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Vatican II : Mgr Vigano bientôt schismatique ?

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De Sandro Magister (Settimo Cielo) en traduction française sur Diakonos.be :

L’archevêque Viganò au bord du schisme.  La leçon non entendue de Benoît XVI

En 2019, Benoît XVI l’avait promu nonce apostolique aux États-Unis.  Mais il y a neuf ans, le doux pape théologien ne pouvait certainement pas s’imaginer que l’archevêque Carlo Maria Viganò – retourné à la vie privée depuis 2016 mais certes pas au silence – l’aurait aujourd’hui accusé d’avoir « trompé » l’Église toute entière en faisant croire que le Concile Vatican II était exempt d’hérésies et qu’il fallait donc le lire en continuité parfaite avec la vraie doctrine de toujours.

Car voilà jusqu’où Viganò n’a pas hésité à aller dernièrement en décochant une volée ininterrompue de dénonciation des hérésies de l’Église de ces dernières décennies, avec à la racine de tous les maux le Concile, encore dernièrement dans un question-réponse avec Phil Lawler, le directeur de CatholicCulture.org

Attention : non pas le Concile mal interprété mais le Concile en tant que tel et en bloc.  Lors de ses dernières interventions publiques, en effet, Viganò a même rejeté, en les qualifiant de trop timorées et même de vaines, les tentatives de certains d’apporter quelques « corriger » le Concile Vatican II ça et là, au niveau des textes qui sont à ses yeux les plus ouvertement hérétiques, tels que la déclaration « Dignitatis humanae » sur la liberté religieuse.  Parce ce qu’il faut faire une fois pour toutes – a-t-il enjoint – c’est « de le laisser tomber ‘en bloc’ et de l’oublier ».

Naturellement, non sans « bouter hors du Temple » dans le même temps toutes les autorités de l’Église qui, reconnues coupables de cette tromperie et « invitées à s’amender » ne se raviseraient pas.

Selon Viganò´, ce qui a dénaturé l’Église depuis le Concile, c’est une sorte de « religion universelle que la Maçonnerie a été la première à concevoir ».  Et dont le bras politique serait ce « gouvernement mondial au-dessus de tout contrôle » que cherchent à obtenir des puissances « sans nom ni visage » qui manipulent aujourd’hui même la pandémie du coronavirus pour servir leurs propres intérêts.

Le 8 mai dernier, une pétition de Viganó à lutter contre ce « Nouvel Ordre Mondial » menaçant a même été signée imprudemment par les cardinaux Gerhard Müller et Joseph Zen Zekiun.

De plus, la lettre ouverte ultérieure adressée par Viganó à Donald Trump – qu’il considère comme un guerrier de la lumière contre le pouvoir des ténèbres à l’œuvre aussi bien au sein du « deep state » que dans la « deep Church » – a reçu un accueil enthousiaste du président des États-Unis en personne, dans un tweet devenu viral.

Mais pour en revenir à l’acte d’accusation téméraire de Viganò contre Benoît XVI pour ses « tentatives infructueuses de corriger des excès conciliaires en invoquant l’herméneutique de la continuité », il convient de donner la parole à l’accusé lui-même.

L’herméneutique de la continuité – ou plus exactement : « l’herméneutique de la réforme, du renouvellement dans la continuité de l’unique sujet-Église » – est en effet la clé de voûte de l’interprétation que Benoît XVI a donnée du Concile Vatican II, dans son mémorable discours à la Curie vaticane la veille de Noël de l’année 2005, la première année de son pontificat.

C’est un discours qu’il faut absolument relire dans son entièreté :

> “Messieurs les Cardinaux, vénérés frères…”

Mais voici dans les grandes lignes comment le pape Joseph Ratzinger a développé son exégèse du Concile Vatican II.

