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Débats - Page 3

  • Un pape un peu protestant ?

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    De Sandro Magister sur son blog chiesa.espresso :

    jpg_1351343.jpgUn pape comme on n’en avait jamais vu. Un peu protestant

    L'idylle entre François et les adeptes de Luther. L'inquiétude des cardinaux et des évêques face à la "protestantisation" de l’Église catholique. Mais aussi la méfiance de théologiens luthériens faisant autorité

    ROME, le 22 juillet 2016 – Au début du dernier synode, la lettre pleine d’inquiétude que treize cardinaux provenant des cinq continents s’apprêtaient à remettre au pape François mettait celui-ci en garde contre le danger, pour l’Église catholique, d’aboutir, elle aussi, à l’"effondrement des Églises protestantes libérales à l’époque moderne, accéléré par leur abandon d’éléments-clés de la foi et de la pratique chrétiennes au nom de l'adaptation pastorale" :

    > Treize cardinaux ont écrit au pape. Voici la lettre (12.10.2015)

    Puis, in extremis, les treize prélats retirèrent de la lettre les deux lignes que l’on vient de citer avant qu’elle ne soit effectivement remise dans les mains du pape. Mais aujourd’hui ils les réécriraient telles quelles, en voyant l'idylle de plus en plus marquée qui est en train de se développer entre François et les adeptes de Luther.

    Le 31 octobre, Jorge Mario Bergoglio prendra l’avion pour se rendre à Lund, en Suède, où il sera accueilli par l’évêque local, une femme, afin de célébrer, aux côtés de la Fédération luthérienne mondiale, le cinquième centenaire de la Réforme protestante. Et plus cette date s’approche, plus le pape manifeste de la sympathie pour le grand hérétique.

    Lors de la dernière en date de ses conférences de presse aériennes, au cours du vol qui le ramenait d'Arménie à Rome, il a fait l’éloge de Luther. Il a déclaré que ce dernier était animé des meilleures intentions et que sa réforme avait été "un médicament pour l’Église", passant ainsi par-dessus les divergences dogmatiques essentielles qui, depuis cinq siècles, opposent les protestants aux catholiques, parce que – la formule est toujours de François, qui l’a prononcée au temple luthérien de Rome – "la vie est plus grande que les explications et les interprétations" :

    > Conférence de presse…

    L'œcuménisme de François se présente de la manière suivante. La primauté est donnée aux gestes, aux accolades, à des actes charitables accomplis en commun. Les oppositions de doctrine, y compris lorsqu’elles sont abyssales, il les laisse aux discussions des théologiens, qu’il confinerait volontiers "sur une île déserte", comme il aime à le dire en ne plaisantant qu’à moitié.

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  • Quand Mgr Gänswein s'exprime au sujet de lui-même, du Pontife régnant et de l'Eglise allemande

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    De Mario Tosatti (San Pietro e dintorni), traduit sur le site "Benoît et moi" :

    GÄNSWEIN, LE PAPE ET L'EGLISE. SUR TOUS LES SUJETS

    Georg Gänswein, secrétaire du pape Benoît XVI et préfet de la Maison pontificale, a donné ces jours-ci une longue interview à la Schwäbische Zeitung, dans laquelle avec beaucoup de franchise il a parlé de lui-même, du Pontife régnant et de l'Eglise allemande (cf. l'original en allemand).

    Le fait d'avoir été secrétaire de Benoît XVI, et son travail précédent à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi représentent «une marque de Caïn» aux yeux de beaucoup dans l'Eglise en Allemagne. Ce qui rend improbable qu'il puisse retourner en Allemagne comme évêque. Dans les diocèses allemands, le chapitre de la cathédrale joue un rôle important dans la sélection des candidats, et en général, a déclaré Gänswein, les membres ne sont pas connus pour «avoir la plus grande fidélité à Rome». Et de toute façon, il n'a pas «l'ambition de devenir un évêque diocésain».

    Quoi qu'il en soit, dit-il, l'Eglise allemande a un gros problème, et c'est l'argent. La loi allemande donne à l'Eglise un pourcentage sur les impôts payés. Cela fait de l'Eglise allemande un organisme très riche, et le deuxième plus grand employeur après l'Etat.

    Mais si vous choisissez de ne pas plus être enregistré comme catholique, vous êtes exclu. «Oui, c'est un problème sérieux. L'Eglise réagit par l'expulsion automatique de la communauté, en d'autres termes, l'excommunication! C'est excessif, incompréhensible. Si vous mettez en cause un dogme, personne ne s'en soucie, ils ne vous chassent pas. Le non-paiement de la taxe à l'Eglise est-elle une offense plus grande à la foi que la violation des principes de Foi?».

    Et il a poursuivi: "Les caisses sont pleines et les églises vides, ce fossé est terrible, et cela ne pourra pas continuer longtemps de la sorte. Si les caisses se remplissent et les bancs se vident, il y aura un jour une implosion. Une église vide ne peut pas être prise au sérieux». Et «l'effet François» que quelque évêque allemand avait prédit en Allemagne après l'élection «ne semble pas s'être réalisé».

    Sur les controverses qui ont suivi l'exhortation apostolique "Amoris Laetitia", notamment en ce qui concerne la possibilité pour les divorcés-remariés d'être admis aux sacrements, Gänswein a dit: «Si un pape veut changer un aspect de la doctrine, il doit le faire avec clarté, pour le rendre obligatoire. Des principes magistériels importants ne peuvent pas être modifiés par des demi-phrases ou des notes de bas de page de façon quelque peu ambiguë. Les déclarations qui peuvent être interprétées de différentes manières sont une chose risquée».

