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Défense de la Vie - Page 5

  • Ecosse : l'archevêque d'Edimbourg inaugure un centre "pro-life" pour coordonner une campagne anti-avortement

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    De Corentin Cnudde sur le site du journal la Croix :

    L’archevêque d’Édimbourg inaugure le premier « centre pro-life » d’Écosse

    L’archevêque de Saint-Andrew et Édimbourg (Écosse), Mgr Leo Cushley, a inauguré, mardi 5 juin, un « centre pro-life » destiné à coordonner une campagne anti-avortement menée par le diocèse.

    Une première dans un pays sensible aux débats qui ont agité l’Irlande ces dernières semaines.

    Le sujet de l’avortement et du respect de la vie avait été abordé lors de la réforme des services diocésains réalisée l’année dernière par Mgr Leo Cushley, archevêque de Saint-Andrew et Édimbourg. Un an après, le désir de l’évêque s’est concrétisé via la création d’un « centre pro-life » diocésain, le premier dans le pays, inauguré en présence d’une centaine de représentants des différentes paroisses.

    « Promouvoir une culture de la vie »

    L’objectif de ce centre est explicite : coordonner la campagne menée par les organismes catholiques contre l’avortement et contre l’assouplissement de ses conditions en Écosse, comme l’explique sur la page Facebook du diocèse le frère Jeremy Milne, vicaire épiscopal pour le mariage et la famille. En centralisant l’ensemble des informations, l’archevêché espère ainsi fédérer les différents acteurs dont les paroisses elles-mêmes, créant ainsi le lien et la fluidité nécessaires à une campagne efficace.

    Ces missions se doublent d’un accueil des femmes « en situation de vulnérabilité », en proposant, selon les termes de l’évêque, un « soin pastoral efficace ».

    L’enjeu est en effet de taille selon les responsables diocésains. Dans les pages de l’Herald Scotland, l’évêque explique ainsi la finalité d’une telle campagne : « créer un consensus démocratique » précédant un changement législatif. L’opération vise donc à sensibiliser à la « culture de la vie », impliquant notamment la reconnaissance des « droits inaliénables » des enfants à naître. Des droits placés en opposition à l’avortement, « jamais la meilleure solution » selon l’évêque.

    Un débat tendu

    L’ouverture de ce centre a cependant provoqué de vives réactions dans les milieux pro-avortement, ceux-ci dénonçant une initiative offensive et un discours « stigmatisant » pour les femmes concernées. Jillian Merchant, porte-parole d’une association écossaise pro-avortement, dénonce ainsi le « complet décalage de l’Église avec la société ».

    Depuis l’Abortion Act de 1967, l’avortement est autorisé au Royaume-Uni pour des raisons médicales ou sociales déterminées par la femme elle-même, excepté en Irlande du Nord où celui-ci est beaucoup plus restreint, n’étant accessible qu’en cas de danger pour la femme ou l’enfant.

    La question reste cependant fortement sujette à controverse notamment concernant le délai légal, passé de 28 à 24 semaines en 1990. En 2016, un projet de loi avait remis la question en débat, provoquant une forte mobilisation de la part des associations engagées contre l’avortement ainsi que des évêques.

    L’inauguration intervient en outre quelques jours après le référendum irlandais qui a fait apparaître que 66,4 % des votants étaient favorables à un changement de législation permettant l’IVG. Dans le même temps, une procédure d’appel lancée contre la politique restrictive de l’Irlande du Nord a été rejetée par la Cour suprême.

    Et à Bruxelles, ce sera quand ?

     
  • Quand l'hôpital du Bambino Gesu propose une charte des droits de l'enfant inguérissable

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    31/05/2018)

    L’hôpital pédiatrique Bambino Gesu promeut actuellement un projet de « Charte des Droits de l’enfant inguérissable » pour les hôpitaux européens, inspirée de la « Charte internationale sur les droits des enfants à l’hôpital »mais « actualisée à la lumière des progrès de la médecine et des plus récentes directives européennes ».

    L’hôpital pédiatrique Bambino Gesu, dépendant du Vatican, est celui qui avait proposé de prendre en charge Charlie Guard, puis Alfie Evans, en relai de l’hôpital pédiatrique Alder Hey de Liverpool. Les deux petits garçons sont tous les deux décédés après le refus du transfert. « J’avais demandé au président de l’Alder Hey Hospital de conclure un accord avec le Bambino Gesù et son hôpital ; malheureusement, cela n’a pas été accepté », déplore Mariella Enoc, directrice du Bambino Gesu.« Mais j’espère qu’avec beaucoup d’autres hôpitaux, y compris européens, cet accord pourra voir le jour ».

    La Charte proposée vise à garantir les droits des enfants sans possibilité de guérison, qui conservent le droit de bénéficier des soins de base – alimentation et hydratation – y compris en phase terminale. Elle comprend dix points, dont :

    • l’ « alliance thérapeutique » entre la famille du patient et le médecin, avec une « pleine participation » dans le parcours de soins,
    • le droit à un « second avis » et un approfondissement du diagnostic,
    • le droit de choisir la structure de santé de son choix, y compris dans un autre pays,
    • l’accès aux soins expérimentaux et palliatifs,
    • le droit à un accompagnement psychologique et spirituel.

    Cette charte est « destinée à mieux accompagner ces enfants et éviter les ‘conflits idéologiques et judiciaires’, comme ce fut le cas dans les affaires Alfie Evans et Charlie Gard ». L’hôpital Bambino Gesu a organisé lundi 28 mai un séminaire réunissant médecins, chercheurs, bioéthiciens, politiques italiens et prêtres pour mettre en place un « réseau international » et des normes en cas de conflit. Mariella Enoc compte diffuser cette charte : « Nous la passerons, à travers le Parlement européen, à tous les pays membres », a-t-elle déclaré, et ensuite, à « tous ceux qui, comme les associations de parents ou de malades, ou d’autres hôpitaux pédiatriques en Europe et dans le monde, voudront en tenir compte ».

