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Vatican : transactions et investissements suspects à la Secrétairerie d'Etat

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De Smart Reading Press (rubrique "Grand angle") :

VATICAN : ENQUÊTE SUR DES TRANSACTIONS ET INVESTISSEMENTS FINANCIERS SUSPECTS AU SEIN DE LA SECRÉTAIRERIE D’ÉTAT

En octobre 2019, suite à une descente de la Gendarmerie du Vatican, cinq employés de la Secrétairerie d’État, qui supervise la gouvernance de l’Église et de la Curie au nom du pape, étaient suspendus de leurs fonctions. Des ordinateurs et des documents liés à des transactions financières au sein du département étaient saisis.

Au centre des investissements et des transactions financières examinés se trouve l’achat d’un bâtiment au 60 Sloane Avenue à Londres à l’homme d’affaires italien Raffaele Mincione, qui gérait à l’époque des centaines de millions d’euros de fonds de la Secrétairerie. L’achat a eu lieu par étapes, entre 2014 et 2018. Lors de la vente à la Secrétairerie de 30 000 des 31 000 actions du projet, la holding de Mincione a conservé les 1 000 actions avec droit de vote nécessaires pour contrôler la holding propriétaire de l’immeuble. Mincione a finalement proposé de se séparer de ces actions à des prix très élevés.

Pour conclure la vente, en 2018, la Secrétairerie d’État a fait appel à un autre homme d’affaires, Gianluigi Torzi, qui a agi comme intermédiaire rémunéré à la commission pour l’achat des actions restantes. Torzi a gagné 10 millions d’euros pour son rôle dans cette transaction.

En novembre 2018, Fabrizio Tirabassi, un employé par la Secrétairerie d’État qui y était responsable de la gestion des investissements financiers, a été nommé directeur de Gutt SA, une société appartenant à Gianluigi Torzi et enregistrée au Luxembourg. Nommé administrateur le 23 novembre 2018, il a été révoqué le 27 décembre. Au moment de sa nomination en tant qu’administrateur, l’adresse de Tirabassi était répertoriée comme étant celle de la Secrétairerie d’État à la Cité du Vatican.

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, a été interrogé pour savoir s’il était au courant de cette nomination et s’il considérait qu’il était approprié qu’un fonctionnaire de la Secrétairerie accepte un tel poste. On lui a également demandé si les fonctionnaires de la Secrétairerie sont autorisés à accepter de tels postes. Le cardinal Parolin n’a pas répondu.

Gianluigi Torzi a également des liens avec l’architecte italo-britannique Luciano Capaldo, qui a été nommé en 2019 directeur de London 60 SA Ltd, une société holding enregistrée au Royaume-Uni et appartenant à la Secrétairerie d’État, qui contrôle la propriété située achetée à Londres.

Un certain Luciano Capaldo a précédemment été administrateur de plusieurs sociétés dans lesquelles Torzi a également été administrateur, ou dans lesquelles Torzi et ses sociétés ont eu des intérêts financiers. Au moins l’une d’entre elles, Odikon Services, a fait l’objet d’un procès pour fraude au Royaume-Uni et est actuellement suspendue par la Financial Conduct Authority du Royaume-Uni. Après la nomination et la révocation de plusieurs autres directeurs par la Secrétairerie en 2019, Capaldo est désormais le seul directeur de la société, ce qui lui laisse le contrôle effectif de l’investissement du Vatican.

Saint-Pierre de Rome

Selon des sources proches de la Préfecture de l’économie, Fabrizio Tirabassi a été impliqué dans la gestion de plusieurs transactions financières à la Secrétairerie, qui sont maintenant examinées par les enquêteurs financiers du Vatican. «Lorsque vous regardez les livres de comptes, vous voyez des sommes importantes entrer, se déplacer très rapidement sur différents comptes et fonds, passer par différentes juridictions et revenir au Vatican avec des montants réduits – parfois tout cela en moins d’une journée », a déclaré un ancien fonctionnaire. «Si l’on insiste sur l’origine de l’argent, sa destination et sa raison d’être, et sur les endroits où l’argent fuit, il n’y a pas de réponse claire du tout. La seule chose cohérente que vous pouvez identifier est la résistance de la Secrétairerie à expliquer quoi que ce soit», a déclaré une source de haut niveau.