    Sur le rapport des fidèles, en particulier ceux qui sont les plus conservateurs, avec le Pontife actuel, il a dit: «La certitude que le Pape, comme un roc face aux vagues, était la dernière ancre, est en effet en train de se dissoudre. Si cette perception correspond à la réalité et reflète correctement l'image de François, ou bien si c'est une image médiatique, je ne peux pas en juger. Mais les absences de certitude et parfois même la confusion et le désordre ont augmenté ... il y a un court-circuit entre la réalité des médias et la réalité des faits».

    Mgr Gänswein a répondu à une question sur la façon de communiquer le Pontife, et il a admis que «dans le discours, parfois, en comparaison de ses prédécesseurs, il est un peu imprécis, voire incorrect,simplement il faut l'accepter. Chaque pape a son style personnel. C'est sa façon de parler, même avec le risque de conduire à des malentendus, et parfois même des interprétations extravagantes. Mais il continuera à parler sans langue de bois».

  • Archidiocèse de Malines-Bruxelles : à propos de la dissolution de la Fraternité des Saints-Apôtres

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    L’archevêché de Malines-Bruxelles a laissé croire le 15 juin dernier à l’existence d’un décret de dissolution de la Fraternité des Saints Apôtres, exécutoire dans un délai de quinze jours. Mais, le 30 juin sauf erreur, le P. Scholtès, porte-parole de Mgr l’archevêque De Kesel, a précisé que le décret n’était pas encore signé. Finalement, ce décret a été signé le 15 juillet et notifié le 18 du même mois.

    Il devient donc attaquable judiciairement selon les procédures prévues par la législation canonique : appel devant l’évêque lui-même puis, le cas échéant, recours devant l’autorité supérieure, en l’occurrence le Saint-Siège.

    Normalement l’action judiciaire suspend l’exécution de l’acte attaqué jusqu’à épuisement des recours.

    Bref :

    -Présentement, ce décret ne peut produire ses effets s’il est contesté de manière recevable, conformément aux dispositions procédurales du droit canonique.

    -Sur le fond, une question (il faudrait la poser à un canoniste) est de savoir si le juge du recours peut s’immiscer dans l’appréciation des motifs de fait invoqués par un évêque pour mettre fin à une association « publique » (au sens du droit canon) de fidèles créée par son propre diocèse et quels sont exactement, par ailleurs, les griefs de droit invoqués par les plaignants.   

    -En toute hypothèse, le fait que Mgr De Kesel ait finalement traduit ses intentions par un acte juridique formel signé le 15 et notifié le 18  juillet, n'est évidemment pas un bon signe pour aboutir à une solution concertée dans les délais impartis par la procédure canonique…

    JPSC

  • Quand Mgr De Kesel communique aux membres des Saints Apôtres le décret de dissolution de leur Fraternité

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    C'est bref, brutal, et dénué de tout sentiment paternel :

    Aux membres de la Fraternité des Saints Apôtres

    Malines, le 18 juillet 2016

    Cher Frère,

    Le 15 juin dernier, je t’ai fait savoir que j’avais décidé de ne plus accueillir la Fraternité des Saints Apôtres dans l’archidiocèse de Malines-Bruxelles.

    Jusqu’à maintenant, cette décision n’était pas formalisée par un acte juridique. Le droit canon m’y oblige par la signature d’un décret. Il me demande en même temps de le faire savoir. Tu trouveras ci-joint copie de ce décret. Je t’en souhaite bonne réception.

    Avec mes salutations fraternelles,

    Jozef De Kesel

    Archevêque de Malines-Bruxelles

     

    Décret concernant la Fraternité des Saints Apôtres

    Attendu que : 

    • La Fraternité des Saints Apôtres a été érigée le 7 avril 2013 en « association publique de fidèles cléricale » de droit diocésain. Elle relève de la responsabilité de l’archevêque de Malines-Bruxelles.
    • La Fraternité compte jusqu’à présent 27 membres, dont 6 prêtres et 21 séminaristes dont un diacre. De ces 27 membres, 21 résident en Belgique et 6 en France, plus précisément dans le diocèse de Bayonne. La majorité des membres est actuellement originaire de France.

    Considérant que :

    • Répondre à la vocation de prêtre diocésain ne signifie pas nécessairement de se retrouver seul : le prêtre peut compter sur le soutien et la solidarité de frères.
    • L’initiative pose cependant problème lorsque l’on constate que la plupart des séminaristes de la Fraternité des Saints Apôtres viennent de France où de nombreuses régions connaissent un manque cruel de prêtres. Il se pourrait que le nombre de séminaristes belges, tant néerlandophones que francophones, augmente au fil du temps. Mais, dans ce cas de figure, ils pourraient provenir également d’autres diocèses belges alors qu’ils relèveraient tous de l’Archidiocèse.
    • Cette perspective n’est dès lors pas à promouvoir dans les circonstances actuelles car elle manifeste un grave manquement à la solidarité entre évêques, tant avec ceux de notre pays qu’avec nos voisins français.
    • Une commission spéciale a rencontré depuis le début de l’année 2016 tous les membres de la Fraternité résidant en Belgique. Les évêques de Belgique et les instances responsables du Saint-Siège ont été consultés par l’archevêque sur la question.