    Dans son intervention, Mgr Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, a insisté : « Il est indispensable de se retrouver ensemble pour redécouvrir cette alliance thérapeutique ou alliance d’amour entre médecins, membres de la famille, malades et amis, pour accompagner, sans jamais abandonner, même ceux qui ne sont pas guérissables… ». Le directeur du service pédiatrie et réanimation néonatales de l’Hôpital Antoine-Béclère de Paris, Daniele De Luca a décrit les différentes approches thérapeutiques rencontrées selon les pays d’Europe et a fait remarquer qu’en France, on observe une grande disparité de comportement selon les régions, les établissements et les médecins, insistant spécialement sur l’importance « de former des médecins et de faire passer cette culture ».

  • Quand La Croix excommunie Thibaud Collin

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    De Thibaud Collin en tribune sur le site de Valeurs Actuelles :

    [Tribune] “La Croix”, pourquoi faire ? Retour sur le “vichysme mental”

    Tribune. L'essayiste Thibaud Collin a publié fin mai, sur son blog hébergé par La Croix, une tribune très critique de la position de ce quotidien sur le référendum autorisant l'avortement en Irlande. Il y utilise notamment l’expression de « vichysme mental », ce qui a créé la polémique. Après la publication de ce texte, la direction de La Croix a pris la décision de mettre un terme à son blog. Valeurs actuelles publie ci-dessous sa réponse.

    Retour sur les faits

    La Croix, dans son éditorial du 28 mai portant sur le référendum irlandais, déclare qu’il faut « respecter cette réponse » ouvrant la porte à la légalisation de l’avortement. Et le quotidien catholique d’ajouter pour justifier cette décision : « on sait que la vie n’est pas qu’un phénomène physique qui mettrait un signe strict d’égalité entre une vie déjà là, celle de la mère et une vie en devenir ». Il conclut en affirmant que « rendre possible l’IVG est une chose, faire en sorte qu’il en ait le moins possible en est une autre ». Une semaine après, je publie sur mon blog, créé sur le site de La Croixà sa demande, un texte intitulé « Avortement : non au vichysme mental ! » dans lequel je dénonce la contradiction entre une telle ligne éditoriale et l’identité catholique revendiquée par le quotidien. Le pape François a lui-même repris en 2014 les mots forts du concile Vatican II pour qualifier objectivement l’avortement de « crime abominable ». Et j’ajoute que l’argument consistant à justifier un tel acte en catégorisant les vies humaines, comme si l’une avait plus de dignité que l’autre, relève du vichysme mental que je détermine comme «l’ illusion de croire que l’on peut négocier ce qui n’est pas négociable ». En effet, la dignité de la vie humaine innocente ne peut être l’objet d’un respect quantifiable. La Croix ne daigne même pas nommer « l’enfant à naître », alors que même le Président de la République, lors de son discours au Collège des Bernardins, l’a fait. L’occultation du mot prépare et légitime l’occultation de la réalité. Deux jours après, Guillaume Goubert, directeur de la rédaction, réagit en supprimant mon blog et en m’accusant de porter contre le journal « une accusation grave et qui se veut infamante en utilisant l’expression vichysme mental ». Il juge mon propos comme étant guidé par « la volonté d’offenser ».

    Quel est l’enjeu de fond ?

    La Croix a choisi de porter le débat sur son honneur bafoué pour mieux se détourner de la question de fond : comment un journal soi-disant catholique peut-il soutenir sur un sujet si grave une position diamétralement opposée à l’enseignement et à la vie de l’Eglise ? En prétendant accéder à mon for interne, par nature inaccessible à autrui, Guillaume Goubert juge donc que j’ai choisi l’expression vichysme mental pour offenser volontairement son journal ; comme si j’avais procédé à une accusation gratuite, engendrée par un quelconque ressentiment ou méchanceté. Or j’ai choisi en toute connaissance de cause une telle expression, non pour offenser telle ou telle personne, mais pour provoquer un choc de conscience salutaire. Il me semble qu’un éditorial incarne, par définition, la ligne éditoriale d’un journal.

    Il convient de bien expliquer pourquoi j’ai choisi une telle expression pour caractériser cette attitude que je ne suis pas le seul à trouver scandaleuse, au vu des nombreuses réactions qu’elle a suscitées. Cette expression a été choisie pour objectiver la violence incongrue d’une telle position dans un journal catholique. Il s’agit d’une analogie, c’est-à-dire d’un rapprochement entre deux situations différentes mais partageant un point commun central : une certaine similitude de rapport (par exemple, 2 est à 4, ce que 4 est à 8, à savoir la moitié). Ainsi je n’accuse évidemment pas la rédaction actuelle d’être antisémite. La Croix, dans les années 1980, a courageusement ouvert ses archives sur les périodes douloureuses de sa longue histoire[1]. J’établis une similitude de rapport entre l’attitude du gouvernement Laval en 1942 face aux exigences allemandes de déportation des Juifs[2], et la position actuelle manifestée dans cet éditorial face à la perspective de destruction légale d’enfants à naître, auxquels on a préalablement retiré « une partie » de leur dignité. Le rapport porte sur une capacité à transiger sur des principes humains fondamentaux en catégorisant des vies humaines : jadis, Juifs français et Juifs étrangers ; aujourd’hui, « vie déjà là » (la mère) et « vie en devenir » (l’enfant in utero). Mais l’enfant à naître n’est-il pas lui aussi une « vie déjà là » ? Et sa mère et le médecin ne sont-ils pas eux aussi des « vies en devenir » ? 

