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Débats - Page 2

  • Pourquoi, d'après Henri Hude, le pape a raison

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    D'Henri Hude, sur son blog :

    François a raison. Pourquoi il a raison.

    Un flot de critiques.

    Les récentes déclarations du pape François recommandent envers les migrants une politique d’accueil, et envers l’islam une attitude bienveillante. Ces déclarations font l’objet de critiques, notamment de la part de certains catholiques, s’ajoutant à celles qui ont suivi la publication d’Amoris laetitia.

    Ces critiques peuvent différer entre elles par la forme et le ton, elles convergent quant au fond et quant à la sévérité. Concernant l’islam, le pape est accusé ou d’ignorance, ou de dissimulation, ou d’illusion et de déni, surtout quand il en parle comme d’une « religion de paix ». Concernant les migrants, il est accusé carrément d’idéalisme et d’utopie, de manque de bon sens et de prudence, d’inconscience et d’irresponsabilité, d’atteinte aux intérêts légitimes de nations européennes, de trahison de la chrétienté dans une guerre de civilisations, enfin d’innovations théologiques hasardeuses, contraires aux enseignements du Catéchisme de l’Eglise catholique et de la doctrine sociale de l’Eglise, notamment sur le bien commun et sur les nations.

    Un grand politique.

    Contrairement à ces critiques, j’estime d’abord que je n’ai pas à estimer si le pape est catholique. Il l’est par définition, ou alors il faut cesser d’être catholique[1].

    Ensuite, mon opinion est que le pape est un grand politique, non pas de type machiavélien, mais de type jésuite. La nuance peut échapper, elle est pourtant fondamentale. Le jésuite Baltasar Gracian (L’art de la prudence, 1647, traduction française, 1684, Rivages, 1994) m’a toujours semblé beaucoup plus intelligent que Machiavel. C’est en le lisant que j’ai senti se dissoudre l’opposition superficielle inventée par Max Weber et rebattue depuis entre une soi-disant « éthique de responsabilité » et une soi-disant « éthique de conviction ».

    Pour être un grand politique, contrairement à ce qu’on peut penser, il n’est besoin ni d’hypocrisie, ni de cynisme, bien qu’il faille beaucoup d’habileté et de finesse. Pour se passer des bas moyens, il faut avoir une vision juste et un projet équitable.

    Pour avancer sur les questions de l’immigration, de l’islam, et d’une conduite chrétienne et prudente dans ces domaines, j’ai choisi de ne pas me perdre en explications de textes, mais de proposer des éléments de réflexion. 

    PREMIER ELEMENT DE REFLEXION : PARTIR GAGNANT

    Si je comprends bien, le pape François n’agit pas en fonction d’une déchristianisation tenue pour inéluctable et encore moins en gérant d’une décroissance de l’Eglise acceptée comme une fatalité. Ceux qui le critiquent se comportent comme s’il fallait seulement ralentir à coup de négations et de réactions le rétrécissement d’une peau-de-chagrin. Ce défaitisme n’est pas justifié. L’humanisme moderne des Lumières a pratiquement cessé d’exister. Le nihilisme postmoderne n’est qu’une phase transitoire, aucunement capable de le remplacer comme source spirituelle du monde humaniste. L’empire américain, qui structure encore notre monde, est en pleine confusion. La démocratie et la solidarité sont à repenser devant la mondialisation qui les remet en question. La révolution industrielle prend une ampleur inédite, et repose la question de la spécificité et de la place de l’homme. Dans un tel contexte de transition et de progrès, la foi chrétienne a évidemment un rôle majeur à jouer dans la nouvelle culture humaniste qui se prépare et dont le monde entier a besoin.

    L’idée que les peuples ne reviendront pas au catholicisme est certainement vraie si les catholiques ne suivent pas la direction tracée par le pape. Mais s’ils la suivent, elle est probablement fausse.

    Que nous enseigne en effet l’expérience ? En Russie, 70% des citoyens se définissent aujourd’hui comme chrétiens orthodoxes. Ils étaient 10% en 1991. C’est une lame de fond, qui concerne aussi bien les classes populaires que les plus aisées et les intellectuels. J’ai pu le constater moi-même en discutant avec des universitaires russes. La pratique n’est pas à un tel niveau, mais les non-pratiquants se reconnaissent orthodoxes.

    L’expérience montre donc en réalité une extrême résilience des structures de fond d’une culture de tradition chrétienne, quelle qu’ait été l’empreinte de l’athéisme et du laïcisme agressif d’Etat. Les laïques français sont des catho-laïques. La forme entière du christianisme, surtout du catholicisme, subsiste dans les rejets dont il fait l’objet, pour des raisons diverses parfois bien compréhensibles. Bien souvent, on a vu les peuples s’éloigner de l’Eglise, en raison d’objections légitimes et substantiellement catholiques contre l’étroitesse d’esprit des églises nationales elles-mêmes en difficulté avec Rome.

    Certes, l’expérience montre aussi qu’une grande pauvreté morale peut coexister avec un retour réel profond de la foi et que la société qui se presse aux portes des églises est toute cabossée. Ces faits tendent à justifier l’intuition du pape sur l’Eglise-hôpital de campagne et sur la pastorale de la miséricorde.  Son problème est d’anticiper le retour des peuples à l’Eglise en préparant l’Eglise et en se disposant à gérer l’immense problème pastoral que cela va poser.

    Chez nous, le nihilisme, quand il va jusqu’au bout, finit en ceci : rien. Le vide. La nature a horreur du vide. L’idéologie laisse place au gros bon sens. L’homme se redécouvre animal religieux. Si l’islam arrive à remplir en partie ce vide, il n’y a aucune raison pour que le christianisme n’y arrive pas, et bien davantage. Le déclic se produira quand les chrétiens auront clairement repris l’initiative culturelle, ce qui ne saurait manquer de se produire. Il ne s’agit pas de faire du tapage avec des idées réactionnaires, mais de retrouver la crédibilité et l’universalité de la foi. D’un point de vue culturel et politique, il s’agit de travailler au renouveau de l’humanisme afin d’y intégrer les progrès innombrables de notre époque.

    A SUIVRE

    [1] Inutile de rappeler ici l'enseignement de Vatican I (1870). L'infaillibilité pontificale ne concerne que les matières de foi et de moeurs, en connexion directe avec le salut éternel. Le pape n'est donc évidemment pas infaillible à jet-continu sur tous les sujets. En particulier, ses opinions politiques personnelles n'engagent que lui. Il faut donc savoir trier loyalement, dans une déclaration, en fonction du contexte et du genre littéraire, ce qui relève de l'essentiel dont il a la charge et ce qui n'est que contingence, méritant toutefois en général attention sérieuse et respectueuse.

