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Au rythme de l'année liturgique - Page 5

  • La vraie sagesse : renoncer à tout pour suivre le Christ - Homélie du Père Zanotti-Sorkine pour le 23e dimanche du temps ordinaire

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    Prédication pour le 23e dimanche du temps ordinaire (archive du 8 septembre 2013) par le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine (Lc 14, 25-33).

    http://www.delamoureneclats.fr / http://www.unfeusurlaterre.org

    Évangile : La vraie sagesse, c’est de renoncer à tout pour le Christ (Luc 14, 25-33)

    De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d'entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Car, s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : 'Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !' Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut, avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix. De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

  • "Seigneur n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?"; homélie pour le 21ème dimanche du temps ordinaire

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    Homélie du 21ème dimanche ordinaire année C

    (archive du 25 août 2013)

    Prédication du frère Alain Quilici op du couvent de Toulouse (source)

    Pensez-vous que la question qui est aujourd'hui posée à Jésus : Seigneur n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? soit bien judicieuse ? Quel intérêt y a-t-il à poser de telles questions et que voulez-vous que Jésus réponde ?

    S'il répond qu'il y aura énormément de gens sauvés, voire tout le monde, ne va-t-on pas en conclure qu'il n'y a pas de raison de s'en faire. Dieu est si bon qu'il sauvera tout le monde ! S'il répond qu'il n'y aura que peu de gens sauvés, cela risque de décourager le pauvre monde et d'amener les gens à se dire que c'est si difficile que ce n'est même pas la peine d'essayer.

    Aussi Jésus ne répond-il pas à cette question, trop générale, trop théorique, sans utilité. Il choisit plutôt de mettre son interlocuteur face à lui-même. Quand il lui dit : Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, il renvoie le questionneur à la seule question qui devrait vraiment l'intéresser et le toucher et qui est la question de son propre salut éternel.

    Jésus lui dit clairement et assez brutalement : méfie-toi, ce n'est pas gagné !

    Pour être sauvé, c'est-à-dire pour être admis à participer à la vie éternelle dans le royaume en communion avec Dieu, il ne suffit pas de faire partie du groupe, en l'occurrence ici du peuple élu. Il ne suffit pas de se satisfaire d'avoir mangé et bu en présence du Seigneur, comme qui dirait d'avoir participé à des repas paroissiaux ; ni d'avoir fait partie des foules qui l'ont entendu parler.

    Le salut dont parle Jésus n'est pas une affaire collective et impersonnelle ; c'est une affaire éminemment personnelle. Et tel est le sens de la porte étroite. Ce n'est pas tant une porte où tout le monde se précipiterait comme dans un entonnoir, ce qui serait démoralisant. Ce n'est pas non plus comme un portique d'aéroport où ne passeraient que ceux qui n'ont aucun bagage, ce qui serait moralisant.

    La porte est étroite en ce sens qu'on y passe un à un. Chacun compte pour un. Le salut que propose Jésus est une affaire personnelle entre lui et chacun de nous. C'est à chacun que Jésus adresse la parole, c'est à chacun qu'il tend la main, c'est de chacun qu'il attend une réponse.

    Il n'y a pas de raison de douter que chacun de ceux qui auront répondu à son appel, chacun de ceux qui l'auront suivi, même imparfaitement comme des pécheurs que nous sommes, comme de pauvres gens qui font ce qu'ils peuvent, il n'y a pas de raison de douter que celui-là ne soit bien accueilli comme fut bien accueilli le fils prodigue de la parabole.

    L'essentiel est de se rappeler qu'on ne se donne pas à soi-même le salut éternel. Beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas , dit Jésus. Le salut on le reçoit de Dieu. C'est un don. Et ce don n'est pas réservé à une élite. Au contraire : Allez et de toutes les nations faites des disciples. Tous ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés. Ou comme disait la première lecture : je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue.

    D'où l'importance de la mission, l'importance de l'évangélisation qui est toujours nouvelle. Chacun doit pouvoir entendre le message. Chacun doit pouvoir y répondre. Il est adressé largement à tout le monde, et à chacun personnellement.

    Voyez quel bonheur est le nôtre d'avoir entendu l'appel de Jésus et d'y avoir répondu, le bonheur d'avoir été baptisés et d'avoir avec Jésus une relation personnelle. Nous ne devons cesser de rendre grâce à Dieu de nous avoir rendus sensibles à son appel.

    Mais voyez aussi quelle responsabilité est la nôtre. Malheur à moi, si je n'évangélise pas, disait saint Paul. Nous ne devons pas être en paix tant qu'il reste ne serait-ce qu'une personne qui n'a pas entendu le message de l'évangile qui n'ait pas eu la possibilité d'y répondre.

    Alors peu importe de savoir s'il y aura peu ou beaucoup de gens sauvés. Ce n'est pas le nombre qui compte. C'est chacun qui compte aux yeux de Dieu.

    Chacun doit donner sa réponse. Le créneau est étroit. Il faut saisir l'occasion. Que le Seigneur achève en nous ce qu'il a commencé.

