16/10/2014

Synode sur la famille : le calme après la tempête ?

Alors que le calme semble revenu dans le monde synodal, les groupes linguistiques planchent sur l’amélioration du document qui a déclenché la tempête. Lu sur le site « aleteia » :

« Après la tempête déclenchée par la publication de la désormais fameuse « Relatio post disceptationem »  (A lire ici sur Aleteia), le calme semble revenu et, d’après le bureau de presse du synode, on travaille dur dans les dix groupes linguistiques, où sont répartis les 253 membres de l’assemblée synodale.

Chaque groupe produit sa « Relatio revue et corrigée »

Dur, mais selon quelle méthode de travail et pour quel résultat ? Le processus est partout le même : les paragraphes de la Relatio sont examinés les uns après les autres. Ils font l’objet de propositions d’amendements. Certains visent à la suppression pure et simple d’un ou plusieurs paragraphes, d’autres à la correction de tel ou tel terme. Les amendements sont soumis au vote des Pères synodaux (les autres membres, religieux ou laïcs, ne votent pas). Ils sont retenus s’ils recueillent la majorité absolue des voix. Le relateur du synode les consigne alors par écrit. Chaque groupe produit ainsi sa « Relatio revue et corrigée » et la présentera ce jeudi 16 octobre, en assemblée générale. La commission « pour la rédaction de la Relatio synodi » s’appuira sur les dix textes des groupes de travail pour rédiger ce document final, très attendu.

Une commission qui doit encore faire ses preuves

Cette commission, qui a également rédigé la Relatio post disceptationem, est pilotée par le Rapporteur général du synode, le cardinal Peter Erdö, assisté du Secrétaire spécial, Mgr Bruno Forte et du Secrétaire général, le Cardinal Lorenzo Baldisseri. Il y a peu (mais avant la rédaction de la Relation post disceptationem), le Saint-Père a décidé de renforcer cette commission en y nommant les cardinaux Gianfranco Ravasi (par ailleurs président de la Commission pour le message) et Donald William Wuerl, les évêques Victor Manuel Fernandez, Carlos Aguiar Retes, Peter Kang U-Il et le jésuite Adolfo Nicolas Pachon. Le document qu’elle a déjà produit n’ayant pas fait l’unanimité – c’est le moins que l'on puisse dire, cette commission devra encore faire ses preuves dans la rédaction de la Relation synodi. Celle-ci sera présentée à toute l’assemblée le dernier jour des travaux, samedi 18 octobre, dans l'après-midi). Pour être « acceptée », elle devra recueillir les 2/3 des votes des Pères Synodaux. Si tel est le cas, elle sera remise alors au Saint-Père, puis publiée. Dans le cas contraire, elle sera rejetée. Y a-t-il un risque de rejet ? Qui vivra verra !

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15/10/2014

Synode : Gérard Leclerc (France Catholique) ajuste son tir

 Nous avions fait état d'une première réflexion de Gérard Leclerc, ici : Opinion et Synode : une énorme déception en vue ?  Il précise sa pensée, à la vue de l’effet  produit par le « rapport » publié à mi-parcours du synode. C'est sur le site "Figaro Vox" :

« Les titres sont sensationnels, celui du Monde les dépasse tous en intensité: «Le Pape François force l'Église à faire sa révolution sur la famille.» Et cela fait presque toute la largeur de la une, s'il vous plaît! Tout est parti d'un rapport d'étape, dont j'ai parlé moi-même avant-hier, à la suite d'une analyse rapide de texte. Aujourd'hui, après m'être soigneusement renseigné, je ne dirai pas exactement la même chose. Tout d'abord, il faut rappeler que le texte lu par le cardinal Erdö - qu'il n'avait pas forcément écrit - est un document de travail qui n'est revêtu d'aucune autorité, ayant été rédigé par un petit groupe qui n'engage que lui-même, et qui, au surplus, n'a nullement été ratifié par le Synode.

Après relecture, il m'apparaît qu'il y a d'évidentes faiblesses de rédaction et que de toute évidence, les résultats définitifs des réflexions du Synode amèneront à des conclusions beaucoup plus abouties et mieux ciselées dans leur formulation. Je puis affirmer que certaines de ces expressions - celles qui ont été mises en vedette par les médias - sont précisément celles qui sont le plus vigoureusement contestées à l'intérieur de l'Assemblée des évêques. Je ne m'avance pas beaucoup en affirmant que certains paragraphes seront purement et simplement abandonnés parce qu'ils sont récusés par la plus grande partie de l'Assemblée.

Comme toujours, la presse va au plus vite et selon sa plus grande pente, sans réfléchir à cette évidence qu'une institution comme l'Église catholique ne saurait se renier sur les points les plus importants de sa doctrine, sauf à se suicider. Le pape lui-même ne dispose pas de l'autorité qui lui permettrait de contredire ses prédécesseurs, d'autant que Jean-Paul II et Benoît XVI, le premier surtout, ont consacré à la question de la famille un corpus doctrinal considérable, qui n'a pas d'équivalent par son ampleur et sa profondeur dans les propositions qu'on lui oppose. Mais à propos de la tradition ecclésiale, il conviendrait de relire, au plus vite, le Bienheureux cardinal John Newman, expliquant le caractère organique d'une pensée qui progresse sans jamais se renier.

Ref. Synode : les divorcés remariés, les médias, le pape François et la polémique

JPSC 

Le pape se tait mais beaucoup parlent de lui

 Tribune de Thibaud Collin aujourd’hui dans le "Figaro" et reprise sur le "salon beige" :

 "Le pape se tait. Mais beaucoup parlent pour lui. Un premier texte de synthèse des travaux du synode sur la famille circule. Ce document provisoire permet de mesurer à quel point la ligne critique, portée sous Jean-Paul II et Benoit XVI par les cardinaux Martini et Kasper, est désormais influente à Rome. Ce texte est, en effet, porteur d’une nouvelle méthode pastorale, qui part de la réalité de la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui en valorisant au maximum ce qu’elle contient. Fi d’une approche employant des gros mots tels que péché, vérité sur le bien, conversion, combat spirituel. Il faut que les pasteurs effectuent une « conversion missionnaire » et « une conversion du langage ». L’heure est au « prendre soin » (le care importé des études féministes anglo-saxonnes), à l’accueil inconditionnel des personnes ayant vécu des échecs et des blessures ; les divorcés remariés bien sûr auxquels dans certains cas on ne pourrait par miséricorde refuser la communion eucharistique et la réconciliation mais aussi « les personnes homosexuelles qui ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne ».