  • Un prochain synode qui pourrait ouvrir l'ordination sacerdotale d'hommes mariés ?

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro :

    Le pape convoque un synode spécial

    Le pape François convoque un synode spécial pour l'Amazonie qui pourrait ouvrir l'ordination sacerdotale d'hommes mariés.

    Le pape François a annoncé dimanche 15 octobre 2017 qu'il convoquait un synode spécial pour l'Amazonie à Rome en octobre 2019. Un synode est une assemblée d'évêques réunies au Vatican pour résoudre une question spéciale. En octobre 2018, un synode est ainsi programmé sur la questions des jeunes et des vocations. En 2014 et 2015, une assemblée de ce type portant sur la famille a notamment revu en deux sessions la question de l'accueil des divorcés remariés dans l'Eglise catholique.

    Cette fois-ci, a précisé le pape François le but est de «trouver de nouvelles voies pour l'évangélisation de cette portion du Peuple de Dieu, spécialement chez les indigènes, souvent oubliés et sans prospectives d'un avenir serein, en raison notamment de la crise de la forêt amazonienne, poumon d'une importance capitale pour notre planète». Mais derrière la dimension évangélisatrice, sociale et écologique, un autre enjeu pourrait sortir de synode: celui de l'ordination d'hommes mariés au sacerdoce catholique.

    En effet, pour cette région, le pape François avait autorisé en 2014 la conférence des évêques brésiliens, dont dépend l'Amazonie, à lancer une commission d'études pour examiner la possibilité d'ordonner prêtres des catholiques mariés, hommes mûrs ayant fait leurs preuves dans la vie familiale et paroissiale, dans des régions reculées où les prêtres ne peuvent se rendre qu'une à deux fois par an.

    Il semble donc bien que ce synode des évêques traitera de cette question - même si rien n'est encore dit officiellement à ce sujet - et pourrait ouvrir cette possibilité si les évêques votaient en ce sens.

    L'Eglise catholique ne fait pas du célibat sacerdotal un dogme mais une question de discipline ecclésiastique. Il est imposé dans l'Eglise latine mais les Eglises catholiques orientales, au Moyen Orient mais aussi dans toute leur diaspora mondiale, ont des prêtres catholiques mariés.

  • Du mythe de l'enfant parfait à l'eugénisme : une émission éclairante sur ARTE

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    De genethique.org :

    "BÉBÉS SUR MESURE" SUR ARTE : DU MYTHE DE L'ENFANT PARFAIT À L'EUGÉNISME

    Arte proposait mardi soir un documentaire : « Bébés sur mesure », qui balayait l’ensemble des techniques issues de l’assistance à la procréation, une « véritable révolution » où la science entend se substituer à la nature.

    Aujourd’hui, 350000 enfants naissent par Fécondation in Vitro, soit 3% des naissances dans les pays occidentaux, mais 3‰ dans le reste du monde. En 2020, la fabrication de bébés représentera un marché d’environ 20 milliards de dollars.

    PMA, GPA, don de gamètes, ventes de gamètes, sélection embryonnaire, CRISPR, FIV à trois parents, rajeunissement des ovocytes... questions éthiques, casse-tête juridique, manipulations médicales, l’argent, tout est passé en revue. Avec plus ou moins de bonheur.

    Le reportage a l’avantage de mettre des images sur un business. Des images chocs comme celles de ces embryons surveillés sur écran d’ordinateurs qui grandissent en laboratoire avant d’être implantés, les larmes d’une mère porteuse indienne qui accouche par césarienne d’un bébé dont elle ne verra jamais le visage, des paroles chocs : « Si vous voulez un bébé, allez chez un professionnel, vous aurez un bébé en pleine santé ! ». Sur toile de fond d’eugénisme, le monde de Gattaca est déjà à portée de main.

    Astrid Marais est professeur de droit, spécialiste de la procréation assistée, elle pousse le bouchon : « La génétique fait peur. (…) Est-il possible d’arrêter le progrès scientifique ? Sans doute pas. (…) Ce qui est sans doute possible de faire, c’est par le droit de mettre des garde-fous ». Elle poursuit : « Peut-être que demain avec le sperme artificiel je pourrais faire un enfant toute seule, voire avec le clonage, je pourrais avoir un enfant qui est moi, voire, si on m’implante ce clone, je pourrais accoucher de moi-même. Et je pourrais dire à cet enfant : je suis ton père, je suis ta mère, je suis moi-même ».

    Il y a ceux qui se frottent les mains, qui font jouer le tiroir-caisse, et ceux qui tirent le signal d’alarme. Sans grand espoir d’être entendu. Parmi eux, Jacques Testart, mais aussi Laurent Alexandre qui affirme : « On n’a pas vu arriver le bébé à la carte. Nous sommes désormais lancés dans le toboggan eugéniste ». La technique ne s’opposera pas à ces évolutions, seul un sursaut philosophique et une volonté politique remettront en cause ces pratiques, selon le médecin.

    A travers cette heure et demie d’émission, les bouleversements dramatiques de la maternité et de la paternité sont passés en revue.

    La FIV à 3 parents, « une technique directement issue du clonage », est traitée sous l’angle de l’histoire d’un couple qui a eu trois enfants, tous atteints d’une maladie mitochondriale « qui aurait pu être évitée » grâce à cette nouvelle technique. Présentée comme solution miracle. Pourtant, « modifier la lignée germinale humaine c’est le grand tabou de la génétique ». Ce qui n’a pas empêché le Parlement anglais d’autoriser « le protocole du bébé à 3 parents » (cf. Les essais de FIV à 3 parents autorisés au Royaume Uni et Deux ans après l'autorisation de la FIV à 3 parents en Angleterre, les bémols d’une décision hâtive). Même si le père de cette famille éprouvée reconnait qu’en abordant ces questions, on glisse toujours vers le bébé à la carte. Quelle humanité fabriquons-nous ?

    Le reportage fait un détour par l’Allemagne pour interroger Emmanuelle Charpentier qui est, avec Jennifer Douma, à l’origine de la découverte du ciseau CRISPR-Cas 9 : « Je me sens particulièrement concernée par l’utilisation future qui sera faite de cette technologie ». Elle ajoute : « Personnellement, je pense que le but de cette technologie n’est pas de toucher à la lignée germinale. Et je suis assez réservée sur l’utilisation de cette technologie sur les embryons humains. Quand vous commencez à travailler sur ce type de cellules, la ligne rouge est vite franchie. Et je pense aussi que la technique n’est pas assez aboutie aujourd’hui pour être utilisée à ces fins-là. En aucun cas ». Une ligne rouge fragile que les expériences chinoises ont déjà franchie (cf. Chine : l’incontrôlable déploiement de la sélection embryonnaireChine : premiers essais cliniques utilisant des cellules souches embryonnaires humainesModification génétique de l'être humain : la Chine en première ligne, et  Etats-Unis : premiers embryons humains modifiés génétiquement).

