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Querida Amazonia : une exhortation plus ambiguë qu'il n'y paraît ?

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C'est ce qui ressort des commentaires de plusieurs commentateurs (dont les positions sont très éloignées des nôtres) :

cfr "Le Soir" de ce 13 février, p. 5 : 

La réponse de jésuite au célibat des prêtres

Pour Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du quotidien catholique La Croix , il faut en effet lire le point 87 de cette exhortation, dans ce qu’il dit et ne dit pas. D’emblée, cette partie postule que « la manière de configurer la vie et l’exercice du ministère des prêtres n’est pas monolithique, et acquiert diverses nuances en différents lieux de la terre ». Le texte se poursuit en pointant ce qui est spécifique au prêtre et ne peut être délégué à autrui : en l’occurrence l’eucharistie. « Il n’ouvre pas la porte à l’ordination d’hommes mariés, c’est clair, mais il ne la ferme pas non plus », traduit la journaliste, également autrice de biographies sur Benoît XVI et François. « Selon lui, c’est localement qu’il faut s’organiser. Ce qui pourrait vouloir dire que les ministères locaux peuvent eux-mêmes prendre des initiatives en fonction de leurs besoins. Il ne dit jamais qu’un prêtre doit être célibataire. » Pour Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique progressiste Golias , le texte « remarquable sur le plan politique, écologique », se révèle en effet très « ambivalent », et « habile » voire « alambiqué » et « décevant » en ce qui concerne la partie ecclésiale. « Il élude la question », tranche-t-il. « Mais c’est quand même une fin de non-recevoir à la motion que les évêques amazoniens ont voté à une très large majorité. »

Pour Jeanne Smits, sur son blog, l'exhortation est "plus ambiguë qu'il n'y paraît" :

Querida Amazonia, chère Amazonie, l'exhortation du Pape François plus ambiguë qu'il n'y paraît

Poésie, envolées lyriques, rêves – ils sont au nombre de quatre –, l'exhortation apostolique post-synodale publiée ce mercredi sous la signature du pape François a pris une forme étonnante et remarquable. C'est une liste de souhaits, de recommandations entrecoupée de citations littéraires, sans visée révolutionnaire immédiatement visible. Les viri probati sont passés à la trappe (mais le texte ne parle en fait pas du tout du célibat sacerdotal ni du mariage des prêtres) ; les femmes n’auront pas de ministère ordonné et c'est à travers leur génie propre qu'elles serviront (comme elles l'ont d’ailleurs toujours fait) le Christ, son Eglise et son troupeau. Ouf. Ou plutôt : grâce à Dieu.
 
En fait, Querida Amazonía prend tout le monde à contre-pied. Les évêques d’outre-Rhin, qui dans leur majorité, derrière le cardinal Marx, pensaient que le synode sur l'Amazonie allait ouvertement permettre l'introduction d'innovations impossibles au sein de l'Eglise, à telle enseigne que Mgr Overbeck put annoncer que “rien ne serait plus jamais comme avant”, ont pris une douche froide d'une rare violence. Totalement inespérée au cours de ce pontificat.

Cela n'a pas empêché le cardinal Marx de dire que l'ordination des hommes mariés n'avait pas été écartée par le texte, et il me semble qu'il n'a pas tort.


Le cardinal Hummes, rapporteur général du synode, a d'ailleurs boudé la présentation de l'Exhortation en restant au Brésil, à moins qu'il n’ait pas été invité. Quand on sait que c'est lui qui a fait circuler une première version de l'Exhortation avec une mention explicite du paragraphe 111 du Document final prévoyant  la possibilité de l'ordination sacerdotale des diacres permanents, on peut imaginer qu'il l’ait mauvaise.

Toutes les expressions les plus contestables qui ont émaillé des divers documents officiels encadrant le synode, depuis le document préparatoire de 2018 jusqu'au document final en passant par l’Instrumentum laboris brillent plutôt par leur absence. Pensez : il n'est même pas question de la « Terre-Mère », sinon dans une citation et indirectement, par le biais d’une note de bas de page !

Quant aux contestataires, tous ceux qui ont été consternés par la cérémonies païennes aux jardins du Vatican, la présence de statuettes de la Pachamama jusque dans la basilique Saint-Pierre et tant d'autres manifestations inacceptables, en sont-ils pour autant pour leurs frais ? Peut-on dire au contraire qu'ils ont « gagné » dans ce qui apparaît assez clairement comme le résultat d'une lutte d'influences sur un homme qui semble avoir renoncé à sa manière habituelle de s'exprimer ?

Disons d'abord ceci. En n’allant pas explicitement dans la direction souhaitée par le riche et puissant épiscopat allemand dans sa quasi-totalité, pour ce qui est des deux éléments les plus spectaculaires mis en évidence autour de ce synode, à savoir l'ordination sacerdotale d’hommes mariés et la possibilité d'un ministère ordonné pour les femmes, et ce en termes francs, le pape a sauvé quelque chose d'important et de primordial. Il a choisi de ne pas installer une confusion encore plus grande que celle régnant aujourd’hui ; il n'a pas touché à ces fondamentaux. Cette confusion aurait pu mener à une fracture irréversible. Même si à certains égards le propos reste ambigu.

