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Culture - Page 2

  • "Retour du religieux" : plutôt un retournement qu'un retour

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    Religion — retour ou retournement ?

    Rémi Brague est interrogé dans La Revue des deux mondes sur le retour du religieux. Extrait. Rémi Brague est membre de l’Académie des sciences morales et politiques, il a enseigné la philosophie à la Sorbonne et à l’université de Munich.

    Revue des Deux Mondes – Il y a trente ans, écrivez-vous au début de votre récent livre, Sur la religion, dans les dîners, on parlait politique ; si quelqu’un parlait religion, cela faisait sourire. Aujourd’hui, c’est le contraire : la religion est redevenue un sujet préoccupant ; on enregistre une certaine lassitude quand on parle politique ou économie. Comment expliquez-vous ce retournement ?

    Rémi Brague – Cette remarque n’est pas vraiment de moi, mais de Michel Serres. J’ai dû l’entendre sur une chaîne de radio. Lorsque, il y a trente ans, racontait-il, il voulait faire rigoler ses étudiants, il parlait de religion ; en revanche, lorsqu’on parlait politique, les fronts se plissaient, les bouches se contractaient et on hochait la tête doctement. Maintenant, c’est le contraire. Quand on parle de religion, fini de rire.

    Pourquoi ce retournement ? Votre mot est juste, c’est plutôt un retournement qu’un retour. On parle du retour du 
religieux, or il n’est jamais parti ! Ce qui s’est 
passé, c’est un retour sur soi de la conscience de 
l’intelligentsia occidentale.

    Comme l’a expliqué 
le sociologue autrichien devenu américain Peter Berger, les intellectuels occidentaux, pendant des années et des années, ont voyagé de campus sécularisé en campus sécularisé en empruntant des tuyaux étanches qui les ont empêchés de voir la montée fulgurante du protestantisme évangélique ou le réveil de l’hindouisme ultra-nationaliste et responsable de pogroms antichrétiens et antimusulmans en Inde.

    Ils n’avaient pas vu non plus un phénomène tout récent : les aspects fort déplaisants que prend le bouddhisme dans la Birmanie actuelle. En réalité, il l’avait déjà pris pendant la guerre du Pacifique et avant, en Chine : des généraux japonais adeptes du zen se sont rendus coupables de certaines espiègleries de fort mauvais goût (bombardement de Chang-haï, prostitution obligée des Coréennes…).

    Ces intellectuels n’ont pas vu non plus le réveil de l’islam, ce qu’on appelle l’islamismepour éviter d’incriminer la totalité de la religion. Ce prétendu retour du religieux n’est donc pas vraiment un retour, mais plutôt un retour sur soi des intellectuels, qui comprennent enfin de manière douloureuse qu’ils se sont trompés sur toute la ligne.

    Revue des Deux Mondes – En prenant le problème de haut, de façon presque planétaire, vous avez évidemment raison, mais si nous nous concentrons sur l’Europe et particulièrement sur la France, le diagnostic est-il le même ? Je suis frappé par le grand nombre d’ouvrages, dus aussi bien à des sociologues qu’à des théologiens, qui depuis trente ans paraissent toujours plus ou moins sous le titre : « Comment l’Europe a-t-elle cessé d’être chrétienne ? ». D’un côté le religieux n’est jamais parti, il ne cesse même de prendre de l’importance, et de l’autre les églises se vident. À en croire certaines enquêtes, la pratique religieuse en France serait tombée à 5 %. Comment les deux tendances s’articulent-elles ?

    Rémi Brague – Ce sont des faits indéniables. Il est clair que le christianisme recule en Occident, peut-être également dans le reste du monde. J’ai entendu récemment quelqu’un dire qu’en Afrique, continent que bien des chrétiens considèrent comme l’eldorado de la foi, les choses n’allaient pas aussi bien qu’on le dit.

    Il y a en effet ce livre récent de Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien1. L’auteur a repris et inversé le titre de Paul Veyne,  Quand notre monde est devenu chrétien, et celui de Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, deux études qui expliquaient comment l’Occident était devenu chrétien à la fin de l’Empire romain.