    Amen

  • Beauraing : la simplicité du coeur

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    JPSC

  • Affluence aux messes de l'Assomption

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    Aux journaux télévisés de la mi-journée ce quinze août 2016, la RTBF et RTL signalaient l’affluence aux célébrations de l’assomption de Marie en Belgique francophone.  Et il semble qu’Outre-Quiévrain on ne soit pas en reste : extrait de l'homélie de Dom Coureau, père abbé de l’abbaye bénédictine de Triors, dans la Drôme, publié sur le blog « Salon beige » :

    "La piété populaire est plus tenace qu’il n’y paraît, toute fragile qu’elle soit et parfois même bien ambiguë. Elle devance souvent la réflexion de la sagesse théologique qui sort enfin de sa léthargie. Malgré les apparences, la fête de ce jour reste bien ancrée au cœur des masses, plus chrétiennes qu’il n’y paraît. Le journal « La Croix » le reconnaissait récemment (12 août) : près d’un Français sur deux déclare prier la Vierge Marie, indice d’une réelle popularité mariale du pays. Cette popularité n’a jamais cessé, soutient un prêtre, spécialiste en la matière. Elle n’a pratiquement pas suivi les fluctuations de la pratique religieuse qui, elle, s’est affaissée. Les pratiques de piété mariale restent vivaces, chapelet des groupes du Rosaire, pèlerinages et processions de la Vierge vers les hauts-lieux mariaux qui sont considérables et extraordinaires. On pense bien sûr à Lourdes ou à Fourvière, mais aussi à tant de sanctuaires et d’églises, où la Vierge Marie rassemble enfants, adolescents, hommes, femmes, grands-parents, personnes d’origine populaire ou bourgeoise. Marie rebat les cartes des inégalités sociales, souligne encore cet article, avec le fait significatif que Marie apparaît le plus souvent à des gens qui ne sont généralement pas admirés par la société civile : des enfants, des malades, des personnes d’origine sociale plutôt populaire. Avec elle, les petits deviennent grands, conclut-il avec bonheur. 

    Récemment les évêques de France ont prescrit de jeûner, avant d’instaurer une neuvaine de prière pour la paix, clôturée ce matin par la sonnerie des cloches de nos églises. Cet humble acte de foi et de confiance entend arracher les fidèles à la peur panique que cherche à instaurer le terrorisme actuel : Prière et pénitence, prescrivait déjà Notre Dame à Lourdes. L’archevêque de Rennes voit là une nécessaire réponse à cette « guerre mondiale par morceaux » dont parle souvent le pape François. Prier pour la France, poursuit Mgr d’Ornellas, c’est prier pour que se lèvent des prophètes qui maintiennent en éveil la conscience de la dignité de l’être humain et de sa dimension religieuse. Prier pour la France signifie s’inscrire dans une tradition chrétienne multiséculaire de charité, pour que celle-ci continue d’irriguer les manières de relever de nouveaux défis. La charité n’est pas naïve : elle appelle à un surcroît d’intelligence créatrice et d’engagement social et politique. Charité et justice sont la trace concrète de l’œuvre de l’Esprit en notre histoire chaotique. 

    Prier Marie dans sa gloire est donc le réflexe de beaucoup en ce temps de menace. Il faut l’entretenir. De même il faut adorer le Saint-Sacrement, surtout là où il est exposé à la piété des fidèles. N’ayez pas peur, continue de nous y dire Jésus. Prions pour nos persécuteurs potentiels, prions pour leur conversion, afin que notre doux Père des cieux leur fasse connaître son Fils tel qu’il est et non tel qu’ils l’imaginent. Il se peut d’ailleurs que les musulmans de bonne foi soient légion, aptes à être intégrés dès lors dans la communion des saints, spécialement ceux d’entre eux qui seraient au Purgatoire ; aptes à être intégrés alors dans l’unique plan du salut, car il n’y a pas d’autre nom que Jésus pour nous sauver (Act. 4,10). Avec eux alors, nous supplions le Bon Dieu par sa Mère glorieuse que le monde ne devienne pas un enfer, car tel n’est pas du tout le plan de Dieu. Par sa miséricorde, il veut au contraire que nous désirions aller au ciel avec Marie qui voit et adore Jésus, amen."

    Ref. La popularité de la Sainte Vierge en France n'a jamais cessé

    JPSC

  • Quand Marie défait les noeuds

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    Du chanoine Eric de Beukelaer sur le site de lalibre.be :

    Mary Untier of Knots.jpgMarie qui défait les nœuds

    Etudiant en Allemagne, un jésuite argentin découvre un tableau représentant la Vierge qui dénoue les nœuds du genre humain. Il fera connaître cette image, avant d’être élu pape.  Un texte de Eric de Beukelaer. 