Cette conversion consiste à poser un regard positif sur ces réalités autrefois considérées comme désordonnées et peccamineuses. Au cœur de cette nouvelle démarche, une méthode importée de l’œcuménisme : au lieu de voir les sujets qui divisent, au lieu de proclamer des anathèmes, chercher les convergences, les pierres d’attente pour un progrès vers l’unité et la plénitude de l’union à Dieu. Cette attitude inclusive tend à gommer le sens du péché, vu comme responsable du blocage que les hommes contemporains éprouvent relativement à l’Evangile. Pourquoi braquer les gens en leur assénant une vérité transcendante lorsqu’on peut les rejoindre là où ils sont et les inviter à gravir les degrés d’un chemin vers un idéal, horizon de la vie humaine telle que Dieu la désire ? Il s’agit par exemple de discerner dans la vie des concubins des réalités positives telles que la stabilité, l’affection profonde, la responsabilité envers les enfants qui peuvent être vues « comme un bourgeon à accompagner dans son développement vers le sacrement de mariage ». Cette méthode repose sur les sciences humaines et sociales et non plus sur une anthropologie philosophique et théologique telle qu’elle a été développée durant les deux derniers pontificats. Au lieu de voir l’homme dans sa vérité profonde, on le regarde tel qu’il est concrètement, c’est-à-dire blessé et imparfait. Ainsi « la vérité s’incarne dans la fragilité humaine non pas pour la condamner, mais pour la guérir ».

Comme ces mots sont doux aux oreilles de nos contemporains ! Mais comme ils risquent de produire des malentendus ! Nous sommes là au cœur d’une tension théologique qui traverse l’Eglise depuis des décennies. De quoi s’agit-il de guérir ? Le Christ est venu pour sauver les hommes et non pour soigner leurs souffrances psychologiques même si la grâce a une dimension thérapeutique par surabondance. Dès lors, comment la vérité peut-elle s’incarner dans la vie des hommes si ce n’est par leurs actes libres en réponse à l’appel de Dieu ? Ce lien entre vérité et liberté passe par la formation de la conscience morale, lieu même où la vérité sur son péché se révèle et permet de s’ouvrir à la miséricorde et à une juste réception des sacrements. Le texte souligne à juste titre que la miséricorde divine est offerte à tous mais il semble en déduire que le seul moyen de la rendre aimable est de valoriser l’état de fait dans lequel les gens vivent. Lorsque le Christ dit à la femme adultère « va et ne pèche plus », il n’enferme pas la personne dans son péché mais en le nommant il lui permet de s’en détacher. C’est donc toute l’économie de la miséricorde qui en contournant l’objectivation du péché, et donc de la liberté, risque de rendre superflue la conversion. Cette conception de la miséricorde ressemble étrangement à la tolérance au nom de laquelle la plupart des sociétés civiles occidentales ont, ces dernières décennies, rompu l’arrimage de la loi politique à la loi morale. En bonne logique, la légitimation de l’exception ruine tout simplement la norme. La norme rebaptisée idéal ne gêne plus personne puisqu’elle apparaît réservée à une élite. L’appel universel à la sainteté proclamé par Vatican II devient une option parmi d’autres. Ce texte en introduisant une nouvelle méthode déstabilise la doctrine en changeant son statut. La pastorale déconnectée de la doctrine est identifiée à l’art de faire des exceptions à une loi vue comme empêchant la miséricorde. Or qu’est-ce qu’un pasteur qui, pour être mieux reçu, édulcore l’exigence du message qu’il a à transmettre ?"

Ici : Divorcés-remariés : une révolution au sein de l'Eglise ? et là : Vers une révolution de paradigme

JPSC 

« Relatio synodale » à mi-parcours: du côté de ceux qui se réjouissent

Cet autre son de cloche on le trouve dans « La Vie », sous la signature de Marie-Lucile Kubacki, qui se réjouit par avance de l’abandon du combat mené par saint Jean-Paul II et ajoute, pour conclure, une sentence  à la louange du pape François : « là où Benoît XVI faisait de la charité une conséquence de la vérité, François semble vouloir partir de la charité pour mener vers la vérité ». Il faut espérer qu’il s’agisse de la même (JPSC) :

« Surprise à Rome : sous l’impulsion du pape François, qui a libéré la parole, les évêques changent de discours sur la famille.

« Séisme pastoral », « bombe », « coup de théâtre »… Les observateurs n’ont pas de mots assez forts pour qualifier la relatio, synthèse des contributions des 191 pères depuis le début du synode, rendue publique à Rome le 13 octobre. Il y a presque tous les sujets qui fâchent : divorcés remariés, cohabitation avant le mariage, accueil des homosexuels dans l’Église. Et un ton radicalement nouveau.

Un virage à 180° depuis Jean Paul II

Certes, ce n’est qu’une synthèse à mi-parcours et les pères synodaux doivent encore « approfondir » les pistes évoquées, comme l’a déclaré le cardinal Péter Erdö, archevêque de Budapest et rapporteur général du synode, qui, une semaine avant les échanges, présentait une synthèse présynodale diamétralement opposée. Mais le ton est donné et l’appel du cardinal Walter Kasper qui, à la demande du pape François, avait ouvert la réunion préparatoire il y a un an en appelant à un « changement de paradigme » semble avoir été entendu.

L’idée forte est qu’il faut sortir du « tout ou rien » dans la pastorale familiale et oser se risquer à des « choix courageux ». « Confirmant avec force la fidélité à l’Évangile, lit-on dans la relatio, les pères synodaux ont perçu l’urgence de chemins pastoraux nouveaux, qui partent de la réalité effective des fragilités familiales, en reconnaissant que, le plus souvent, celles-ci sont “subies” plus que choisies en toute liberté. » Mais, poursuit le texte, « envisager des solutions uniques ou s’inspirant de la logique du “tout ou rien” n’est pas signe de sagesse. » On ne part plus de la vérité et de la doctrine pour aller vers les gens, on part des gens, où qu’ils en soient, pour les accompagner vers la vérité de l’Église et de l’Évangile. C’est déjà ce qui se passe en bien des endroits. Mais c’est la première fois que l’institution, à un si haut niveau, reconnaît si clairement l’état de fait.

