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Débats - Page 3

  • Vatican II et la crise actuelle de l'Eglise

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    Sur son blog, Jeanne Smits traduit un texte de Mgr Athanasius Schneider sur le rapport qu'il peut y avoir entre Vatican II et l'actuelle crise que traverse l'Eglise. On peut y accéder en cliquant ICI.

  • L'activité du pape François sous la loupe d'une journaliste de Libé

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    Une analyse de Bernadette Sauvaget sur le site de Libération.fr :

    François, un pape actif sous tous les cieux

    Caucase, Amérique du Sud… A l’inverse de son prédécesseur, le souverain pontife s’implique dans les affaires terrestres. Et affirme sa volonté de mettre en lumière les pauvres et défavorisés de la planète.

    Il est 17 h 10 ce 2 juin. Le président Emmanuel Macron a rendez-vous au téléphone avec le pape François. C’est la première fois qu’ils vont se parler. L’affaire a été rapidement montée après l’annonce par le président américain, Donald Trump, de son intention de se retirer de l’accord de Paris. Pour le chef de l’Etat français, le timing est serré. Il doit rentrer dare-dare du Centre national d’études spatiales (Cnes) où il s’est entretenu en visioconférence avec le spationaute Thomas Pesquet, à peine redescendu du ciel. Macron arrive à l’heure. L’entretien est bref, une petite dizaine de minutes. «L’objectif était d’avoir l’appui du pape pour éviter que d’autres pays ne suivent l’exemple des Etats-Unis et veuillent aussi se retirer de l’accord de Paris», explique une source diplomatique.

    Le coup de fil signe l’influence diplomatique reconnue à François. «Le pape, c’est un peu l’aumônier des chefs d’Etat», s’amuse un diplomate à Rome. Vieux routier de la curie romaine, l’Uruguayen Guzmán Carriquiry confirme le poids politique pris par le pontife : «Tous les chefs d’Etat latino-américains sont venus le voir ici, à Rome, certains même quatre ou cinq fois.» Assis dans le petit salon qui jouxte son bureau, via della Conciliazione, à quelques centaines de mètres du Vatican, Guzmán Carriquiry sait de quoi il parle. Vice-président de la commission pontificale pour l’Amérique latine, il est l’un des hommes de confiance du pape François, son ami depuis quarante ans. Et François le consulte presque quotidiennement.

    Avec Jorge Mario Bergoglio, l’Eglise catholique a renoué avec la figure du pape politique, l’inverse de son prédécesseur, Benoît XVI, préoccupé essentiellement de théologie et de la remise en ordre de son institution. «Le Saint-Siège a de nouveau un poids géopolitique, comme c’était le cas sous le pontificat de Jean-Paul II», analyse Andrea Tornielli, le responsable du Vatican Insider, le site d’information de référence sur la papauté. «La grande passion de Bergoglio a toujours été la politique»,décrit un de ses anciens collaborateurs à Buenos Aires. Dans son bureau d’archevêque, donnant sur la place de Mai, centre névralgique du pouvoir en Argentine, il avait l’habitude de recevoir syndicalistes et hommes politiques, jouant d’une influence occulte qui irritait, voire inquiétait, le pouvoir en place. A Rome aujourd’hui, de sa fenêtre du Vatican, il s’adresse à la planète entière.

    Regard très critique

    Depuis quatre ans, François a changé le centre de gravité du catholicisme et par là même de la géopolitique de l’Eglise. «Il a sorti le Vatican de l’époque de la guerre froide», analyse le vaticaniste Iacopo Scaramuzzi. Pour Jean Paul II et Benoît XVI, l’avenir du christianisme se jouait essentiellement sur le sol européen. Ce n’est plus le cas. François a même un regard très critique. Le 14 novembre 2014, devant le Conseil de l’Europe, le pape interrogeait : «A l’Europe, nous pouvons demander : où est ta vigueur ? Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l’a rendue grande ? Où est ton esprit d’entreprise et de curiosité ? Où est ta soif de vérité que jusqu’à présent tu as communiquée au monde avec passion ? De la réponse à ces questions dépendra l’avenir du continent.» Pour le jésuite argentin, l’Europe a trahi ses valeurs. «Cela a créé un contentieux, souligne une source diplomatique européenne à Rome. Depuis, le pontife argentin a tenté de corriger le tir.» Sans trop convaincre. «C’est un défi pour lui d’aller maintenant au cœur de l’Europe», reconnaît Guzmán Carriquiry. Jusqu’à présent lors de ses voyages, le chef de l’Eglise catholique a évité soigneusement les grands pays, préférant l’Albanie, le Caucase ou… la Suède.

    «Le parti des nonces»

    François impose sa vision du monde, les yeux rivés vers le Sud. Et tout particulièrement en direction de l’Amérique latine. «Il y a son réseau et peut prendre directement son téléphone pour joindre tel chef d’Etat»,relève un jésuite français. Cet attrait n’est pas seulement dû aux origines du pape. Désormais, le continent latino-américain est stratégique pour le christianisme. «Plus de 40 % des catholiques vivent en Amérique latine», appuie Guzmán Carriquiry. Et cela, même si la concurrence y est de plus en plus féroce avec les mouvements protestants évangéliques. Avec ceux-ci, François évite une confrontation directe, entretenant de bonnes relations avec certaines de ses mouvances, les plus progressistes.

    Pour se garantir une influence, l’actuel pape a «reprofessionnalisé» la diplomatie vaticane, en déshérence sous Benoît XVI. Il a confié les clés à l’Italien Pietro Parolin, issu du sérail, ancien nonce (ambassadeur) au Venezuela. Salué par ses pairs comme un grand diplomate, Parolin, qui exerce la fonction de secrétaire d’Etat (l’équivalent de Premier ministre), est l’un des hommes influents du pontificat de François. «Grâce à lui, le pape peut s’appuyer sur ce qu’on appelle à Rome le parti des nonces»,explique Iacopo Scaramuzzi. C’est à ce large faisceau d’influences que le Vatican, opposé depuis toujours aux sanctions contre La Havane, doit l’un de ses succès diplomatiques : le rétablissement des relations entre les Etats-Unis et Cuba. En 2014, le pape a joué personnellement les intermédiaires entre Barack Obama et Raúl Castro, et le Vatican a abrité des négociations discrètes entre les deux pays. L’Amérique latine s’affirme indéniablement comme une priorité du moment. En septembre, le chef de l’Eglise catholique se rendra en Colombie pour soutenir l’accord de paix entre le gouvernement et les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

    «Périphéries sociales»

    «François, c’est d’abord et avant tout le pape des périphéries. C’est essentiel pour comprendre sa vision du monde, explique l’Argentine Silvina Perez, responsable de l’édition espagnole de l’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican. Ces périphéries sont autant géographiques que sociales.» L’un des leitmotivs de Bergoglio (avant même qu’il ne soit pape) a toujours été de dire qu’on ne peut saisir la réalité qu’en se déplaçant hors du centre. Pour appréhender Buenos Aires (sa ville), il lui fallait l’observer à partir des villa miseria, ses immenses bidonvilles. A peine élu, le jésuite argentin a réservé sa première visite à l’île de Lampedusa, symbole à ses yeux de ce qu’il ne cesse de dénoncer comme la «globalisation de l’indifférence». Les périphéries «bergogliennes», ce sont les migrants, les victimes du changement climatique, les pauvres broyés par la financiarisation de l’économie… et les petits pays, qu’il visite en priorité.