Il commence par rappeler que déjà à la suite du Concile de Nicée de 325, l’Église fut secouée par des conflits particulièrement virulents qui firent écrire à saint Basile lui-même :

« Le cri rauque de ceux qui, en raison de la discorde, se dressent les uns contre les autres, les bavardages incompréhensibles, le bruit confus des clameurs ininterrompues a désormais rempli presque toute l’Eglise en faussant, par excès ou par défaut, la juste doctrine de la foi… ».

Mais pourquoi les répercussions de Vatican II ont -elle été aussi conflictuelles ?  La réponse de Benoît XVI, c’est que tout dépend de « de son herméneutique », c’est-à-dire que sa « clé de lecture et d’application ».

Le conflit est né du fait que « deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et sont entrées en conflit ».

Il y avait d’un côté une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » et de l’autre une « herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise ».

Selon la première herméneutique, « il faudrait non pas suivre les textes du Concile, mais son esprit », pour faire place aux « élans vers la nouveauté » qui seraient sous-entendus par les textes, « dans lesquels, pour atteindre l’unanimité, on a dû encore emporter avec soi et reconfirmer beaucoup de vieilles choses désormais inutiles ».

Mais en cela – a objecté le Pape – « on se méprend sur la nature d’un Concile en tant que tel. Il est alors considéré comme une sorte de Constituante, qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle ».  Alors qu’en réalité « la constitution essentielle de l’Église vient du Seigneur » et que les évêques doivent simplement en être les « administrateurs » fidèles et sages.

Jusque-là, Benoît XVI semble donc attribuer l’herméneutique de la discontinuité au seul courant progressiste de l’Église.  Mais plus loin dans son discours, quand il analyse la volonté du Concile de « déterminer d’une nouvelle manière le rapport entre l’Église et époque contemporaine », il prend à bras-le-corps la question sur laquelle non pas les progressistes mais les traditionnalistes se sont le plus empoignés, allant jusqu’à rompre avec l’Église comme l’ont fait les disciples de Marcel Lefebvre et comme Viganò semble sur le point de le faire aujourd’hui.

Il s’agit de la question de la liberté religieuse, sur laquelle s’est prononcée la déclaration conciliaire « Dignitatis humanae ».  Une déclaration à laquelle même Viganò attribue les pires choses, allant jusqu’à écrire que « si la Pachamama a pu être adorée dans une église, nous le devons à ‘Dignitatis humanae’ ».

En effet, il est indéniable qu’en matière de liberté religieuse, le Concile Vatican II a constitué une nette discontinuité, sinon une rupture, avec l’enseignement ordinaire de l’Église du XIXe et du début du XXe siècle, fortement antilibéral.  Benoît XVI l’a reconnu explicitement dans son discours et en a même expliqué les raisons historiques, qui justement parce qu’elles sont historiques, ont évolué dans le temps et ont permis au Concile, « reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’État moderne », de reprendre à nouveau « le patrimoine plus profond de l’Église », celui « de Jésus lui-même » et « des martyrs de l’Église primitive », qui « sont morts également pour la liberté de professer sa foi, – une profession qui ne peut être imposée par aucun État, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience ».

« C’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme », déclare le Pape Ratzinger dans ce discours.  « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité ».

Il y a donc une « herméneutique de la discontinuité » que Benoît XVI déclare approuver parce que « c’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme ».

Mais à ce stade, il vaut mieux lui laisser la parole et reproduire ci-dessous la partie finale de son discours sur le Concile, dans lequel il déploie plus largement ce que nous venons de résumer en quelques lignes.

Les contre-arguments de Viganò sont également disponibles sur les sites qui lui font écho.  Aux lecteurs de se faire une opinion.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

*

« Dans ce processus de nouveauté dans la continuité… »

de Benoît XVI

[…] Dans le grand débat sur l’homme, qui caractérise le temps moderne, le Concile devait se consacrer en particulier au thème de l’anthropologie. Il devait s’interroger sur le rapport entre l’Eglise et sa foi, d’une part, et l’homme et le monde d’aujourd’hui, d’autre part (ibid. pp. 1066, sq). La question devient encore plus claire, si, au lieu du terme générique de « monde d’aujourd’hui », nous en choisissons un autre plus précis :  le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’époque moderne.