> A lire aussi : notre synthèse des principaux passages de la relatio
 

Un mot pourrait résumer l’esprit de cette synthèse : pragmatisme. Une proposition revient de manière récurrente : reconnaître des « aspects positifs » dans les situations de cohabitation avant le mariage et dans les mariages civils. « Une nouvelle sensibilité de la pastorale d’aujourd’hui consiste à comprendre la réalité positive des mariages civils et, compte tenu des différences, des concubinages. Il faut que dans la proposition ecclésiale, tout en présentant clairement l’idéal, nous indiquions aussi les éléments constructifs de ces situations qui ne correspondent plus, ou pas encore, à cet idéal. »

Par rapport à l’exhortation apostolique Familiaris consortio de Jean Paul II, fruit du précédent synode sur la famille en 1981, c’est un virage à 180°. Sur le concubinage, le pape polonais exhortait les communautés ecclésiales à certes « bien connaître de telles situations et leurs causes concrètes, cas par cas », à « approcher avec discrétion et respect ceux qui vivent ainsi ensemble »mais pour « leur donner un témoignage familial chrétien, autrement dit tout ce qui peut les acheminer vers la régularisation de leur situation ». Les mots ont un sens et celui de « régularisation » employé alors par Jean Paul II, qui présupposait l’irrégularité, n’apparaît à aucun moment dans la synthèse de 2014.

Sur le mariage civil entre catholiques, même grand écart. En 1981, Jean Paul II, tout en constatant « un certain engagement dans un état de vie précis et probablement stable », concluait que, « malgré cela, l’Église ne peut pas non plus accepter cette situation ». En 2014, la question n’est plus de savoir s’il faut accepter ou non le seul mariage civil. Puisque la situation existe, on fait avec, même si les pasteurs ne doivent pas renoncer à accompagner les couples vers le mariage chrétien : « Dans ces unions aussi, on peut voir des valeurs familiales authentiques, ou du moins le désir de celles-ci. Il faut que l’accompagnement pastoral commence toujours par ces aspects positifs », stipule la relatio.

Premières objections au document 

Plus loin, encore, il est écrit que « les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne » même si la position de l’Église sur le fait que « les unions entre des personnes de même sexe ne peuvent être assimilées au mariage entre un homme et une femme »est confirmée. Quant à la possibilité d’ouvrir les sacrements aux divorcés remariés, au terme d’un « chemin pénitentiel – sous la responsabilité de l’évêque diocésain –, et avec un engagement évident en faveur des enfants », elle est sérieusement étudiée. En distinguant toutefois les « victimes » de séparation des « auteurs ».

Avec un tel revirement de perspectives, et compte tenu de l’ambiance tendue du synode, il est évident que c’est un électrochoc pour tous ceux qui campaient sur les positions de Jean Paul II. D’ailleurs les premières objections n’ont pas tardé à émerger. Dès la première session de travail après la publication de la relatio, certains pères synodaux ont « regretté la quasi-absence dans le texte du mot péché, et rappelé combien le Christ a fortement condamné le danger de céder à la mentalité du monde ». Le président de la conférence épiscopale polonaise, Stanislaw Gadecki, juge quant à lui la ­relatio « inacceptable » pour bon nombre d’évêques.

François se démarque de Benoît XVI

On pourrait se contenter d’expliquer ce bascule­ment par une volonté de parler différemment, de ne pas faire fuir les catholiques des périphéries en s’adressant à eux en des termes dissuasifs. La première semaine, des évêques ont en effet appelé à bannir des expressions comme « mentalité contraceptive » ou « vivre dans le péché ». Mais on aurait tort de ne voir là qu’un effet de style ou une stratégie de communication.

Si François confirmait ces orientations dans l’exhortation apostolique qu’il devrait prononcer en 2016, il s’agirait d’une inversion de perspective dans la lignée de l’exhortation apostoliqueEvangelii gaudium, son programme pontifical. Il déclarait alors : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. » Ainsi, là où Benoît XVI faisait de la charité une conséquence de la vérité, François semble vouloir partir de la charité pour mener vers la vérité.

Ref. Le Synode des évêques renverse la table

Relevant de la même « sensibilité », lire ici  Pour le cardinal Luis Antonio Tagle, "l'année qui vient va être cruciale" l’interview par « La Vie » du cardinal Tagle, archevêque de Manille : Tagle est un disciple de l’ « école progressiste de Bologne » pour laquelle « la tradition est aussi faite de ruptures ». Il est président délégué du synode. Dans une conférence de presse, il a salué le « groupe des héros » auteur de la « relatio » controversée et déclaré ironiquement « le drame continue ». A bon entendeur...

JPSC

Toujours le « buzz » sur le rapport intermédiaire du synode : la réaction de l’hebdomadaire « Famille chrétienne »

Devant les fortes réactions qu’a provoquées la publication, la veille, de la relatio post disceptationem, le secrétaire général du synode a redit mardi 14 octobre qu’il s’agissait d’un « document de travail ». Mais pourquoi ce texte reflète-t-il aussi peu la pensée des évêques ?

« Opération « déminage » mardi matin au Synode sur la famille. Le rapport intermédiaire (« Relatio post disceptationem »), publié la veille, « n’a pas été bien compris », a reconnu le secrétaire général du synode, Mgr Lorenzo Baldisseri. « Il s’agit d’un document de travail et aucun cas d’un texte définitif », ont affirmé les différents porte-parole lors de la conférence de presse hebdomadaire.

Lors de sa présentation lundi 13 octobre au matin aux évêques, la relatio a suscité de nombreuses et fortes réactions. « Il a été fortement critiqué lors de sa présentation en Assemblée générale et il ne fait pas l’unanimité des Pères », a confié Mgr Tony Anatrella à l’agence de presse Zenit. Pas moins d’une quarantaine de participants ont pris la parole après la lecture faite par le rapporteur général, le cardinal Péter Erdo, dont une très large majorité a exprimé sa perplexité et son incompréhension devant la retranscription faite des débats de la première semaine.