    Le fantasme du bébé à la carte est déjà bien présent et pourrait être une menace. Gregory Kart, Directeur de la recherche et de l'innovation chez ELSAN, explique que : « L’évolution nous apprend que la mutation est un facteur de stabilité dans l’évolution. La mutation est le moteur de l’évolution. Vouloir se débarrasser des mutations, c’est quelque part prendre un risque ou un pari sur l’évolution, pari qui ferait que l’humain pourrait subitement se trouver inadapté par rapport à son environnement ». Faut-il couper avec un ciseau ADN le fil du destin génétique ?

    Le reportage se termine avec « la Boite de Pandore », une œuvre de l’artiste handicapée anglaise, Esther Fox, « qui n’aurait jamais dû passer l’étape du tri des embryons ». L’œuvre est exposée au musée des Sciences de Londres. Elle interroge sur les sujets éthiques et la valeur de la vie humaine. Quelles seront les conséquences sur la société si nous poursuivons sur cette voie ? « Ce qui me gêne,explique l’artiste, « c’est que la vie d’une personne pourrait avoir moins de valeur que celle d’une autre ». A propos d’une de ses œuvres, elle interroge : « La vie est basée sur le hasard. Le hasard est-il une si mauvaise chose ? J’ai une vie très riche, je suis très occupée, je suis très heureuse, je suis mariée, j’ai une vie de famille bien remplie et je n’ai pas du tout l’impression d’avoir une qualité de vie limitée. Mais sur le plan médical, mon état est considéré comme un état que personne ne souhaiterait à son enfant. Et c’est ça que j’essaie de rééquilibrer (…) Si on me disait, on peut changer ta vie, tu peux être guérir, ne plus être dans cet état, mais tu pourrais ne pas être la même personne qu’aujourd’hui. Je ne prendrais pas ce risque. (…) Le plus douloureux, c’est l’environnement, les attitudes auxquelles il faut faire face. Si on commençait par regarder tout ça, on aurait une société plus équilibrée, plus tolérante et plus vivante. Je pense qu’il est temps de penser l’humanité en ces termes ».

  • Une lecture apaisée d'Amoris Laetitia

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    D'Antoine Pasquier sur le site de l'hebdomadaire "Famille Chrétienne" :

    Pour une interprétation positive d’Amoris Lætitia

    Dans un ouvrage (1) paru début septembre en France, trois professeurs de l’Institut pontifical Jean-Paul II offrent une lecture constructive et apaisée de l’exhortation apostolique Amoris Lætitia pour en dégager des pistes concrètes d’actions pastorales. Entretien avec l’un d’entre eux, le père José Granados.

    Qu’apporte Amoris Lætitia de nouveau pour la pastorale de la famille, et pour les acteurs de cette pastorale ?

    Je crois que la grande nouveauté d’Amoris Lætitia est son chapitre IV. La pastorale familiale naît de l’hymne à la charité de saint Paul, qui est le centre de la foi chrétienne. La pastorale avec les familles est le centre de la vie de l’Église, parce qu’au sein de la famille, on apprend à aimer et parce que l’amour est la vocation de l’homme.

    Cette nouveauté se complète d’une condamnation claire du « sentimentalisme », c’est-à-dire de l’assimilation du fait « d’être bon » avec un sentiment (cf. AL 145). Au contraire, l’amour est lié à la vérité, la charité « trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor 13, 6). L’amour est vrai, selon le pape François, parce qu’il est capable de traverser toute la vie, tandis que le sentiment s’éteint en un instant. Cette dimension « narrative » de l’amour est une grande nouveauté d’Amoris Lætitia. C’est pourquoi le pape nous demande de préparer au mariage, mais aussi d’accompagner les jeunes familles, d’éduquer avec patience les enfants, et de se pardonner mutuellement quand l’amour diminue.

    Les conséquences sont très grandes pour la pastorale. Amoris Lætitia dit que le « sujet » de la pastorale familiale est, en premier lieu, la famille (AL 200). Elle est « sujet pastoral » et pas seulement « agent pastoral », parce que ce qui est fondamental n’est pas de « faire » des choses, mais « d’être » une famille. La mission principale de la pastorale familiale consiste à former des familles en Christ, qui édifient une famille de familles. Dans ce périmètre entre aussi l’accompagnement de ceux qui vivent un « amour blessé et égaré » (AL 291).

    L’exhortation fait l’objet de nombreuses critiques (cf. la correction filiale et les dubia). Ce n’est pas l’objet de votre ouvrage, mais quelle lecture faites-vous d’Amoris Lætitia ?

    On doit sans doute ces critiques aux différentes interprétations de l’exhortation. On voit des lectures d’Amoris Lætitia qui se centrent uniquement sur le chapitre VIII et sur les normes pour accéder aux sacrements. Il y a des réponses très variées, quelques-unes sont très problématiques, ou qui paraissent tendre vers une vision subjective des sacrements. Que répondre à cela ?

    Je crois qu’Amoris Lætitia doit être interprétée dans le grand courant de la tradition et du Magistère. C’est-à-dire que, si un texte présente une ambivalence, il faut alors l’interpréter à la lumière d’autres textes du magistère antérieur, plus clairs. Car Amoris Lætitia n’est pas un livre isolé, mais le chapitre d’un grand livre, comme l’indique très bien le chapitre III.

    Quelle est la spécificité de « l’accompagnement pastoral » proposé par le pape François ?

    En premier lieu, tout accompagnement de l’Église est de l’ordre d’un suivi. L’Église accompagne parce qu’elle suit quelqu’un, et ce quelqu’un est le Christ. Amoris Lætitia commence en nous parlant précisément de l’amour de Jésus selon la Bible et selon la tradition de l’Église. Saint Paul lui-même, dans son hymne à la charité, ne fait pas référence à un amour idéal, mais à l’amour de Jésus. Quand il dit : « l’amour rend service, l’amour ne se gonfle pas d’orgueil, l’amour prend patience. »

    L’accompagnement signifie qu’il y a, en plus, une communauté qui accompagne. Et cette communauté est une famille, une famille de familles. Pour accompagner, l’Église est appelée, en premier lieu, à prendre soin du climat au sein de chaque famille, pour que celle-ci s’édifie sur l’amour de Jésus. Que l’on puisse y vivre un amour vrai, fidèle, qui pardonne.