Ce rapport avait déjà connu un début très problématique avec le procès fait à Galilée. Il s’était ensuite totalement rompu lorsque Kant définit la « religion dans les limites de la raison pure » et lorsque, dans la phase radicale de la Révolution française, se répandit une image de l’Etat et de l’homme qui ne voulait pratiquement plus accorder aucun espace à l’Eglise et à la foi.

L’opposition de la foi de l’Eglise avec un libéralisme radical, ainsi qu’avec des sciences naturelles qui prétendaient embrasser à travers leurs connaissances toute la réalité jusque dans ses limites, dans l’intention bien déterminée de rendre superflue « l’hypothèse de Dieu », avait provoqué de la part de l’Eglise, au XIX siècle, sous Pie IX, des condamnations sévères et radicales de cet esprit de l’époque moderne. Apparemment, il n’existait donc plus aucun espace possible pour une entente positive et fructueuse, et les refus de la part de ceux qui se sentaient les représentants de l’époque moderne étaient également énergiques.

Entre temps, toutefois, l’époque moderne avait elle aussi connu des développements. On se rendait compte que la révolution américaine avait offert un modèle d’Etat moderne différent de celui théorisé par les tendances radicales apparues dans la seconde phase de la Révolution française. Les sciences naturelles commençaient, de façon toujours plus claire, à réfléchir sur leurs limites, imposées par leur méthode elle-même, qui, tout en réalisant des choses grandioses, n’était toutefois pas en mesure de comprendre la globalité de la réalité.

Ainsi, les deux parties commençaient progressivement à s’ouvrir l’une à l’autre. Dans la période entre les deux guerres mondiales et plus encore après la Seconde Guerre mondiale, des hommes d’Etat catholiques avaient démontré qu’il peut exister un Etat moderne laïc, qui toutefois, n’est pas neutre en ce qui concerne les valeurs, mais qui vit en puisant aux grandes sources éthiques ouvertes par le christianisme. La doctrine sociale catholique, qui se développait peu à peu, était devenue un modèle important entre le libéralisme radical et la théorie marxiste de l’Etat. Les sciences naturelles, qui professaient sans réserve une méthode propre dans laquelle Dieu n’avait pas sa place, se rendaient compte toujours plus clairement que cette méthode ne comprenait pas la totalité de la réalité et ouvraient donc à nouveau les portes à Dieu, conscientes que la réalité est plus grande que la méthode naturaliste, et que ce qu’elle peut embrasser.

On peut dire que s’étaient formés trois cercles de questions qui, à présent, à l’heure du Concile Vatican II, attendaient une réponse.

Tout d’abord, il fallait définir de façon nouvelle la relation entre foi et sciences modernes; cela concernait d’ailleurs, non seulement les sciences naturelles, mais également les sciences historiques, car, selon une certaine école, la méthode historique-critique réclamait le dernier mot sur l’interprétation de la Bible, et, prétendant l’exclusivité totale de sa propre compréhension des Ecritures Saintes, s’opposait sur des points importants à l’interprétation que la foi de l’Eglise avait élaborée.

En second lieu, il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre Eglise et Etat moderne, qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d’une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et de leur liberté d’exercer leur religion.

Cela était lié, en troisième lieu, de façon plus générale au problème de la tolérance religieuse – une question qui exigeait une nouvelle définition du rapport entre foi chrétienne et religions du monde. En particulier, face aux récents crimes du régime national socialiste, et plus généralement, dans le cadre d’un regard rétrospectif sur une longue histoire difficile, il fallait évaluer et définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et la foi d’Israël.

Il s’agit là de thèmes de grande portée – ce furent les thèmes de la seconde partie du Concile – sur lesquels il n’est pas possible de s’arrêter plus amplement dans ce contexte.