Les points de divergence concernent principalement les suggestions pastorales avancées vis-à-vis des personnes homosexuelles et des divorcés-remariés. L’utilisation du concept de gradualité a aussi été contestée par certains intervenants. La présentation de la relatio a entraîné des réactions pour le moins énergiques : « Ce document manque de prudence », « nous sommes en train d’ouvrir une brèche », « ce texte est irresponsable », « il donne l’impression que l’Église se soumet à un lobby »…

Un rapport déséquilibré

Comment en est-on arrivé là ? s’interrogeaient de nombreux Pères synodaux mardi matin durant la pause-café. La lecture de la presse du jour, surinterprétant souvent et abusivement parfois le document, a suscité une forte émotion et même de l’angoisse parmi les évêques et les laïcs. La relatio est-elle le reflet de ce que pense l’assemblée ? Visiblement non. Les interventions de la première semaine, limitée à 4 minutes, ont contraint les participants à orienter leur propos, en fonction de leur origine géographique, de leurs centres d’intérêt ou encore des problématiques locales qu’ils pouvaient rencontrer. Ainsi, par exemple, les évêques africains ont concentré leurs interventions sur des points comme la polygamie, la pauvreté, les mariages mixtes, et pas sur la question des divorcés-remariés et de l’homosexualité. D’où leur fort étonnement lundi matin à la lecture de la relatio.

Le rapport intermédiaire a toujours été rendu public, rappelle-t-on au Vatican.

Le rapport intermédiaire reflète-t-il les discussions des congrégations générales ? Oui, mais de manière imparfaite. Si tous les éléments de la relatio post disceptationem ont été abordés la semaine dernière, ils ne l’ont pas été avec la même importance que ce que laisse croire le document. Ainsi, la question de la gradualité ou de l’homosexualité n’ont pas autant occupé les débats.

De plus, le cardinal sud-africain Wilfrid Napier, coprésident avec le cardinal Burke du groupe de travail anglophone, a-t-il expliqué que le problème avec le rapport était de donner l’impression que certains points avaient été discutés et validés par les Pères synodaux, alors que ce n’était tout bonnement pas le cas. En particulier, le paragraphe sur l’homosexualité ne reflétait « pas du tout » la teneur des propos du groupe de travail. Comment en est-on arrivé à une synthèse aussi déséquilibrée ? La procédure synodale marque ici ses limites.

Autre question que se posent les Pères synodaux : fallait-il communiquer le rapport ?

« La relatio intermédiaire a toujours été rendue publique », rappelle-t-on au Vatican. D’où vient l’erreur alors ? De la presse certainement, mais n’a-t-elle pas été induite en erreur par l’omission, lundi, de la retranscription des réactions critiques du matin ? Il semble que la responsabilité des rédacteurs, principalement le cardinal hongrois Péter Erdo et Mgr Forte, secrétaire spécial du Synode, soit ici engagée. N’avaient-ils pas conscience de l’ambigüité de leur texte ? Souhaitaient-ils en faire un « ballon d’essai » pour mesurer l’adhésion des évêques à un changement de ligne pastorale ? Le pape François lui-même a eu connaissance du document dans la soirée de dimanche. Mais pouvait-il retirer cette relatio alors même qu’il s’est toujours abstenu d’intervenir dans les discussions du Synode ? En avait-il seulement l’intention ?

De nombreux amendements à prévoir

Après cette erreur de communication, Rome essaie de minimiser la portée de ce rapport intermédiaire. « Le chantier reste ouvert », a redit Mgr Fernando Filoni mardi midi. Les cercles mineurs, démarrés lundi après-midi, ont commencé leur travail de lecture et d’amendement du texte. « Ils reprennent point par point la relatio. Il a déjà beaucoup de remarques », relate Romilda Ferrauto, chargée des relations presse avec les journalistes francophones. Les premiers « modi » (modifications) ont déjà été votés. Certains proposent purement et simplement de supprimer des paragraphes entiers. D’autres demandent que soient davantage mis en avant la famille et le mariage, et que des principes fondamentaux, comme celui de l’indissolubilité du mariage ou de la fidélité de nombreuses familles chrétiennes, soient réaffirmés.

Reprenant les découpages du rapport intermédiaire, la relatio synodi – le document final présenté et voté samedi 18 octobre – pourrait donc être bien différente sur le fond. Si tel est le cas - mais il ne faut préjuger de rien -, « ce sera une douche froide » pour toutes celles et tous ceux qui auront été induits en erreur par certains médias triomphalistes.

Ref. Rapport d'étape du Synode : Rome dans l’embarras

Voir aussi le site « Aleteia » :Synode sur la famille : un document de synthèse qui déclenche la tempête

«… Selon le bureau de presse du Vatican, 41 intervenants, en majorité des cardinaux, sont montés au créneau, pour dénoncer, qui « une capitulation de l’Eglise devant la gouvernance mondiale », qui « un texte poétique mais qui n’apporte rien », qui encore « un texte manquant de prudence » comportant des « passages irresponsables et « contraires à la doctrine de l’Eglise ». Sans compter tout ceux qui, parait-il voulaient s’exprimer dans ce sens mais qui n’ont pu le faire, faute de temps. Un Père en a même appelé, parait-il, à la gouvernance du Pape ! D’autres ont simplement souligné « le flou de langage, susceptible d’engendrer des confusions » Depuis, le texte a déjà fait couler beaucoup d’encre dans les médias, les uns saluant l’arrivée d’une révolution tant attendue, les autres criant au feu. Au point que d’aucuns, même parmi les journalistes, se sont demandés : fallait-il le publier ? Ce à quoi les porte-paroles du Saint-Siège ont répondu : cela s’est toujours fait (…) »

Bref : la confusion, avec l’espoir tout de même, que les discussions de cette semaine en « circuli minores » calment le jeu et corrigent le tir de ce projet de rapport inadmissible. JPSC

14/10/2014

Synode pour la famille : une note de News.va sur la « Relatio » controversée

Radio Vatican, 14.10.2014 :

« Deuxième semaine du synode des évêques sur la famille au Vatican. Au lendemain de la présentation de la Relatio post disceptationem par le cardinal Péter Erdö, rapporteur général de cette assemblée extraordinaire, les pères synodaux sont réunis par petits groupes linguistiques. Ils réfléchissent aux amendements à apporter à cette synthèse des interventions de la semaine dernière, qui se sont tenues dans un climat de grande liberté.

Ce rapport provisoire a suscité lundi de vives réactions en salle du synode mettant en relief des divergences au sein de l’assemblée, en particulier en ce qui concerne les questions dites sensibles comme la communion des divorcés remariées et l’attitude à l’égard des homosexuels. Suite aux nombreuses réactions et discussions suscitées par la Relatio, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège le père Federico Lombardi, a été chargé par le secrétariat du Synode de clarifier un certain nombre de points. Ce qu’il a fait ce mardi dans une déclaration officielle, devant les journalistes. Le nature même du texte publié n'a pas toujours été comprise correctement indique le secrétariat général du synode tout en rappelant qu’il s’agit bien d’un « document de travail » qui est maintenant soumis à la discussion des membres du synode réunis groupes linguistiques.