    Bavière, fin du XVIIe siècle. L’abbé Jérôme Langenmantel est effondré, parce que son grand-père veut se séparer de son épouse. Le prêtre demande alors à un confrère jésuite de l’aider à l’en dissuader. Ce dernier - le père Jakob Rem - se souvient d’un écrit de saint Irénée de Lyon (130-202) : " Par sa désobéissance, Eve a créé le nœud qui a étranglé le genre humain. Par son obéissance, Marie l’a dénoué. Ce que la vierge Eve a noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi." (Contre les hérésies. III, 22 - 4). Le jésuite prie donc la Vierge Marie de dénouer les nœuds qui étouffent l’amour au sein de ce couple. Sa prière est exaucée. En remerciement, l’abbé Langemantel fera réaliser vers 1700 par Johann Schmidtner, une peinture baroque pour l’église Saint-Pierre à Augsbourg. Celle-ci représente la Vierge en train de dénouer les nœuds du genre humain.

    Bavière, années 80 du siècle dernier. Un jésuite argentin étudie en Allemagne et tombe sur ce tableau. L’image le touche au plus profond de son âme. Ce quadragénaire porte-t-il en son cœur des nœuds, qu’il demande à Marie de dénouer ? Nul ne sait, mais rentré au pays, il n’aura de cesse de faire connaître cette image. Il envoyait une reproduction de celle-ci dans chacune de ses correspondances. Nommé évêque, la peinture sera l’image-souvenir de son ordination. Comme cardinal-archevêque de Buenos Aires, il répandra toujours plus la dévotion à "Marie qui dénoue les nœuds". Aujourd’hui, elle est largement diffusée en Amérique latine. A un point tel, que le journal britannique "The Guardian" consacra au phénomène un article, le 24 décembre 2001 : " Vous êtes dans la confusion ? Stressé ? Malheureux ? Dites une prière à Marie qui défait les nœuds", écrit le journaliste Alex Bellos. " En Argentine et au Brésil, la dernière mode religieuse est de vénérer une peinture allemande du XVIIIe siècle […] quasiment inconnue dans son pays d’origine. Mais en Amérique latine, cette image est devenue une icône catholique omniprésente. Au moins deux églises lui furent consacrées l’année dernière, des images en sont distribuées sur les rues et il est même possible d’acheter un "kit" de "Marie qui défait les nœuds", contenant la neuvaine, une feuille de prière, un collier et bracelet."

    Le journaliste poursuit en expliquant que la dévotion fut récemment introduite en Amérique latine, où elle connut un immense succès. Ce qu’il omet de préciser, c’est le nom du jésuite qui en fut le promoteur. Il ne pouvait deviner que Jorge Bergoglio serait élu pape douze années plus tard, sous le nom de "François".

    Aujourd’hui, le sanctuaire brésilien de Campinas - consacré à "Marie qui défait les nœuds" - rassemble chaque jour 2 000 personnes. Et des églises qui lui sont dédiées s’ouvrent de par le monde (France Ukraine, Autriche, Suisse…).

    Cette dévotion est théologiquement solide : L’Esprit est la Liberté. Et Marie se fit accueil du Souffle d’En-Haut, au cœur même de son humanité. Il est donc juste que la Mère de Dieu soit celle qui aide à dénouer les conditionnements du corps et du cœur, qui nous empêchent d’être pleinement nous-même. En cette fête de l’Assomption, prions donc Marie et confions-lui les nœuds qui encombrent notre vie et étouffent notre liberté spirituelle. Prions aussi pour notre Pape et sa mission. Peut-être est-ce justement là que se niche le secret de son pontificat : le pape François ne cherche pas à gouverner à gauche ou à droite. Il veut par-dessus tout contribuer à dénouer les nœuds qui empêchent l’Eglise de témoigner avec authenticité du Christ et de son Evangile. Ô Marie qui défait les nœuds, nous te confions notre Pape et l’Eglise de ton Fils. Puissent les nœuds qui enserrent la barque de Pierre se défaire, afin que l’humanité découvre davantage encore qu’elle est aimée d’un Dieu qui veut - non pas lier - mais délier.

  • L'Assomption; prédication par le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine

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    Prédication (archive du 15 août 2014) par le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine (Lc 1, 39-56)
  • Lundi 15 août 2016: Fête de l'Assomption à l'église du Saint-Sacrement à Liège

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    JPSC

  • Saint Jean Berchmans (13 août)

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    Saint JEAN BERCHMANS

    (source) Jean naquit dans le Brabant, à Diest, en 1599. Il s'adonna aux études classiques à partir de 1612 à Malines ; c'est là qu'il entra dans la Compagnie en 1616.

    Envoyé à Rome en 1618 pour y poursuivre ses études, au terme d'une courte maladie, il rendit le dernier soupir dans la joie le 13 août 1621. Sa piété sincère, sa charité sans détours, sa constante bonne humeur l'avait rendu cher à tous. Il a été canonisé par Léon XIII en 1888.