    Revue des Deux Mondes — Paul Veyne se concentre sur une trentaine d’années au IVe siècle et Guillaume Cuchet sur une trentaine d’années à la fin du XXe siècle. L’un étudie le début et l’autre la fin…

    Rémi Brague — Exactement. Je crois que chez Guillaume Cuchet, la volonté de retourner le titre était parfaitement claire et peut-être s’en tient-il volontairement aussi aux mêmes limites chronologiques : trente ans, soit une génération.

    On ne sait pas trop ce qui se passera à la génération suivante, peut-être que le mouvement va s’accélérer encore. Ce n’est pas impossible. Ce qui recule, c’est le christianisme. En revanche, il semble que certains bouddhismes ont fait une percée ; par ailleurs, la persistance de l’islam chez les jeunes immigrés est réelle, de même que la montée en puissance des haredim (les juifs ultra-orthodoxes) en Israël. Si celle-ci continue, ils sont appelés à former la majorité et à pousser à la marge les Achkénazes, quelque peu sécularisés ou seulement vaguement religieux.

    Ces phénomènes sont difficiles à chiffrer, car il s’agit de religions encore minoritaires et leurs adhérents ne répondent pas toujours aux questions des sondeurs… à la différence des ex-chrétiens qui, eux, n’ont pas peur d’avouer leur incroyance.

    [...] 

    1. Voir à ce sujet Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants et Vatican II, « déclencheur » de l’effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos) 

  • Le christianisme n’est pas un humanisme

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    Entretien de Gérard Leclerc avec Laurent Fourquet publié sur le site « France Catholique »:

    Le-christianisme-n-est-pas-un-humanisme.jpg« Il y a deux semaines, les trois quarts des professeurs – soutenus par de nombreux parents – du collège Sainte-Marie à Meaux se sont mis en grève durant une heure et ont fait signer une pétition de défiance parce que figurait parmi les candidats à la direction de cette école catholique, pour l’année prochaine, une personne parfaitement compétente mais membre de l’Opus Dei, ce qui à leurs yeux contrevenait aux «  valeurs humanistes  » de l’établissement (cf. Le Parisien, 4 juin 2018). Il faudrait leur faire lire Laurent Fourquet…

    Votre titre à lui-seul constitue une provocation. Pensez-vous qu’elle est vraiment nécessaire et même urgente ?

    Laurent Fourquet : Le fait même de percevoir mon titre comme une «  provocation  » témoigne du caractère hégémonique de l’humanisme dans la société occidentale, faisant de celui-ci l’une de nos ultimes vaches sacrées. Or, comme je tente de le démontrer dans mon ouvrage, l’humanisme procède d’une logique profonde qui, non seulement est différente de celle du christianisme, mais qui est à l’opposé de la parole chrétienne. Là où celle-ci valorise le don pur, libre et gratuit, l’humanisme, au contraire, est l’idéologie d’une appropriation généralisée du monde, et des choses au sein de ce monde, par le savoir qui les détermine, pour les classer et les ordonner au service d’une utilisation technique et/ou économique. L’humanisme constitue ainsi l’une des formes les plus systématiques de la volonté de puissance dont on sait, dès le récit de la Genèse, comment elle contrevient au verbe de Dieu.
    Dès lors, toutes les tentatives, naïves ou intéressées, pour «  sauver  » le christianisme en faisant de celui-ci une anticipation de l’humanisme, ou une forme spiritualisée de celui-ci, aboutissent au résultat contraire de celui souhaité par leurs promoteurs : non seulement parce qu’il n’est au pouvoir de personne de rendre un cercle carré, mais surtout parce que, en l’espèce, ce cercle et ce carré s’apparentent surtout à l’eau et le feu : deux principes qui s’excluent. Dès lors, toutes les tentatives de «  conciliation  », de limage des aspérités du christianisme pour ramener celui-ci à une simple sagesse humaniste vaguement spiritualisée ne seront jamais assez : il faut que le christianisme aille toujours plus loin dans la dénégation de soi et la soumission à une logique qui lui est étrangère ; il faut qu’il meure pour être accepté.

    Voilà pourquoi il y a urgence à dénoncer de telles tentatives et une urgence de plus en plus urgente : c’est l’essence même de notre foi qui est en cause, et la possibilité d’entendre encore, en tout cas en Occident, une parole qui mette en cause l’appropriation nihiliste du monde, qui constitue le grand mouvement de notre époque.