Les précisions de Romilda Ferrauto

Que restera-t-il du Rapport présenté lundi dans les conclusions du premier des deux Synodes sur la famille convoqués par le Pape François ? Provisoire par définition la relation post-disceptationem est actuellement passée au crible au sein des carrefours linguistiques, décortiquée point par point. Dès sa présentation, lundi, en congrégation générale, ce texte avait suscité un débat animé et de nombreuses critiques. Ce mardi des participants se désolaient du retentissement médiatique d’un rapport dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Si la majorité de ceux qui s’expriment saluent la tonalité générale : ouverture, accueil, compassion, ils se disent opposés à un certain nombre de chapitres, notamment en ce qui concerne l’accueil des personnes homosexuelles, les choix pastoraux proposés pour soigner les familles blessées, dont les divorcés remariés, l’application du principe de gradualité aux situations irrégulières, la reconnaissance de valeurs positives dans les formes imparfaites qui se trouvent en dehors de la réalité nuptiale. Plusieurs intervenants trouvent, par ailleurs, dangereuses les demandes d’assouplissement des procédures de reconnaissance des cas de nullité de mariage, la suppression de la double sentence, et l’augmentation de la responsabilité des évêques. Ils craignent que les exceptions ne deviennent une pratique courante.

Des paroles fortes ont été prononcées en présence du Pape : certains accusant l’Eglise de capituler face aux lobbies, aux pressions de l’opinion publique et au politiquement correct ; d’autres mettant en garde contre un texte « imprudent » voire « irresponsable » ; « poétique » mais « naïf » et « ambigu ». Il faut aimer les personnes, mais pas leur erreur, a averti un intervenant. S’il est vrai qu’il est difficile de trier l’ivraie du bon grain, il faut cependant éviter de semer la confusion entre ce qui est bien et ce qui est mal. De ce pas, l’Eglise va décevoir ses fidèles qui ne lui demandent pas d’imiter le monde, mais d’annoncer l’Evangile de la famille dans une société qui le trouve obsolète. L’Eglise devrait surtout remercier les familles qui se battent quotidiennement pour vivre leur engagement conjugal. Dans le sillage du Pape François d’autres avertissent au contraire que le monde attend une parole de la part de l’Eglise et que dans le contexte actuel, il est urgent de mettre au point une pastorale inclusive et d’accompagner les personnes dans leur réalité concrète. Quoiqu’il en soit, le texte présenté lundi semble bien loin de faire l’unanimité et si les procédures synodales sont respectées, il devrait être remanié de fond en comble. Reste à savoir si le Synode saura proposer un renouveau pastoral sans s’aligner sur le monde. Tous, en tous cas, semblent d’accord sur un point : la maison du Père miséricordieux doit rester ouverte."

Ref. Synode: la Relatio post-disceptationem étudiée point par point

JPSC

Selon le Journal « La Croix » : au Synode, perplexité et attente de clarifications

Un « couac » retentissant : «  après sa présentation lundi 13 octobre, le document de mi-parcours du Synode sur la famille est très diversement accueilli par les participants de l’assemblée, réunis en groupes de travail linguistiques. Les pères synodaux, inquiets d’une surexposition de ce texte d’étape, travaillent à une clarification. Le Saint-Siège a fait une mise au point sur la nature du document synodal » Le quotidien La Croix, peu suspect de conservatisme, poursuit :

 « Ce texte se soumet aux lobbys et au politiquement correct », il est« sentimental et poétique »« irresponsable », il « ouvre une brèche »,« des passages sont contraires à la doctrine de l’Église »… La lecture du rapport d’étape du Synode sur la famille, lundi 13 octobre matin a été immédiatement suivie d’une pluie d’interventions, prenant pour la plupart leurs distances avec ses passages les plus médiatisés. Au point d’obliger le Saint-Siège hier à une mise au point sur la nature « provisoire » de ce qui ne prétend être qu’un document de travail.

 > Lire le rapport d’étape du Synode  

« IL Y A BEAUCOUP DE DEMANDES DE MODIFICATIONS »

Celui-ci est jusqu’à mercredi 15 octobre entre les mains des groupes de travail linguistiques, qui l’épluchent paragraphe par paragraphe. « Le travail en carrefours est très critique », observe Romilda Ferrauto, rédactrice en chef de la section française de Radio Vatican, rendant compte hier du Synode à la presse francophone : « Il y a beaucoup de demandes de modifications et les pères synodaux n’en sont qu’aux débuts ».

 > Vidéo : Le synode à l’heure des grands travaux  

Chaque proposition de changement fait le plus souvent l’objet d’un vote à la majorité absolue. L’approche de la loi de gradualité, par exemple, est contestée. Tout comme l’idée de confier à l’évêque diocésain la responsabilité d’une voie administrative pour faire reconnaître la nullité d’un mariage.

 > Lire aussi : « La loi de gradualité peut aider à trouver des solutions pastorales »  

TEXTE ET MÉDIAS : LA DOUBLE GÊNE DES PÈRES SYNODAUX

Plus largement, les pères synodaux éprouvaient hier une double gêne. D’une part, sur ce qu’ils estiment comme une perception biaisée de leur document de travail par les médias. D’autre part, sur le document lui-même qui accorde, selon eux, trop d’importance à ce qui n’avait été parfois qu’une intervention isolée de l’un d’entre eux au cours des sessions de la semaine passée.

 « Il y a aura une clarification sur l’enseignement de l’Église », prévoit le cardinal Wilfrid Napier, archevêque de Durban (Afrique du Sud) et modérateur d’un des trois groupes anglophones, regrettant le message donné en pâture à la presse.

« Si l’Église doit s’ouvrir à qui est en difficulté, il convient d’insister sur les familles demeurées fidèles aux enseignements évangéliques, de les remercier et de les encourager dans leur témoignage », estiment globalement les participants de l’assemblée synodale, selon un compte rendu des débats diffusé hier par le Saint-Siège. « Du Synode devrait émerger l’affirmation de l’indissolubilité du mariage, et combien la fidélité pour toujours est une valeur pour la société, évitant ainsi de se focaliser sur les situations familiales imparfaites. » 

 > Voir notre dossier spécial Synode sur la famille  

PRUDENCE SUR L’HOMOSEXUALITÉ, « PAS D’UNITÉ » SUR LES DIVORCÉS REMARIÉS

À ce sujet, les évêques veulent éviter un malentendu à propos de l’homosexualité. De fait, ce thème, abordé d’un ton inédit dans un texte synodal, a été de loin le plus médiatisé et commenté. Les pères synodaux voudraient taire « l’impression qu’une évaluation positive d’une telle tendance soit créée par l’Église », rend compte le Vatican. Idem à l’égard du concubinage. « On ne se réfère pas aux personnes en les appelant homosexuelles. Ceci n’est pas leur identité », a corrigé le cardinal américain, Raymond Burke, dans un entretien à l’hebdomadaire The Tablet.