    Lettre de saint Jean Berchmans, religieux :

    Je m'offre de tout cœur à Jésus-Christ

    À l'âge de 17 ans, saint Jean Berchmans, désirant se consacrer à Dieu le plus tôt possible et éviter que ses parents ne fassent obstacle à ses désirs, décida de révéler à ces derniers la résolution qu'il avait prise au fond de son cœur ; aussi leur écrivit-il de Malines la lettre suivante :

    « Vénéré père et très chère mère,
    Il y a déjà trois ou quatre mois que Dieu frappe à la porte de mon cœur, et, jusqu'à un certain point, je la lui ai tenue fermée jusqu'ici. Mais ayant ensuite réfléchi que, soit pendant que j'étudiais, soit que je prenais quelque délassement, que j'allais à la promenade ou que je faisais n'importe quoi, aucune chose ne me venait plus souvent à l'esprit que la pensée de me fixer fermement un état de vie, je me décidai à la fin, et même après beaucoup de communions et de bonnes œuvres préparatoires, je fis vœu de servir, avec sa grâce, Dieu notre Maître, en religion.

    Il est vrai que les amis et les parents éprouvent certaine répugnance à se détacher de leurs enfants. Mais, en moi-même, je considère autre chose : si je voyais devant moi, d'un côté mon père, ma mère, ma sœur, etc. et de l'autre côté Dieu notre Maître avec sa Mère, qui est aussi, je l'espère, ma Mère bénie, et que les premiers me diraient : "Ne nous abandonne pas, cher enfant, nous t'en prions par les peines et les fatigues que nous avons endurées pour toi" tandis que, d'autre part, Jésus me dirait : "Suis-moi plutôt, je naquis pour toi, pour toi, je fus flagellé, couronné d'épines et enfin crucifié. Vois-tu ces cinq plaies sacrées, n'est-ce pas pour toi que je les aie reçues ? Et ne sais-tu pas que jusqu'à présent j'ai nourri ton âme de ma chair sainte et je l'ai vivifiée par mon sang sacré ? Et maintenant tu te montrerais si ingrat ?" Ah ! mes très chers parents, quand je considère tout cela, je m'enflamme de telle manière que, s'il m'était possible, je volerais tout de suite en religion, et mon âme et mon cœur ne se donneraient de repos avant qu'ils n'eussent trouvé mon Bien-Aimé.

    Ainsi donc, je m'offre de tout cœur à Jésus-Christ et je désire combattre ses combats dans la Compagnie. J'espère que vous ne serez pas à ce point ingrats pour vous opposer à Jésus-Christ.

    Je me recommande à vos saintes prières et supplie Dieu, notre Maître, qu'il veuille me donner persévérance jusqu'à la fin de ma vie et qu'il nous accorde, à vous et à moi, la vie éternelle. Le fils obéissant de Jésus-Christ et le vôtre. Jean Berchmans. »

    (Lettre du mois d'août 1616 à ses parents. Texte original en flamand dans T. Séverin, s.j., Saint Jean Berchmans, ses écrits . Louvain, 1931, pp. 35-38 ; trad. fr. dans K. Schoeters, s.j., Saint Jean Berchmans, adaptation française par A. Sonet, s.j., Bruxelles, 1949, pp. 67-68.).

  • Quand Benoît XVI magnifiait l’Assomption de Marie

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    Homélie de la messe du lundi 15 août 2005 prononcée par Benoît XVI dans l’église de la paroisse pontificale « San Tommaso da Villanova » de Castelgandolfo :

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    «  […]

    Marie a été élevée au ciel corps et âme:  même pour le corps, il y a une place en Dieu. Le ciel n'est plus pour nous un domaine très éloigné et inconnu. Dans le ciel, nous avons une mère. C'est la Mère de Dieu, la Mère du Fils de Dieu, c'est notre Mère. Lui-même l'a dit. Il en a fait notre Mère, lorsqu'il a dit au disciple et à nous tous:  "Voici ta Mère!". Dans le ciel, nous avons une Mère. Le ciel s'est ouvert, le ciel a un coeur.

    Dans l'Evangile, nous avons entendu le Magnificat, cette grande poésie qui s'est élevée des lèvres, et plus encore du coeur de Marie, inspirée par l'Esprit Saint. Dans ce chant merveilleux se reflète toute l'âme, toute la personnalité de Marie. Nous pouvons dire que son chant est un portrait, une véritable icône de Marie, dans laquelle nous pouvons la voir exactement telle qu'elle est. Je voudrais souligner uniquement deux points de ce grand chant. Celui-ci commence par la parole "Magnificat":  mon âme "magnifie" le Seigneur, c'est-à-dire "proclame la grandeur" du Seigneur. Marie désire que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans sa vie, soit présent parmi nous tous. Elle n'a pas peur que Dieu puisse être un "concurrent" dans notre vie, qu'il puisse ôter quelque chose de notre liberté, de notre espace vital, par sa grandeur. Elle sait que si Dieu est grand, nous aussi, nous sommes grands. Notre vie n'est pas opprimée, mais est élevée et élargie:  ce n'est qu'alors qu'elle devient grande dans la splendeur de Dieu.