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  • Les fruits pourris de mai 68

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    Du Frère Clément-Marie (Famille missionnaire de Notre-Dame), lors du Grand rassemblement annuel des jeunes amis de Notre-Dame des Neiges à Saint-Pierre-de-Colombier (Pentecôte 2018) :

    Il est interdit d’interdire ? Raisons et conséquences de la crise de 1968

    Introduction

    Nous avons dans nos têtes et dans nos mémoires les images de 1968 que nous avons pu voir dans nos livres d’histoire, où des jeunes aux cheveux abondants jettent des pavés sur les forces de l’ordre… Cet événement social, particulièrement marqué en France, n’est pas arrivé par hasard.

    Cinquante ans après, il nous revient, avec le recul, de nous interroger sur la fécondité de ce mouvement. Quelles en sont les raisons ? Quelles en sont les conséquences ? Dans quelle mesure l’Église en a-t-elle été affectée ? Ces trois question pourraient chacune être l’objet d’un livre… Mais dans les quelques minutes que nous avons, nous allons essayer de les prendre pour plan, et de leur donner une réponse très succincte.

    I.   Les raisons

    Pour comprendre l’esprit qui a animé ce mouvement, on peut regarder les slogans qu’il a revendiqués, ou utilisés. Deux en particulier peuvent retenir notre attention : le premier est le suivant : « il est interdit d’interdire ». Dans son énoncé même il est évidemment contradictoire et révèle la contradiction intrinsèque à ce mouvement. « Il est interdit d’interdire » révèle un rapport erroné à la loi et à l’autorité. Plus que cela : c’est une revendication d’autonomie (au sens étymologique du terme : être à soi-même sa propre loi). C’est donc un refus de tout ce qui se situe au-dessus de l’homme, de tout ce qui pourrait contraindre son autonomie. Poussé à son terme, nous arrivons ainsi à un second slogan utilisé, reprenant le titre d’une chanson : « Ni Dieu ni maître ». On peut même en trouver une version plus développée : « Ni maître ni Dieu. Dieu, c’est moi. » Cette expression est encore révélatrice en ce sens qu’elle est, elle aussi, contradictoire. Mais de plus, elle permet de remonter à sa plus ancienne utilisation : « Vous serez comme des dieux » (Gn 3, 5). Nous reconnaissons le serpent de la Genèse, qui invite l’homme à se débarrasser des interdits, des commandements de Dieu ; autrement dit des limites de la créature, pour devenir autonome.

    C’est donc toute une conception de l’homme et de la vie qui est sous-jacente à ce mouvement de 68. Où prend-il sa source ? Dans le père du mensonge, présent dans le jardin de la Genèse, nous l’avons vu. Mais à l’époque moderne, un mouvement avait déjà été amorcé pour s’émanciper de Dieu : il s’agit des Lumières. En soi, tout n’est pas négatif dans cette pensée des Lumières. Et à plusieurs égards, certains idéaux de ces philosophes sont compatibles avec le christianisme, auquel ils ont puisé en réalité. Mais, selon l’expression de Mgr de Moulins Beaufort, leur « souci premier était de se passer de toute lumière venant d’en haut. »[1]Anticipons un peu, puisque nous faisons le parallèle entre l’époque des lumières et la crise de 1968, en citant un texte saisissant de Joseph Ratzinger soulignant les points de ressemblance entre ces deux époques, dans l’Église : « Les tensions que nous vivons ne sont que la reprise d’un processus depuis longtemps entamé. L’analogie est donc à trouver avec la situation de l’Église et de la théologie au temps de l’Aufklärung. À y regarder de plus près, on ne peut qu’être étonné devant l’extraordinaire similitude entre cette époque et la nôtre. » Il évoque ensuite un célèbre vicaire général de Constance de ce temps, Wessenberg : « À lire ses œuvres on croirait avoir affaire à un progressiste de 1969 : on y réclame la suppression du célibat, les sacrements seront formulés en allemand, les mariages mixtes bénis sans qu’il y ait engagement au sujet de l’éducation religieuse des enfants. »[2]

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  • Pluralité des formes et unité dans la liturgie

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    Lu sur le site du mensuel « La Nef » de juin 2018