    Enfin pourquoi qualifier ce vichysme de « mental » ? Pour circonscrire le champ d’application de l’analogie. La Croix ne tient certes pas des centres d’orthogénie ! Mais avec ce type de papier, elle contribue avec bien d’autres, à entretenir un climat intellectuel, moral et spirituel qui obscurcit les consciences au lieu de les interpeller. Climat qui engendre non seulement la suppression de nombreuses vies humaines mais aussi de grandes détresses chez les femmes, souvent victimes d’une « culture du déchet » ; sans parler des autres membres de la fratrie qui, on le sait de plus en plus, sont souvent eux aussi atteints.

    Il convient donc pour conclure de dénoncer une nouvelle fois l’imposture que représente un journal prétendument catholique mais qui prend comme critère d’évaluation non pas le respect inconditionnel de la vie humaine innocente mais l’idéologie des droits de « l’individu total ». Comment ignorer qu’une telle idéologie engendre immanquablement des soi-disant « conflits de droits », le plus souvent arbitrés à l’avantage des plus forts, en l’occurrence ici de ceux qui peuvent revendiquer, manifester et même voter ? Face à cette domination injuste sur la vie humaine vulnérable, il est nécessaire d’en appeler au témoignage de la conscience morale, ce qui exige certes du courage ; celui-là même dont ont fait preuve les dissidents qui nous ont montré que toute injustice est forte de chacun de nos petits renoncements[3]


    [1] Cent ans d’histoire de La Croix (1987), sous la direction de René Rémond et d’Emile Poulat

    [2] Sur ce sujet : Robert O. Paxton, La France de Vichy (1973), 1999, Points-Seuil, p. 234-236 et François-Georges

    Dreyfus, Histoire de Vichy, Editions de Fallois (1990), 2004, p. 622-627

    [3] Vaclav Havel,  « Le pouvoir des sans-pouvoir » et « La politique et la conscience », in Essais politiques, Calmann-Lévy, 1989

  • IVG en Irlande : combien de morts légales supplémentaires ?

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    De RCF :

    IVG en Irlande : combien de morts légales supplémentaires ?

    CARTE BLANCHE DE RAPHAËL DE LA CROIX

    Avec 55 millions d'avortement dans le monde, il n'était pas nécessaire de rajouter le chiffre Irlandais. Chaque seconde ce sont près de dux avortement qui sont pratiqués sur la planète d'après l'OMS. Peut-on rester silencieux ?

  • Médecin, il refuse d'être un meurtrier

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    « Le Dr. Andreia Cunha dos Santos Silva exige ce 10 juin 2018, la rétractation immédiate et définitive du texte intitulé « Je veux être un médecin, pas un meurtrier ! » en raison du caractère abusif et manipulateur de cette publication. Cette dernière résulte de la traduction non autorisée et non validée d'un texte d’opinion rédigé originellement par le Dr Cunha en langue portugaise et publié dans le journal portugais Observador du 03 avril 2018 (1). L’auteure, parfaite bilingue, n’a à ce jour reçu aucune demande de ré-utilisation, de traduction, ni de publication de son article en langue française et n’a pu exercer aucun de ses droits d'auteure légitimes (propriété intellectuelle, de relecture, etc.). »

  • Melissa Ohden a survécu à l'avortement et estime être "une des plus chanceuses du monde"

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    SURVIVANTE DE L'AVORTEMENT, MELISSA OHDEN, ESTIME ÊTRE « UNE DES PLUS CHANCEUSES DU MONDE »

     

    Il y a 41 ans, Melissa Ohden a survécu à son avortement. Elle a grandi en sachant qu’elle était née prématurément et qu’elle avait été adoptée, mais ce n’est qu’à 14 ans qu’elle apprend les circonstances difficiles de sa naissance. Au cours d’une dispute avec sa sœur, adoptée elle-aussi, celle-ci lui a lancé : « Tu sais Mélissa, moi mes parents biologiques m’ont désirée au moins ! ». Suite à cette prise de conscience, sa santé mentale est tombée dans une « spirale descendante ». « J'ai développé des troubles alimentaires, lutté contre l'alcool. Je ne voulais plus être moi-même », se confie-t-elle.

    Cinq ans plus tard, elle décide de partir à la recherche de sa mère. Elle la retrouvera dix ans plus tard et découvre alors que celle-ci la croyait morte, qu’elle n’avait jamais su si son bébé était un garçon ou une fille, et que son adoption avait été tenue secrète.

    Lorsqu’elles se sont rencontrées pour la première fois, ce qui a le plus marqué Mélissa, c’est le « regret » qui habitait ses yeux… La maman a subi cette IVG à 19 ans, contrainte par sa mère infirmière qui travaillait dans l’hôpital, avec la connivence d’un ami obstétricien. « Ensemble, ils ont littéralement forcé l'avortement de ma mère biologique contre son gré ». Sa grand-mère avait clairement laissé des consignes et demandé à ses collègues de « laisser le bébé mourir dans la chambre».

    C’était compter sans l’infirmière qui, entendant la petite fille pleurer, « alors qu'elle gisait parmi les déchets médicaux de l’hôpital » l’a emmenée en soins intensifs où, « contre toute attente », elle a survécu. Après un diagnostic de cécité probable puis de malformation cardiaque fatale – elle ne pesait que 1,3 kg et venait de recevoir la solution saline toxique pendant cinq jours –  elle a finalement grandi en parfaite santé, dans une famille adoptive.

    « C’est incroyable », admet Mélissa elle-même, qui se considère comme « l'une des personnes les plus chanceuses du monde ». Chanceuse non seulement parce qu’elle a survécu, mais aussi parce qu’elle a à la fois sa mère biologique et ses parents adoptifs. « Ma famille biologique est une énorme partie de ma vie », se confie-t-elle, et avec sa mère, elles aiment se voir « aussi souvent que possible ».

    Quand elle repense aux mots de sa grand-mère le jour de sa naissance, elle reconnait que « ce n'est pas facile (…) de vivre avec », mais elle ajoute : « Je ne suis pas en colère contre elle, nous faisons tous des erreurs dans cette vie, je ne retiens pas ça contre elle. J’ai le cœur brisé pour elle, parce que je me demanderai toujours ce qui dans sa vie a pu lui faire prendre une telle décision à propos de la mienne ».