    Pour son premier déplacement en Asie en août 2014, il a pris tout le monde de court en choisissant la Corée du Sud. Le pays a été l’une des terres de conquête du pentecôtisme (la mouvance la plus dynamique et la plus controversée du protestantisme évangélique) en pleine guerre froide. Ce n’est plus le cas, bouddhisme et catholicisme y retrouvent de la vigueur. En septembre 2014, le pape surprend encore et se rend à l’extrême périphérie de l’Europe, en Albanie, un des pays les plus pauvres du continent. Cette géopolitique est nourrie de théologie, celle issue de l’Amérique latine et des théologiens de la libération, qui promeuvent ce qu’on a appelé dans les années 70 «l’option préférentielle pour les pauvres». Au jésuite argentin, cela vaut les foudres des milieux conservateurs catholiques américains, qui le voient comme une sorte de cryptomarxiste. «Dans la pensée de Bergoglio, il n’y a pourtant rien de contraire à la doctrine sociale de l’Eglise», corrige Andrea Tornielli.

    Visite à Al-Azhar

    Ce n’est pas le seul contentieux qu’a le pape François avec les milieux chrétiens radicaux, adeptes du clash des civilisations, instrumentalisant la question des chrétiens d’Orient, calés sur leur rhétorique du combat entre le bien et le mal. Avec l’islam, le chef de l’Eglise catholique parie, à l’inverse, sur le dialogue, réfute l’idée de guerre de religion et d’une vision binaire du monde. En avril, le pape François a scellé la réconciliation avec les autorités musulmanes, en se rendant en Egypte et en visitant Al-Azhar, l’une des grandes institutions de l’islam sunnite, en froid avec l’Eglise catholique sous le pontificat de Benoît XVI.

    Dans un récent article, la revue jésuite italienne la Civiltà Cattolica dénonçait, elle, une alliance «entre les fondamentalistes évangéliques et les intégristes catholiques, unis par le même désir d’influence religieuse dans la sphère politique». L’article a été signé par deux personnalités très proches du pape, le jésuite italien Antonio Spadaro (directeur de la revue) et le pasteur évangélique argentin Marcelo Figueroa et interprété par les spécialistes comme un canal officieux pour faire passer le message papal.

    En clair, François condamne une vision théologico-politique du monde et des conflits en cours, promue par l’ultradroite religieuse, influente auprès du président américain (elle le fut déjà sous deux de ses prédécesseurs, George W. Bush et Ronald Reagan). Pour les auteurs de l’article, la clé de compréhension de l’actuelle diplomatie vaticane est «d’établir des relations directes et fluides avec les superpuissances sans entrer dans des réseaux d’alliances ou d’influences déjà constitués». Pour l’heure, c’est sûrement l’une des urgences du pape François.

  • L’Europe de l’Est : une épine dans le pied du pontificat de François ?

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    De diakonos.be, la traduction d'un article de Sandro Magister paru sur son blog "Settimo Cielo" :

    Eglises de l’Est, une épine dans le pied du Pape

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    L’Europe de l’Est est une épine dans le pied du pontificat de François et plusieurs éléments le prouvent.

    Lors du double synode sur la famille, les évêques d’Europe de l’Est ont été parmi les plus ardents défenseurs de la tradition, à commencer par le rapporteur général de la première session, le cardinal hongrois Péter Erdö, par ailleurs l’auteur d’une dénonciation publique des écarts commis par la faction réformiste, celle qui avait été ouvertement appuyée par le Pape.

    Au terme du synode, c’est à nouveau d’Europe de l’Est que sont venues les interprétations les plus restrictives du document papal « Amoris laetitia ». Les évêques de Pologne se sont prononcés en chœur pour une application du document dans la parfaite continuité avec l’enseignement séculaire de l’Eglise depuis ses origines jusqu’à Jean-Paul II et Benoît XVI.

    Les évêques d’Ukraine également – où seuls 10% de la population est catholique – sont parmi les plus engagés à combattre les ruptures avec la tradition en matière de mariage, de pénitence et d’eucharistie.  De plus, ils n’ont pas manqué de critiquer vertement les positions philo-russes du pape François et du Saint-Siège par rapport à la guerre en cours dans leur pays, une guerre qu’ils vivent comme une agression, justement, de la Russie de Vladimir Poutine.

    L’accolade entre le patriarche Cyrille de Moscou à l’aéroport de La Havane le 12 février 2016 suivie de la signature d’une déclaration commune a créé un important élément de friction entre Jorge Mario Bergoglio et l’Eglise catholique ukrainienne qui  se considère injustement sacrifiée sur l’autel de ce rapprochement entre Rome et Moscou.

    Le décès survenu le 31 mai dernier du cardinal Lubomyr Husar, l’avant-dernier patriarche majeur de l’Eglise grecque catholique d’Ukraine,  a attiré l’attention sur cette personnalité de très grande envergure qui a été capable de rebâtir spirituellement une Eglise persécutée depuis des décennies sans jamais céder aux calculs diplomatiques – entre Moscou et son patriarcat – qui ont en revanche repris de plus belle sous le pontificat de François.

    Le successeur de Mgr Husar, le jeune Sviatoslav Shevchuk, est bien connu de Bergoglio grâce à l’une de ses précédentes activités pastorales en Argentine. Mais il forme lui aussi l’une des voix les plus critiques des dérives du pontificat actuel, aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine doctrinal et pastoral.

    Et « cela n’est certainement pas un hasard », écrivait il y a trois semaines le pape émérite Benoît XVI à l’occasion de la mort de son ami cardinal Joachim Meisner, qui fut archevêque de Berlin durant le régime communiste, « que la dernière visite de sa vie ait été consacrée à un Confesseur de la foi », un évêque de Lituanie dont on célébrait la béatification, l’un de ces innombrables martyrs du communisme d’Europe de l’Est qui risquent aujourd’hui de tomber dans l’oubli.

    *

    Dans ce contexte, il est légitime de se poser cette question : quel est, dans cette région d’Europe, l’état de santé du catholicisme dont on sait qu’il connaît un sérieux déclin dans d’autres régions du monde et plus particulièrement en Europe occidentale ?

    On trouvera une réponse exhaustive à cette question – ne fut-ce qu’en termes sociologiques – dans une enquête approfondie du Pew Research Center de Washington qui est sans doute l’indicateur le plus fiable au monde sur la présence des religions dans la sphère publique.

    > Religious Belief and National Belonging in Central and Eastern Europe

    L’enquête concerne précisément les pays d’Europe de l’Est qui ont presque tous subi par le passé l’athéisme des régimes communistes. Ce qui frappe d’emblée à la lecture de ce rapport, c’est la renaissance presque partout d’un sentiment fort et diffus d’appartenance religieuse qui, pour les orthodoxes – nettement majoritaires dans ces régions – coexiste avec une faible fréquentation des liturgies dominicales alors que pour les catholiques, elle s’accompagne d’une fréquentation hebdomadaire de la messe plutôt significative : en Pologne, par exemple, 45% des baptisés s’y rendent et 43% en Ukraine tandis qu’en Russie, seuls 6% des fidèles de confession orthodoxe fréquentent la messe dominicale.

    La République Tchèque est le pays qui a été le plus marqué par l’athéisme d’Etat qui, ajouté à une plus ancienne hostilité anticatholique remontant au protestantisme « hussite » et à la recatholicisation imposée par les Habsbourg, ont fait en sorte que dans ce pays près de 72% de la population se déclare étranger à toute foi religieuse. Mais là aussi, parmi les catholiques qui représentent un cinquième de la population, plus de 22% des fidèles se rendent à la messe du dimanche, soit plus ou moins la même proportion qu’en Italie, davantage qu’en Allemagne, en France ou en Espagne, pour ne pas parler de la Belgique ou de la Hollande.

    Et il en va de même pour un autre pays comme la Bosnie où les catholiques sont très peu nombreux, à peine 8%, mais parmi eux 54% pratiquent le dimanche.