    Par le présent décret, j’estime devant Dieu et en conscience devoir prendre les décisions suivantes :

    • L’association publique « Fraternité des Saints Apôtres » est dissoute à la date du 15 juillet 2016.
    • Les prêtres et le diacre incardinés pour servir dans l’archidiocèse de Malines-Bruxelles le resteront conformément aux dispositions du droit de l’Eglise. Lorsque l’archevêque les nommera à différentes fonctions, il s’efforcera de respecter ce qui leur était cher lorsqu’ils ont adhéré à la Fraternité.

    De mauvaises raisons pour une mauvaise décision. Quant aux efforts de l'archevêque pour respecter "ce qui était cher aux prêtres et au diacre incardinés lorsqu'ils ont adhéré à la Fraternité", sommes-nous vraiment rassurés ?

    Et qui a menti ?

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  • La Turquie a-t-elle sa place en Europe ?

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    Le contre-coup d’Etat en cours dans ce pays ramène la question sur le devant de la scène. Retour corrélatif sur le point  de vue de Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, exprimé en 2004, quelques mois avant son accession à la papauté :

    “L'Europe est un continent culturel et non pas géographique. C'est sa culture qui lui donne une identité commune. Les racines qui ont formé et permis la formation de ce continent sont celles du christianisme. [...] Dans ce sens, la Turquie a toujours représenté un autre continent au cours de l'histoire, en contraste permanent avec l'Europe. Il y a eu les guerres avec l'Empire byzantin, pensez aussi à la chute de Constantinople, aux guerres balkaniques et à la menace pour Vienne et l'Autriche... Je pense donc ceci:  identifier les deux continents serait une erreur. Il s'agirait d'une perte de richesse, de la disparition du culturel au profit de l'économie. La Turquie, qui se considère comme un État laïc, mais sur le fondement de l'islam, pourrait tenter de mettre en place un continent culturel avec des pays arabes voisins et devenir ainsi le protagoniste d'une culture possédant sa propre identité, mais en communion avec les grandes valeurs humanistes que nous tous devrions reconnaître. Cette idée ne s'oppose pas à des formes d'associations et de collaboration étroite et amicale avec l'Europe et permettrait l'émergence d'une force unie s'opposant à toute forme de fondamentalisme".  (interviewé par Sophie de Ravinel pour le Figaro Magazine, 13 août 2004).

    Et encore :    

    “Historiquement et culturellement, la Turquie partage très peu avec l’Europe et l’englober dans l'Union européenne serait donc une grande erreur. Il vaudrait mieux que la Turquie serve de pont entre l’Europe et le monde arabe ou forme avec ce dernier son propre continent culturel. L'Europe n’est pas un concept géographique mais culturel, qui s’est formé au cours de l’histoire, parfois conflictuelle, fondé sur la foi chrétienne. C’est un fait que l’Empire ottoman a toujours été en opposition à l’Europe. Bien que Kemal Atatürk ait bâti une Turquie laïque dans les années 20, elle reste le noyau de l’ancien Empire ottoman. Elle est donc très différente de l’Europe, qui est aussi un ensemble d’États laïcs, mais avec des bases chrétiennes, même si l’on tente injustement de le nier. Par conséquent, l’entrée de la Turquie dans l’UE serait antihistorique”. (Joseph Ratzinger dans un discours prononcé le 18 septembre 2004 devant les opérateurs pastoraux du diocèse de Velletri (près de Rome, en Italie), repris par le quotidien suisse catholique de Lugano “Il Giornale del Popolo”).

    JPSC

  • Voici ce que j'ai envie de dire quand je referme "La Libre"

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    « J’ai trop envie de dire certaines choses . En voici trois ».  Une chronique du P. Charles Delhez, dans « La Libre » d’hier, à propos de la canonisation du football, des Belges et de la religion et de l’idolâtre des Lumières : 

    «  [...]