    L’accompagnement signifie, enfin, cheminement qui traverse les étapes de la vie avec patience. Le pape François est très sensible aux processus de maturation, tant en ce qui concerne la préparation au mariage que les premières années de l’éducation des enfants et aussi en vue de ramener à la vie ecclésiale ceux qui s’en sont éloignés.

    Quelle doit être le parcours à suivre pour des pasteurs qui souhaitent aider des personnes « en situation irrégulière » ?

    En premier lieu, il nous est demandé de ne pas condamner la personne qui vit un amour « blessé et égaré » (AL 291). Beaucoup de ces personnes sont victimes d’une société qui ne protège pas la famille. Il y a un premier temps pour l’accueil.

    La méthode adéquate est celle de Jésus avec la Samaritaine (AL 294). En toute personne il y a quelque chose de bon et le pape nous invite à fortifier cette bonté présente. Cette bonté reflète le désir d’amour vrai que Dieu a placé dans le cœur de chacun. À partir de là un chemin peut être initié qui aille pas à pas, sans jamais perdre de vue l’objectif final. Ce qui impliquera d’inviter les personnes à changer leurs désirs. C’est une régénération du désir, pour que nous désirions ce qui embellit et déploie notre vie. Rappelons-nous comment saint Paul dénonce ceux qui « s’entourent de maîtres à la mesure de leurs propres désirs » (2 Tim 4, 3).

    Qu’en est-il de la question de l’accès aux sacrements pour les personnes « en situation irrégulière » ? Peuvent-elles y avoir accès, et si oui, de quelle manière ?

    Amoris Lætitia aborde le sujet seul en une note de bas de page (note 351, Ndlr). Cette note est formulée au conditionnel de façon très vague. C’est pourquoi il ne me semble pas qu’il y ait de quoi fonder, sur cette note, un changement de discipline, alors que d’autres textes magistériels affirment cette même discipline de façon claire. Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous deux affirmé que cette discipline s’appuie sur des raisons doctrinales mais aussi sur les Écritures saintes elles-mêmes.

    Je crois qu’il est bon de saisir pleinement que la grâce de Dieu ne se limite pas aux sacrements. Dieu aide les personnes à cheminer de bien des façons ainsi qu’à participer à la vie de l’Église.

    En outre, les sacrements ne sont pas une union privée avec Dieu : à travers eux, nous nous incorporons à l’Église et nous rendons visible à la face du monde le modèle de vie que Jésus a vécue et qu’il nous a enseigné à vivre. Suivant une idée de saint Augustin, quand nous disons « Amen » avant de communier, nous ne disons pas seulement « oui, ceci est le corps du Christ. » Nous disons : « Oui, je veux vivre comme vivent les membres du corps du Christ. » C’est pourquoi il n’est possible de manger le corps du Christ que lorsque l’on est prêt à manger aussi ses paroles.

    Mais le chemin en lui-même est plus important que l’accès aux sacrements. Le petit pas en avant, comme dit le pape. Rappelons-nous que le sacrement de réconciliation est un sacrement qui traverse le temps. La réconciliation est entamée dès lors que le pécheur décide de revenir au Christ et amorce un chemin de retour. Dans ce cas on pourrait dire que celui qui se met en chemin est déjà sous l’influence du sacrement de réconciliation, bien que n’ayant pas encore reçu l’absolution. Ne pourrait-on pas inventer des itinéraires concrets de retour, avec des rites de passage, comme une catéchèse de la parole de Dieu focalisée sur le projet de Dieu pour la famille ?

    Certains affirment que l’exhortation relativise l’enseignement de l’Église sur le mariage. Le pape, au contraire, ne rappelle-t-il pas, l’importance du lien matrimonial et d’une bonne préparation au mariage ?

    L’exhortation est très claire en ce qui concerne le respect de la doctrine sur le lien indissoluble et sur le sacrement du mariage, qui prend racine dès la création. Si certains se sont plaints de ce qu’Amoris Lætitia change la doctrine, c’est à cause du sujet de l’accès aux sacrements. Si la célébration des sacrements changeait, cela aurait aussi des conséquences sur la doctrine, parce que la doctrine de l’Église n’est pas qu’une idée : c’est quelque chose qui se transmet au moyen de signes visibles que sont les sacrements. Saint Thomas, par exemple, disait que l’on ne peut accorder les sacrements à quelqu’un qui souhaite continuer à vivre dans le péché, parce que ce serait une « contrefaçon des signes sacramentels ». Ce serait comme si quelqu’un écrivait « pour toujours », mais en l’écrivant sur le sable de la plage ; nous nous méfierions de ce qu’il a écrit.

    Comme je l’ai déjà dit, Amoris Lætitia ne change pas la discipline eucharistique et, à ce titre, préserve la doctrine. Sa nouveauté est, plutôt, un changement de regard sur la famille et son cheminement, et un changement d’action pastorale pour accompagner toutes les familles.

    Le pape François a donné de nouvelles orientations à l’Institut Jean-Paul II. Leur objectif est-il de prendre mieux en compte cette action pastorale développée dans Amoris Lætitia ? Comment analysez-vous cette refondation ?

    Pour analyser la refondation, il me semble que la clé réside dans les paroles du grand chancelier Mgr Paglia et dans celles du président Mgr Sequeri. D’après eux, le pape François a voulu « mettre sa signature » au projet entrepris par Jean-Paul II, en conservant tout son héritage. C’est pourquoi le pape accorde toujours sa confiance à tous les professeurs et au travail qu’ils ont réalisé jusqu’à maintenant. La refondation ne signifie pas oubli du passé, mais élargissement du regard, surtout pour cultiver les sciences humaines. Au milieu de tant de discussions au sujet d’Amoris Lætitia, je crois que notre service à l’Église passe par la démonstration de la cohérence avec le magistère antérieur de Jean-Paul II.

    Antoine Pasquier

    (1) Amoris laetitia. Accompagner, discerner, intégrer. Vademecum pour une nouvelle pastorale familiale, Artège, 186 pages, 16 euros.

  • La "génération pape François" : des cathos de gauche ?

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    COUV_PLAIDOYER_V2.inddD'Isabelle de Gaulmyn sur son blog :

    Cathos de gauche ou génération Pape François ?