    L’enquête du Pew Research Center vaut la peine d’être lue dans son intégralité pour la richesse des données qu’elle contient. Mais bornons-nous ici à remarquer que les catholiques d’Europe de l’Est se démarquent des orthodoxes non seulement par leurs indices de pratique religieuse plus élevés mais également par une vision géopolitique radicalement opposée.

    Alors que pour les orthodoxes, la Russie est considérée comme le rempart de l’Occident et bénéfice d’un capital de sympathie majoritaire, les catholiques considèrent quant à eux la Russie avec beaucoup plus de frilosité, particulièrement en Ukraine et en Pologne qui penchent davantage pour une alliance avec les Etats-Unis et l’Occident.

    On retrouve une division supplémentaire dans le camp orthodoxe entre ceux qui, comme en Russie, reconnaissent le patriarche de Moscou comme la plus haute autorité hiérarchique de l’orthodoxie et ceux qui optent davantage pour le patriarcat de Constantinople que pour celui de Moscou, comme en Ukraine, avec 46% des orthodoxes pour l’un et seulement 17% pour l’autre.

    Sur le mariage, la famille, l’homosexualité et les thèmes qui y sont liés, au moins la moitié des catholiques sont fidèles aux positions traditionnelles de l’Eglise. Et une large majorité de l’ensemble de la population étudiée – avec la seule exception de la République Tchèque – s’oppose à la reconnaissance légale des unions entre personnes de même sexe.

    Mais en analysant les données par tranche d’âge, on s’aperçoit rapidement que parmi les jeunes, la mentalité permissive déjà répandue en Europe Occidentale – y compris dans l’Eglise catholique – progresse déjà.

    Une mentalité contre laquelle le pontificat de François ne fait certainement pas barrage.

    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

  • Ce que les totalitarismes n’ont pu obtenir par la terreur, la postmodernité compte l’obtenir par la dérision

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    De Francis Richard sur le site "Contrepoints.org" :

    La haine du monde, de Chantal Delsol

    Ce que les totalitarismes n’ont pu obtenir par la terreur, la postmodernité compte l’obtenir par la dérision. Sur le dernier livre de Chantal Delsol.

    Le XXsiècle a été dévasté par la démiurgie des totalitaires qui répondaient à des transfigurations du monde humain.

    Mais il serait faux de croire que ces illusions nous ont quittés. Ce que nous avons rejeté avec force, c’est le totalitarisme comme terreur. Pour autant, nous poursuivons les tentatives de transfiguration du monde, d’abolition de ce monde imparfait.

    LA POSTMODERNITÉ, SUCCESSEUR DES TOTALITARISMES

    La postmodernité est en effet, comme le montre Chantal Delsol, le successeur des totalitarismesdu XXsiècle. Il ne s’agit pas de prendre soin du monde, tel un jardinier, en connaissant les limites. Il s’agit de créer un monde parfait, tel un démiurge, en partant du principe que tout est possible, avec la volonté infantile de re-naturation de l’homme :

    Re-naturer l’homme consiste en premier lieu à supprimer la mort et la souffrance, depuis la rédemption prolétarienne ou le triomphe des Ariens parfaits jusqu’au transhumanisme d’aujourd’hui, ce qui correspond à la suppression de la question des fins dernières, des questions métaphysiques.

    LE REJET DES DEUX TOTALITARISMES

    Les deux totalitarismes, que furent le nazisme et le communisme, ne sont pas rejetés de la même manière, non pas à cause de la terreur, qui leur est commune (le communisme a fait plus de victimes parce qu’il a duré plus longtemps), mais à cause de ce qu’ils ont tenté :

    – le nazisme, un retour à l’enracinement : Le nazisme cherche dans l’excès et la perversion à écarter la modernité.

    – le communisme, une émancipation : Le communisme cherche dans l’excès et la perversion à réaliser la modernité.

    Or, pour la postmodernité, l’enracinement c’est le MAL et l’émancipation c’est le BIEN. Sauf que les humains ont impérativement besoin à la fois d’enracinement et d’émancipation

    ARRACHER L’HOMME AU MAL

    La postmodernité, qui prétend poursuivre le BIEN, cherche donc à arracher l’homme au MAL, c’est-à-dire à le déraciner du monde réel, pour parvenir à l’émancipation totale dans un monde rêvé: Le prométhéisme perverti s’instaure en remplaçant la métaphysique par l’histoire, la nature par la culture.

    Ce que les totalitarismes n’ont pu obtenir par la terreur, la postmodernité compte l’obtenir par la dérision. Aussi s’attaque-t-elle de cette façon, faute d’arguments, aux particularités, c’est-à-dire aux groupes d’individus, présentés comme oppressifs, alors que leur vertu essentielle d’intermédiaires est d’assurer les relations entre les hommes :

    Une fois les liens particuliers défaits pour garantir la liberté individuelle, l’instance étatique doit remplacer les solidarités interdites.

    SEUL FACE À L’ÉTAT

    L’homme, englobé dans la masse, se retrouve donc seul face à l’État, ne joue plus un rôle mais remplit une fonction. Réduit à n’être plus qu’un individu, il devient interchangeable et, de ce fait, proprement inutile. Les différences disparaissent, et la complémentarité des êtres avec elles, sans laquelle il n’est pourtant pas de lien ni de société.

    Le concept qui sous-tend l’émancipation totale est l’égalité, puisqu’il s’agit d’abolir toutes les différences. Ce concept n’a rien à voir avec l’égalité ontologique, qui, justement, surpasse et transcende toutes les différences et ne les abolit pas ; il a au contraire tout à voir avec l’immanence et perd en profondeur ce qu’il gagne en étendue :

    L’égalité totalitaire puis démocratique de la Modernité est un pâle reflet, une singerie, de l’égalité ontologique, qu’elle mime en la dégradant.

    SE DISTRAIRE À EN MOURIR

    Au tragique de la condition humaine, la conduite de vie proposée par les sagesses (de même que le Progrès comme idéologie) n’apporte pas de réponses satisfaisantes. Alors, aujourd’hui, pour éviter l’inquiétude humaine, une bonne partie d’entre nous peut passer le temps de sa vie à se distraire pour se soustraire à ce qui fâche :

    Celui qui retombe dans l’inquiétude humaine se voit aussitôt offrir les neuroleptiques et les séances de remise en forme, comme Huxley…

    En tout cas il a peu de chances de pouvoir exprimer cette inquiétude : Il est beaucoup plus difficile pour un particulier de penser contre l’ensemble de ses concitoyens que de s’élever contre le pouvoir. Et l’élite lui fait croire que son idéologie d’émancipation totale est celle du plus grand nombre, en parvenant à créer un grand remous d’opinion.

    SALIR LE PASSÉ

    Pour mieux déraciner il faut salir le passé : il est criminel. Tout est mauvais chez lui, tout est à jeter. Ce qui signifie la détestation, La haine du monde, tel qu’il a été, tel qu’il est et tel qu’il ne sera plus : Plus jamais ça. Pour en être bien sûr, il faut faire repentance, une repentance collective, qui n’est jamais qu’une singerie du repentir chrétien.

    Pour mieux déraciner, il faut récuser le bon sensil ne faut rien imposer puisque tout est possible, et, dans le même temps, il faut imposer certains mots (citoyen, républicain, égalité, progrès etc.) : la langue n’est plus vivante, elle n’est plus libre, elle n’a plus de spontanéité. Une langue doit ouvrir à la réalité et non empêcher d’y accéder :

    Une langue asservie, des mots domestiqués, un discours automatique, empêchent le dialogue et n’ouvrent qu’à l’information, une information filtrée par le prêt-à-penser.