Il est clair que dans tous ces secteurs, dont l’ensemble forme une unique question, pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, s’était effectivement manifestée une discontinuité dans laquelle, pourtant, une fois établies les diverses distinctions entre les situations historiques concrètes et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n’était pas abandonnée – un fait qui peut échapper facilement au premier abord.

C’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme. Dans ce processus de nouveauté dans la continuité, nous devions apprendre à comprendre plus concrètement qu’auparavant que les décisions de l’Eglise en ce qui concerne les faits contingents – par exemple, certaines formes concrètes de libéralisme ou d’interprétation libérale de la Bible – devaient nécessairement être elles-mêmes contingentes, précisément parce qu’elles se référaient à une réalité déterminée et en soi changeante. Il fallait apprendre à reconnaître que, dans de telles décisions, seuls les principes expriment l’aspect durable, demeurant en arrière-plan et en motivant la décision de l’intérieur. En revanche les formes concrètes ne sont pas aussi permanentes, elles dépendent de la situation historique et peuvent donc être soumises à des changements. Ainsi, les décisions de fond peuvent demeurer valables, tandis que les formes de leur application dans des contextes nouveaux peuvent varier.

Ainsi, par exemple,  si  la liberté de religion est considérée comme une expression de l’incapacité de l’homme à trouver la vérité, et par conséquent, devient une exaltation du relativisme alors, de nécessité sociale et historique, celle-ci est élevée de façon impropre au niveau métaphysique et elle est ainsi privée de son véritable sens, avec pour conséquence de ne pas pouvoir être acceptée par celui qui croit que l’homme est capable de connaître la vérité de Dieu, et, sur la base de la dignité intérieure de la vérité, est lié à cette connaissance.

Il est, en revanche, totalement différent de considérer la liberté de religion comme une nécessité découlant de la coexistence humaine, et même comme une conséquence intrinsèque de la vérité qui ne peut être imposée de l’extérieur, mais qui doit être adoptée par l’homme uniquement à travers le processus de la conviction.

Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l’enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l’Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps. L’Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2) ; mais, tandis qu’elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d’Etat. Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer sa foi, – une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience.

Une Eglise missionnaire, qui sait qu’elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s’engager au service de la liberté de la foi. Elle veut transmettre le don de la vérité qui existe pour tous, et assure dans le même temps aux peuples et à leurs gouvernements qu’elle ne veut pas détruire leur identité et leurs cultures, mais qu’elle leur apporte au contraire une réponse que, au fond d’eux, ils attendent, – une réponse avec laquelle la multiplicité des cultures ne se perd pas, mais avec laquelle croît au contraire l’unité entre les hommes, et ainsi, la paix entre les peuples également.

Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps ; elle poursuit « son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu », annonçant la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne (cf. Lumen gentium, n. 8).

Ceux qui espéraient qu’à travers ce « oui » fondamental à l’époque moderne, toutes les tensions se seraient relâchées et que l' »ouverture au monde » ainsi réalisée aurait tout transformé en une pure harmonie, avaient sous-estimé les tensions intérieures et les contradictions de l’époque moderne elle-même; ils avaient sous-estimé la dangereuse fragilité de la nature humaine qui, dans toutes les périodes de l’histoire, et dans toute constellation historique, constitue une menace pour le chemin de l’homme.

Ces dangers, avec les nouvelles possibilités et le nouveau pouvoir de l’homme sur la matière et sur lui-même, n’ont pas disparu, mais prennent en revanche de nouvelles dimensions :  un regard sur l’histoire actuelle le démontre clairement. Mais à notre époque, l’Eglise demeure un « signe de contradiction » (Lc 2, 34) – ce n’est pas sans raison que le Pape Jean-Paul II, alors qu’il était encore Cardinal, avait donné ce titre aux Exercices spirituels prêchés en 1976 au Pape Paul VI et à la Curie romaine. Le Concile ne pouvait avoir l’intention d’abolir cette contradiction de l’Evangile à l’égard des dangers et des erreurs de l’homme. En revanche, son intention était certainement d’écarter les contradictions erronées ou superflues, pour présenter à notre monde l’exigence de l’Evangile dans toute sa grandeur et sa pureté.