    Le fait que nos ancêtres pensaient le contraire, constitua le noyau du péché originel. Ils craignaient que si Dieu avait été trop grand, il aurait ôté quelque chose à leur vie. Ils pensaient devoir mettre Dieu de côté pour avoir de la place pour eux-mêmes. Telle a été également la grande tentation de l'époque moderne, des trois ou quatre derniers  siècles.  On a toujours plus pensé et dit:  "Mais ce Dieu ne nous laisse pas notre liberté, il rend étroit l'espace de notre vie avec tous ses commandements. Dieu doit donc disparaître; nous voulons être autonomes, indépendants. Sans ce Dieu, nous serons nous-mêmes des dieux, et nous ferons ce que nous voulons". Telle était également la pensée du fils prodigue, qui ne comprit pas que, précisément en vertu du fait d'être dans la maison du père, il était "libre". Il partit dans des pays lointains et consuma la substance de sa vie. A la fin, il comprit que, précisément parce qu'il s'était éloigné du père, au lieu d'être libre, il était devenu esclave; il comprit que ce n'est qu'en retournant à la maison du Père qu'il pouvait être véritablement libre, dans toute la splendeur de la vie. Il en est de même à l'époque moderne. Avant, on pensait et on croyait que, ayant mis Dieu de côté et étant autonomes, en suivant uniquement nos idées, notre volonté, nous serions devenus réellement libres, nous aurions pu faire ce que nous voulions sans que personne ne nous donne aucun ordre. Mais là où Dieu disparaît, l'homme ne devient pas plus grand; il perd au contraire sa dignité divine, il perd la splendeur de Dieu sur son visage. A la fin, il n'apparaît plus que le produit d'une évolution aveugle, et, en tant que tel, il peut être usé et abusé. C'est précisément ce que l'expérience de notre époque a confirmé.

    Ce n'est que si Dieu est grand que l'homme est également grand. Avec Marie, nous devons commencer à comprendre cela. Nous ne devons pas nous éloigner de Dieu, mais rendre Dieu présent; faire en sorte qu'Il soit grand dans notre vie; ainsi, nous aussi, nous devenons divins; toute la splendeur de la dignité divine nous appartient alors. Appliquons cela à notre vie. Il est important que Dieu soit grand parmi nous, dans la vie publique et dans la vie privée. Dans la vie publique, il est important que Dieu soit présent, par exemple, à travers la Croix, dans les édifices publics, que Dieu soit présent dans notre vie commune, car ce n'est que si Dieu est présent que nous pouvons suivre une orientation, une route commune; autrement, les différences deviennent inconciliables, car il n'existe pas de reconnaissance de notre dignité commune. Rendons Dieu grand dans la vie publique et dans la vie privée. Cela veut dire laisser chaque jour un espace à Dieu dans notre vie, en commençant le matin par la prière, puis en réservant du temps à Dieu, en consacrant le dimanche à Dieu. Nous ne perdons pas notre temps libre si nous l'offrons à Dieu. Si Dieu entre dans notre temps, tout notre temps devient plus grand, plus ample, plus riche.

    Une seconde observation. Cette poésie de Marie - le Magnificat - est entièrement originale; toutefois, elle est, dans le même temps, un "tissu" composé à partir de "fils" de l'Ancien Testament, à partir de la Parole de Dieu. Et ainsi, nous voyons que Marie était, pour ainsi dire, "chez elle" dans la Parole de Dieu, elle vivait de la Parole de Dieu, elle était pénétrée de la Parole de Dieu. Dans la mesure où elle parlait avec les paroles de Dieu, elle pensait avec les paroles de Dieu, ses pensées étaient les pensées de Dieu. Ses paroles étaient les paroles de Dieu. Elle était pénétrée par la lumière divine et c'est la raison pour laquelle elle était aussi resplendissante,  aussi  bonne,  aussi rayonnante, d'amour et de bonté. Marie vit de la Parole de Dieu, elle est imprégnée de la Parole de Dieu. Et le fait d'être plongée dans la Parole de Dieu, le fait que la Parole de Dieu lui est totalement familière, lui confère également la lumière intérieure de la sagesse. Celui qui pense avec Dieu pense bien, et celui qui parle avec Dieu parle bien. Il possède des critères de jugement valables pour toutes les choses du monde. Il devient savant, sage, et, dans le même temps, bon; il devient également fort et courageux, grâce à la force de Dieu qui résiste au mal et promeut le bien dans le monde. 

    Et ainsi, Marie parle avec nous, elle nous parle, elle nous invite à connaître la Parole de Dieu, à aimer la Parole de Dieu à vivre avec la Parole de Dieu et à penser avec la Parole de Dieu. Et nous pouvons le faire de façons très diverses:  en lisant l'Ecriture Sainte, en particulier en participant à la Liturgie, dans laquelle, au cours de l'année, la Sainte Eglise nous présente tout le livre de l'Ecriture Sainte. Elle l'ouvre à notre vie et le rend présent dans notre vie. Mais je pense également au "Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique", que nous avons récemment publié, et dans lequel la Parole de Dieu est appliquée à notre vie, interprète la réalité de notre vie, nous aide à entrer dans le grand "temple" de la Parole de Dieu, à apprendre à l'aimer et à être, comme Marie, pénétrés par cette Parole. Ainsi la vie devient lumineuse et nous possédons un critère de base pour notre jugement, nous recevons en même temps la bonté et la force. 