    JARDINIERS ET DÉMIURGES

    Chantal Delsol observe dans sa conclusion que le temps des jardiniers et le temps des démiurges n’est pas le même. Leur action diffère entièrement. Les démiurges veulent l’efficacité. Les jardiniers veulent la fécondité: ce qui signifie qu’il y a un principe à l’oeuvre dans la chose même.

    Chantal Delsol dit encore : Nous avons besoin de temps pour les émancipations, comme les fleurs ont besoin de temps pour pousser et fleurir. En voulant faire fi du temps ou en prétendant en avoir la maîtrise, le démiurge est en fait un usurpateur, un prétentieux. Revienne le temps du jardinier :

    Le jardinier n’a pas été le maître des aurores; il n’est pas non plus celui des crépuscules ni des apothéoses. Il n’est pas le potentat des achèvements. Il lui faut parfaire indéfiniment, et c’est un horizon qui s’enfuit. Tâche intelligente et rude. Aussi le jardinier connaît-il ses lois propres. La prétention le détruit. Il ne grandit que d’admiration.

    La haine du monde – Totalitarismes et postmodernité, Chantal Delsol, 240 pages, Les Éditions du Cerf

  • Karl Rahner, le théologien qui a enseigné comment se rendre au monde

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    De Jeanne Smits sur le site "Réinformation TV" :

    Karl Rahner, le théologien qui a signé la capitulation face au monde 

    On n’en finit pas de mesurer les effets de la théologie erronée de Karl Rahner. L’observatoire international sur la doctrine sociale de l’Eglise « Cardinale Van Thuân » a publié au début de juillet une chronique hispanophone du dernier livre de Stefano Fontana, La nuova Chiesa di Karl Rahner (« La nouvelle Eglise de Karl Rahner, le théologien qui a enseigné comment se rendre au monde »). Ce texte sur la capitulation face à la mondanité vient heureusement compléter des articles similaires comme celui traduit depuis l’italien en avril dernier par le site benoit-et-moi et montrant comment le théologien jésuite a profondément influencé les récents synodes sur la famille.

    Le nouvel article, signé Silvio Brachetta, éclaire de manière particulièrement intéressante le véritable renversement qu’a opéré la théologie de ce penseur allemand, en partant du constat déjà fait en 1980 par le cardinal Giuseppe Siri dans Getsemani : l’évêque de Gênes y montrait comment Rahner a inventé « le concept du surnaturel non gratuit » qui se trouve à la racine de ses erreurs théologiques.

    Le monde selon Karl Rahner

    Brachetta résume : pour Rahner, le surnaturel est « nécessairement » lié à la nature humaine, mais si cela était vrai la grâce ne serait plus gratuite, ne serait pas un don, et ne pourrait être acceptée ou rejetée librement par l’homme. La gratuité obligatoire en quelque sorte. A partir de là la foi devient inutile dès lors que Dieu fait déjà partie de l’homme que celui-ci le veuille ou non, notait le cardinal Siri.

    Le livre de Fontana cherche à montrer que cette idée s’est répandue bien au-delà de l’esprit du théologien hétérodoxe, contaminant une grande partie de la théologie de ces 60 dernières années. « Il semble avoir gagné », souligne Fontana, rappelant qu’à l’université pontificale du Latran, peu après la clôture du concile Vatican II, une enquête auprès des séminaristes y faisant leurs études révélait que la majorité d’entre eux tenait Rahner pour le plus grand théologien catholique de tous les temps, loin devant saint Thomas d’Aquin et saint Augustin.

    Le présupposé central de la philosophie de la théologie de Rahner se résume à une méthode assumée sous le nom du « transcendantal moderne » : dans la modernité, on ne conçoit plus une relation directe avec la réalité à connaître, mais on estime que l’homme voit le monde travers des lentilles dont il ne peut se libérer. C’est une vision qui modifie ou limite l’objet de la connaissance rendant impossible toute certitude, toute conclusion à son sujet, qu’il s’agisse d’une chose matérielle ou de Dieu lui-même.

    Karl Rahner, le théologien du « trou de la serrure »

    Dans cette optique, chaque théologien regarde par son propre « trou de la serrure ». Pour Fontana, celui de Rahner se résumerait ainsi : « Dieu se révèle dans l’obscurité qui précède et entoure le trou de la serrure » – et encore, de manière « athématique », privée de contenu. Ce qui devient intéressant dès lors, c’est ce qui se trouve au-delà du trou de la serrure : le monde de l’expérience et des paroles humaines, dont la relation avec la vérité ne peut qu’être équivoque, faite de doutes et d’incertitudes, puisque des critères de jugement se trouvent en-deçà de la serrure, là où je me trouve et là où se trouve Dieu mais où règnent le silence et l’obscurité. Ce qui aboutit à un subjectivisme total.

    La gnoséologie de Rahner rappelle celle de Kant mais plus encore celle d’Heidegger pour qui l’homme s’interrogeant sur l’être se trouve à l’intérieur du problème et ne peut pas avoir une connaissance d’un objet qui ne soit pas en même temps une connaissance subjective. « Il s’agit d’une reddition inconditionnelle face à l’opinion, au point de vue personnel. Si en outre, le sujet est défectueux, il va également rendre défectueux l’objet, le monde, Dieu, mon expérience dans le monde, la vérité du monde et celle de Dieu », observe Silvio Brachetta.

    Cette théologie n’a rien à voir avec la connaissance imparfaite que les philosophies classiques ont bien perçue et identifiée, sans jamais tomber dans l’erreur de penser que l’homme ne pouvait pas atteindre la vérité. Le classique situe le critère du jugement sur le monde bien au-delà du cosmos et accepte l’aide d’un Dieu qui se révèle et qui parle, dépassant les limites de la phénoménologie.

    Capitulation face au monde puisque le temps est supérieur à la vérité !

    Avec Rahner, c’est au fond la métaphysique qui disparaît, et avec elle tous les contenus liés au concept de nature, d’essence et de substance. Au bout du compte, vient l’impossibilité de concevoir une nature humaine et chez Rahner comme chez Heidegger avant lui, cet existentialisme mène à dire que « l’homme n’a pas de nature dans la mesure où il est un être historique ». Dans cette logique, l’être se fluidifie et se transforme sans cesse dans le temps et dans l’histoire, ce qui rend évidemment inopérante la loi naturelle et impossible tout discours en relation avec le surnaturel. Et ce aussi bien pour l’histoire sacrée que pour l’histoire profane.

    Partant de ce point de vue, Rahner a suivi les suggestions de la théologie protestante du XXe siècle en vue de la « déshellénisation » du christianisme afin de le purger des catégories de la philosophie grecque. On évacue la doctrine qui permet de discerner le temps présent, c’est la praxis qui se voit attribuer le primat absolu et toute conclusion de la pensée se devrait de suivre le devenir historique. Doctrine, dogme, enseignement : tout est dès lors absorbé par l’historicisme, tout est en relation avec les époques et coutumes ; et d’ailleurs tout peut être remis en question et évoluer, y compris la Révélation. Celle-ci se réalise dans l’immanence de l’histoire et elle ne doit jamais être tenue pour achevée, voilà le sens de la théologie de Rahner dégagé par Fontana.

    Le théologien Karl Rahner fait suite à Kant, Heidegger, Hegel

    Ce faisant, à la suite du protestantisme, cette théologie prive la foi des catégories rationnelles et s’oppose – à la manière d’une antithèse – à la raison. Et chaque homme, où qu’il se trouve, se situe à égale distance de la Révélation et de la vérité. Dans ce contexte, l’Eglise enseignante et l’évangélisation deviennent inutiles – et les hommes sont tous chrétiens, qu’ils le sachent ou non. A partir de là, il n’y a plus lieu de gouverner d’enseigner ou de sanctifier qui que ce soit, mais de se mettre à l’écoute du non-croyant et de l’accueillir.