    Après la découverte du regret de sa mère, Mélissa est désormais heureuse « de faire l’expérience de sa joie ».

    Sources: BBC, Adam Eley et Jo Adnitt (05/06/2018)

  • Avortement : quand « La Croix » épingle « La Croix »

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    De Thibaud Collin dans l’hebdomadaire « La Croix » du 4 juin :

    « Le pape François, citant le concile Vatican II, déclarait en avril 2014 que l’avortement est « un crime abominable ». Il ajoutait : «Il convient de rappeler la plus ferme opposition à toute atteinte directe à la vie, spécialement innocente et sans défense: le bébé dans le ventre maternel est l’innocent par excellence». Enfin, à plusieurs occasions, il a vivement critiqué « la culture du déchet » si prégnante aujourd’hui.

    Force est de constater que le pape François semble prêcher dans le vide, puisque nombre de catholiques abordent ce sujet à la manière du « monde » (saint Jean 17, 16) et ce jusque dans les colonnes de notre quotidien. Dans son éditorial du lundi 28 mai, La Croix revient sur le référendum irlandais de manière particulièrement injuste. Pourquoi injuste ? Parce que le respect inconditionnel dû à la vie innocente des enfants à naître est nié. Mais qu’ont fait ceux-ci pour qu’elle mérite d’être ainsi occultée ? Justement, ils n’ont rien fait. Ils n’ont rien demandé. Pas même d’être projetés dans l’existence. Ce ne sont que des êtres humains, comme chacun d’entre nous (Comment oublier que chacun d’entre nous a été un enfant à naître ?). Mais ils sont silencieux. Ils ne revendiquent rien. Ne manifestent pas. N’organisent pas de référendums « démocratiques ».

    Le point de vue de La Croix est celui des souffrances vécues par les femmes que la future loi irlandaise légalisant l’avortement serait censée supprimer. Pourquoi le bien des mères passerait-il par la suppression de leur enfant ? Pourquoi taire que l’avortement loin de libérer la femme la ronge secrètement et durablement ? Fuit-on un mal par et pour un mal plus grand ? Le problème est que pour La Croix comme pour « le monde » l’avortement n’est qu’un moindre mal ; dont on peut dès lors se contenter tant qu’il reste dans une quantité limitée. En épousant la distinction rhétorique du « monde », entre avortement « de détresse » (à accepter) et avortement « à la carte » (à refuser), La Croix se donne bonne conscience en apparaissant comme modérée, renvoyant dos à dos les positions extrêmes des « pro » et des « anti-IVG ». Mais la dignité humaine n’est pas un domaine que l’on peut aborder dans une logique de compromis et de hiérarchisation des maux. Notre histoire récente nous l’a rappelé douloureusement. Or cette illusion de croire que l’on peut négogier ce qui n’est pas négociable, ce vichysme mental, éclate dans l’argument central du texte : il est possible de catégoriser la vie humaine, comme si celle-ci avait des degrés. « On sait bien que la vie, affirme La Croix, n’est pas un phénomène physique, comme semblait le dire la Constitution irlandaise, qui mettait un signe strict d’égalité entre une vie déjà là, celle de la mère, et une vie en devenir. » D’où La Croix tire-t-elle ce savoir ? Certes pas de l’Evangile ni de l’enseignement constant de l’Eglise qui depuis son origine s’est opposée à l’esclavage, au racisme, à l’infanticide, bref à tout ce qui pourrait conduire certains à exclure de l’humanité commune d’autres êtres humains, évalués à l’aune de tel ou tel critère. N’en déplaise à notre journal « catholique », l’Eglise a toujours refusé de considérer qu’il y avait une inégalité entre les êtres humains quant à leur appartenance à l’humanité commune. Sans compter que la pauvreté de l’argument est manifeste : l’enfant à naître n’est-il pas lui aussi « déjà là » ? Et sa mère, les médecins et même les journalistes n’ont-ils pas, eux aussi, une « vie en devenir » ?

    Souhaitons donc que La Croix accepte d’être cohérente en se laissant touchée par Celui qui est mort pour tous les hommes, reconnaissant par là leur égale dignité, quel que soit leur race, leur nation, leur sexe, leur niveau de vie et leur taille.

    Thibaud Collin »

    Ref. Avortement: non au vichysme mental!                                                                              

    JPSC

  • L’avortement ne peut pas constituer une mesure de "santé reproductive"

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    De Lisa Zengarini sur Vatican News :

    Le Saint-Siège rappelle que l’avortement ne peut pas être une mesure de "santé reproductive"

    Mgr Ivan Jurkovic, Observateur du Saint-Siège auprès de l’Onu, est intervenu ce matin à Genève pour rappeler que les services sanitaires ne peuvent pas être destinés à œuvrer contre la vie des enfants à naître.

    «Le Saint-Siège s’oppose fermement à tout effort des Nations Unies ou de ses agences spécialisées en vue de promouvoir des législations nationales qui permettent de tuer la vie de l’enfant à naître», a martelé Mgr Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès des institutions de l’Onu à Genève, à l’occasion de la 71e assemblée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dédié à l’examen de la nouvelle stratégie globale pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents lancée en 2015.

    Préoccupation face à l’inclusion du soi-disant “avortement sûr” dans les nouvelles lignes stratégiques globale

    Tout en partageant de nombreux objectifs fondamentaux de l’OMS, comme la promotion d’un service de santé universel, la lutte contre la violence faite aux femmes et aux enfants, la mise à jour des programmes en faveur de l’enfance pour l’étendre jusqu’au 18e anniversaire, Mgr Jurkovic s’est dit préoccupé de l’inclusion du soi-disant “avortement sûr” dans les nouvelles lignes stratégiques globales pour la santé, sur la période 2016-2030. «Le Saint-Siège, a-t-il affirmé, ne considère pas l’avortement et les services abortifs comme des mesures pour la santé reproductive», a précisé le diplomate pontifical.