    Marie est élevée corps et âme à la gloire du ciel et avec Dieu et en Dieu, elle est Reine du ciel et de la terre. Est-elle si éloignée de nous? Bien au contraire. Précisément parce qu'elle est avec Dieu et en Dieu, elle est très proche de chacun de nous. Lorsqu'elle était sur terre, elle ne pouvait être proche que de quelques personnes. Etant en Dieu, qui est proche de nous, qui est même "à l'intérieur" de nous tous, Marie participe à cette proximité de Dieu. Etant en Dieu et avec Dieu, elle est proche de chacun de nous, elle connaît notre coeur, elle peut entendre nos prières, elle peut nous aider par sa bonté maternelle et elle nous est donnée - comme le dit le Seigneur, - précisément comme "mère", à laquelle nous pouvons nous adresser à tout moment. Elle nous écoute toujours, elle est toujours proche de nous, et, étant la Mère du Fils, elle participe de la puissance du Fils, de sa bonté. Nous pouvons toujours confier toute notre vie à cette Mère, qui est proche de tous.

    Rendons grâce au Seigneur, en ce jour de fête, pour le don de la Mère et prions Marie, afin qu'elle nous aide à trouver le bon chemin chaque jour. Amen.

    ICI

    Voir aussi : Le 15 août 2016 à 10h: fête de l'assomption à l'église du Saint-Sacrement à Liège

    JPSC

  • Rester en tenue de service et garder nos lampes allumées; homélie pour le 19e dimanche du temps ordinaire

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    Homélie pour le 19e dimanche du temps ordinaire – Année C (archive : 11 août 2013), Abbaye Ste-Anne de Kergonan.

    Sagesse 18, 6-9 / Hébreux 11, 1...19 / Luc 12, 32-48

    En ce dimanche, chers frères et sœurs, nous poursuivons la lecture du chapitre douzième de l'évangile selon saint Luc. Jésus y parle de son retour, de notre manière d'attendre son retour, d'attendre notre rencontre définitive avec lui.

    Le tout nouveau prêtre que je suis a retenu de cet évangile quelques thèmes qui s'y croisent et qui peuvent nous éclairer sur ce qu'est le prêtre, nous faire méditer sur des aspects de sa mission.

    Au cœur de notre page d'évangile, il y a les mots de service, de noces, et de veille.

    « Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. » (Luc 12, 35-37)

    Bien sûr, ce que le Seigneur dit ici concerne chaque chrétien, et chacun peut et doit l'entendre pour lui-même – c'est important de bien avoir conscience de cela ; mais selon les divers états de vie, cela prend des couleurs particulières. Nous sommes les uns pour les autres des révélateurs de tel ou tel aspect du service, de la veille et des noces.

    Le Seigneur nous demande de « rester en tenue de service » et de « garder nos lampes allumées ». Les prêtres sont bien des serviteurs du Seigneur et des serviteurs de leurs frères ; c'est le sens même du mot ministre. La charge qu'ils ont reçu est entièrement dépendante du Christ, lui qui a pris librement pour nous la forme d'esclave. « Le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Marc 10, 45). Il a institué le sacerdoce ministériel en faveur des hommes et de la communauté de l'Église (cf. CEC n°876 et 1551).

    Le serviteur veille. Le rôle du serviteur est aussi bien de veiller - grâce à sa lampe allumée - pour attendre le retour du maître, que d'illuminer par cette même lampe la salle du banquet. De la sorte, la lampe : c'est la veille, le fait de veiller ; et c'est aussi la foi (foi dont nous parlaient les deux premières lectures ; foi en une promesse de Dieu, confiance en sa Parole). Le prêtre veille dans la prière ; il veille / il prie pour demeurer prêt, pour demeurer proche de son Seigneur, et pour ne pas entrer en tentation. Dans sa vie priante, il présente à Dieu les combats et les croix de ses frères en même temps que les siens. Sa vigilance consiste aussi à garder l'intégrité de la foi ; il entretien cette foi pour lui-même, et pour ceux dont il a la charge.

    Sont présentes dans cette parabole, également les noces. Le maître de la parabole est de retour des noces : ces noces peuvent être soit celles auxquelles le maître assiste, soit les noces du maître lui-même avec son épouse. Dans ce dernier cas, le prêtre est ce serviteur qui se met 2 au service de l'union de son maître et de son épouse, du Christ et de l'Église, du Christ et de chaque fidèle. Telle est bien le but ultime et magnifique de son service !

    « Heureux les serviteurs que le maître trouvera en train de veiller », trouvera au service de la foi ; « Amen, je vous le dit : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. » C'est un retournement ! Le Seigneur se mettra au service de ses ministres, il leur offrira un banquet ; bref, il servira lui-même aux noces. Et ces noces seront celles du Seigneur lui-même avec son serviteur vigilant, éveillé ; serviteur réellement servant, serviteur illuminé par la foi et rayonnant la foi. Ce banquet, ces noces seront parfaitement consommées dans le ciel, mais déjà ici-bas elles sont commencées ; le Christ est notre frère, notre époux, son Père est notre Père, et nous pouvons déjà l'appeler notre Père comme l'a chanté la prière d'ouverture de cette messe.