    1. Les médias nous aident à célébrer la canonisation du football ! Mais a-t-on réfléchi à ce qu’est devenu ce sport ? J’énumère sans nuance : lieu d’un brassage financier gigantesque et pas toujours très transparent, jeu du cirque où les plus riches du pays se donnent en spectacle. Du pays ? En effet, Flamands et Wallons, pour des motifs différents, s’identifient aux Diables rouges. Mais ils ne sont en fait qu’une entreprise ultralibérale qui fait de l’argent, après un temps de grève contre un gouvernement libéral. Un lieu où il n’y a aucune mixité de genre (du moins sur le terrain), le lieu de l’hyperconsommation, de la violence, de l’hystérie collective et de la compétition. Quant à l’empreinte écologique de l’événement, il vaut mieux la passer sous silence. J’exagère peut-être. En ces temps de morosité, l’Euro est sans doute un temps de convivialité devant les écrans - et je m’en réjouis -, mais aussi une vitrine des dérapages de notre société que l’on ne veut pas voir. J’ai donc décidé, cette année, de ne pas le suivre (même si j’ai écouté les résultats) !
    1. La religion revient, révèle une étude récente de l’ULB. L’être humain ne se résout donc pas si facilement à abandonner le sacré. Chacun garde un vague espoir que tout ne soit pas insensé et absurde, qu’un Dieu existe et qu’il y a bien quelque chose après la mort. Si la dernière enquête sur les valeurs européennes de 2008 parlait de 50 % de Belges se déclarant catholiques dans notre pays, on en dénombrerait maintenant 63 %. Une réaction identitaire face à l’islam radical, sans doute. Le 21e siècle sera furieusement religieux, a prédit l’américain Peter Berger. Ce n’est donc pas de sécularisation qu’il s’agit dans notre pays, mais de déchristianisation. En effet, même si on se déclare catholique, c’est la référence au Christ, à sa manière si originale de parler de Dieu et si exigeante d’inviter à l’amour qui disparaît. Aujourd’hui, il règne un vague déisme. Or, le Christ a une conception bien particulière du sacré. Je peux en faire l’expérience dans la rencontre de cet ennemi qu’il faut aimer, du pauvre qu’il faut secourir, dans l’intériorité à cultiver, dans la communauté à bâtir avec d’autres. Sans doute notre société s’est-elle en partie approprié les "valeurs chrétiennes" - et c’est heureux -, mais en les lénifiant. Or, quand on lit l’Evangile, c’est toujours "un peu plus qu’il n’en faut". Le christianisme se reconnaît à ce surplus. Faut-il pardonner jusqu’à 7 fois ?, demande Pierre à Jésus. Et lui de répondre : jusqu’à 70 fois 7 fois.
    1. Et enfin, parlons du siècle des Lumières. "Va-t-on retourner dans les siècles noirs d’avant les Lumières ?", se demande Patrick Dewael, comme si depuis lors, on était vraiment entré dans la lumière totale. Rappelons-nous l’obscur 20e siècle : deux guerres mondiales et la bombe atomique, la Shoah, la spoliation des colonies, le découpage du Moyen-Orient, l’industrialisation/consommation/pollution à outrance sans esprit prospectif à long terme. Aucune époque n’a été parfaite, ni avant ni après les Lumières. Chacune a cherché son équilibre comme elle a pu, avec sa hiérarchie de valeurs (qui n’est plus la nôtre sans doute, mais qui la vaut peut-être bien). Cela lui a permis de vivre, malgré l’ivraie qui poussait aussi. Ne jugeons pas les époques précédentes à l’aune de la nôtre, car elles ne sont plus là pour nous juger. Ne soyons pas ingrats non plus, car nous en sommes les héritiers. Quand le texte biblique dit que Dieu vit que cela était très bon, il se projette à la fin des temps, quand Dieu pourra dire : "Je ne regrette pas, l’aventure en valait la peine." En attendant, nous sommes dans une période de gestation. Que chacun fasse ce qu’il peut pour transmettre à ses enfants un monde meilleur que celui qu’il a reçu. »

    Ref. Voici ce que j'ai envie de dire quand je referme "La Libre"

    JPSC

  • Pas de Vatican II pour l’Orthodoxie

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    Des commentateurs religieux du monde catholique ont annoncé abusivement le Concile orthodoxe réuni en Crète de 19 au 27 juin 2016 comme celui de l’aggiornamento de l’Orthodoxie. C’était aller un peu vite en besogne  pour deux raisons. La première est que les Eglises orientales n’éprouvent pas nécessairement, comme l’Eglise latine, la double fascination du Protestantisme et des Lumières de la modernité. La seconde tient à l’ecclésiologie même des chrétiens d’Orient marqués par le caractère autocéphale de leurs communautés religieuses : à commencer par la plus puissante d’entre elles, l’Eglise russe qui  en refusant (pour des motifs  peut-être aussi liés à la première raison) de prendre part à ce concile lui a ôté tout caractère « panorthodoxe ». Lu sur le site Orthodoxie cette confirmation officielle de l’échec (JPSC) :

    église russe.jpg

    « Au titre du protocole N°48 de sa session du 15 juillet 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris la décision suivante au sujet du Concile de Crète :

    « Il a été décidé de :

    1. Reconnaître que le Concile qui a eu lieu en Crète et auquel ont participé les Primats et les évêques de dix des quinze Églises orthodoxes autocéphales, a constitué un événement important dans l’histoire du processus conciliaire dans l’Église orthodoxe, initié par la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961.
    2. Souligner que le fondement de la coopération panorthodoxe au cours de tout le processus conciliaire était constitué par le principe du consensus.
    3. Constater que l’accomplissement du Concile en l’absence d’accord de la part de plusieurs Églises orthodoxes autocéphales transgresse ledit principe, en conséquence de quoi le Concile qui a eu lieu en Crète ne peut être considéré comme panorthodoxe, et les documents qui y ont été adoptés [ne peuvent être considérés] comme exprimant le consensus panorthodoxe.
    4. Prendre note à ce sujet de la position du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche.
    5. Après réception des copies officiellement certifiées des documents approuvés par le Concile de Crète, confier à la Commission biblico-théologique, leur publication et leur étude, prenant également en compte de possibles réactions et remarques de Leurs Excellences les évêques, des institutions ecclésiastiques d’enseignement, des théologiens, clercs, moines et laïcs. À l’issue de leur étude sous tous les aspects, présenter les conclusions au Saint-Synode. »

    Ref. Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe au sujet du Concile de Crète

  • "La renonciation du pape est possible, mais il faut espérer qu’il n’y en ait plus jamais d’autre"

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    De Sandro Magister sur son blog Chiesa.espresso :

    Brandmüller: "La renonciation du pape est possible, mais il faut espérer qu’il n’y en ait plus jamais d’autre"

    Le cardinal allemand, qui fait autorité en matière d’histoire du christianisme, intervient à propos de la question, de plus en plus brûlante, de la démission de Benoît XVI. Celle-ci, d’après lui, n’a pas fait de bien à l’Église

    ROME, le 18 juillet 2016 – La discussion, de plus en plus vive, à propos de la nouveauté absolue que constitue l’existence simultanée de "deux papes", l’un régnant et l’autre "émérite", le premier "actif" et le second "contemplatif", compte depuis aujourd’hui un nouveau participant de très haut niveau, le cardinal Walter Brandmüller, qui s’est joint au débat sous la forme d’un article publié dans la très sérieuse revue juridique en ligne "Statoechiese.it" :

    > "Renuntiatio Papae". Alcune riflessioni storico-canonistiche

    Brandmüller, 87 ans, allemand, est une autorité en la matière. Il a été, pendant de nombreuses années, professeur titulaire d’Histoire de l’Église à l'université d’Augsbourg. Au Vatican, il a présidé, entre 1998 et 2009, le comité pontifical des sciences historiques. Et il a été fait cardinal par Benoît XVI en 2010.