    Voilà le fond réel des priorités que beaucoup d’évêques fixent à l’action pastorale, observe Brachetta, ce qui va de pair avec la dévaluation du thomisme et la promotion du dialogue à n’importe quel prix – sans compter la recherche du consensus, de préférence en utilisant le langage du monde.

    On ne sera pas surpris par le rappel du fait que le cardinal Kasper, qui joua un rôle tellement proéminent lors des synodes sur la famille, est de formation totalement rahnerienne, épousant son rejet maçonnique du dogme selon l’acception traditionnelle du mot. Kasper pense qu’il faut « considérer le dogme comme intermédiaire entre la parole de Dieu et la situation de vie de la communauté chrétienne ». De vérité définitive, le dogme devient dès lors « une simple expression linguistique qui doit se plier face à la situation réelle de la personne et des perceptions historiques modifiées ».

    Et c’est bien ainsi que le modernisme nous vend aujourd’hui l’idée d’une vérité qui ne cesse de changer et d’exigences qui varient selon les circonstances et les temps : on peut s’étonner avec Brachetta et Fontana de ce que Rahner n’ait jamais été condamné – il était expert au Concile à la demande de Jean XXIII. La crise que nous vivons aujourd’hui a des racines profondes.

  • Ils sont trois : les "mousquetaires" du pape François

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    De Sandro Magister*, cet article traduit sur le site Diakonos.be :

    Les trois mousquetaires du Pape François

    Autrefois, les partis communistes avaient leurs intellectuels organiques.  Mais c’est aussi le cas du Pape François. Ils se nomment Antonio Spadaro, Marcelo Figueroa et Víctor Manuel Fernández. 

    Le premier est italien et jésuite, c’est le directeur de « La Civiltà Cattolica ».  Les deux autres sont argentins et le second n’est même pas catholique mais pasteur presbytérien, et malgré cela, François l’a nommé à la tête de l’édition de Buenos Aires de « L’Osservatore Romano ». 

    Spadaro a transformé « La Civiltà Cattolica » en un organe de la Maison Sante-Marthe, c’est-à-dire du Pape.  Et avec Figueroa, il vient de signer dans le dernier numéro de la revue un article qui a fait l’effet d’une bombe aux Etats-Unis parce qu’il accuse les courants conservateurs, aussi bien catholiques que protestants, d’agir dans ce pays « avec une logique pas très différente de celle qui inspire le fondamentalisme islamique », rien moins qu’Oussama ben Laden ou le Califat. 

    Et qu’est-ce qui pousserait donc bien ces catholiques et protestants à faire cause commune tels de « nouveaux croisés » ?  Il s’agit « de thèmes comme l’avortement, le mariage entre personnes de même sexe, l’éducation religieuse dans les écoles », en d’autres mots « une forme particulière de défense de la liberté religieuse ».  Avec le résultat – selon les deux auteurs de l’article – de fomenter un « œcuménisme de la haine », nostalgique d’un « Etat aux traits théocratiques ».  Tout l’opposé de l’œcuménisme de Jorge Mario Bergoglio, le pape de « l’inclusion, de la paix et de la rencontre ». 

    Le problème c’est que la défense de la vie, de la famille et des libertés religieuses figurent depuis plus d’une décennie tout en haut de l’agenda de l’Eglise catholique américaine.  Cette dernière ne pouvait donc pas rester sans réaction en voyant « des croyants attaqués par leurs propres coreligionnaires uniquement parce qu’ils se battent pour ce que leurs Eglises ont toujours cru être vrai ».  

    La protestation de plus haut niveau est arrivée par la voix de l’archevêque de Philadelphie, Charles Chaput, qui a qualifié l’article de Spadaro et de Figueroa d' « exercice simpliste et inadapté ».  Mais d’autres commentaires ont été beaucoup plus durs et ont eu beau jeu de mettre en évidence une série d’erreurs historiques et logiques grossières dans l’article. 

    « Toute autre revue aurait jeté au bac un article pareil », a par exemple écrit le canadien Raymond J. de Souza dans « Crux » , le site d’information catholique le plus important et le plus équilibré des Etats-Unis. 

    Mais à Sainte-Marthe, sur le bureau du pape François, les choses n’en sont pas restées là, bien au contraire. L’article de Spadaro et Figueroa a été porté aux nues et a fait d’autant plus bonne impression qu’il a été à juste titre vu par tous comme l’expression non seulement de la pensée du pape mais aussi de son style de gouvernement: dans le cas présent il s’agit d’une attaque d’une violence inouïe contre le leadership « ratzingerien » de l’Eglise catholique américaine par personnes interposées. 

    Au niveau doctrinal, le père Spadaro est assez désinvolte, il prétend que « en théologie, 2 plus 2 font 5 » et il se montre infaillible quand il s’agit de pronostiquer les grandes et petites révolutions de Bergoglio.  Mais entre tous les conseillers et confidents, il en est un qui est encore plus proche du pape que lui.  Il s’agit précisément de l’argentin Víctor Manuel Fernández, un théologien dont la première œuvre révélatrice fut, en 1995, un volume intitulé « Guéris-moi avec ta bouche.  L’art du baiser« . 

    Il n’est donc pas surprenant qu’après ces débuts et deux autres livres non moins discutables, Rome n’ait opposé son veto à la nomination de Fernández comme recteur de l’Universidad Católica Argentina, avant de devoir ensuite s’incliner en 2009 face à celui qui était alors l’archevêque de Buenos Aires qui fit des pieds et des mains pour obtenir l’autorisation de promouvoir son protégé. 

    En 2013, à peine élu pape, Bergoglio a nommé Fernández archevêque.  Et depuis lors, ce personnage passe plus de temps à Rome qu’en Argentine, tout à ses occupations de faire office de conseiller et d’écrivain fantôme de son ami pape. 

    On a découvert récemment que des paragraphes entiers du chapitre huit d’Amoris laetitia, le document du pape François qui a tant secoué l’Eglise, ont été purement et simplement recopiés d’articles rédigés par Fernández il y a une dizaine d’années.

    * Cet article a été publié dans le n°30 de « L’Espresso » de 2017, sorti en librairie le 30 juillet, dans la rubrique d’opinion intitulée « Settimo Cielo » confiée à Sandro Magister. 

  • Une réponse chrétienne au terrorisme ?

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    Une émission présentée par Laurent Verpoorten sur RCF :

    Y a-t-il une réponse chrétienne au terrorisme ?

    Suite de la rediffusion de l'émission Perspectives dans laquelle Laurent Verpoorten vous proposait la lecture de "Rien que l'amour - Repères pour le martyr qui vient". Un ouvrage du philosophe catholique français Martin Steffens, publié aux Editions Salvator et qui a été récompensé du prix français de littérature religieuse en 2016. 

     
  • Après la mort du petit Charlie Gard : une déclaration de l'hôpital du Bambino Gesu

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    D'Anne Kurian sur zenit.org :

    Charlie Gard : développer un modèle de médecine personnalisée

    Déclaration du Bambino Gesù

    « C’est le véritable héritage du cas Charlie [Gard] : l’engagement à développer concrètement un modèle de médecine personnalisée », estiment les experts de l’hôpital Bambino Gesù du Saint-Siège. Il « valait la peine de faire tout ce que nous avons fait », affirment-ils alors que le petit britannique de 11 mois atteint d’une maladie rare mitochondriale, s’est éteint le 28 juillet 2017.