Le pas accompli par le Concile vers l’époque moderne, qui de façon assez imprécise a été présenté comme une « ouverture au monde », appartient en définitive au problème éternel du rapport entre foi et raison, qui se représente sous des formes toujours nouvelles.

La situation que le Concile devait affronter est sans aucun doute comparable aux événements des époques précédentes. Saint Pierre, dans sa première Lettre, avait exhorté les chrétiens à être toujours prêts à rendre raison (apologia) à quiconque leur demanderait le logos, la raison de leur foi (cf. 3, 15). Cela signifiait que la foi biblique devait entrer en discussion et en relation avec la culture grecque et apprendre à reconnaître à travers l’interprétation la ligne de démarcation, mais également le contact et l’affinité qui existait entre elles dans l’unique raison donnée par Dieu.

Lorsqu’au XIII siècle, par l’intermédiaire des philosophes juifs et arabes, la pensée aristotélicienne entra en contact avec le christianisme médiéval formé par la tradition platonicienne, et que la foi et la raison risquèrent d’entrer dans une opposition inconciliable, ce fut surtout saint Thomas d’Aquin qui joua le rôle de médiateur dans la nouvelle rencontre entre foi et philosophie aristotélicienne, plaçant ainsi la foi dans une relation positive avec la forme de raison dominante à son époque.

Le douloureux débat entre la raison moderne et la foi chrétienne qui, dans un premier temps, avait connu un début difficile avec le procès fait à Galilée, connut assurément de nombreuses phases, mais avec le Concile Vatican II, arriva le moment où une nouvelle réflexion était nécessaire. Dans les textes conciliaires, son contenu n’est certainement tracé que dans les grandes lignes, mais cela a déterminé la direction essentielle, de sorte que le dialogue entre raison et foi, aujourd’hui particulièrement important, a trouvé son orientation sur la base du Concile Vatican II.

A présent, ce dialogue doit être développé avec une grande ouverture d’esprit, mais également avec la clarté dans le discernement des esprits qu’à juste titre, le monde attend de nous  précisément en ce moment. Ainsi, aujourd’hui, nous pouvons tourner notre regard avec gratitude vers le Concile Vatican II :  si nous le lisons et que nous l’accueillons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours plus une grande force pour le renouveau toujours nécessaire de l’Eglise.

Rome, le 22 décembre 2005

Commentaires

  • J'admire la magnifique intelligence de Monseigneur Vigano, son courage, son humilité.

    On a l'impression que le dialogue avec les modernistes n'est pas possible...

  • Oui, c'est Benoît XVI qu'il faut suivre.

    Et il faut prier pour Mgr Vigano qui, hélas, entre de plein pied dans toutes les théories bizarres :
    - Saint Jean-Paul II aurait menti sur le vrai troisième secret de Fatima.
    - Le Concile Vatican II serait hérétique et franc-maçon dans ses textes mêmes et non dans l'interprétation qui en a été faite.

    Il faut rappeler que seul le pape est porteur du charisme d'explication de la doctrine universelle catholique. Et c'est un charisme promis par le Seigneur, quels que soient les papes et au delà de leurs bêtises individuelles ou de leur décisions pastorales critiquables.

    Le pape Benoît XVI donne d'ailleurs les trois attitudes à avoir face aux décisions du Vatican:

    1° Sur les doctrines universelles du salut (foi et morale universelle) >>> Adhésion par la vertu de foi théologale.

    2° Sur les décisions pastorales (ce qui est lié à tel lieu et tel temps) >>> Chercher à comprendre avec un regard ouvert les intentions du pasteur. Garder une capacité d'adaptation prudentielle.