Hormis la question homosexuelle et des concubinages, tout le passage du texte sur les divorcés-remariés est également loin de faire consensus. « C’est une question difficile, et il n’y a pour le moment pas d’unité dans l’assemblée »reconnaît le cardinal Godfried Danneels, sur le site belge Infocatho, prudemment confiant : « Je sais que cela va bien se terminer, mais je ne sais pas encore comment. » 

 > Vidéo : Divorcés remariés : 3 questions à Xavier Lacroix  

DES PARTICIPANTS POINTENT D’AUTRES CARENCES DU TEXTE

Au-delà de ces thèmes récurrents du Synode, des participants sont intervenus mardi 14 octobre sur d’autres sujets. Pour demander que le texte fasse ressortir le rôle de la femme dans la transmission de la vie et de la foi. Pour qu’il valorise également la figure des grands-parents – chère au pape François. Ou encore pour qu’il place la famille dans une« perspective missionnaire », en référence à l’intitulé du prochain Synode. D’autres enfin regrettent que le mot « péché » soit quasi-absent du document.

 « Il nous faut trouver un langage commun, une vision qui saura rallier la grande partie des évêques. Il s’agit d’un travail d’écoute mutuelle où chacun ajuste ses positions en fonction de la sagesse qu’il entend chez les autres »décrit sur son blog le président de la conférence des évêques canadiens, Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau. Avec ce pari : « Je crois que le texte final sera assez différent – au moins sur certains points – de la 'relatio' (rapport, NDLR.) qu’on nous a présentée ».

Sébastien Maillard, à Rome »

 Ref. Au Synode, perplexité et attente de clarifications

JPSC

Synode : la question de l’eucharistie est centrale

Une réflexion de Roland Hureaux sur le site « liberté politique »

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« Il paraît que la question la plus difficile du synode qui se réunit à Rome ces jours-ci sur la famille est celle de la communion des divorcés remariés. Mais la question de l’accès à la communion ne se pose pas aujourd’hui et d’abord aux seuls divorcés.

LE DIVORCE — et plus largement, la fragilisation du lien familial dans les sociétés où il était le plus solide, soit l'Europe chrétienne —, est sans doute un problème très sérieux d'autant qu'il a, quoi qu'on dise, des conséquences souvent dramatiques sur les enfants nés de l'union dissoute : problème théologique et moral mais aussi juridique, sociologique, psychologique, anthropologique, historique sur lequel il s'en faut de beaucoup que tous les éclairages aient été à ce jour réunis [1].

Les catholiques divorcés : une minorité

Sur ce sujet, l'accès à l'eucharistie de la petite minorité qui le souhaite peut apparaître comme une question secondaire. Secondaire, parce que les catholiques pratiquants ne sont qu'une minorité de ces divorcés, comme de beaucoup de choses d'ailleurs. Secondaire parce que les catholiques pratiquants mariés à l'Église restent un milieu où il y a, Dieu merci, moins de divorces qu'ailleurs, et surtout parce que beaucoup de gens qui se trouvent dans cette situation acceptent la discipline actuelle de Église.

Mais dans cette question, le point fondamental est-il bien le divorce. Ne serait-il pas plutôt l'eucharistie elle-même ? Et les évêques ne seraient-ils pas bien inspirés de remettre l'examen du sort des divorcés remariés à un synode qui porterait d'abord sur ce sujet ?

Les controverses sur l’eucharistie

Sur ce sujet fondamental de la foi chrétienne qu'est le mystère de l'eucharistie, en effet, les controverses sont aujourd'hui nombreuses et la question de l'accès des divorcés au sacrement en est largement tributaire.

D'abord la question du rituel. Celui auquel sont attachés les gens de tradition comporte deux différences essentielles avec le rituel commun : non point d'abord, pensons-nous, les formulations, qui ne sont pas si différentes qu'on le prétend, ni même l'usage du latin en lui-même, mais le fait de célébrer le dos au peuple et celui de le faire, au moins pour la partie centrale de la célébration, en silence.

La liturgie préconciliaire (dite aujourd'hui de forme extraordinaire), mettait en avant la transcendance de Dieu, aux dépens du lien communautaire (si tant est qu'il soit moins explicite quand tout le monde regarde dans le même sens) et de la parole (puisque la liturgie use d'une langue qui n'est plus comprise et surtout que les paroles les plus essentielles ne sont prononcées qu'à voix basse). La liturgie contemporaine fait de la messe davantage une liturgie de la communauté et de la parole.

Nous réservons la question, souvent posée par les conservateurs, de sa dimension sacrificielle, dont on peut se demander si elle a été autant affaiblie qu'ils le disent par le nouveau rituel : l'immense majorité des sacrifices de l'Ancienne Loi n'étaient-ils pas des sacrifices de communion ?

L’entrée dans un espace sacré

Liée à cette évolution est, il faut bien le dire, la relative banalisation de l'eucharistie : les prêtres ne rappelant presque jamais les conditions que l'Église avait mises à son accès, et le sentiment désormais commun que la communion est le prolongement naturel de l'assistance à la messe, donne un relief particulier à la question des divorcés remariés qui peuvent avoir le sentiment aujourd'hui d'être seuls exclus du rite.

Par derrière, une question de fond qui touche au rôle du sacrement. La théorie traditionnelle est que l'Église offre à ceux qui sont sans péché grave (ou se sont amendés) et observent ses rites, et à eux seulement, quelque chose de plus qu'un geste ou une consommation : l'entrée dans un espace sacré, distinct du "monde" qui est une véritable anticipation du Royaume des cieux dès ici-bas.