    « La Lex celebrandi, reflet de la Lex credendi [1]

     Abbé Ralph Weimann

    Lorsqu’on parle de liturgie, il arrive que les nerfs des interlocuteurs soient facilement mis à vif, car la lex celebrandi n’est pas seulement le reflet de la lex orandi, mais aussi celui de la lex credendi, qui, à son tour, agit sur la foi vivante (lex vivendi). L’expression la plus accomplie de la foi est la célébration de la Sainte Messe, de telle sorte que c’est à son propos que les esprits divergent très souvent. À l’inverse, cela signifie qu’une modification de la lex celebrandi – en particulier s’il s’agit de modifications importantes – peut difficilement demeurer sans effet dans les divers autres domaines de la foi.

    La liturgie c’est la célébration du dogme ; elle inclut donc l’enseignement de la foi, elle la rend vivante et lui confère une expression solennelle. C’est donc à juste titre que Martin Mosebach a pu écrire, dans une analyse du Missel dit « de Trente », que le prêtre qui ferait naufrage sur une île déserte avec le Missel Tridentin pourrait reconstituer le catholicisme dans son ensemble[2]. Cette conviction correspond tout à fait à ce qui est exprimé dans le Décret du concile Vatican II concernant le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, où il est dit : «La très sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, à savoir le Christ lui-même, notre Pâque, le Pain vivant, Lui dont la chair vivifiée et vivifiant par l’Esprit Saint, donne la vie aux hommes (…). On voit donc alors comment l’Eucharistie est bien la source et le sommet de toute l’évangélisation »[3].

    Ce n’est ni dans la forme, ni dans le rite que l’Eucharistie devient source et sommet, mais, c’est pour ainsi dire « d’en haut » qu’elle le devient, par la forme et le rite. C’est sur ce point particulier que Romano Guardini a voulu attirer notre attention en nous mettant en garde contre l’évolution d’une Église qui mettrait l’accent sur les assemblées, les discours, les argumentations, les lois protectrices etc. ce qui aurait pour effet de perdre de vue l’essentiel. Il affirmait que « ce ne sont là que manifestations extérieures de cette force cachée. Ce serait une erreur de se soucier principalement des manifestations concrètes, en négligeant par ce fait même de veiller au maintien de la pureté, au renforcement et à l’élargissement de la source intérieure. Là où l’Église prie de manière vivante apparaît de tous côtés une clarté surnaturelle, une paix agissante, la connaissance de la vie et des hommes, le véritable amour du prochain »[4].

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  • La radicalité religieuse liée à l'islam est bien plus un phénomène culturel et idéologique qu'un phénomène socioéconomique

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    D'Alexandre Devecchio sur Figaro Vox (LeFigaro.fr) :

    «La radicalisation religieuse n'est pas le fruit de facteurs sociaux ou économiques»

    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Face aux théories de la «victimisation», le sociologue Olivier Galland démontre dans ses travaux que la radicalisation religieuse chez les lycéens est d'abord produite par le rapport à la violence et l'exposition aux théories du complot

    Olivier Galland est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Il a codirigé une grande enquête sur la radicalité des lycéens, lancée à la suite des attentats de 2015.

    FIGAROVOX.- Les résultats de votre enquête sur la tentation radicale de la jeunesse ont fait couler beaucoup d'encre. Beaucoup d'observateurs ont salué votre travail, d'autres l'ont vivement critiqué. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'avoir construit «un dossier à charge contre l'islam»?

    Olivier GALLAND.- Les résultats de notre enquête sont en décalage avec beaucoup de travaux qui ont été menés en France sur les jeunes d'origine immigrée ou les jeunes musulmans. Ces travaux ont essentiellement analysé cette jeunesse sous l'angle des discriminations qu'elle subit (qui sont réelles). Sous ce seul angle, soit ils ignorent la question de la radicalité, soit ils l'analysent comme le simple résultat de la victimisation. Or notre enquête montre que les choses sont beaucoup plus compliquées et que la radicalité religieuse ne semble pas avoir sa racine, dans la population lycéenne sur laquelle nous avons enquêté, dans un sentiment aigu de victimisation. C'est évidemment très dérangeant. Quant à l'accusation d'avoir construit un dossier à charge contre l'islam, elle ne repose sur aucun élément tangible, c'est un pur procès d'intention. Nous avons pris grand soin au contraire de construire un protocole méthodologique aussi objectif et neutre que possible. Cette exigence était d'ailleurs contenue dans l'idée que nous avons eue dès le départ de conduire une enquête comparative, en interrogeant des jeunes de différentes croyances et de différentes origines. De ce fait nous étions tenus de construire des questions religieusement «neutres», c'est-à-dire qui puisse être adressées à des jeunes de toutes croyances.