    Il a été l’un des soutiens les plus résolus du pontificat de Joseph Ratzinger. Cependant il n’a pas accueilli sans broncher la renonciation de ce dernier au souverain pontificat. Il est en effet convaincu que de telles renonciations sont possibles, mais qu’elles ne sont pas toutes aussi licites au point de vue moral, c’est-à-dire orientées vers le "bonum commune" de l’Église.

    Par ailleurs Brandmüller accepte encore moins que la période ouverte par la renonciation existe sous sa forme actuelle, incluant le personnage totalement inédit d’un "pape émérite", avec les risques très graves, pouvant aller jusqu’à un schisme, que cela comporte, d’après lui.

    Dans son article, Brandmüller n’utilise même pas l’expression "pape émérite". En revanche, il considère comme "nécessaire et urgente une législation qui définirait et règlerait" le statut des ex-papes.

    On trouvera ci-dessous la reproduction presque intégrale de la cinquième et dernière partie de l’article rédigé par le cardinal, contenant cinq propositions de réglementation concernant le profil des ex-papes.

    Un profil radicalement différent – comme on va le voir – de celui qui est en train de se dessiner actuellement, en particulier depuis que l’archevêque Georg Gänswein, secrétaire de Ratzinger, a tenu des propos explosifs à l’Université Pontificale Grégorienne, le 21 mai dernier :

    > Il n’y a pas un pape, mais deux : un "actif" et un "contemplatif"

    Et, à plus forte raison, Brandmüller est également bien loin de faire sienne l'énigmatique expression "pontificat d'exception" (Ausnahmepontifikat), appliquée par Gänswein au pontificat de Benoît XVI, précisément en raison de la renonciation de celui-ci. Cette formule qui renvoie aux idées de Carl Schmitt à propos de l’"état d'exception" en tant que suspension des règles de gouvernement ordinaires et innovation concernant celles-ci réalisée exclusivement par le souverain, celui-ci étant, dans le cas présent, le successeur de Pierre.

    À ce sujet, il est bon de relire ces deux commentaires, dus respectivement au canoniste Guido Ferro Canale et au vaticaniste Aldo Maria Valli :

    > La rinuncia di Benedetto XVI e l'ombra di Carl Schmitt

    > Ratzinger, Schmitt e lo "stato d'eccezione"

    Le pape François a également montré - dans une réponse donnée à une journaliste au cours du voyage aérien qui le ramenait d'Arménie à Rome, le 26 juin - qu’il rejetait l'idée de "presque un ministère en commun" entre les deux papes. Au contraire, il a revendiqué pour lui seul l'exercice de la primauté ; il a souligné "l'obéissance" promise par le pape émérite à son successeur ; et il ne s’est pas privé de recueillir et de répandre, lui aussi, le "bavardage" selon lequel "certaines personnes ont été de plaindre [auprès de Ratzinger] parce que 'ce nouveau pape…', et Ratzinger les a chassés" :

    > Conférence de presse du Saint-Père…

    À cela on peut encore ajouter le fait que, dans une interview au quotidien argentin "La Nacion" publiée le 3 juillet, il a déclaré que l'abdication de Benoît XVI "n’a rien eu à voir avec quoi que ce soit de personnel", donnant ainsi l’impression de contredire ce qu’avait affirmé Benoît lui-même au moment de sa démission, qu’il avait motivée par la défaillance de ses forces :

    > Cariño y respeto notable a Benedicto

    En somme la question est plus brûlante que jamais.

    Ce qui est sûr, c’est que le cardinal Brandmüller achève son article par cette conclusion péremptoire : "La renonciation du pape est possible et elle est accomplie. Mais il faut espérer qu’il n’y en aura plus jamais d’autre".

    Lire la suite sur le blog de Sandro Magister

  • Turquie : vous avez dit "Coup d'Etat" ?

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    L'analyse de Stefano Magni sur la Nuova Bussola Quotidiana (trad. de belgicatho) :

    Coup d’Etat, coup d'Etat monté contre soi, contre-coup d’Etat, la Turquie s’interroge

    Il y a encore beaucoup de zones d’ombre autour  du dernier coup d'Etat en Turquie. Manque l'élément central : qui l'a organisé? C'est une question caractéristique du duel à distance entre le président Recep Tayyip Erdogan et son principal rival (ancien allié), le politologue et prédicateur Fethullah Gulen. Selon Erdogan, c’est lui qui est l'inspirateur du coup d'Etat manqué. Gulen, de son exil volontaire aux États-Unis, a répondu, il s’agit d’une mise en scène d’Erdogan lui-même. Et de nombreux Turcs, avant même d'attendre cette déclaration, le croient.