Qu'il faille dès lors, pour pénétrer dans cet espace, porter la "robe nuptiale" est admissible. Mais ce n'est pas ainsi que le voit l'immense majorité des communiants d'aujourd'hui, y compris ceux qui ne sont pas divorcés. Bien qu'informulée, leur théorie, qui a aussi des antécédents dans la doctrine de l'Église, serait plutôt que tous les hommes étant également pécheurs, le geste de pardon que représente le don du pain et du vin consacrés est également offert à tous. On ne voit pas dans ce cas, pourquoi certains seraient exclus de la table sainte.

Mais quel synode tranchera cette question ou du moins rendra la position de l'Église actuelle parfaitement explicite ?

La baisse de la pratique hebdomadaire

Autre question, non moins essentielle : la désaffection actuelle pour la pratique hebdomadaire, notamment chez les plus jeunes (allant parfois de pair avec un renforcement de la pratique quotidienne chez une minorité, qui peut aussi passer, au vu d'une certaine tradition, pour une banalisation). Une désaffection qui n'est pas sans lien avec la crise de la famille et en tous les cas du sacrement du mariage : si le sacré se retire de la vie tout court, il est tout aussi difficile à admettre, même dans une réalité aussi essentielle que l'union de l'homme et de la femme.

Cette désaffection est-elle liée ou non au changement de rituel ? Qui le dira ? Les traditionnalistes affirment que oui, sans que le niveau d'assiduité aux cérémonies qui ont leur faveur le confirme absolument.

Il nous semble en tous cas que, face à tant de questions encore ouvertes, sinon sur le plan dogmatique du moins sur le plan "pastoral", le synode serait bien imprudent de s'avancer trop sur la seule question des divorcés remariés prise isolément. Il nous semble urgent en revanche de clarifier ou à tout le moins d'expliciter en préalable la question de l'eucharistie, qui, chacun en convient, demeure le rite central de l'Église catholique.

 R. H.

____________________________

[1] Il serait intéressant par exemple de savoir quelle connaissance ont la majorité des Pères du Synode de travaux comme ceux de Christopher Lasch ou d'Emmanuel Todd.

Ref. Synode : la question de l’eucharistie est centrale

JPSC

 

Synode sur la Famille : une révolution se prépare-t-elle dans l'Eglise ?

Des exposés documentés et de riches échanges ont eu lieu entre les Pères du Synode, alors que le document de travail intermédiaire publié par la salle de presse du Saint-Siège, ce 13 octobre, reste très controversé chez les évêques. Monseigneur Tony Anatrella répond aux questions de l’agence de presse  Zenit pour analyser leur travail. Extraits cette longue  interview :

 (…)

Le document intermédiaire diffusé lundi révèle une très grande ouverture, mais sans références scripturaires ou patristiques…

Mgr T. A. - Le document préliminaire faisant la synthèse des travaux de la première semaine va être soumis aux discussions en carrefours linguistiques. Pour l’instant, il a été fortement critiqué lors de sa présentation en Assemblée générale et il ne fait pas l’unanimité des Pères. Il n’est pas assez fondé sur l’Ecriture et apparaît comme un discours sociologisant. Trop de confusions et de complaisances ne rendent pas compte de l’Enseignement de l’Église et de la pensée des Pères synodaux. Il a été demandé de revoir le texte dans sa structure et en ce qui concerne l’admission des divorcés remariés aux sacrements et l’homosexualité. Il a été jugé trop simpliste de laisser entendre que les unions de fait seraient un chemin possible de vie de couple (une façon d’accepter l’adultère ont dit certains Pères) et d’affirmer que « les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne ». Le texte fait l’impasse ici sur une forme de sexualité que l’Église ne peut pas reconnaître et encore moins la présence d’enfants dans ce type de situation. Autrement dit, il ne faut pas confondre la personne homosexuelle et l’homosexualité qui ne représente aucune valeur sociale et encore moins une richesse pour l’Eglise. Il en va de même avec le concubinage même si c’est insuffisant de dire que pour certains il finit par un mariage. Il est indispensable de mentionner en premier le sens du mariage chrétien et de la famille tel qu’il a été souligné par les témoignages des laïcs présents au Synode.

Est-il vrai que des cardinaux s’opposent au Pape ?

 

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Synode sur la famille : "le pape doit parler"

C’est le point de vue du Cardinal Burke, exprimé dans une interview traduite par le site Benoit et moi :

Q. Que voit-on, derrière le rideau médiatique qui entoure le Synode?

R. Une tendance inquiétante émerge, car certains soutiennent la possibilité d'adopter une praxis qui se détache de la vérité de la foi. Même s'il devrait être évident qu'on ne peut pas poursuivre en ce sens, beaucoup encouragent par exemple de dangereuses ouvertures sur la question de la communion concédée aux divorcés remariés. Je ne vois pas comment on peut concilier le concept irréformable de l'indissolubilité du mariage avec la possibilité d'admettre à la communion ceux qui vivent dans une situation irrégulière. Ici est mis directement en cause ce qu'a dit Notre Seigneur, quand il enseignait que celui qui divorce de sa femme et épouse une autre femme commet l'adultère.

Q. Selon les réformateurs, cet enseignement est devenu trop dur.

R. Ils oublient que le Seigneur assure l'aide de la grâce à ceux qui sont appelés à vivre le mariage. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y aura pas des difficultés et des souffrances, mais qu'il y aura toujours une aide divine pour les affronter, et être fidèles jusqu'au bout.
[…]

R. Je ne sais pas comment est conçu le briefing, mais il me semble que quelque chose ne fonctionne pas bien si l'information est manipulée de manière à ne mettre en relief une seule thèse, plutôt que de rapporter fidèlement les différentes positions exposées. Ceci m'inquiète beaucoup, car un nombre consistant d'évêques n'acceptent pas les idées d'ouverture, mais peu le savent. On parle seulement de la nécessité que l'Eglise s'ouvre aux instances du monde, énoncée en février par le cardinal Kasper. En réalité, sa thèse sur les thèmes de la famille et sur une nouvelle discipline pour la communion aux divorcés remariés n'est pas nouvelle, on en discute depuis trente ans. Et puis, depuis février, elle a repris avec vigueur et coupablement, on l'a laissé croître. Mais tout ceci doit finir, parce que cela provoque un grave dommage à la foi. Des évêques et des prêtres me disent qu'aujourd'hui, de nombreux divorcés remariés demandent à être admis à la communion, puisque le Pape François le veut. En réalité, je prends acte qu'au contraire, jusqu'à présent, il ne s'est pas exprimé sur la question.