    Le Saint-Siège est opposé à toute légalisation de l’avortemen

    Mgr Jurkovic a donc exprimé sa préoccupation face à la participation de l’OMS et d’autres organisations onusiennes à une banque de données contenant des informations complètes sur les lois et politiques en matière d’avortement, sous prétexte de protéger les droits des femmes. Pour le Saint-Siège, il est contradictoire et inacceptable de présenter «l’avortement sûr comme un moyen pour protéger les droits humains de femmes et d’enfants, quand de fait, il nie à l’enfant à naître le droit le plus fondamental : celui à la vie». Comme l’a souligné le Pape François, a conclu Mgr Jurkovic, le droit à la vie est «sacré et inviolable», et «il n’est subordonné à aucune condition».

  • "L’Église est pour la vie, et son souci est que rien ne soit contre la vie" rappelle le pape

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    De Nicolas Senèze sur le site de La Croix - Africa :

    Le pape François rappelle le droit à la vie

    Devant une délégation de médecins catholiques, le pape François s’exprimait pour la première fois sur le sujet depuis le résultat du référendum en Irlande, vendredi 25 mai, où deux tiers des citoyens ont dit « oui » à une libéralisation à venir de l’avortement.

    Recevant, lundi matin 28 mai au Vatican, une délégation de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques (FIAMC), le pape François a fortement souligné l’engagement de l’Église en faveur du droit à la vie.

    « Vous êtes appelés à affirmer la centralité du patient en tant que personne, et sa dignité avec ses droits inaliénables, en tout premier lieu le droit à la vie », a insisté le pape devant une vingtaine de médecins venus le rencontrer avant le congrès de la FIAMC qui s’ouvre mercredi 30 mai à Zagreb (Croatie).

    « L’Église est pour la vie, et son souci est que rien ne soit contre la vie comme réalité d’une existence concrète, qu’elle soit faible ou sans défense, même non développée ou peu avancée », a expliqué François, trois jours après le référendum qui a ouvert la voie à la légalisation de l’avortement en Irlande.

    Dans son discours, le pape a notamment rappelé que la responsabilité des médecins catholiques est de « travailler dans leurs pays respectifs et au niveau international, en intervenant dans des environnements spécialisés mais aussi dans des discussions concernant la législation sur des questions éthiques sensibles, telles que l’interruption de grossesse, la fin de vie et la médecine génétique ».

    « Défense de la liberté de conscience »

    « N’oubliez pas de vous intéresser aussi à la défense de la liberté de conscience, des médecins et de tous les agents de santé, a-t-il ajouté. Il n’est pas acceptable que votre rôle soit réduit à celui d’un simple exécutant de la volonté du patient ou aux besoins du système de santé dans lequel vous travaillez. »

    Dans l’optique de l’« écologie humaine » qu’il défend notamment dans son encyclique Laudato si’, le pape leur a aussi demandé de combattre « la tendance à rabaisser le malade à une machine à réparer, sans respect des principes moraux, et à exploiter les plus faibles en écartant ce qui ne correspond pas à l’idéologie de l’efficacité et du profit ».

    La FIAMC tient du 30 mai au 2 juin son congrès annuel à Zagreb (Croatie) sur le thème « Sainteté de la vie et profession médicale, d’Humanae vitae à Laudato si’».

    Le discours du pape est intégralement repris ICI

  • Après le référendum irlandais, inventer une nouvelle culture de la vie

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    De Gérard Leclerc sur le site « France catholique » :

    « Est-il possible de tirer des leçons raisonnables à la suite du référendum qui vient d’approuver en Irlande, à une majorité des deux tiers, la fin de l’interdiction de l’avortement ? Face à un tel raz-de-marée, les défenseurs de la vie risquent de sombrer dans le découragement. Et cela d’autant plus que les mécanismes qui ont entraîné un vote aussi massif semblent, à vue humaine, irrépressibles. Comment résister à une tendance qui a déjà emporté toute l’Europe, conquis la plupart des moyens d’information avec des arguments qui portent, eu égard à leur charge affective très forte ? Toute la presse a également mentionné la baisse d’influence de l’Église dans ce pays de longue tradition catholique, à la suite d’une série de scandales, notamment en matière de pédophilie. On se souvient encore de la lettre adressée par Benoît XVI aux fidèles irlandais plongés, disait-il, dans la plus sombre des situations.

    Il est incontestable aussi que, depuis les années soixante, une révolution s’est produite dans les mentalités, qui ne s’explique pas seulement par l’effondrement de la pratique religieuse. C’est la morale commune qui s’est trouvée dévalorisée, jusqu’à la déconstruction de la conscience éthique de la personne. Ce qui était, autrefois, objet d’interdit a été décrété archaïque, non seulement par les courants les plus extrêmes du gauchisme culturel mais aussi par des courants libéraux libertaires qui ont autorisé toutes les transgressions. Et nous savons que cela continue aujourd’hui, avec l’instrumentalisation technique de la reproduction et la justification du suicide assisté, avec des provocations qui vont jusqu’à l’obscénité. On l’a vu récemment en Suisse.