    L'échange d'accusations sur qui en a été l'organisateur et sur l'inspiration du coup d'Etat, est rendu possible par le profil bas de ses protagonistes actuels. Tous les coups d’Etat ont leur homme fort qui s’impose sur les écrans de télévision promettant l'ordre et la paix sociale, même si c’est au prix de la force. En Turquie, il n'y a rien eu de semblable. Des "militaires" anonymes ont occupé des stations de télévision et des points clés des deux grandes villes pour mettre en place un tout aussi anonyme «conseil de paix». Le mystère de l'absence de visages et d’hommes forts a permis immédiatement aux théoriciens de la conspiration d’entrer en action. L'opposition turque compare le coup d’Etat manqué à l’incendie du Reichstag en 1933, qu’Hitler a attribué aux communistes et qui lui a permis de promulguer des lois et des mesures spéciales qui ont transformé son gouvernement en dictature. Le parallèle entre le coup d'Etat du 16 Juillet et l'incendie du Reichstag a fait le tour du web en Turquie et est devenue un sujet tendance dans les réseaux sociaux. Par ailleurs, depuis la nuit du coup d'Etat manqué, les partisans de M. Erdogan, en Turquie et à l'étranger, ont commencé à accuser les États-Unis d'être derrière le coup d'Etat. Une thèse qui a été relancée hier par le ministre du Travail du gouvernement Yildrim et immédiatement démentie par le secrétaire d'État John Kerry indigné (qui au contraire, lors des moments critiques, avait soutenu Erdogan et délégitimé ses adversaires).

    Les deux théories du complot impliquent des conséquences pratiques. Le principal accusé est Gulen, l'un des protagonistes d’un islam politique turc depuis les années 90, ancien allié d'Erdogan (au moins jusqu'en 2013) et la tête d'un vaste mouvement politique et religieux, avec des écoles et des ramifications également aux États-Unis et en Europe. Les membres de son mouvement, Hizmet, ou tous ceux qui sont considérés comme étant en contact avec  sa mouvance, sont les premières victimes des purges massives qui ont lieu en Turquie: 9.000 militaires et 3.000 juges arrêtés jusqu’à présent ("et ils vont arrêter 6.000 autres», annonce menaçant le ministre de la Justice). Les États-Unis eux-mêmes sont ciblés: la base aérienne d'Incirlik, également utilisée par les États-Unis pour mener la campagne contre Isis, a été fermée pendant plus de vingt-quatre heures, assiégée littéralement et libérée la nuit dernière seulement. Selon les autorités turques, elle aurait été utilisée par des avions "détournés" par les putschistes et sa fermeture a également été considérée comme une forme de pression pour exiger l'extradition de Gulen. Que le gouvernement des États-Unis, par ailleurs, ne sont pas près de concéder.

    Mais que dire de la thèse de la minorité, c’est-à-dire de la thèse de Gulen à propos d’un coup d’Etat fomenté par le pouvoir lui-même? Il ne s’agit pas d’une vraie accusation à proprement parler, mais bien d’une réplique pour répondre aux accusations du gouvernement turc: "La possibilité existe que ce coup d'Etat ait été orchestré par le gouvernement lui-même, et que ce soit un prétexte pour lancer de nouvelles accusations" contre ses adversaires. Dans la même interview, l'un des rares qui a communiqué avec la presse depuis son exil en Pennsylvanie, États-Unis, Gulen se défend en disant qu'il avait actuellement peu de contacts (vivants et libres) en Turquie. Certainement, il n’aurait pas pu orchestrer un soulèvement militaire de cette taille.

    Celui qui pointe du doigt Erdogan et croit que le coup d'Etat manqué est la version turque de l'incendie du Reichstag, utilise principalement l’argument de savoir à qui profite le crime. Mais ce n’est jamais une méthode logique pour trouver un coupable vu que c’est un raisonnement a posteriori. Mais il est utilisé pour bien décrire la situation actuelle. Une fois qu'il a gagné sa dernière bataille contre l'armée, le président a les mains libres pour mener à bien la réforme constitutionnelle très controversée et aussi pour le rendre encore plus autoritaire ; il peut arrêter tous ses adversaires au sein de l'armée et du pouvoir judiciaire et même les supprimer, en réintroduisant la peine de mort pour haute trahison. La Turquie peut effectivement devenir une dictature, après des années de dérive autoritaire. Ce qui émerge, c’est un pouvoir beaucoup plus arbitraire que celui que mettrait en place une junte militaire, notamment parce qu'il est soutenu par les masses musulmanes. Avec une rhétorique très similaire à celle utilisée par tous les régimes totalitaires, Erdogan a également lancé sa mobilisation permanente ; il continue à répéter le moment magique lors duquel il a appelé le peuple à la résistance et les imams ont lancé leur appel à la mobilisation du haut de leurs minarets. Ce sont les masses «démocratiques» qui ont battu les soldats prisonniers et qui les ont tués quand elles ont pu. Ce sont des masses qui se sentent au pouvoir derrière leur homme fort, cette fois bien visible et fermement campé sur le trône. Cette nuit du 16 juillet apparaît maintenant comme sa révolution. Pas seulement comme un coup d'Etat manqué.

  • Les femmes sont les premières victimes d'une conception idéalisée de la maternité

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    De genethique.org :

    LE "REGRET D'ÊTRE MÈRE", EXPLICATION D'UN TABOU PAR THÉRÈSE HARGOT

    Lundi, Libération, publiait un article fracassant : « Le regret d’être mère, ultime tabou », écho d’une étude[1] sur le phénomène du regret de la maternité. Thérèse Hargot, philosophe et sexologue, auteur du livre Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)[2], réagissait sur les réseaux sociaux, reprochant au quotidien de ne pas aller au bout des remises en question que son analyse impose. Contactée par Gènéthique, elle s’explique. 

    Gènéthique: Pourquoi avez-vous réagit à cet article ? 

    Thérèse Hargot: L’article est courageux. Il montre l’impossibilité des femmes à dire leurs regrets par rapport à la maternité. Mais tout en analysant les causes qui ont conduit à ce tabou, l’article ne fait que constater sans démonter le système qui a produit ce tabou. 