    On vous reproche notamment d'avoir privilégié dans votre échantillonnage les lycées à fortes populations musulmanes… Pourquoi ce choix?

    Il faut se rappeler le contexte dans lequel a été engagée cette recherche. Elle a fait suite à un appel à propositions du président du CNRS de l'époque, Alain Fuchs, après les attentats de 2015, pour engager des travaux sur ces questions de la radicalité. Il est indéniable qu'en France et dans le monde un extrémisme religieux, parfois sanglant, s'est développé au nom de l'islam. Ça ne veut pas dire évidemment que l'ensemble des musulmans ou même qu'une grande partie d'entre eux y adhère, mais il serait absurde de nier qu'il y a un lien entre une certaine conception de l'islam, fondamentaliste, et des formes de radicalité et de violence. Pour autant, on n'a pas d'idée précise du degré auquel la population musulmane partage ces idées. C'était précisément l'objet de cette recherche d'essayer d'y voir plus clair en menant une enquête de grande ampleur (près de 7 000 jeunes interrogés).

    La radicalité religieuse ne semble pas avoir sa racine dans un sentiment aigu de victimisation.

    Pour mener à bien ce projet, il fallait donc bien interroger des jeunes de confession musulmane! Sinon, il fallait renoncer à conduire cette recherche! Est-ce ce que proposent nos détracteurs? Par ailleurs, comme je l'ai déjà dit, nous n'avons pas interrogé que des musulmans: notre échantillon comprend 1 753 musulmans, mais également 1 609 catholiques ou protestants, 2 814 lycéens qui se déclarent sans religion et 163 qui déclarent une autre religion. Notre échantillon est donc religieusement diversifié et permet, encore une fois, de comparer les opinions des jeunes qui affichent ces différentes orientations religieuses.

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  • Plain-chant sur Liège le samedi 16 juin 2018 : avec le Choeur grégorien Cardinal Wyszynski de Varsovie et l'Académie de Chant grégorien

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    « Lumière d’éternité » :

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    Plain-chant sur Liège le samedi 16 juin 2018

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    A l’église du Saint-Sacrement, Bd d’Avroy, 132

    La Schola Gregoriana Cardinal Wyszynski de Varsovie (dir. Michal Slawecki, organiste et chef de chœur à l’Université Cardinal Wyszynski) et les Elèves liégeois de l’Académie de Chant grégorien (dir. Isabelle Valloton) dédient l’après-midi du samedi 16 juin prochain, au chant médiéval : plain-chant et polyphonie se succéderont à l’église du Saint-Sacrement à Liège, (Bd d’Avroy, 132).

    Au programme :

    → À 16h45, psalmodie des vêpres traditionnelles alternée par le chœur parisien et les élèves de l’académie.

    → À 17h30, audition concertante « Lumière d’éternité » : plain-chant et polyphonie interprétés par la Schola Gregoriana Cardinal Wyszinski (dir. Michal Slawecki).

    → A 18h00, messe grégorienne pour le temps de la Pentecôte: chants du propre « Dominus illuminatio mea » du IVe dimanche après la Pentecôte, pièces extraites du «Kyriale » des messes festives (Kyrie III, Gloria, Sanctus et Agnus Dei XII) et Salve Regina solennel, alternés par les chœurs liégeois et polonais réunis.

    → A 19h00, réception offerte à l’issue des manifestations.

    Entrée libre. 

    Renseignements: tel. 04.344. 10.89.

    E-mail : academiedechantgregorienliege@proximus.be

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     JPSC

  • Verviers (Sainte-Julienne), 9 juin : Concert exceptionnel "Des mystères au Mystère" avec 90 choristes

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    Un concert pas comme les autres : « Des mystères au Mystère » à Verviers

    9 JUIN À 20 H 00

    « DES MYSTÈRES AU MYSTÈRE »

    Un concert exceptionnel qui a déjà rencontré un grand succès dans les différentes villes où il a eu lieu.  Plus qu’un concert, cette soirée est une expérience de vie et de foi.