    3° Sur les changements liturgiques >>> Une obéissance ouverte et une capacité de critiquer les désobéissances.

  • Il s'agit ici d'une analyse de Sandro Magister, grand commentateur devant l'Eternel.
    Cependant, aurait-il reçu mission de désigner un (des) schismatique (s) ?
    On n'a jamais entendu un mot là-dessus.

  • Avant de jeter l’opprobre sur Mgr Vigano, il serait
    bon de s’interroger sur les causes de la chute de la
    pratique religieuse depuis Vatican II.
    S’il a tort, qu’on nous donne les vrais arguments qui
    en sont la cause.

  • Oui est temps de se demander qui est schismatique dans notre Eglise ... ne serait pas plutot tous ceux qui s'opposent à l'enseignement pérenne et traditionnel de Mgr Vigano qui sont les vrais schismatiques sans s'en rendre compte ?? A voir la catastrophe de cette église conciliaire ( 1 % de pratiquants en France ) et les déclarations apostates de celui qui n'arrête pas de confirmer son excommunication il n'y a vraiment pas photo...

  • Le Pape Benoit XVI ( est toujours Pape... ) il devrait lire ou relire les 2 livres magistraux de Mgr Brunero Gherardini sur ce concile dans lequel il a dénoncé les invraisemblables hérésies : ''Le Concile Vatican II Un débat à ouvrir Ed. Casa Mariana Editrice 2009 ) ce saint prêtre a été professeur d'ecclésiologie et d'oecuménisme à l'université pontificale du Latran jusqu'en 1995 il fut aussi chanoine de l'Archibasilique Vaticane et directeur de la revue de théologie ''Divinitas '' Son second livre sur ce même concile :''Vatican II un débat qui n'a pas eu lieu '' est encore plus clair sur cet invraisemblable aveuglement des plus hautes autorités de l'Eglise ... sur ce concile hérétique.

  • De la croix,

    Concile hérétique ? Attention, vous coupez la branche sur laquelle l'Eglise est appuyée.

    En admettant que des papes auraient défini avec un Concile œcuménique des hérésies, c'est croire que le Seigneur a failli et que le Concile Vatican I lui-même définit une bêtise.

    Il vaut mieux oser un acte de foi et suivre Benoît XVI qui, vivant, vous dit que Vatican II est un vrai Concile, discutable en pastorale mais qui définit profondément et infailliblement la foi.

  • Prions pour Mgr Vigano pour qu'il comprenne son mauvais jugement en toute humilité et remercions Benoit xvi pour son intervention fidèle à l'Eglise du Christ

  • Que penser de ce texte écrit par un auteur, dont l'orthodoxie catholique est insoupçonnable, Frédéric William Faber, dans son livre sur le Précieux Sang, publié en 1860 ? : « Il en est des âges de la vie humaine comme des diverses contrées du monde : chaque âge a son esprit spécial, ses vertus spéciales, ses vices spéciaux ; chaque âge a ses sciences, ses inventions, sa littérature, sa politique, son développement ; chaque âge se croit distinct des autres, et en cela il a raison ; il s'imagine être meilleur que les autres, mais en cela il se trompe. Probablement, il ne vaut ni plus ni moins que les autres. Quant à ce qui regarde les choses essentielles, tous les âges sont à peu près sur le même niveau ; mais chacun d'eux a sa manière d'être et demande à être traité en conséquence. Telle est la raison pour laquelle l’Église paraît agir différemment avec les différents âges. Dans un certain sens, on peut dire que l’Église marche avec le monde. C'est dans le même sens que l'on dit que le berger abandonne les brebis fidèles pour aller à la recherche de celle qui erre loin du troupeau. Chaque âge est une brebis errante séparée de Dieu, et il est du devoir de l’Église de la chercher, de la ressaisir et de la lui ramener, autant, toutefois, que cela est en son pouvoir. Nous ne devons pas traiter légèrement cette différence des âges. Chacun d'eux demande à être persuadé d'une manière particulière. Tous trouvent dans la religion leurs difficultés propres, ont leurs tentations propres, leurs folies spéciales. L'oeuvre de Dieu ne peut jamais s'achever dans le cours d'un seul âge ; il faut le recommencer dans l'âge suivant ; les raisons anciennes deviennent inutiles, parce qu'elles cessent d'être convaincantes, et les méthodes de l'âge passé ne conviennent plus, parce que les choses ont changé. C'est pour cela que la théologie revêt des aspects nouveaux, que les ordres religieux, d'abord florissants, tombent ensuite en décadence, que la dévotion a ses modes et ses vicissitudes, que les coutumes changent, que la discipline se modifie, et que l’Église se place dans des relations différentes vis-à-vis des gouvernements du monde ».

