêtre avec les gens qu’il rencontre, avec les laïcs, les prêtres et les diacres qui collaborent avec lui dans sa mission, avec son presbyterium et son évêque, sont déterminantes pour qu’il vive heureux. Car aucune vocation ne fleurit hors sol. Si la sexualité ne se limite pas à la génitalité, « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18). Un homme – et un prêtre doit être pleinement un homme – a besoin de relations saines et ajustées qui lui permettent de vivre concrètement le don de lui-même et le témoignage de sa foi en Jésus-Christ. »

Ref. Mgr Laurent Camiade : « Ce n'est pas le moment d'ordonner prêtres des hommes mariés »

JPSC

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