    G: A votre avis, que faut-il remettre en cause ? 

    TH: Si on veut permettre de nouveau aux femmes d’exprimer un regret d’être mère, il faut remettre en question le droit à l’avortement qui impose un nouveau devoir de la maternité, celui d’être une mère heureuse. Aujourd’hui, avec le « droit à l’IVG », toute mère a forcément choisi de l’être, sinon elle aurait avorté. L’enfant est systématiquement perçu comme le fruit d’un désir dont les femmes portent l’entière responsabilité. Elles se doivent donc d’être heureuses et d’assumer leur choix. Elles n’ont plus d’espace pour exprimer l’ambivalence d’un désir qui ne peut être aujourd’hui que blanc ou noir, enfant ou IVG. Pas de nuances de gris… Et ce type d’injonction crée chez les femmes toutes sortes de pathologies : de vraies dépressions, des pressions meurtrières… parce qu’elles n’ont plus de lieu pour dire : être mère c’est difficile, je regrette, je n’y arrive pas… Ce qui est le lot commun de toute mère à un moment ou un autre. Le danger est plus fondamental, et de ce fait, plus pervers parce qu’il n’a pas le droit de se dire. L’autre raison qui empêche les femmes d’avouer leur regret ou leurs difficultés, c’est que si elles s’expriment dans ce sens, le refrain qu’elles vont entendre en boucle c’est « tu n’avais qu’à avorter », alors que ces femmes veulent seulement exprimer une part d’ombre de la maternité. Ces femmes qui regrettent, ne remettent pas en cause d’avoir gardé leur enfant. Elles ne veulent pas avorter. Mais elles n’ont plus le droit d’exprimer cette émotion et tout devient très lourd. Elles ont besoin d’être écoutées. La loi qui devait libérer les femmes en leur donnant libre accès à l’IVG, tourne au drame en les plaçant face à un tabou. Leur souffrance est d’autant moins acceptable que jamais, la maternité n’a été à ce point valorisée. 

    G: Pensez-vous que les questions de PMA, de GPA, du droit à l’enfant, puisse entretenir ce tabou ? 

    TH: Non seulement elles l’entretiennent, mais elles le renforcent ! Avec les débats autour de la PMA et de la GPA, leurs émotions sont frappées d’un interdit encore plus fort ! Les revendications du droit à l’enfant de certaines communautés sonnent comme l’équivalent d’un droit au bonheur, être « mère » c’est s’accomplir. Comment dire après qu’on n’en a assez ? 

    G: L’article semble déplorer que l’enquête exclut l’homme. Qu’en pensez-vous ? 

    TH: C’est malheureusement très symptomatique des questions qui entourent la maternité. Je trouve très dommage que l’homme n’ait plus sa place, parce qu’elle était un bon contrepoint à l’ambivalence du désir, très propre à l’expérience de la maternité, aux femmes. Traditionnellement, la loi protégeait l’enfant. Avec le droit à l’IVG, la loi ne joue plus son rôle. Dans une famille, l’ambivalence du désir de la femme est normalement assumé par l’homme. Je m’explique : comme femme, j’attends de mon homme qu’il m’écoute et qu’il continue à me protéger et à protéger les enfants. Il est très masculin de dire : « Il y a des choses qui se font et d’autres qui en se font pas. Tu veux que l’enfant meurt ? C’est non ». Or tout est fait, déjà avec la contraception, pour faire de la maternité une affaire de femme, où l’homme est peu engagé. Quand l’homme n’est pas dans son rôle, quand la solution proposée à l’ambivalence du désir de la femme est l’IVG, la femme ne va plus oser exprimer à l’homme sa colère, ses sentiments, avec les dégâts qui s’en suivent pour elle-même et pour la relation à son enfant. Parce qu’elle sait qu’il est possible de le tuer. Avec l’IVG, les femmes ont revendiqué une libération qu’elles sont seules à assumer. Et le tabou est d’autant plus fort qu’inconsciemment, les femmes ont intériorisé ce tabou, elles s’autocensurent. 

    G: Le constat est dur, que faut-il faire ? 

    TH: Le jour où je veux un enfant, s’il ne vient pas, c’est la catastrophe ! Le jour où ça vient et que je regrette, c’est la catastrophe aussi… Il faut témoigner d’autre chose : retrouver le sens de la vie non pas comme un but, mais comme un fruit. Accueillir la complexité de la maternité comme quelque chose qui nous dépasse. Et l’accepter libère ! Dire que c’est difficile, pleurer, crier sa colère, avouer qu’on souhaite ne plus être mère, est une expérience libérante qui aide à mieux la vivre. Je trouve très dommage que l’article publié dans Libération, se contente juste de déplorer la situation sans remettre en cause le système, sans remettre en cause le « droit » à la contraception et le « droit » à l’avortement qui a conduit à une nouvelle conception de la maternité, idéalisée, dont les femmes sont les premières victimes.

     
    [1] « Regretting Motherhood : A Sociopolitical Analysis », in Signs (Journal of women in culture and Society, vol. 40).
    [2] « Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) », Editions Albin Michel, 2016. 
  • Il y a 70 ans, quand le général Mihaïlovic était assassiné par les communistes yougoslaves

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    De Miloslav Samardjic* sur le site de France Catholique

    70e anniversaire de l’assassinat du Général Mihaïlovic par les communistes yougoslaves

    Par Miloslav SAMARDJIC *

    Beaucoup a été écrit sur le général Draja Mihaïlovic, mais ce n’est que maintenant que des documents, disponibles depuis une dizaine d’années, sont enfin analysés et lui rendent vraiment justice sur son rôle dans la 2de Guerre mondiale. Quant à son procès, à l’issue duquel il fut assassiné, il y a 70 ans, le 17 juillet 1946, la plaidoirie complète n’en a été publiée qu’en 2015.