    Les défenseurs de la vie sont donc face à un formidable défi. Ils n’ont aucune chance de gagner sur le terrain législatif, dès lors qu’ils ont perdu l’opinion. Or, toute évolution ne peut s’opérer que par la sensibilisation de l’opinion, qui, aujourd’hui, ne ressent que certains dommages, d’ailleurs non contestables, de l’interdiction de l’avortement. En France, au moment de l’élaboration de la loi Veil et de la bataille d’opinion qui l’avait précédée et accompagnée, nous avions déjà connu cette objection massive de la souffrance des femmes, des drames causés par la clandestinité des pratiques abortives. À l’époque, ces arguments avaient tout emporté, les défenseurs de la vie apparaissant comme des esprits rigides, bardés de principes cruels. Par la suite, les choses se sont aggravées, puisqu’on est passé d’une loi de tolérance et de compassion à un impératif rigoureux. L’exception est devenue la règle et l’opposition dénoncée comme attentatoire aux droits des femmes. C’est au point où même l’objection de conscience se trouve délégitimée, ce qui est gravissime dans un État de droit. Inventer une nouvelle culture de la vie, tel est le seul objectif raisonnable. Mais il faudra du temps pour rendre évidente à la conscience la réalité de la vie naissante. Une vie naissante qui, quoi qu’on en dise, se trouve cruellement interrompue par l’acte abortif. »

    Ref. Après le référendum irlandais, inventer une nouvelle culture de la vie

    « Oui, non, je ne sais pas » : l’anthropologie  chrétienne présente trop souvent de nos jours une image brouillée entre les excès idéologiques rigides ou incantatoires et un libéralisme libertaire abdiquant toute conviction sérieuse. Plus que de l’avenir de Dieu, qui est éternel, c’est du fondement même de la nature de l’homme et de son existence comme tel qu’il est question. Si un prochain concile devait voir le jour, après l’aggiornamento  raté de Vatican II, la réponse à ce défi gigantesque suffirait à sa raison d’être: guérir l’âme du monde, rien de moins. Car la question reste posée : si la société, l’économie, la culture, la politique, toutes ces dimensions humaines fondamentales et toutes en crise manifeste, se tournaient vers la figure de l’homme qu’offre le christianisme pour s’y ressourcer trouveraient-elles aujourd’hui dans l’Eglise un discours vraiment crédible à la fois pour le coeur et l'esprit ? La réponse ne s’improvise pas.

    JPSC

    Voir aussi :

    Caroline Roux, déléguée générale adjointe d’Alliance VITA et directrice de VITA International, était l’invitée de l’émission À la Source, le 29 mai 2018 pour décrypter les résultats du référendum irlandais sur l’avortement.

  • Quand il faut faire son deuil de l'Irlande catholique

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    La traduction de l'article d'Aldo Maria Valli sur la Nuova Bussola Quotidiana est parue sur le site "Benoît et moi" :

    IRLANDE, ADIEU

    «Une enfance irlandaise malheureuse est pire qu'une enfance malheureuse de n'importe où ailleurs, et une enfance irlandaise et catholique malheureuse est pire encore». Les mots de mon cher Frank McCourt dans "Les cendres d'Angela" résonnent dans ma tête après que l'Irlande elle aussi ait dit oui à l'avortement. Elle l'a dit de façon fracassante, avec une victoire des partisans du soi-disant "droit à l'avortement" (66,4% pour le oui, 33,6% pour le non) que personne n'avait prévue aussi écrasante. Et si un pays vote ainsi, il y a une raison.

    Dans la plupart des commentaires, les expressions de jubilation déferlent. On parle d'une journée historique, d'une nouvelle ère qui s'ouvre, surtout pour les femmes, d'une Irlande qui tourne la page, et ainsi de suite. De fait, la protection de l'enfant à naître disparaît. Mais apparemment, cela n'inquiète pas grand monde.

    Le Premier ministre Leo Varadkar a déclaré que la victoire du "oui" au référendum sur l'avortement «représente l'achèvement d'une révolution silencieuse qui a commencé il y a dix ou vingt ans». Et c'est bien le cas.

    Le vote en faveur du mariage homosexuel et l'ascension politique d'un homosexuel déclaré et militant comme Varadkar avait déjà montré clairement de quel côté soufflait le vent nouveau. Et l'Église est là, à regarder, timorée et encore étourdie par le scandale de la pédophilie. Mais le résultat du référendum, au vu de l'ampleur de la défaite des pro-vie, est plus qu'une confirmation. On a vraiment l'impression que l'Irlande a changé d'âme.

    Et alors que, de l'étranger, les félicitations de la classe politique pleuvent, le débat reprend en Irlande du Nord, où les seuls qui s'opposent à l'avortement sont les protestants de la droite unioniste au pouvoir à Belfast et où l'interdiction demeure pour le moment, même si les femmes d'Irlande du Nord, en tant que sujets britanniques, peuvent aller se faire avorter ailleurs dans le Royaume, puis se faire rembourser leurs frais par le système national de santé.

    Il n'y a pas lieu d'être surpris qu'après le résultat du référendum, les commentaires soient presque tous enthousiastes. Parmi les quelques exceptions, un article douloureux de site LifeSiteNews parle de «nuit descendue sur la terre de Saint Patrick» et, partant de la prochaine visite du Pape François, reparcourt utilement l'histoire du processus rapide de sécularisation en Irlande depuis une autre visite papale, celle de Jean-Paul II en 1979.

    En trente-neuf ans, l'île d'émeraude a changé de visage d'un point de vue culturel et religieux, à tel point que l'Irlande, qui accueillera François au mois d'août prochain pour la rencontre mondiale des familles, a très peu à voir avec celle qui est venue accueillir Jean-Paul II.

    L'article rappelle le triomphe de Wojtyla à l'époque: un million 250 mille personnes, soit un quart de la population, présentes à la messe d'ouverture de la visite, dans le Phoenix Park à Dublin. Plus de 250 mille, assistant à un service près de la frontière irlandaise le même soir. Et puis des centaines de milliers de personnes dans les rues de Dublin tandis que la procession papale se dirigeait vers la résidence présidentielle. C'était vraiment plus qu'un simple accueil. À cette époque, l'Irlande se rassembla autour du pape pour réaffirmer son identité, pour réaffirmer avec fierté sa propre particularité en tant que nation catholique.