    L’asbl Le Chant des Sources au profit de l’asbl Vaphis. Plus de renseignements ici

  • La très catholique Espagne a cessé d'exister

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    La traduction d'un article de Sandro Magister publiée par diakonos.be :

    Adieu à la « très catholique » Espagne, dans une Europe de plus en plus sécularisée. Aux Etats-Unis, en revanche…

    Dans la dernière enquête exceptionnelle du Pew Research Center de Washington sur l’état du christianisme en Europe occidentale, les données qui frappent le plus sont celles de l’Espagne et de sa mutation accélérée de « catholique » à ultra-sécularisée.

    L’enquête mérite d’être lue dans son intégralité :

    > Being Christian in Western Europe

    Mais nous nous limiterons ici à en rappeler quelques données. Avant tout, la stabilité numérique du christianisme en Italie, au Portugal et en Irlande où les quatre-cinquièmes de la population continuent à se dire chrétiens et où ils sont 40% à pratiquer leur religion au moins une fois par mois en Italie, 35% au Portugal et 34% en Irlande.

    Dans ces trois pays, ils ne sont que 15%, c’est-à-dire relativement peu, à se dire athées, agnostiques ou sans aucune religion particulière, ce sont les « nones » du tableau reproduit ci-dessus.

    Ces derniers sont en revanche très nombreux dans les quatre pays les plus sécularisés d’Europe occidentale :

    • la Hollande, où les sans religion sont désormais plus nombreux que les chrétiens, 48% contre 41% ;
    • la Norvège, avec 43% de sans religion contre 51% de chrétiens ;
    • la Suède, avec 42% de sans religion contre 52% de chrétiens ;
    • la Belgique, avec 38% de sans religion contre 55% de chrétiens.

    Et dans quatre autres pays d’Europe, la sécularisation est à un stade très avancé : il s’agit de la France, de l’Allemagne, de la Suisse et du Royaume-Uni. Dans ces pays, ce processus remonte à longtemps et progresse à un rythme moins soutenu, avec un nombre de sans religion qui oscille aujourd’hui entre 21% et 28%.

    La grande surprise vient en revanche d’Espagne où les athées, les agnostiques et les sans religion représentent aujourd’hui déjà 30% de la population et sont arrivés à ce niveau dans un laps de temps très court.

    Pour bien comprendre à quel point la sécularisation a été aussi brutale en Espagne, il suffit de noter qu’en l’espace de quelques années, l’augmentation des sans religion a positionné l’Espagne presque au même niveau que les quatre pays les plus sécularisés d’Europe occidentale, c’est-à-dire la Hollande, la Norvège, la Suède et la Belgique.

    Mais avec cependant une grande différence. Alors que dans ces quatre pays, ceux qui se déclarent aujourd’hui sans religion sont dans la plupart des cas nés et ont grandi dans un milieu familial éloigné de la foi, en Espagne cinq sur six d’entre eux étaient catholiques dans leur enfance et la quasi-totalité ont été baptisés.

    Le tableau de l’Espagne se présente comme suit :

    • chrétiens qui pratiquent au moins une fois par mois: 24%
    • chrétiens non pratiquants : 44%
    • sans religion : 30%

    Il faut en outre remarque que même chez les pratiquants, la fidélité à l’Église sur certaines questions essentielle est très incertaine. En Espagne, 49% d’entre eux sont favorables à la légalisation de l’avortement et 59% sont en faveur du mariage des homosexuels, dans des proportions supérieures à celles – s’élevant quand même à 40% – que l’on rencontre chez les chrétiens pratiquants des trois pays les plus « catholiques » d’Europe occidentale : l’Italie, le Portugal et l’Irlande, ce dernier pays venant tout juste de se prononcer par référendum sur la question de la légalisation de l’avortement, avec une victoire du « oui » s’élevant à 66%.

    La façon dont on abandonne la foi dans les différents pays européens est décrite par les personnes sondées comme un « éloignement graduel » de cette dernière, non traumatique. Mais en Espagne, trois sondés sur quatre l’attribuent aux « scandales qui impliquent des responsables et des instituts religieux ».