    La fin de vie a été décidée le 27 juillet par la Haute Cour de Justice britannique, suite à l’accord manqué entre les parents de l’enfant et l’Hôpital Great Ormond Street de Londres, où Charlie est hospitalisé. Le Great Ormond « nous a refusé notre ultime désir », a déclaré la mère du petit Charlie, Connie Yates, faisant allusion à la possibilité de garder le petit en vie pendant quelques jours avant sa mort, pour passer quelques jours « dans la tranquillité ». Le nourrisson a été transféré dans un centre assisté pour malades en phase terminale et est décédé en l’absence de respirateur artificiel.

    « Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour répondre à l’appel de la famille et chercher de donner une nouvelle opportunité de soins au petit Charlie », peut-on lire dans un document diffusé le 25 juillet par l’hôpital du Bambino Gesù, après la décision des parents d’abandonner leur bataille judiciaire pour la survie de l’enfant.

    L’hôpital romain a participé à une confrontation internationale entre cliniciens et chercheurs, pour étudier le bien-fondé d’un traitement expérimental et pour assurer une évaluation clinique de Charlie Gard « qui, malheureusement, au moment où nous avons pu l’effectuer, a donné un résultat non positif ».

    Lors de « l’évaluation clinique conjointe effectuée sur place par notre chercheur et médecin – le professeur Enrico Silvio Bertini, médecin-chef pour les maladies musculaires et neurodégénératives – avec le professeur de neurologie de l’Université Columbia, Michio Hirano, a émergé l’impossibilité de lancer le plan thérapeutique expérimental, à cause des conditions gravement compromises du tissu musculaire du petit Charlie ».

    « Le très grave contexte clinique que nous avons trouvé aurait fait de la tentative de thérapie expérimentale un acharnement thérapeutique. (…) Tout ceci rempli notre cœur de tristesse », soulignent les soignants : « nous avons malheureusement constaté que nous sommes peut-être arrivés tard… Dans le domaine des maladies rares et ultra-rares, chaque histoire est un cas en soi ».

    Un précédent pour l’avenir des maladies rares

    Mais ils soulignent deux résultats : « On n’a pas débranché sans avoir auparavant répondu à une demande de soins légitime de la part des parents et sans avoir auparavant vérifié jusqu’au bout les conditions de l’enfant et les opportunités concrètes offertes par la recherche au niveau international ».

    Le second résultat a été celui de la « confrontation conjointe internationale approfondie, sur le plan scientifique comme sur le plan clinique ; un fait extraordinaire, un cas emblématique pour l’avenir des maladies rares ».

    « Pour la première fois, explique la note, la communauté scientifique internationale s’est démenée pour évaluer concrètement et jusqu’au bout les possibilités de soins. La communauté clinique et scientifique internationale, qui se met en réseau et crée une synergie pour un malade et se mobilise pour une vie, en travaillant en lien étroit, représente un précédent qui donnera plus de force à tous les Charlie qui viendront. C’est le véritable héritage du cas Charlie : l’engagement à développer concrètement un modèle de médecine personnalisée ».

    « C’est pourquoi, conclut le texte, cela valait la peine de faire tout ce que nous avons fait, tirés par la force de Charlie et de ses magnifiques parents, par la force du partage indispensable dans le parcours de soins avec la famille, par la force de l’alliance entre les cliniciens, la famille et le patient ».

    Avec une traduction de Constance Roques

    Voir aussi : le_pape_François_prie_pour_le_petit_Charlie_Gard

  • Des avertissements concernant la surpopulation et l’implosion de la population

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    De Susan Yoshihara sur le site C-Fam :

    La Journée mondiale de la population (World Population Day) a apporté des avertissements concernant la surpopulation et l’implosion de la population

    NEW YORK, le 14 juillet (C-Fam) Au cours de la célébration de la Journée mondiale de la population cette semaine, les promoteurs de la planification familiale mondiale ont identifié des point critiques tels que les urgences humanitaires et le ralentissement financier mondial pour justifier davantage le financement visant à limiter la population mondiale. Pendant ce temps, leurs critiques ont discrédité les programmes concernant la population et sensibilisé au déclin rapide de la population et à la crise concernant le vieillissement mondial.

    Le principal argument que les promoteurs de la planification familiale utilisaient pour obtenir plus de financement était la théorie d’un «dividende démographique», selon lequel moins d’enfants entraînerait plus d’épargne, d’enseignement supérieur et une meilleure santé par enfant et aussi plus de temps pour les femmes leur premettant de s’engager dans un travail extérieur à la maison . Comme par le passé, les défenseurs ont mis en avant les “Tigres” asiatiques des années 1960 et 1990 comme preuve que la théorie fonctionne. La référence a eu l’effet alternatif de souligner le fait qu’il n’y a pas d’autres exemples marquants que les Tigres. Les pays d’Amérique latine et du Moyen-Orient, qui ont adopté des politiques similaires, n’ont pas eu le même essor de leur croissance économique. En Europe, l’industrialisation n’avait pas pour résultat des familles plus petites, mais c’est plutôt le contraire qui était vrai.

    Cette semaine, les gouvernements des mêmes pays asiatiques ont publié de nouveaux chiffres montrant les effets économiques négatifs à long terme des programmes de planification familiale.

    La Banque de Corée a prévenu que les tendances démographiques pourraient conduire l’économie du pays à générer une croissance proche de zéro en dix ans. La population japonaise a chuté plus rapidement l’année dernière que dans n’importe quelle période depuis le début du sondage gouvernemental en 1968. La semaine dernière, Tokyo a déclaré que, malgré les mesures visant à lutter contre le vieillissement de la population et la perte de pouvoir économique, la population japonaise s’est réduite de 308 084 personnes en 2016, sa huitième année de déclin consécutive. Les jeunes japonais s’abstiennent de relations dans ce que l’on appelle une  sorte d’«épidémie de virginité». La population chinoise vieillit plus rapidement que n’importe où et le nombre de personnes à charge sur chaque travailleur devrait atteindre 44% d’ici 2050.

    Le rapport biennal de la Division population des Nations Unies, publié juste avant la Journée mondiale de la population, a déclaré que la fécondité diminue globalement et que la moitié des pays du monde ont des taux de fécondité inférieurs au niveau de remplacement d’un peu plus de deux enfants par femme. Le nombre de personnes âgées de quatre-vingts ans ou plus devrait tripler d’ici 2050, et la population européenne devrait diminuer de 25 millions à ce moment-là.

    En raison du déclin rapide de la population en Occident, le rapport a qualifié les taux de fécondité africains d’élevés, bien que la fécondité totale soit tombée de 5,1 naissances par femme en 2000-2005 à 4,7 en 2010-2015. Les avocats de ce sujet sur la population ont utilisé le rapport comme preuve d’une crise en Inde et en Afrique, et en particulier au Nigeria, qui selon le rapport projeté dépasserait les États-Unis en tant que troisième nation la plus peuplée d’ici 2050.

    Le Fonds des Nations Unies pour la population et la Fondation Bill et Melinda Gates ont demandé au gouvernement nigérian de déclarer l’état d’urgence en raison de sa forte population prévisionnelle. Les groupes se sont réunis cette semaine avec des défenseurs de la planification familiale à Londres pour recueillir davantage de fonds publics destinés à la planification familiale africaine.

    Joachin Ulasi, directeur de la Commission nationale pour la population du Nigéria à Anambra, a repoussé cela, affirmant que, avec 180 millions de dollars, le Nigeria n’est pas trop peuplé. “Nous avons la chance d’être dans la moyenne (middle-heavy)”, a déclaré Ulasi. “Si vous allez en Grande-Bretagne, vous remarquerez qu’ils ont une population très “pesante” (“heavy”), ce qui signifie qu’ils ont plus de personnes âgées. Au Nigéria, nous avons plus de jeunes qui sont productifs et qui montrent que notre population est de qualité et si nous gérons bien notre population, le Nigéria pourra produire ce dont elle a besoin en tant que nation “.