    La visite fut un grand succès et l'Église d'Irlande se félicita, ainsi que tous les fidèles, mais en réalité, ces jours de fête ont marqué la fin d'une époque. C'est précisément à partir de ce moment que l'Irlande catholique a commencé à décliner, à perdre ses certitudes, et la sécularisation s'est installée à un rythme de plus en plus rapide. Quinze siècles de fidélité étaient sur le point de s'achever. Quand l'avion papal a quitté l'île, une ombre a commencé à descendre au-dessus de l'Irlande: le pays avait rendu les honneurs au Pape, mais au fond, aussi à lui-même. A présent, un pays différent allait naître.

    Il est vrai que les taux de participation aux messes et autres cérémonies religieuses sont encore parmi les plus élevés d'Europe, et il est vrai qu'ici, beaucoup plus qu'en Italie, il est facile de voir des familles nombreuses. Mais l'âme irlandaise a changé. Et l'Église a certainement plus d'une responsabilité: puisqu'elle contrôlait presque tout (journaux, écoles, hôpitaux), elle s'est illusionnée qu'elle pouvait continuer ainsi.

    Un tournant déterminant fut marqué par les cas de pédophilie qui ont émergé à partir de 2005, lorsque le gouvernement a décidé de publier le Rapport Ferns sur les abus du clergé. Petit à petit, l'énorme dimension du phénomène pédophile a émergé de plus en plus clairement, comme l'ont démontré trois autres documents dramatiques: le Rapport Ryan et le Rapport Murphy de 2009 et le Rapport Cloyne de 2011. Il en est sorti une Église profondément malade et sa crédibilité s'en est trouvée minée de façon dévastatrice.

    Benoît XVI ne resta pas à regarder [ndt: comme l'Eglise..., cf. plus haut]: il lança ses inspecteurs et les envoya partout, avec pour mission de faire la lumière sur la vérité, de démasquer la dissimulation et la complicité, d'encourager les fidèles, d'aider les victimes, de revoir les procédures, d'ouvrir un processus de renouveau spirituel et moral. 

    Le 19 mars 2010, le jour de la Saint-Joseph, le pape écrivit une lettre à tous les catholiques d'Irlande. Elle commençait par ces mots : 

    «Chers frères et sœurs de l’Eglise en Irlande, c'est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l'Eglise universelle. Comme vous, j'ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l'abus d'enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l'Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l'Eglise en Irlande les ont affrontés».

    Benoît XVI a vraiment mis en pratique ce que les journaux ont appelé la "tolérance zéro". Aussi doux dans la manière que décidé dans le fond, il exigea la vérité et n'admit aucune zone d'ombre. Sur les causes de la catastrophe, dans sa lettre aux catholiques irlandais, il écrivait: 

    «Ce n'est qu'en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu'il est possible d'entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l'aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité, ainsi qu'une préoccupation déplacée pour la réputation de l'Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l'Evangile à un degré que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre».

    Toutefois, aussi incisive qu'elle fût, l'action de Benoît XVI ne réussit pas à rétablir la confiance entre les Irlandais et l'Église catholique. Le processus de sécularisation aurait certainement été le même sans le scandale de la pédophilie, parce que tel est l'esprit de l'époque. Mais le scandale a causé une blessure qui saigne encore.

    Et puis, bien sûr, il y a eu tout le reste. Comme partout en Europe, la société ouverte est arrivée, mais ici tout a pris l'aspect d'un tsunami, compte tenu de la situation précédente et de la vitesse de transformation. Si en 1979, l'année de la visite de Jean-Paul II, l'Irlande pouvait encore se considérer à tous points de vue comme une île (culture fermée, fière, isolée, réfractaire aux influences extérieures), en une vingtaine d'années de mondialisation économique et sociale, voilà les nouveaux médias, internet, les voyages, les échanges, l'irruption du virtuel. Une population majoritairement rurale et pauvre devient urbaine et riche. Le saut économique est stupéfiant, le développement tumultueux.

    Le résultat du référendum est l'enfant de tout cela, de cette histoire qu'on ne peut pas oublier, et dont il faut tirer les leçons.

    On trouve, sur le même site Benoît et moi, la traduction d'un autre article de la Nuova Bussola Quotidiana de Paolo Gulisano intitulé : CHUTE DU DERNIER BASTION CONTRE L'AVORTEMENT. LES CATHOLIQUES HUMILIÉS

  • Irlande : la hiérarchie catholique ne s’est pas impliquée ouvertement dans la campagne du referendum sur la libéralisation de l’avortement. Le résultat sera connu lundi.

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    irlande_avortement_vote_sipa.jpgEn Irlande le 8e amendement de la Constitution, qui reconnaît un droit égal à la vie entre la mère et l’enfant à naître, est remis en question et fait l’objet d’un référendum ce vendredi 25 mai. Alors que les mobilisations du projet « Love both, vote no » s’intensifient dans un pays où près de 80% des habitants se déclarent catholiques, 53% de la population se dit favorable à une réforme . De l’avocate Gabrielle de Loynes sur le site « aleteia » :

    « La reconnaissance constitutionnelle du droit à la vie d’un enfant à naître en Irlande empêche toute législation élargissant le droit à l’avortement. L’objet du référendum du 25 mai est précisément d’abroger le 8e amendement de la Constitution et, par conséquent, de légaliser l’avortement, sans condition, dans les douze premières semaines de grossesse, comme c’est le cas en France. Ce référendum était une promesse de campagne du Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, arrivé au pouvoir en juin 2017, selon lequel la Constitution n’a pas vocation à « établir des affirmations définitives sur des sujets médicaux, moraux et légaux ».

    La possibilité d’avorter n’est jamais acquise

    La législation sur l’avortement en Irlande est l’une des plus restrictives en Europe et dans le monde puisqu’elle ne l’autorise que si la grossesse fait courir à la mère un « risque réel et substantiel », qui doit être justifié par deux médecins. En Europe, seul Malte, où le catholicisme est religion d’État, interdit totalement l’interruption volontaire de grossesse, tandis que dans le monde, c’est encore le cas de nombreux pays dont la Corée du Sud, les Philippines, le Sénégal ou encore Madagascar. 