  • Vatican II a également transmis une « autorité doctrinale présumée » et une « infaillibilité magistrale implicite« , bien que cela ait été « clairement exclu » pendant les sessions du Concile.

    Viganò dit que les pères du concile ont été « trompés » parce qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer qu’il y avait dans l’Église des forces puissantes, hostiles et organisées qui ont remplacé les schémas préparatoires du Concile par un « faisceau d’erreurs habilement déguisées derrière des discours longs et délibérément équivoques ».

    Il y avait « un esprit malveillant systématique de certains des pères du concile d’une part, et un optimisme naïf ou une négligence d’autres pères du concile bien intentionnés d’autre part ».

    Pour Viganò, « l’esprit du Concile » est le Concile lui-même car « les erreurs de la période post-conciliaire étaient contenues in nuce dans les actes conciliaires ».

  • Cher Lacroix, Monseigneur Vigano doute et perd la foi dans la tempête. Il a tort. L'Esprit Saint se rit de "l'esprit du Concile" qui est juste un démon passager, comme cela a lieu à chaque Concile.

    Au moment voulu, l'Esprit Saint mettra fin à la tempête et au doute. Il laisse faire un temps car il apprend à son Eglise que la vie ne vient pas d'elle-même mais qu'elle n'est qu'un sarment hanté sur la Vigne qu'est Jésus Christ.

    Oui, les textes du Conciles sont trop longs et verbeux. Mais la Bible elle-même est longue, confuse et verbeuse. Ce qui compte, c'est que le Magistère vivant en donne le vrai sens.

  • Quel dommage qu'il ne soit pas possible d'aborder facilement certains sujets !
    Regardons ce qui se passe autour du racisme, de la colonisation, etc ... Inspirons-nous en !

    Quand y aura-t-il des débats publics à l'occasion desquels des catholiques convaincus et compétents (parmi eux, des évêques, des prêtres, des laïcs) puissent débattre de leurs désaccords ? Ce ne sont pas les sujets qui manquent, hélas.
    Les fruits du concile Vatican II en sont un. Nous pouvons sans réfléchir trop longtemps en trouver une dizaine.

    Je crois que ça ferait du bien à tout le monde

  • Corrections des affirmations entièrement gratuites et fausses de Dumouche dans son texte pour oser affirmer que Mgr Vigano perd la Foi alors que c'est Bergoglio qui l'a complètement perdue... avec la presque totalité des cardinaux, évêques et prêtres qui vivent pour le moment...
    Par contre c'est vrai que ce concile est un démon passager mais c'est faux de prétendre que chaque concile serait comme ça... de chaque concile... jamais un seul concile n'a été aussi farci d'hérésies incontestables en rupture complète avec le magister pérenne de l'Eglise et des conciles précédents c'est une première dans l'Eglise et ce sera la dernière... car nous vivons un véritable enfer sur la terre mais Dieu interviendra quand il le décidera et nous devons accepter de porter cette croix avec Lui et le Coeur immaculé de la Très sainte vierge Marie triomphera enfin comme Elle l'a dit à Fatima...

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