Le raid d’octobre 2019 a également conduit à la suspension de Mgr Mauro Carlino, qui était à la tête du bureau d’information et de documentation de la première section de la Secrétairerie. Avant cela, M. Carlino était le secrétaire personnel du cardinal Angelo Becciu, qui a été substitut de la Secrétairerie d’État entre 2011 et juin 2018, fonctionnant comme premier ministre effectif de la Cité du Vatican.

En 2015, le cardinal Becciu semble avoir tenté d’occulter des prêts de 200 millions de dollars dans les bilans du Vatican en les annulant par rapport à la valeur de la propriété achetée à Londres, une manœuvre comptable interdite par les politiques financières approuvées par le pape François en 2014. Les prêts ont été accordés en partie par la BSI, une banque suisse ayant une longue expérience de la violation des garanties contre le blanchiment d’argent et la fraude dans ses transactions avec les fonds souverains. En 2016, elle a fait l’objet d’un rapport accablant de la FINMA, le régulateur financier suisse, qui a conclu que la banque était en «violation grave des obligations légales de diligence en matière de blanchiment d’argent et en violation grave des principes de gestion des risques et d’organisation appropriée». Parmi les violations identifiées par la FINMA figuraient des opérations de «transfert» régulières dans le cadre desquelles des fonds étaient rapidement transférés entre des comptes avant d’être renvoyés hors de la banque.

L’apparente tentative de dissimulation des prêts a été détectée par la Préfecture de l’économie quand elle était dirigée par le cardinal George Pell. De hauts fonctionnaires de la Préfecture de l’économie ont déclaré en 2019 que lorsque Pell a commencé à exiger des détails sur les prêts, en particulier ceux impliquant la BSI, Mgr Becciu l’a appelé à la Secrétairerie d’État pour lui infliger un «blâme». Mgr Becciu aurait dit à Mgr Pell qu’il «s’immisçait dans les affaires souveraines» du Saint-Siège en examinant les transactions du secrétariat avec la BSI.

En février 2020, un deuxième ancien haut fonctionnaire de la Secrétairerie d’État, Mgr Alberto Perlasca, a été suspendu à la suite de raids menés à son domicile et à son bureau par les enquêteurs du Vatican. Mgr Perlasca a été sous les ordres de Becciu pendant près d’une décennie en tant que chef du bureau administratif de la première section de la Secrétairerie jusqu’en juillet 2019, date à laquelle il a été transféré au Tribunal suprême de la Signature apostolique, la cour suprême du Saint-Siège. Mgr Perlasca a travaillé comme procureur à la Cour, jusqu’à ce que son bureau et son domicile soient perquisitionnés en février.

Dans une déclaration de juillet 2019, le Saint-Siège a confirmé que la perquisition avait été ordonnée par les procureurs de la Cité du Vatican dans le cadre d’une enquête en cours sur des fautes financières commises par des fonctionnaires de la Secrétairerie d’État et faisait suite à l’interrogatoire de membres du personnel précédemment suspendus, dont Carlino. Un canoniste travaillant avec la Signature apostolique a confirmé la semaine dernière que le bureau de Perlasca a été vidé et sa charge de travail réaffectée.

Un dossier aux ramifications complexes, où la figure du cardinal Pell apparaît comme celle d’un homme gênant, en conflit avec Mgr Becciu… Si le pape François fut notamment élu sur l’urgente nécessité de rendre transparentes les finances vaticanes, bien des zones d’ombre restent à explorer pour parvenir à une réelle transparence…

Rédaction SRP

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