    De nombreux pays d’Afrique ont fait le choix de restreindre l’accès à l’avortement à condition de mettre en danger la vie de la mère, parmi lesquels la Côte d’Ivoire. Cette même restriction se retrouve au Liban, au Guatemala, au Paraguay et au Venezuela. Plus élargi, le droit à l’avortement au Brésil, au Chili, et en Pologne est également autorisé si la grossesse résulte d’un acte criminel et si le fœtus présente de graves malformations. Ainsi, à l’exception de Malte, de la Pologne et de l’Irlande, ce sont les femmes d’Europe et d’Amérique du Nord qui disposent des législations les plus libérales. Depuis le 30 mars 2018, Chypre a rejoint la liste de ces pays libéraux.

    Lire aussi : Avortement en Irlande : le référendum est-il seulement une affaire de religion ?

    Mais, la possibilité d’avorter n’est jamais acquise et le sujet demeure sensible dans de nombreux pays. À titre d’exemple, dès le quatrième jour de son mandat, Donald Trump, Président des États-Unis, a signé un décret interdisant le financement fédéral d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement. À l’ombre de la loi, la pratique a aussi son importance. En Italie, où l’IVG est légale, 70% des médecins se disent « objecteurs de conscience » et refusent de la pratiquer, ce qui en rend l’avortement relativement difficile. À l’échelle de l’Union européenne, le délai pendant lequel l’avortement peut être pratiqué varie de 10 semaines (24,3% des États membres), à 12 (56%), 14 (10%), 16 semaines en Suède ou 24 au Royaume-Uni. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qu’il soit largement autorisé, restreint ou interdit, chaque année environ 56 millions d’avortements ont lieu dans le monde.

    En Irlande, la particularité d’un droit égal à la vie

    Le 8e amendement de la Constitution irlandaise garantit « le droit à la vie » de l’embryon, en instaurant cette spécificité du « droit égal à la vie de la mère». À l’exception du risque mortel pour la mère, ajouté en 2013, l’avortement est prohibé même en cas de viol, d’inceste ou de malformation du fœtus, au risque d’encourir une peine de 14 ans d’emprisonnement. Malgré cette interdiction, plusieurs milliers d’irlandaises (3.679 en 2013) se rendent chaque année à l’étranger, principalement au Royaume-Uni, pour avorter. Cette réalité, les pro-life irlandais, défenseurs du 8e amendement, ne l’ignorent pas, mais ils craignent les dérives d’un avortement « à la demande » qui concerne les enfants « handicapés comme valides » et dénoncent « l’industrie de l’avortement ».

    Lire aussi : Le pape François critique vertement les avortements thérapeutiques

    Selon Paul Staunton, militant pro-life depuis cinq mois, « avec la légalisation, on pourra choisir qui a le droit de vivre et qui ne l’a pas ». Patrick Finegan, autre militant pour la vie, déplore que les pro-avortement font valoir le droit au choix, « mais ils n’évoquent que celui de l’avortement ». Pour Radko Vykukal, 22 ans, « il y a plein d’autres façons d’aider les femmes qui ne veulent pas de leur enfant, pensez à l’adoption. Depuis la légalisation du mariage gay [en 2015], la demande d’enfants est d’autant plus grande ». Le bébé à naître, lui n’a jamais le choix. C’est cette voix que porte le « Love Both project », celle de l’enfant à naître que l’on n’entend pas. Celle d’un être vivant qui, sans intervention de l’homme, est amené à vivre et faire ses propres choix. Une voix ni inférieure, ni supérieure mais seulement égale à celle de sa mère et de son père. Leur ambition est de défendre « la beauté de la vie » et « les plus vulnérables » en protégeant la vie à naître et en soutenant les femmes qui vivent des grossesses non désirées.

    L’Église irlandaise adopte une position nuancée

    Dans un pays où la population est majoritairement catholique, il est surprenant de constater que l’Église irlandaise soit restée relativement discrète durant la campagne sur le référendum. Pour Linda Hogan, professeur de religion au Trinity College de Dublin, il s’agit d’une « décision stratégique ». Selon elle, l’Église ne renonce pas à défendre la dignité humaine, mais ses messages se diffusent plutôt « au niveau de la paroisse que des ondes nationales ». L’association des prêtres catholiques (ACP) s’est d’ailleurs inquiétée de l’utilisation de la chaire d’une église comme tribune de l’opposition à la révision du droit à l’avortement, jugeant ce type d’intervention « inapproprié ».

    Lire aussi : L’Irlande du Nord bientôt majoritairement catholique ?

    Si la position de l’Église est constante, reconnaissant un droit à la dignité identique pour l’enfant à naître, dès l’instant de sa conception, à celui de toutes les personnes humaines, son message semble évoluer de la sanction à la compassion. Sans transiger, son discours s’oriente progressivement vers une reconnaissance globale et plus marquée des opinions variées de la société. Soucieux de ne pas rigidifier ce « principe non négociable » qu’est l’opposition à l’avortement au détriment de la miséricorde, le pape François, pour qui « cette défense de la vie à naître est intimement liée à la défense de tous les droits humains » (Evangelii Gaudium), se veut toutefois à l’écoute des personnes en souffrance. Depuis 2016, à son initiative, tous les prêtres ont la faculté d’absoudre le péché d’avortement. Il n’en demeure pas moins qu’en parfaite adéquation avec l’actuelle Constitution irlandaise, l’Église admet seulement l’avortement thérapeutique, pour sauver la vie de la mère ou pour éviter un dommage grave et irréversible sur sa santé. »

    Ref : Love both vote no » : l’avortement en question en Irlande

    JPSC