    Les cathos de gauche sont de retour !!! C’est ce qui vient à l’esprit à la vue de cet ouvrage, écrit par trois jeunes catholiques à la tête bien faite, Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie et Anne Guillard. Voici un livre qui plaide pour un christianisme résolument engagé dans le monde, un christianisme qui se risque à la rencontre, « christianisme de l’inachèvement » écrivent-ils, qui laisse « au témoignage de notre foi la possibilité d’entrer davantage en consonance avec les interrogations des personnes d’aujourd’hui ».

    Produits de la Manif pour tous

    On croyait les cathos de gauche disparus, réduits à quelques rangs de fidèles aux cheveux gris, décimés par la sécularisation, lassés d’une Église qu’ils ne comprenaient plus. Et bien, non ! Ces trois jeunes sont, à leur manière, des « produits » de la « Manif pour tous ». Inquiets du succès de ce mouvement et de sa visibilité, ils refusent de laisser le monopole du catholicisme aux tenants d’une conception qu’ils jugent « patrimoniale » et « identitaire » de la religion, tournée vers le regret du passé, et enfermée dans ses certitudes. Eux au contraire plaident pour ce qu’ils appellent un « christianisme de l’inachèvement », c’est-à-dire un christianisme ouvert à la discussion voir au compromis avec une société qui n’est plus chrétienne. Un christianisme « ici et maintenant », s’engageant dans l’action collective et politique pour « créer les conditions d’habitation d’un monde désirable », visant à lutter contre les inégalités, protéger la planète et accueillir les étrangers.

    Du débat sur l’Église à la politique

    Catholiques de gauche, donc ? Pas si simple. D’ailleurs, jamais dans l’ouvrage ils n’évoquent ce catholicisme des années 1970, dominé au moins au plan intellectuel par un engagement à gauche. Et pour cause : le travail de Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie et Anne Guillard, loin de plagier les discours de ce temps-là, en diffère sur l’essentiel.

    Tout d’abord, par l’absence totale de revendications sur l’institution Église. Peu importe à ces jeunes les formes et l’organisation interne de l’Église. Là n’est pas leur priorité, ni leurs questions. Alors que les années 1980 et 90 avaient vu s’opposer deux visions ecclésiales – traditionalistes et modernistes –, les années post « Manif pour tous » voient s’affronter deux visions politiques. C’est heureux, car les cathos de gauche avaient fini par lasser à force de se crisper sur les débats institutionnels internes à l’institution, qui n’intéressent à vrai dire guère dans un monde totalement déchristianisé. L’urgence, pour ces jeunes auteurs, n’est pas la sacristie, mais le monde, où le christianisme, affirment-ils, a encore un rôle à jouer.

    La Bible à la main

    Seconde différence, et de taille, ces « jeunes cathos » brandissent à la main la Bible, qu’ils connaissent d’ailleurs remarquablement bien. Les cathos de gauche des années 1970 avaient fini par oublier leur enracinement chrétien. Eux au contraire le proclament, le travaillent, et c’est à partir de leur foi qu’ils prônent un engagement fort dans la société.

    Enfin, ils se méfient d’un catholicisme qui se contenterait de s’investir dans des initiatives de terrain, si louables soient-elles. Loin par exemple de ces témoignages singuliers et « extra-ordinaires » qui ont fait la force du Renouveau charismatique à une époque, nos trois compères revendiquent une action collective, pour jouer sur les mécanismes politiques de la société globale. En cela, ils rejoignent leurs homologues de la Manif pour tous, dont ils sont, en quelque sorte, l’image inversée. Car s’ils se revendiquent clairement à gauche, l’analyse, elle, vaut pour tous ceux pour qui le christianisme appelle, écrivent-ils dans une jolie formule empruntée à l’encyclique Laudato si, au « souci du monde ». Au fond, il s’agit là moins du retour des cathos de gauche que de l’émergence d’une « génération pape François ».

    « Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien », Pierre-Louis Choquet, Anne Guillard et Jean-Victor Elie

    les Editions de l’Atelier, 144 p, 15 €

  • Liturgie : les évêques germanophones remercient le pape François

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    Lu sur le site de "La Croix":

    "Les évêques catholiques des pays européens germanophones s’opposent au Vatican depuis plusieurs années au sujet d’une traduction controversée et jamais adoptée du Missel, le livre rassemblant les textes de la liturgie catholique romaine.

    En septembre, les évêques allemands n’ont pas même fait état de cette traduction contestée dans le rapport final de l’Assemblée plénière d’automne de la Conférence épiscopale allemande. Au contraire, ils ont longuement remercié le pape François pour son récent motu proprio intitulé Magnum principium, qui octroie aux Conférences une autorité renforcée en matière de traductions liturgiques.

    Ils ont également exprimé leur gratitude au pape pour avoir souligné une nouvelle fois, comme il l’avait fait en 2013 dans sa lettre d’exhortation Evangelii gaudium, que l’« autorité doctrinale authentique » des conférences épiscopales devait être examinée plus en détail (EG 32). Ils ont enfin déclaré que les commissions liturgiques des différentes conférences épiscopales germanophones allaient se pencher désormais sérieusement sur Magnum principium et ses conséquences.

    « Profond soulagement »

    Le président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich, a, pour sa part, expliqué que ses confrères et lui-même avaient accueilli le nouveau motu proprio avec un sentiment de « profond soulagement ».

    Lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de l’Assemblée plénière du 25 au 28 septembre 2017, il avait affirmé que, selon lui, la Congrégation pour le culte divin (CCD) avait adopté un point de vue trop étroit sur les traductions liturgiques dans les normes qu’elle avait émises en 2001 sous la forme du document Liturgiam authenticam. Le cardinal a également souligné le long supplice qu’avait supposé la publication de la traduction anglaise du Missel, jugeant « tout à fait excessive » l’insistance du Vatican à exiger une transcription strictement littérale du latin.

    Le cardinal Marx a par ailleurs révélé que certains évêques anglophones avaient sollicité son aide et qu’il avait lui-même jugé difficile de réciter certaines prières de leur Missel. « Ce langage est tout simplement inacceptable », a-t-il déclaré.

    « Une impasse »

    « Liturgiam authenticam constitue une impasse. Rome est chargée de l’interprétation des dogmes, mais pas des questions de style. Désormais, grâce à Magnum principium, les conférences épiscopales bénéficient d’une liberté bien plus grande », a-t-il ajouté.