  • Le discours "culturellement incorrect" de l'archevêque de Rouen prononcé lors de l'inauguration de la "stèle républicaine" érigée en mémoire du Père Hamel

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    Inauguration de la stèle républicaine : Discours de Monseigneur Lebrun, archevêque de Rouen (source)

    Monseigneur Dominique Lebrun, archevêque de Rouen a prononcé un discours pour l’inauguration de la stèle républicaine pour la paix et la fraternité et à la mémoire du Père Jacques Hamel – Saint-Etienne du Rouvray.

    Monsieur le Président de la République,

    Monsieur le Premier ministre,

    Monsieur le Ministre d’État, ministre de l’intérieur,

    Monsieur le Ministre,

    Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,

    Mesdames et messieurs les parlementaires,

    Madame la ministre,

    M. le député et M. le Maire,

    Mesdames et messieurs les hautes autorités civiles, judiciaires et militaires.

    Mesdames et messieurs les élus,

    Monsieur le directeur départemental de la sécurité publique,

    Mesdames et messieurs, habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray,

    Croyants ou non, d’une confession religieuse ou d’une autre.

    Chère Roseline et chère Chantal,

    Chères sœurs,

    Chers amis,

    La communauté catholique a beaucoup apprécié le désir de M. le maire, d’ériger un monument à la mémoire du Père Jacques Hamel en écho aux souhaits de nombreux Stéphanais et Stéphanaises. Elle est très sensible à votre présence, M. le Président, pour l’inaugurer.

    Ce monument prend la forme d’une très belle « stèle républicaine pour la paix et la fraternité, à la mémoire du père Jacques Hamel ». C’est une étape importante. Permettez-moi de dire quelques mots de cette étape avant d’accueillir avec vous le message de cette stèle.

    La famille, les témoins de l’assassinat du Père Jacques Hamel, la communauté paroissiale et bien d’autres poursuivent ce que nous appelons trop communément un chemin de deuil. Au fil de l’année, j’ai vu une succession d’ombres et de lumières. L’ombre de la disparition et de la tristesse, la lumière d’une présence jamais aussi forte ; l’ombre des regrets, inquiétudes, peurs, la lumière de l’affection qui fait vivre ; l’ombre du souvenir tenace de la violence, la lumière des amitiés consolantes ; l’ombre des soupçons et des accusations, la lumière du pardon toujours recherché ; l’ombre d’interrogations demeurant sans réponse, la lumière de la foi.

    La vie personnelle comme la vie commune est jalonnée par ces passages, de l’ombre à la lumière. Il ne serait pas responsable de tenir pour acquise la lumière. Saint-Etienne-du-Rouvray, pas plus que Jérusalem, New York, Djarkarta, Kinshasa, Alger, Rio de Janeiro, la Libye ou Rouen ne peuvent se dire une ville sans ombres ni … lumières ! Il n’est pas plus responsable et, encore moins chrétien, de penser être dans la lumière, et de juger et condamner les autres aux ténèbres. Pire encore, de penser que nos cœurs sont habités par la seule lumière tandis que d’autres, les autres, seraient les acteurs de l’ombre. C’est vrai dans une famille, dans une communauté, dans un pays, dans le monde.

    Des attentats, hier, la profanation de tombe ou de lieux de culte, aujourd’hui encore, même accomplie par des adolescents, sont une ombre pour toute notre société. Notre société qui ne sait plus où elle va après la mort, et se croit libre de faire tout ce que chaque individu souhaiterait, y compris abréger sa vie ou l’empêcher de naître ; c’est une ombre pour notre société qui met de côté des ressources spirituelles en chargeant la loi d’établir la morale alors que celle-ci, la loi, ne peut qu’être qu’une aide et que la morale, elle vient du profond de notre humanité.

    L’aide au développement, le secours des migrants, l’appui aux États du Moyen Orient qui redonne espoir aux chrétiens de pouvoir rester chez eux, comme dans la plaine de Ninive, sont, parmi d’autres, des lumières pour toute notre société qui sait qu’elle ne peut pas vivre bien à côté de ceux qui vivent mal. C’est l’honneur de la France d’être engagée largement sur cette voie. Comment ne pas relier ce que nous vivons, aujourd’hui à l’entrée dans Mossoul hier du Patriarche chaldéen accompagné de trois évêques de France et d’un prélat français ?

    Dans une ville, comme dans une église, nos cœurs n’en finissent pas de passer du côté de l’amour. Permettez-moi, au nom même de Jacques Hamel, de lancer cet appel à ceux qui hésitent encore : quittez l’ombre de la haine, passons ensemble vers la lumière de l’amour ! Quittez l’ombre de la division et passons ensemble à la lumière de l’unité ! Quittez l’ombre des mensonges, des égoïsmes et des égos, passons ensemble à la lumière de la vérité et de la fraternité ! Quittez l’ombre de la guerre, passons ensemble à la lumière de la paix !

    La stèle que nous inaugurons porte des figures qui semblent être un peu dans l’ombre. Elles semblent chercher la lumière. Puissions-nous nous retrouver tous parmi ceux qui passent de l’ombre à la lumière, de l’ombre de la mort, à la lumière de la vie. Comme le Père Jacques Hamel, je le crois, est passé définitivement de la mort à la vie, à la vie éternellement bienheureuse.

    La stèle porte un défi, celui – nous l’avons entendu – de l’universel où la lumière ne peut rejoindre quelques-uns au détriment des autres. Tel est le sens d’une déclaration universelle des droits de l’homme. Ayons l’ambition de la fraternité universelle inscrite dans le premier article de la déclaration de 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Les chrétiens ont une responsabilité immense. Pour eux, la fraternité n’est pas une option. Jésus a révélé le nom de « Père » comme le nom propre de Dieu. Qui sommes-nous alors, sinon des frères et des sœurs ? Pouvons-nous appeler Dieu « Père » sans regarder l’autre et tous les autres comme un frère, comme une sœur ? La famille humaine a brisé le lien fraternel lorsque Caïn tue son frère Abel, se séparant ainsi du grand projet divin. Jésus vient restaurer la fraternité, véritable dignité des êtres humains. Il l’a fait au prix de son sang qui crie plus fort que le sang d’Abel pour appeler à la fraternité. Le sang du Père Jacques Hamel est de la même composition que le sang de Jésus ; il crie avec tous les martyrs. Il appelle à la fraternité, sans exclusion, comme en témoigne le rassemblement de ce matin.

    Monsieur le Maire, Monsieur le député, M. le Président, chers amis non croyants ou croyants de diverses confessions, nous pouvons avancer ensemble, dans le respect de nos responsabilités, dans le respect de nos esprits et de nos âmes, si divers et si semblables, dans la fraternité !

    Le visage du Père Jacques Hamel, en bas de la stèle semble regarder vers l’article 18 de la déclaration universelle : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites) ».

    Ce regard du Père Jacques Hamel tourné vers l’article 18 de la déclaration universelle est-il un hasard ? Vous pouvez penser que je crois plus à la providence qu’au hasard ! Quoi qu’il en soit, c’est pour moi l’occasion de remercier tous ceux qui comprennent que la communauté catholique peut et veut participer à la vie commune, par ses membres et en tant que communauté. Elle n’a pas d’autre vocation, car elle croit que sa mission est sur terre comme au ciel, sur terre pour le ciel, où nous attend le Père Jacques Hamel. La communauté catholique est aujourd’hui fière de l’exemple donné par le Père Jacques Hamel, frère, oncle, citoyen et chrétien, prêtre catholique. Si l’un de ces aspects pouvait apparaître en premier selon les circonstances, il n’était jamais séparé des autres. L’hommage qui lui est rendu sur cette place et par ce monument en témoigne.