    Dans l’ensemble, l’enquête révèle une grande disparité entre l’Europe occidentale et les Etats-Unis.

    Alors qu’en Europe, 31% des chrétiens pratiquent au moins une fois par mois, ils sont plus du double aux Etats-Unis, soit 64%. Et là-bas, même 9% des citoyens qui se disent sans religion particulière pratiquent un culte au moins une fois par mois.

    En Europe, alors que 14% des chrétiens déclarent prier tous les jours, ils sont 68% aux Etats-Unis, auxquels s’ajoutent 20% des sans religion.

    En Europe, 23% des chrétiens croient en Dieu avec certitude, contre 76% aux Etats-Unis, ainsi que 27% des sans religion.

    Ils sont 14% en Europe à considérer que la religion tient une place « très importante dans leur vie » contre 68% aux Etats-Unis, plus 13% de ceux qui ne s’identifient avec aucun confession religieuse particulière.

  • Bazarder l'héritage de mai 68 : une nécessité selon Denis Tillinac

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    Du site de RTFrance :

    Denis Tillinac : «Il faut bazarder intégralement l'héritage de Mai 68» 

    Le gaulliste Denis Tillinac livre pour RT France une critique incisive de Mai 68 et de ses leaders, qu'il définit comme «des générations de jouisseurs égoïstes». L'écrivain constate d'ailleurs que «Mai 68 a désintégré toute la société».

    Ecrivain, Denis Tillinac est l'auteur de près de trente oeuvres littéraires. Il a reçu de nombreuses distinctions comme le prix Roger-Nimier ou le prix Paul-Léautaud. Cet ancien soutien et proche de Jacques Chirac vient de publier, aux éditions Albin Michel, Mai 68, l'arnaque du siècle.

    RT France : Denis Tillinac, vous publiez un livre, Mai 68, l'arnaque du siècle (aux éditions Albin Michel). Tout d'abord, racontez-nous votre Mai 68. Vous viviez à Bordeaux, vous étiez étudiant : comment l'avez-vous vécu ?

    Denis Tillinac (D. T.) : J’ai écrit ce livre pour dire que j’ai très mal vécu Mai 68. J’étais un étudiant de 20 ans, pas politisé, romantique, un peu anar’ – comme toujours à 20 ans – et je m’indigne de voir que, 50 ans après, on persiste à nous présenter Mai 68 comme un moment de ludisme, de créativité, de générosité et de libération, sexuelle entre autres – or ce n’est pas vrai. Personnellement, j’ai vécu quelque chose de très ennuyeux où les copains devenaient au fil des jours – ça avait commencé d’ailleurs dès mai 67 – de plus en plus politisés avec un langage de plus en plus manichéen, des mœurs de plus en plus policières.

    J’ai trouvé cela ennuyeux, oppressif et pas du tout créatif. Je trouvais que les slogans étaient ineptes. En définitive, j’ai pris mon solex et j’ai traversé la route sur des autoroutes désertes à 30 km/h pour aller retrouver à l’autre bout de la France la femme que j’aimais. C’était cela mon acte politique de Mai 68… Une fuite.

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  • Le philosophe Denis Moreau : "j'assume une foi intéressée"

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    Lu sur La Libre Belgique du 2 juin (p. 50-51) :

    “Il faut des catholiques de droite et de gauche”

    Le philosophe Denis Moreau :

    « Si je suis catholique, précisément, c’est parce que cela m’aide à bien vivre. Je le reconnais : je défends l’idée d’une religion intéressée, sans négliger non plus la question des “fins dernières”. Si je suis catholique, c’est aussi pour gagner la vie éternelle, et jouir du bonheur promis au Paradis. J’assume cette foi intéressée.  Si je suis chrétien, c’est parce que je suis convaincu que c’est bon pour moi, que cela m’aide à mieux vivre, et à affronter certains problèmes de l’existence. » … « Il y a une tradition de progrès social de la gauche, la défense des opprimés notamment, des plus faibles. Et, sur ces sujets, le catholicisme a aussi des choses à dire. Il faut pouvoir s’intéresser aux pauvres ; les inégalités sont insupportables. Le pape François répète cela en boucle… Le catholicisme doit irriguer toute la société, donc il est souhaitable qu’il y ait des catholiques de droite et des catholiques de gauche. Mais je trouve un peu dommage que le catholicisme de gauche ait quasiment disparu. Alors certes, la gauche française est en perte de repères, mais le catholicisme pourrait sans doute lui apporter quelque chose. D’ailleurs, il est souhaitable que les croyants s’engagent en politique pour participer à la vie du monde dans lequel ils évoluent. Et il me semble que cet engagement doit se faire différemment de la manière dont on le concevait dans les années 1950-1970 : on parlait alors du modèle de “l’enfouissement” du “levain dans la pâte”(les chrétiens devaient agir sans se signaler comme chrétiens, de manière discrète). » 