Lire la suite sur le blog de Jeanne Smits

Lire également :

Commentaires

  • L’art de faire dire à un texte ce qu’il ne dit pas s’appelle la mauvaise foi : les idéologues se consolent comme ils peuvent, mais l’exhortation pontificale est bel et bien un échec pour les grandes manœuvres « germano-amazoniennes » : après les rebondissements médiatiques tous azimuts que l’on sait, le dossier des prêtres mariés et de l’ordination des femmes ne sera pas rouvert de si tôt, en tout cas sous le règne du pape actuel.

  • merci, JPSC. Vos commentaires çi dessus nous donnent la paix du coeur.

  • C’était à prévoir, ils avaient bien « annoncé la couleur » !
    Mais c'était la dernière ligne rouge à ne pas franchir ....
    Il ne reste plus que les larmes du bon pape Benoît XVI, celles du courageux cardinal Sarah et celles de tous ceux qui ont déjà compris, dans l’attente du tragique dénouement final que va générer ce dernier synode.
    https://www.diakonos.be/settimo-cielo/le-silence-de-francois-les-larmes-de-ratzinger-et-sa-declaration-jamais-publiee/
    « Affligé, Benoît XVI a fait part au cardinal Sarah de toute sa solidarité. Il lui a confié qu’il ne parvenait pas à comprendre les raisons d’une agression à ce point violente et injuste. Et il a pleuré. Et le cardinal Sarah a pleuré également. Leur conversation téléphonique s’est terminée alors qu’ils étaient tous les deux en larmes.

    « Querida Amazonia » n’est qu’une stratégie similaire à celle de « Amoris Laetitia » dont la simple note 351 en bas de page a établi l’esprit d’abolition du sacrifice perpétuel. La goutte de poison mortel dans la belle pomme !
    Mais entre-temps, est apparu « Episcopalis communio » (synode octobre 2018) : l’arme parfaite de Bergoglio qui lui permet de valider un document final de synode à défaut de pouvoir le faire avec une exhortation apostolique post synodale. Et c’est beaucoup mieux qu’une simple note de bas de page.
    C’est ce qu’a bien compris, comme bien d’autres aussi, Luisella Scrosatti lorsqu’elle écrit :
    http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/02/13/querida-amazonia-le-commentaire-de-luisella-scosatti/
    « Le dicton dit « in cauda venenum«, mais ici le danger semble avoir été transféré in capite. »
    …..
    « Comme mentionné au début, le vrai danger réside précisément dans les premiers paragraphes, qui investissent en fait le Document final du Synode d’une autorité impropre. »

    Et le père Raymond J. Souza s’étend sur cette stratégie dans un article :
    http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/02/13/un-autre-angle-de-vue-concernant-querida-amazonia/
    « Pour expliquer cette insistance de François à ce que nous lisions le document final du Synode sur l’Amazonie, le Père Souza trouve une explication dans la Constitution Apostolique Episcopalis Communio que François avait promulguée. Ce document introduisait la nouvelle disposition selon laquelle « s’il est expressément approuvé par le Pontife romain, le document final [du synode] participe au magistère ordinaire du Successeur de Pierre ». «



    Les blogs catholiques traditionnels de réinformation bien connus et régulièrement cités par Belgicatho donnent aujourd’hui beaucoup d’informations objectives qui permettent de conclure que François est bien parvenu à ses fins tout en contournant l’effet de Benoît XVI. Il est probable que la volonté suprême du pontife serait exprimée via les A.A.S. comme ce fut le cas le 07.10.2016 pour Amoris Laetitia.

    https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=887646
    Víctor Manuel Fernández: "L'exhortation" complète "le document synodal sans l'annuler"

    https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=887644
    "Cette question devra maintenant être traitée avec le Pape, au niveau du Saint-Siège. Elle sera reprise", a déclaré Cláudio Hummes. "Cette demande devra être élaborée et satisfaite."

    https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=887672
    Aucune volte-face, mais une porte ouverte par Jeanne Smits

    https://www.proliturgia.org/actua.html
    « Clairement, « Querida Amazonia » ne remplace pas le Document de conclusion du synode. On relira donc avec intérêt les nn. 104-111 du document en question pour comprendre que si François n’a pas abordé la question de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, c’est simplement parce que le sujet a été débattu… et que les conclusions étaient en faveur des « viri probati ».

    C’était la dernière ligne rouge à ne pas franchir ………..
    Il ne reste plus qu’à prier et veiller dans l’attente de la réalisation de la promesse de la TSV Marie à Fatima : « A la fin, mon cœur immaculé triomphera ». Et si on ne croit pas en la parole de sœur Lucie, il reste à croire en la Sainte Ecriture qui annonce bien un tel événement.

  • Les actes d’un synode ont la valeur d’un avis consultatif sans aucun effet contraignant par lui-même. Le pape dans son exhortation pose, au contraire, un acte magistériel (plus ou moins contraignant selon le cas) : si une proposition n’est pas formellement approuvée (c’est le cas de l’ordination d’hommes mariés) elle ne vaut rien de plus que l’avis synodal ou moins encore (si, comme l’ordination des femmes, son rejet est confirmé par l’exhortation post-synodale). Rien de plus, rien de moins.

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