    Merci aux artistes Marie-Laure Bourgeois et Vincent Bécheau ; Merci de tout cœur M. le maire, – avec un « s » – pour votre geste, merci aussi pour votre amitié. Nous la devons au Père Jacques Hamel. Soyons-lui fidèles aussi en cela !

    Je vous remercie.

  • Choeur de Ratisbonne : deux poids, deux mesures

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    D'Anne Kurian sur zenit.org :

    Chœur de Ratisbonne: L’Osservatore Romano dénonce « deux poids deux mesures »

    Lucetta Scaraffia critique le traitement médiatique de l’affaire

    « Les médias et l’affaire de Ratisbonne. Deux poids deux mesures ». C’est le titre de l’éditorial de L’Osservatore Romano du 22 juillet 2017, signé de Lucetta Scaraffia, qui dénonce le traitement médiatique qui a entouré le rapport publié récemment sur le scandale des abus subis par les petits chanteurs du « Chœur de Ratisbonne » (Allemagne).

    En Une du quotidien, l’historienne italienne évoque l’histoire récemment publiée par un journal italien d’un homme abusé dans les années 80 au sein d’une caserne. Un cas non isolé, note-t-elle, qui n’a suscité « aucune indignation collective, aucune demande de dénonciation des violeurs ni de blâme de l’armée avec ouverture d’une enquête ».

    En revanche, s’étonne Lucetta Scaraffia « l’attention que les médias ont accordée à la triste affaire des petits chanteurs de Ratisbonne a été bien différente : large place et gros titres, dénonçant 547 cas de violence, ont souvent laissé entendre qu’il se serait agi de presque 600 viols, alors que les cas d’abus sexuels … ont été 67 ».

    Ainsi « il fallait approfondir pour comprendre qu’il s’agissait surtout d’interventions abusives déplorables — mais moins graves que des viols — de la part de professeurs… Et surtout pour comprendre que ce n’était pas un scoop, mais le résultat d’une enquête rigoureuse voulue par l’évêque du diocèse, donc par l’Eglise même », décidée à faire la lumière sur ce « scandale ».

    « Il ne fait aucun doute, souligne la chroniqueuse, qu’il s’agit d’actes ignobles et honteux, qui devaient être punis et surtout prévenus, mais le niveau de manipulation médiatique du cas, et la perception différente de l’opinion publique… sont frappants : d’une part tolérance vis-à-vis de la vie militaire … de l’autre extrême sévérité vis-à-vis de l’institution ecclésiastique ».

    « L’habitude de montrer l’Eglise catholique comme source de tous les maux fait désormais partie de l’expérience quotidienne », estime Lucetta Scaraffia. Et de fustiger « la vieille combine de faire porter la faute de tout à l’Eglise ».

    « Certes, conclut-elle, l’Eglise est une institution spéciale, et il lui est demandé à juste titre une exemplarité absolue, mais ce recours constant à ce deux poids deux mesures pour juger ses comportements et pour en attribuer les responsabilités ne profite à personne. Ce n’est pas bénéfique à la clarté des questions, et ce n’est pas bénéfique particulièrement lorsqu’on essaie d’éliminer les injustices, de punir les coupables de violence, d’empêcher qu’elles se répètent ».

  • "Amoris laetitia" est-elle pleinement orthodoxe ? Le pape lui-même en aurait douté...

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    De Jeanne Smits sur le site "Réinformation TV" :

    Et si le pape François avait lui-même des « Dubia » sur « Amoris laetitia » ?

    On en apprend un peu plus sur la conférence donnée par le cardinal Schönborn en Irlande lors de la réunion de préparation de la prochaine Rencontre mondiale des familles qui se déroulera à Dublin en 2018. Selon Austen Ivereigh, un inconditionnel du pape François, celui-ci aurait demandé à Schönborn si celui-ci jugeait l’exhortation post-synodale Amoris laetitia « orthodoxe ». Comme si le pape lui-même avait des doutes, à la manière des « Dubia » des quatre cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et feu Joachim Meisner… Mais le pape, à la différence de Schönborn, n’a jamais répondu à leurs questions.

    Selon Austen Ivereigh, c’est donc Christoph Schönborn lui-même qui a révélé son échange avec le Saint-Père : « Schönborn a révéle que lorsqu’il a rencontré le pape peu après la présentation d’Amoris, François l’a remercié, et lui a demandé si le document était orthodoxe. « « J’ai dit : ‘Saint-Père, il est pleinement orthodoxe’, » voilà les propos que Schönborn nous a affirmé avoir tenus en répondant au pape, ajoutant que quelques jours plus tard, il avait reçu une petit mot de François disant simplement : « Merci pour ces paroles. Elles m’ont réconforté ».

    Le pape François a exprimé ses dubia sur « Amoris laetitia »

    Cela est proprement ahurissant, et ce d’autant que le pape François a désigné explicitement le cardinal Schönborn comme « interprète faisant autorité » de l’exhortation Amoris laetitia. On sait que le cardinal de Vienne a plusieurs fois plaidé pour une ouverture de la communion aux divorcés « remariés » notamment.

    C’est tellement ahurissant qu’on pourrait être tenté de ne pas y croire, mais quelle raison y aurait-il de mettre en doute l’anecdote dès lors qu’elle est racontée par l’un des deux protagonistes de la conversation ? Il faut donc s’y résoudre : « Le successeur de saint Pierre – l’homme chargé du devoir sacré de garder le dépôt de la foi – a demandé à un autre prélat si son propre enseignement était orthodoxe. Et il était réconforté d’entendre une réponse positive », commente Phil Lawler sur catholicculture.org.

    Il relève également ce qui saute aux yeux : le pape, qui semble avoir eu des doutes, a exposé ces « Dubia » au cardinal Schönborn, un de ses proches conseillers, après la publication du document. On peut imaginer en effet que même un souverain pontife puisse hésiter sur tel ou tel point. Mais sa position l’oblige alors à consulter avant de publier ! Ici, le nihil obstat et l’imprimatur – auxquels le pape n’est évidemment pas soumis – ne sont pas seulement sollicités, fût-ce de manière informelle, mais sollicités après la diffusion d’un enseignement que le pape a imaginé pouvoir être hérétique… Et qui plus est, son proche collaborateur s’autorise à étaler cela sur la place publique…

    La consultation du cardinal Schönborn a eu lieu après la publication d' »Amoris laetitia »

    Que le texte d’Amoris laetitia ait été soumis à la relecture avant publication eût été parfaitement normal, et d’ailleurs cela a été fait. On sait même que la Congrégation pour la Doctrine de la foi a fait des dizaines d’observations et d’amendements dont il n’a été tenu aucun compte.

    Aujourd’hui, il semblerait donc que le pape François ait pu « aller de l’avant » (c’est l’une de ses expressions favorites) en pensant très sérieusement que son texte était problématique, comme cela avait d’ailleurs été signalé par la Congrégation pour la Doctrine de la foi. A croire qu’il prévoyait les Dubia.

    Le pape François a choisi son maître en orthodoxie à dessein

    A-t-il vraiment été « soulagé » par la réponse de Schönborn ? Cela me laisse dubitative, car la véritable révolution pastorale et donc doctrinale introduite par les ouvertures d’Amoris laetitia aux divorcés « remariés » et aux autres couples en « situation dite irrégulière » a été manifestement préparée de très longue date, et que l’avis de Schönborn sur la question ne devait pas précisément être un secret pour le pape. Si doutes il y avait, ils ne portaient sûrement pas sur la réponse du cardinal.

    Mais l’échange prouve pour le moins que l’orthodoxie d’Amoris laetitia est discutable même du point de vue de ceux qui l’ont écrit.