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  • La Catalogne et l'indépendance : une énorme arnaque

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    De Sergio Cébrian sur le site "VoxEurop" :

    LA CATALOGNE ET L’INDÉPENDANCE :

    Une énorme arnaque

    Ce qu’on observe ces dernières années en Catalogne peut être qualifié d’ "énorme arnaque", dont les racines puisent dans un intense processus d’appropriation de l’espace politique catalan au point d’asphyxier toute option étrangère à son approche. C’est une arnaque de dire, comme le font les indépendantistes, que les droits des Catalans ont été violés, qu’on leur a refusé de voter librement dans les consultations légales, ou que leur langue et culture ont été "étouffées" par Madrid. On observe que le "catalanisme" traditionnel, protégé généreusement par la constitution espagnole de 1978, qui a accordé une très large autonomie à la Catalogne, s’est mué en nationalisme et en des revendications d’indépendance régies par l’avidité, l’opportunisme et la concurrence en matière de politique intérieure. Or, il est impossible de contenir le nationalisme car il repose sur une dichotomie entre le bien et le mal, sur l’exclusivité et sur l’obligation de prendre partie.

    Ajoutez à cela un contrôle de fait de la langue, de l’éducation, de la culture et des organes de presse et vous avez tous les ingrédients d’un nationalisme "laid" , voire d’un totalitarisme — celui qui a jadis anéanti l’Europe. On les a reconstruits dans un style nationaliste post-moderne, compatible avec les réseaux sociaux, un nationalisme de selfies avec drapeaux, de l’imaginaire audiovisuel avec une stratégie marketing impeccable, qui s’est développée essentiellement après l’arrêtdu Tribunal constitutionnel sur le Statut de la Catalogne de 2010 — qui avait amendé le Statut — et après un processus de négociation désastreux, et encore davantage avec les mises en scène massives de la Diada, la fête nationale catalane.

    Une chimère ethnique absurde dans une Espagne démocratique et ouverte. C’est ce qui a permis de séduire de nombreux Catalans — mais moins de 50% d’entre eux comme le montrent les résultats des dernières élections régionales. C’est un processus qui a culminé en pleine crise économique, pendant laquelle les laissés-pour- compte (dont une grande partie n’avait aucun penchant nationaliste auparavant) ont renforcé les rangs du mouvement séparatiste. Ce phénomène peut s’expliquer par l’émergence d’un mouvement global contre les inégalités générées par le néolibéralisme, et dans cadre s'explique qu'une partie des classes populaires locales se sont bizarrement allié actuellement aux plus nationalistes parmi les nationalistes catalans, clairement imbus de suprémacisme vis-à-vis des Espagnols "pauvres" . La recherche d’un bouc émissaire, la “méchante Espagne" incarnée par le slogan "L’Espagne nous dérobe" , vient compléter le tableau.

    La dernier acte de cette supercherie s’est déroulé dimanche 1er octobre, avec l’appel suicidaire pour un référendum sur l’autodétermination lancé par un dirigeant politique qui avait admis par le passé avoir des inclinations au suicide politique. J’ai nommé Carles Puigdemont, président de la Generalitat. Il l’a fait malgré la proclamation par la Cour constitutionnel de l’illégalité de la consultation. Pour déterminer à qui revient la charge de la preuve, il suffit de rappeler qu’un coup d’Etat interne a eu lieu en Catalogne les 6 et 7 septembre, contre les institutions catalanes et celles de l’Etat espagnol, en ignorant la moitié non nationaliste de la représentation parlementaire.

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  • Martin Luther ou le chant du coq de la modernité

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    De Philippe Maxence sur le site de l'Homme Nouveau :

    Martin Luther, le chant du coq de la modernité

    Martin Luther, le chant du coq de la modernité

    Sous ce titre, les éditions de L'Homme Nouveau viennent de faire paraître un livre de Danilo Castellano qui, dans une approche novatrice, ausculte la Réforme protestante, principalement dans ses conséquences politiques et montre ainsi la place déterminante qu'occupe l'esprit protestant dans notre monde actuel.

    Doyen émérite de la Faculté de droit de l’université d’Udine (Italie), membre correspondant de deux académies royales espagnoles, Danilo Castellano est un philosophe connu et reconnu aussi bien dans son propre pays que dans ceux de langue hispanique. Auteur de très nombreux ouvrages, son travail porte essentiellement sur la philosophie politique et le droit. À ce titre, il est aujourd’hui l’un des plus éminents représentants des défenseurs du droit naturel classique qu’il illustre de façon aussi originale qu’incisive.

    Un auteur à découvrir

    En France, pourtant, à l’exception notable de la revue Catholica, dont il est membre du Conseil scientifique, il reste encore trop méconnu. Martin Luther, le chant du coq de la modernité, essai profondément novateur, est le premier livre qui paraît en français sous son seul nom et vient ainsi compléter les livres collectifs auxquels il a contribués. Publié à l’origine en 2016, simultanément en Italie et en Espagne, cet essai aurait dû voir le jour beaucoup plus tôt en langue française, si une série de difficultés ne s’étaient pas mises en travers pour en retarder la publication.

    Fallait-il, pour autant, renoncer à sa publication ? Nous ne le croyons pas. Les analyses qu’offre dans ce petit livre le professeur Danilo Castellano dépassent de très loin le seul moment d’une commémoration, en l’occurrence celle de la Réforme protestante. Pour Danilo Castellano, la Réforme de Luther pose, en effet, les prémisses et les fondements du monde dans lequel nous vivons. Habités par la modernité, l’Europe et les États-Unis, et non les seuls États-Unis, en sont directement issus. Saisir ce lien revient donc à mieux comprendre ce que les Allemands appellent la Weltanschauung, cette conception du monde qui préside à nos destinées. L’enjeu n’est pas mince. Il est même déterminant si l’on entend sortir des conséquences que celle-ci a produites et dont nous constatons chaque jour les méfaits.

    Extrait de la préface de l'auteur :

    Il semble plus opportun d’examiner les conséquences des théories et des choix de Luther sur le plan éthique, politique, juridique, les conséquences sur le plan de la philosophie pratique. Aussi bien l’Europe moderne et contemporaine que l’Amérique du Nord et même, en partie, l’Amérique du Sud sont filles du protestantisme, même si elles présentent certaines caractéristiques particulières qui les rendent en partie différentes. Même l’Espagne, qui a cherché à s’opposer à la culture protestante, en est restée partiellement victime. Il suffit de voir par exemple que la Seconde Scolastique chercha à y résister, à s’y opposer, mais à la fin en resta considérablement marquée malgré la persistance de cette opposition. Il suffirait de penser, en particulier, aux doctrines politiques de Suarez pour comprendre cette affirmation qui peut sembler paradoxale et certainement inhabituelle. (…)

    Luther joue un rôle important en ce qui concerne les doctrines politiques qui entrèrent rapidement dans l’histoire, même si elles se traduisirent en pratique avec des contradictions.