    Dès ici-bas aussi nous avons la grâce immense de pouvoir participer dans la foi à l'anticipation de ces noces, dans l'eucharistie : qui est le sacrifice pour notre réconciliation et le banquet des noces de l'Agneau. Les prêtres en sont les serviteurs.

    Chers frères et sœurs, bénissons Dieu pour ces noces qu'il scelle avec son Église, bénissons-le aussi pour ces serviteurs qu'il nous donne, et prions pour qu'il les garde vigilants dans la foi et inébranlables dans leur service. Amen.

  • Quand Benoît XVI évoquait la figure de Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (4 août)

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    Lors de l'audience générale du mercredi 5 août 2009, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars (fêté le 4 août).

    Chers frères et sœurs,

    Dans la catéchèse d'aujourd'hui, je voudrais reparcourir brièvement l'existence du saint curé d'Ars en soulignant certains traits de celle-ci, qui peuvent servir d'exemple aux prêtres de notre époque, assurément différente de celle où il vécut, mais marquée, sous de nombreux aspects, par les mêmes défis humains et spirituels fondamentaux. C'est précisément hier que l'on fêtait les cent cinquante ans de sa naissance au ciel: il était en effet deux heures du matin le 4 août 1859, lorsque saint Jean Baptiste Marie Vianney, au terme de son existence terrestre, alla à la rencontre du Père céleste pour recevoir en héritage le royaume préparé depuis la création du monde pour ceux qui suivent fidèlement ses enseignements (cf. Mt 25, 34). Quelle grande fête il dut y avoir au Paradis pour l'arrivée d'un pasteur si zélé! Quel accueil doit lui avoir réservé la multitude des fils réconciliés avec le Père, grâce à son œuvre de curé et de confesseur! J'ai voulu saisir l'occasion de cet anniversaire pour proclamer l'Année sacerdotale qui, comme on le sait, a pour thème: Fidélité du Christ, fidélité du prêtre. C'est de la sainteté que dépend la crédibilité du témoignage et, en définitive, l'efficacité même de la mission de chaque prêtre.

    Jean-Marie Vianney naquit dans le petit village de Dardilly le 8 mai 1786, dans une famille de paysans, pauvre en biens matériels, mais riche d'humanité et de foi. Baptisé, comme le voulait le bon usage à l'époque, le jour même de sa naissance, il consacra les années de l'enfance et de l'adolescence aux travaux dans les champs et à paître les animaux, si bien qu'à l'âge de dix-sept ans, il était encore analphabète. Mais il connaissait par cœur les prières que lui avait enseignées sa pieuse mère et il se nourrissait du sentiment religieux que l'on respirait chez lui. Les biographes racontent que, dès sa prime jeunesse, il essaya de se conformer à la divine volonté même dans les tâches les plus humbles. Il nourrissait dans son âme le désir de devenir prêtre, mais il ne lui fut pas facile de le satisfaire. Il parvint en effet à l'ordination sacerdotale après de nombreuses adversités et incompréhensions, grâce à l'aide de sages prêtres, qui ne s'arrêtèrent pas à considérer ses limites humaines, mais surent regarder au-delà, devinant l'horizon de sainteté qui se profilait chez ce jeune homme véritablement singulier. Ainsi, le 23 juin 1815, il fut ordonné diacre et le 13 août suivant, prêtre. Enfin, à l'âge de 29 ans, après de nombreuses incertitudes, un certain nombre d'échecs et beaucoup de larmes, il put monter sur l'autel du Seigneur et réaliser le rêve de sa vie.

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  • S'attacher aux biens qui ne passent pas; homélie pour le 18e dimanche du temps ordinaire

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    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde pour le 18e dimanche du temps ordinaire (archive du 4 août 2013) (homelies.fr)

    « Vanité des vanités, tout est vanité » : cette sentence désabusée du roi Qohélet est devenue proverbiale. Pour se convaincre de sa sagesse, il suffit de porter un regard lucide sur les événements de ce monde : que d’injustices ! Que d’énergies englouties dans des projets éphémères ; que d’espoirs de prospérité légitimes détruits scandaleusement !

    L’épisode présenté dans l’Évangile est une application directe de ce qui choque notre sage : « Un homme s'est donné de la peine ; et voilà qu'il doit laisser son bien à quelqu'un qui ne s'est donné aucune peine ». Ce dernier – le bénéficiaire du travail d’un autre - trouve même le moyen de se disputer avec son frère, en refusant de partager avec lui le don gratuit qui leur est fait à tous deux. Non seulement celui qui a amassé l’héritage ne jouit pas du fruit de son travail, mais en raison de leur « âpreté au gain », ses héritiers n’en profitent pas davantage : ils s’entredéchirent plutôt !