Q. Pourtant, il semble évident que le cardinal Kasper et ceux qui sont sur sa ligne parlent avec le soutien du Pape.

R. Cela oui. Le Pape a nommé le cardinal Kasper au Synode, et il a laissé le débat poursuivre sur cette voie. Mais, comme l'a dit un autre cardinal, le pape ne s'est pas encore prononcé. J'attends une déclaration de lui, qui ne peut être qu'en continuité avec l'enseignement donné par l'Eglise dans toute son histoire. Un enseignement qui n'a pas changé, parce qu'il ne peut pas changer.[…]

Ref. CARDINAL BURKE: LE PAPE DOIT PARLER

Synode sur la famille : réactions des pères synodaux au « document provisoire »

La « relatio » proposée par la présidence du synode (et les experts ajoutés par le pape) à la discussion des « circuli minores » a surpris. Radio Vatican a noté des réserves et des réactions négatives au sein de l’assemblée synodale :

"Radio Vatican, 14.10.2014

(RV) Deuxième et dernière semaine du synode : le rythme s’accélère encore au Vatican. Ces jours ci, les pères synodaux se retrouvent en « cercles mineurs ». Répartis en groupes linguistiques, ils étudient, paragraphe par paragraphe,  le texte de mi-parcours qui a été rendu public hier, « la relatio post disceptationem », une relation post discussions, qui a fait parler d’elle.

Les précisions de Manuella Affejee [journaliste à radio vatican]:

Il s’agit avant tout d’un document provisoire, élaboré, certes dans un climat de grande liberté et de franchise, mais qui n’est pas sans susciter des divergences parmi les père synodaux, notamment sur les questions dites sensibles.

Certains regrettent par exemple que l’accent du document soit surtout mis sur les situations difficiles, passant sous silence d’autres situations, où la beauté du sacrement du mariage est vécue au quotidien, et dans la fidélité. Le mariage est certes, un chemin difficile, mais il est surtout une vocation au bonheur, et l’Eglise se doit de le réaffirmer.

Autre sujet de remarque : l’épineuse question des divorcés-remariés. La relatio préconise une solution non généralisée, basée sur un discernement au cas par cas. Mais certains émettent des réserves, et pointent du doigt le risque que l’accueil d’exceptions circonscrites ne devienne finalement la règle commune.

D’autres encore regrettent que la notion de péché ne soit pas assez explicite dans ce document. La reconnaissance d’éléments  « positifs » dans des situations « imparfaites » risque de semer le doute et la confusion sur ces situations, -le concubinage notamment-, qui restent des états de péché.

Un point de divergence concerne enfin les procédures d’annulation de mariage, que plusieurs voudraient confier à des structures diocésaines ; des structures, qui pour certains, ne disposeraient toutefois pas de tous les outils pour gérer ce type de situation."

(Tratto dall'archivio della Radio Vaticana)

 Ref. Synode : réactions au document provisoire

JPSC

et, sur Zenit.org :

Les "omissions" du document intermédiaire à mi-parcours, par Mgr Gadecki

Et diagnostic de l'archevêque de Riga, Mgr Stankiewicz

Il faut soutenir aussi « les familles ordinaires, normales », proteste, au micro de Radio Vatican en polonais, Mgr Stanislaw Gadecki, 65 ans le 19 octobre, archevêque de Poznan, et président de la Conférence épiscopale polonaise, qui regrette ce qu’il appelle les « omissions » du Rapport de la première semaine du synode.

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La pastorale selon l' "esprit du concile"

... ou comment les exceptions deviennent la règle. L'observation est sur le site du "salon beige":

Voici le fameux paragraphe 47 du rapport intermédiaire du synode extraordinaire, à propos de l'accès des divorcés-remariés à la communion sacramentelle :

"Quant à la possibilité d’accéder aux sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, certains ont argumenté en faveur de la discipline actuelle en vertu de son fondement théologique, d’autres se sont exprimés en faveur d’une plus grande ouverture à des conditions bien précises, quand il s’agit de situations qui ne peuvent pas être dissoutes sans entraîner de nouvelles injustices et souffrances. Pour certains, il faudrait que l’éventuel accès aux sacrements soit précédé d’un chemin pénitentiel – sous la responsabilité de l’évêque diocésain –, et avec un engagement évident en faveur des enfants. Il s’agirait d’une situation non généralisée, fruit d’un discernement réalisé au cas pas cas, suivant une règle de gradualité, qui tienne compte de la distinction entre état de péché, état de grâce et circonstances atténuantes."

Cet extrait provoque beaucoup de réactions à l'intérieur même de l'Eglise. Ce document a été accueilli avec circonspection par une partie des évêques lundi matin. Les propositions faites sur les cas difficiles ne sont pas partagées par tous. «Ce n’est qu’un document provisoire», temporisait-on à l’issue de la conférence de presse hebdomadaire. «Ce ne sont que des propositions de travail», a insisté le cardinal Erdö, rapporteur. De son côté, le président de la conférence des évêques polonais Mgr Stanisław Gądecki juge ce document"inacceptable".

En France, le journaliste Gérard Leclerc estime à propos du sujet évoqué :

"A mon sens, ce synode va donc provoquer une énorme déception dans l'opinion: beaucoup, influencés par les médias, vont croire que l'Eglise revient sur sa doctrine ; dans la réalité, cependant, on voit bien que toutes les exceptions dépendront de conditions rigoureusement définies."

Malheureusement, l'histoire récente de l'Eglise nous enseigne ce que deviennent les "exceptions". Voici par exemple un extrait de la Constitution conciliaire sur la liturgie :

"L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique, conformément à l’article 30."

Et dans le même texte :

"L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. Toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants, conformément aux normes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas."

Nous savons ce qu'il en est devenu de ces règles générales...

Un petit dernier pour la route : vous trouverez ici l'Instruction Memoriale Dominide 1969 qui règlemente de façon très restrictive la communion dans la main. Nous savons ce qu'est devenu ce qui n'était considéré alors que comme une "concession", accordée "afin d'aider les Conférences épiscopales à accomplir leur tâche pastorale, devenue souvent plus difficile dans les circonstances actuelles", contre laquelle la très grande majorité des évêques latins avaient alors voté.

Ce document du synode est un rapport intermédiaire. Chargé de synthétiser les débats des congrégations générales, il alimentera les réflexions des « cercles mineurs » linguistiques jusque au jeudi 16 octobre, avant la rédaction d’un rapport définitif samedi 19."

Ref.Pastorale : quand les exceptions deviennent la règle

JPSC