    C’est pourquoi le poids qu’a eu le luthéranisme ne concerne pas seulement la question religieuse : c’est surtout dans le domaine mondain qu’il s’est révélé considérable et même déterminant.

    En revanche, on peut peut-être affirmer qu’il a imprimé un « tournant » à la politique, laquelle, a « transformé » (c’est-à-dire, trahie dans sa nature et dans sa finalité), a caractérisé toute la Modernité. À tel point qu’on pourrait dire que le protestantisme s’est rapidement diffusé non pour des raisons religieuses (du moins, pas principalement), mais pour des raisons mondaines : son expansion ne s’expliquerait pas autrement. Luther, en effet, est incohérent sur le plan théorique (ainsi que sur le plan moral), même s’il y a au fond de sa doctrine un choix qui lui donne une unité. Sa pensée, considérée en soi et pour soi, ne peut exercer aucune fascination. À tel point qu’il faudra attendre Hegel pour lui donner une structure, laquelle, toutefois, en est aussi en fait une transformation, bien qu’elle en soit le développement cohérent : l’ordonnance hégélienne de la doctrine luthérienne marque l’abandon définitif des résidus religieux en faveur des justifications rationalistes

    Ce livre est disponible en librairie et à la boutique de l'Homme Nouveau (236 pages, 12 €).

  • Le triomphe du nihilisme est-il inéluctable ?

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    Dans son numéro d'octobre consacré au nihilisme, la Revue Catholica publie cet éditorial de Bernard Dumont :

    Numéro 137 : Face au nihilisme

    Le psaume 126 célèbre la fin de la captivité à Babylone. Il s’achève ainsi : « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans l’allégresse. Ils vont, ils vont en pleurant, portant et jetant la semence ; ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson. » La grande prophétie moderne, formulée à l’époque des […]

    Le psaume 126 célèbre la fin de la captivité à Babylone. Il s’achève ainsi : « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans l’allégresse. Ils vont, ils vont en pleurant, portant et jetant la semence ; ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson. » La grande prophétie moderne, formulée à l’époque des Lumières, lorsque Kant annonçait l’arrivée de l’humanité à l’âge adulte et Hegel l’épiphanie universelle de la liberté, se réalise maintenant en sens rigoureusement inverse : elle a commencé en chantant l’avenir radieux, elle finit aujourd’hui dans les angoisses et à certains égards dans la folie. Même si l’appareil politique, économique, technique, culturel de la modernité dans sa phase tardive s’autocélèbre en permanence, il faut être aveugle volontaire pour ne pas voir que le programme annoncé ne s’accomplit pas sans dégâts tout autres que collatéraux. De cela, tout le monde a en fait une conscience au moins diffuse, mais celle-ci est étouffée ou contrebalancée par la gestion collective des préoccupations à court terme et l’automatisme de la fuite en avant.

    Une esthétique nouvelle est élaborée et diffusée par le système des médias, entendu au sens le plus large, tendant à relancer perpétuellement cette fuite en avant. Elle opère à travers la publicité, les circuits de production littéraire, le cinéma, la mode, la musique populaire, le simple mimétisme social. Sont ainsi banalisés, banalisés voire donnés en exemple à satiété la grossièreté de langage, la pornographie, la drogue, les tatouages, toutes les formes de déviance, les cultes sataniques, les vies familiales désaxées, le suicide comme acte de suprême liberté… L’activité déployée sous la dénomination abusive d’« Art contemporain » est particulièrement représentative de l’exaltation démonstrative du mal et du néant. Même si cette pédagogie du sacrilège ne mobilise directement qu’un milieu restreint, elle n’en a pas moins une force symbolique du fait qu’elle est imposée sur les lieux publics comme le furent auparavant monuments aux morts et statues de héros. Dans un ordre différent, la licence totale, l’incitation même laissée à l’avortement, aux manipulations sur l’être humain, le retour en force de l’eugénisme, la légitimation de l’euthanasie s’inspirent de la même « valeur » centrale : la transgression. Transgression de la loi naturelle, de la dignité humaine, de la simple raison, de la décence élémentaire. Présente sous des formes multiples, la transgression envahit d’autant plus le corps social qu’elle est suivie et souvent précédée par la législation étatique, sanctionnée et aggravée par les décisions des tribunaux, qu’elle fait l’objet des pressions exercées par les plus puissantes des organisations mondiales, les grands groupes financiers, les obédiences maçonniques et autres entités activistes dites issues de la société civile.

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  • Chiffres et pratique de la procréation médicalement assistée (PMA) en Belgique

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    Du Bulletin de l'Institut Européen de Bioéthique :

    Chiffres et pratique de la Procréation Médicalement assistée en Belgique

    Dossier de l'IEB

    Depuis 1978, année de naissance du premier bébé né par fécondation in vitro, le nombre d’enfants conçus de cette manière s’élève à 5,4 millions dans le monde entier. La grande majorité des traitements de PMA est réalisée en Europe. En 2014, il y eut 707.171 cycles entrepris sur le continent, donnant lieu à 146.232 naissances.

    Les techniques de procréation médicalement assistée se sont beaucoup développées depuis 40 ans en Belgique, pays pionnier dans la pratique. Il compte aujourd’hui 18 centres de Procréation Médicalement Assistée (PMA), soit un par hôpital universitaire et un centre non-universitaire par province et 16 banques d’ovocytes et de sperme.

    En 2014, 33.790 cycles de PMA ont été entrepris, ce qui a conduit à 5.774 naissances, soit 4,6% du total des naissances. En comparaison, aux Etats-Unis, les enfants conçus en 2015 par FIV représentent 1,7% du nombre total des naissances6, soit 67.818 nourrissons. Au Japon, ce chiffre atteint 5% des naissances !

    A l'heure où la France se questionne sur la PMA pour toutes les femmes, ce nouveau Dossier de l'IEB aborde différents aspects de la PMA: juridiques, économiques, éthiques et psychologiques.

    Il ne fait pas l'impasse sur des données sensibles telles que le nombre d'embryons détruits, donnés, congelés chaque année et aborde aussi l'aspect budgétaire et les coûts que représentent ces techniques de procréation.

    D’après l’INAMI, la totalité des dépenses liées à la PMA aurait coûté à la sécurité sociale 72.969.000€ pour la seule année 2013.