    Celui qui se sent lésé élève la voix : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». La démarche peut nous surprendre, mais il était normal dans le monde juif de l’époque, de consulter un « rabbi » pour résoudre ce genre de litige. Pourtant Jésus le repousse vivement : « Homme - le terme est omis dans la traduction liturgique, mais il signifie qu’au-delà de cette rencontre particulière, c’est à tout homme que Jésus s’adresse - qui m'a établi pour faire vos partages ? » - sous entendu « les partages de vos biens terrestres ». Rompant avec la tradition rabbinique, Jésus refuse d’entrer dans la résolution du différent, argumentant que « la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses », car la jouissance de la vie véritable ne saurait découler de la possession de biens éphémères. Le seul problème de succession qui compte porte sur notre véritable héritage, auquel nous avons accès en devenant par la foi, cohéritier avec Jésus de la vie éternelle (cf. Rm 8, 17).

    Nous nous acheminons ainsi vers l’interrogation que nous pose la liturgie de ce jour : à quoi notre cœur s’attache-t-il ? Vers quoi tendons-nous ? Quel sens donnons-nous à notre vie à travers nos choix quotidiens ?

    Le problème de l’homme riche que Jésus met en scène n’est pas d’avoir amassé des richesses, mais de s’être coupé du réel. Il s’est en effet construit un monde imaginaire où il se trouve seul avec lui-même, dans un illusoire dialogue sans interlocuteur, puisque c’est à son « âme » qu’il s’adresse. Or que nous le voulions ou non, nous nous inscrivons dans une réalité organique qui englobe toute l’humanité, appelée à devenir le Corps du Christ, la Famille de Dieu. Cet homme désire « se reposer », sans autre souci que de « jouir de l’existence » dans une vie centrée sur le « boire » et le « manger », c'est-à-dire la satisfaction égoïste de ses besoins. Hélas, le réveil de ce songe sera douloureux : « cette nuit même on te redemande ta vie ! » Au lieu de « s’enrichir aux yeux de Dieu » en partageant ici-bas ses biens avec ceux qui en ont besoin, il va se trouver pauvre et nu dans l’au-delà, tandis que d’autres jouiront de ce qu’il aura amassé dans ses greniers.

    En ne vivant que pour lui-même, sans souci ni de Dieu ni des autres, ce pauvre homme est devenu « fou », c'est-à-dire insensé, n’ayant pas su interpréter le sens des richesses que Dieu lui confiait.
    Cet insensé, c’est nous, chaque fois que, perdant de vue notre destinée de gloire, nous vivons ici-bas en n’ayant d’autre horizon que la satisfaction de nos désirs et de nos envies. Dans la seconde lecture, Saint Paul nous aide vigoureusement à vérifier où nous en sommes de la gestion de notre vie : si nous nous adonnons « à la débauche ou à l’impureté », si nous cédons « aux passions, aux désirs mauvais, et à l’appétit de jouissance », il est clair que nous n’avons pas encore réalisé la « vanité » des plaisirs de ce monde. Aussi longtemps que nous demeurons prisonniers de nos fantasmes, nous « ne recevrons pas en héritage le Royaume de Dieu », auquel nous ne pouvons accéder qu’en adoptant le comportement de l’homme nouveau, celui que le Père « refait toujours neuf à l’image de son Fils pour nous conduire à la vraie connaissance » de son dessein (cf. 2nd lect.).

    Ceci ne signifie pas pour autant que ce monde constituerait un piège satanique : entre l’idolâtrie et la diabolisation des biens éphémères, Saint Paul nous enseigne une voie médiane, qui consiste à rechercher « les réalités d’en haut », tout en poursuivant notre pèlerinage ici-bas. La conclusion de la deuxième lecture est éloquente à cet égard : pour ceux qui orientent leur vie vers le Royaume qui vient, « iI n'y a plus de Grec et de Juif, plus d'esclave, d'homme libre, il n'y a que le Christ : en tous, il est tout ». L’unité finale de l’humanité est anticipée par le disciple, et détermine dès à présent son comportement, en particulier le souci de ses frères. Par contre celui qui s’attache à des futilités, dresse autour de lui les barrières de l’avarice et de l’envie, qui conduisent aux divisions et à la violence. C’est bien ce que confirme l’épisode de ces deux frères, qui au lieu de s’accorder en bonne intelligence par respect pour la mémoire de leur père et dans l’intérêt de leurs familles, viennent demander à Jésus de consacrer leur division.

    L’Eglise nous invite à mettre à profit ce temps estival pour vérifier notre degré de liberté face aux sollicitations de ce monde. Parvenons-nous à conduire nos activités dans l’Esprit de l’Évangile, ou sommes-nous aliénés par les pseudo-besoins créés par une économie de marché qui envahit tous les domaines de notre vie quotidienne ?

    La prière du psaume de ce jour peut nous aider dans ce travail de conversion : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Le souvenir de l’échéance inévitable qui nous attend au terme de cette courte vie, est sans aucun doute un moyen efficace pour « nous débarrasser des agissements de l’homme ancien » (2nd lect.).

    « Oui Seigneur : "apprends-nous la vraie mesure de nos jours", afin que faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions dès à présent et pour toujours, nous attacher aux biens qui ne passeront pas. »

    Père Joseph-Marie