    L’avocat de la Défense, le Dr Dragic Joksimovic savait que son client était déjà condamné à mort. Il savait aussi que le même sort lui serait réservé s’il décidait de remplir sa mission, mais cela ne l’a pas découragé. Le 8 juillet 1946, dans la grande salle de l’immeuble qui était, avant guerre, celui de la Garde royale, le président du Tribunal militaire de la Yougoslavie socialiste, fondée moins de neuf mois plus tôt, le colonel Mihailo Djordjevic, a appelé, à 19 h 15 précises, le Dr Joksimovic, à faire sa plaidoirie pour ce procès qui durait depuis presque un mois.

    Le général Draja Mihaïlovic, 53 ans, était le commandant de l’Armée Royale yougoslave, plus connue dans la population comme les «  Tchetniks  », pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était un officier spécialisé dans la guérilla et dans le renseignement, qu’il avait étudiés en France avant la guerre. Il avait multiplié les actes de résistance contre l’occupation allemande et ses alliés. Le général de Gaulle l’avait décoré de la Croix de Guerre en 1943, mais c’est au milieu de cette année-là que les Alliés occidentaux, et notamment Churchill, l’avaient trahi au profit des communistes yougoslaves, par un réalisme politique qui se révélera une faiblesse inutile. Mihaïlovic, privé de tout secours, malade, incroyablement calomnié, poursuivit la lutte pour la liberté jusqu’en mars 1946 où il fut capturé par ruse, emprisonné puis horriblement torturé durant deux mois.

    Le Dr Joksimovic, 53 ans lui aussi, visiblement exténué et de santé fragile, s’est levé et a demandé à la cour que lui soient accordées deux faveurs. La première était de laisser la parole à un confrère défendant un autre accusé parce que, debout depuis quatre heures du matin et habitant loin, il tenait maintenant à peine sur ses jambes. Le juge Djordjevic lui a répondu  : «  C’est maintenant votre tour, voulez vous parler oui ou non  ?  ».

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  • Réunion de la commission chargée d'étudier la vie du bienheureux Alojzije cardinal Stepinac

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    Lu sur le site de Radio Vatican :

    Une commission historique chargée d'étudier la figure du cardinal Stepinac

    Le cardinal croate Alojzije Stepinac. - RV

    (RV) La Commission mixte composée d’experts croates et serbes chargée de procéder à une relecture de la vie du bienheureux Alojzije Stepinac s’est réunie pour la première fois ces mardi et mercredi. Cette commission avait été instituée à l’initiative du pape François afin d’ « éclaircir quelques questions de l’histoire ». Dans un communiqué la salle de presse du Saint-Siège précise que les experts catholiques et orthodoxes, seront chargés d’étudier la vie de l’ancien archevêque de Zagreb « avant durant et après la seconde guerre mondiale ». 

    Selon un communiqué diffusé par ce mercredi par le Vatican, cette commission mixte patronnée par le religieux Mgr Bernard Ardura, président du Conseil pontifical des sciences historiques, a été chargée par le pape de procéder à une relecture commune de la vie du cardinal Stepinac de répondre à l’exigence d’éclaircir certaines questions historiques.Les travaux de la commission, qui se réunira une prochaine fois mi-octobre à Zagreb, devraient durer une douzaine de mois. Au Vatican, on précise d’ores-et-déjà que le résultat de ce travail scientifique basé sur la documentation disponible et sa contextualisation, n’interfèrera pas sur le processus de canonisation qui est de la seule compétence du Saint-Siège.

    Une figure controversée

    A la tête du diocèse de Zagreb de 1937 à 1960, Mgr Alojzije Stepinac lutta durant la Seconde Guerre mondiale en faveur des droits des personnes persécutées et discriminées. En 1946, il est arrêté sur ordre des autorités communistes, qui ont pris le pouvoir en Yougoslavie, car il rejette l’ordre de Tito de créer une “Eglise nationale serbo-croate“ indépendante de Rome.

    Au terme d’un procès très discuté, il est condamné à 16 ans de travaux forcés et emprisonné par les autorités yougoslaves pour collaboration avec le régime pro-nazi Oustachi, et complicité dans la conversion forcée de serbes-orthodoxes au catholicisme. Sa figure restera dès lors très controversée. Mgr Stepinac est créé cardinal en 1952 par Pie XII et fut béatifié en octobre 1998, par Jean Paul II. Il reste à ce jour le premier martyr du régime communiste à avoir été déclaré bienheureux. Lors de son voyage en Croatie en juin 2011, le Pape Benoît XVI avait défendu la figure de l'ancien archevêque de Zagreb, qui "avait su s'élever "contre l'esprit du temps".

    C’est « à cause de sa solide conscience chrétienne qu’il a su résister à tout totalitarisme, devenant au temps de la dictature nazie et fasciste le défenseur des juifs, des orthodoxes et de tous les persécutés, et puis, dans la période du communisme, ‘avocat’ de ses fidèles, spécialement de tant de prêtres persécutés et tués» avait rappelé le pape allemand dans un messages aux évêques, prêtres et religieux croates. La prochaine réunion de cette commission se tiendra à Zagreb les 17 et 18 octobre (OB, avec I-media)