    Télécharger le Dossier : ICI

  • La Russie n’a pas été consacrée « de la manière voulue par Notre Dame » de Fatima

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    De Jeanne Smits sur le site "Réinformation TV" :

    Cardinal Burke : la Russie n’a pas été consacrée « de la manière voulue par Notre Dame » de Fatima

    « Il est évident que la consécration n’a pas été réalisée de la manière voulue par Notre-Dame », a déclaré le cardinal Burke au cours d’une conférence qu’il a donnée au cours du Sommet pour le centenaire de Fatima (Fatima Centennial Summit) qui a attiré plus de 700 personnes à Irving au Texas samedi et dimanche, à l’occasion de la fête du Rosaire. Parce que la Russie, à l’évidence, ne s’est pas convertie…

    « Je ne doute pas un instant que l’intention du pape saint Jean-Paul II ait été de réaliser la consécration le 25 mars 1984 », a précisé le cardinal qui est convaincu de ce que « Notre Dame l’a agréée ».

    Mais il a ajouté : « Reconnaissant la nécessité d’une conversion totale de l’athéisme matérialiste et du communisme au Christ, l’appel de Notre-Dame de Fatima a consacrer la Russie à son Cœur immaculé en accord avec ses instructions explicites demeure urgent. »

    C’est la deuxième fois que le cardinal Burke appelle à consacrer la Russie

    C’est la deuxième fois que le cardinal Raymond Burke lance solennellement cet appel qu’il avait exprimé une première fois au Rome Life Forum au mois de mai, enjoignant aux fidèles de prier et de travailler à cette fin. Il a d’ailleurs ajouté ce que la Très Sainte Vierge a elle-même annoncé : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, et elle se convertira, et un temps de paix sera accordé au monde. »

    On retiendra également ce commentaire que le cardinal a fait à propos du Troisième secret de Fatima :

    « L’enseignement, courageux, de la foi dans sa totalité, est au cœur de l’office des pasteurs de l’Eglise : le pontife romain, les évêques en communion avec le siège de Pierre et leur principaux collaborateurs, les prêtres. Pour cette raison, le Troisième secret s’adresse avec une force particulière à ceux qui exercent l’office pastoral au sein de l’Eglise. Leur défaillance par rapport à l’enseignement de la foi, dans la fidélité à l’enseignement et à la pratique constants de l’Eglise, que ce soit à travers une approche superficielle, confuse voire mondaine, ainsi que leur silence, mettent en danger mortel au sens spirituel le plus profond, les âmes mêmes dont le soin spirituel leur a été confié par leur consécration. »

    Notre Dame de Fatima a pu agréer la consécration de 1984 – mais toutes ses promesses ne se sont pas encore réalisées

    On sait à quel point le cardinal Burke a été malmené pour ses prises de position respectueuses, prudentes mais claires à propos de la confusion autour de la morale conjugale et de la discipline et de la doctrine eucharistiques. Il a appelé tous les participants à ne pas manquer « à embrasser quelque souffrance qui puisse résulter de notre témoignage fidèle à l’égard de celui qui est le véritable trésor de nos cœurs ».

    « Ne nous laissons pas gagner par le découragement ; rappelons-nous plutôt que le Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie, “assumé” dans la gloire, ne cesse jamais de battre avec amour pour nous, les enfants que son divin Fils lui a donnés alors qu’Il mourait sur la Croix », a-t-il conclu.

  • L’Europe revient dans le discours politique et social

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    logo ethique sociale.png

    La Salle des Professeurs, qui est l’une des deux salles de prestige de l’Université de Liège, était bienIMG_8232.JPG remplie, hier soir, pour accueillir un échange remarquable sur l’avenir de l’Europe qui eut lieu entre Pierre Defraigne (Collège de l’Europe, ancien directeur général à la Commission européenne, ci-contre à droite) et Alfred Steinherr (directeur académique du John F. Welsch College of Business à Luxembourg et ancien directeur général de la Banque Européenne d’Investissement, ci-dessous à gauche).

    IMG_8231.JPGL’enregistrement intégral de cette rencontre, organisée par le Groupe Ethique sociale et  l’Union des étudiants catholiques de Liège sera bientôt disponible.

    Dans la même perspective, le site web « cath.net » publiait, hier aussi, cette interview que le Père Olivier Poquillon, secrétaire général de la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté européenne, a accordée à Bernard Litzer (extraits) :

    « L’Europe revient dans le discours politique, notamment chez Emmanuel Macron et Angela Merkel. L’esprit européen fait-il un retour contraint ou bienvenu?

    O. Poquillon: Les Allemands et les Français n’ont peut-être pas oublié les carnages des deux dernières guerres mondiales. Dans une période anxiogène comme la nôtre, il est vital de mettre en place un cadre qui permette d’éviter aux égoïsmes nationaux et corporatistes de prendre le pas sur la recherche du bien commun. Qu’ils le veuillent ou non, nos pays et nos peuples sont en Europe, même la Suisse!

    «L’Union européenne est partie assez loin dans l’économie de marché en donnant souvent l’impression de privilégier les profits financiers au détriment d’une économie au service des personnes», estime Olivier Poquillon. 

    La question n’est donc pas de savoir si nous voulons en faire partie ou pas, mais comment nous voulons y vivre ensemble. C’est sans doute ce constat qui explique le retour de ce thème sur le devant de la scène. Pour l’Eglise, la construction européenne est d’abord vue comme un projet de paix. Et c’est dans cet esprit que la COMECE et le Saint Siège organisent un dialogue entre politiques et religieux de haut niveau, fin octobre au Vatican.

    La poussée migratoire a plongé le Vieux-Continent dans une crise politique, entre les tenants de l’ouverture et les pays de l’Est, réticents. Comment concilier ces deux positions

    Cette crise est surtout politique avant d’être migratoire. Si on regarde les chiffres, l’Europe a connu des mouvements migratoires bien plus importants au cours du siècle passé, notamment autour des deux guerres mondiales et des décolonisations. Aujourd’hui, on entretient dans les populations un sentiment d’impuissance face à des «hordes» allogènes qui déferleraient sur nous pour bouleverser nos sociétés, piller nos biens et faire de nous des étrangers dans notre propre pays. Comme l’ont montré de récentes études, ce sentiment est d’autant plus fort qu’on n’a pas de contact direct avec les migrants. Lorsqu’on connait un visage, un nom, une histoire, on peut sortir de la confrontation de masse pour rencontrer l’autre comme une personne et trouver avec lui des solutions.

    L’Eglise catholique n’est pas utopique sur la question des migrants et réfugiés. Elle rappelle seulement aux politiques leurs propres engagements à considérer tous les hommes libres et égaux en droit, comme ils le sont aux yeux de Dieu. Face aux peurs et au sentiment de perte de contrôle de nos concitoyens, à l’Est comme à l’Ouest, cela implique de trouver de nouvelles façons de gouverner, non pas pour les gens mais avec les gens.

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