    Pour lire l'article in extenso : page 50page 51

  • A propos de l'enquête d'opinion de l'Institut PEW concernant les chrétiens d'Europe

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    De Mireille Vallette sur dreuz.info :

    L’Institut Pew dévoile les résultats d’une enquête d’opinion à propos des chrétiens d’Europe, en lien avec leur degré de pratique. Un seul résultat est spectaculaire… que les rédacteurs dissimulent.

    Petit quiz :

    • Si une religion est sans cesse persécutée par une autre dans le monde, ses adeptes auront-ils une image très positive de ce culte?
    • Seront-ils ouverts à l’immigration dans leur pays lorsque celle-ci comprend une immense part des croyants de la religion persécutrice?
    • Les pratiquants fervents d’une religion seront-ils plus ouverts sur le plan des mœurs que les adeptes mous ou les athées?

    Les réponses sont évidentes, même sans étude sociologique. L’intitulé des questions que pose l’institut Piew dans une vaste enquête est différent, il oublie ces dures réalités. Au fil de 24 000 entretiens téléphoniques dans 15 pays, l’enquête nous explique ce que signifie «Etre chrétien en Europe de l’Ouest». Les découvertes spectaculaires sont rares et les truismes nombreux. L’avalanche de sujets et de chiffres fera surtout le miel des chercheurs.

    L’étude ne dit pas un mot de la persécution ni de l’éradication des chrétiens. Le même institut observe pourtant en 2016 que l’Irak comptait environ un million de chrétiens avant 2003, contre 300 000 en 2016 ; la Syrie environ 2 millions en 2011, et 500 000 cinq ans plus tard ; en Turquie, un quart de la population il y a un siècle, 0,1% aujourd’hui.

    Seuls les mauvais esprits feront un lien entre opinions des sondés et pratiques de sauvages. La conclusion, implicite et limpide, c’est que, notamment en ce qui concerne les musulmans et l’invasion migratoire, les chrétiens sont bien intolérants. Et c’est ce que les médias reprennent en bons chiens de Pavlov.

    La Radio suisse par exemple, paraphrase le communiquée de Piew: «Enfin, tous pays confondus, l’enquête montre un lien clair entre l’appartenance déclarée à une confession chrétienne d’une part, et une attitude plus nationaliste et moins ouverte à l’encontre des religions juive et musulmane que chez les personnes sans religion, d’autre part.» Notons que le rejet de la religion juive, réel, est nettement moindre que celui d l’islam.

    D’autres vérités encore découvrent ce que chacun sait: les chrétiens pratiquants sont plus nombreux que les observants lointains ou les athées à être hostiles aux symboles vestimentaires de l’islam, à s’opposer au droit à l’avortement et au mariage pour tous, à considérer que l’islam est incompatible avec les valeurs de leur pays. Et à estimer, mais qui oserait le contester, que leur culture est supérieure aux autres.

    Les chercheurs le confirment: « …l’identité chrétienne en Europe de l’Ouest est associée à des niveaux plus élevés de sentiment négatif à l’égard des immigrés et des minorités religieuses.»

    Ils ont pourtant obtenu à ce propos, un score que vous ne trouverez ni dans le communiqué de Pew, ni dans les 52 pages de résumé en français, mais qui n’a pas échappé à Fdesouche. Chrétiens ou non, 84% de l’ensemble des interviewés souhaitent soit que l’immigration soit stoppée («que le nombre d’immigrants dans le pays reste à son niveau actuel») (46%), soit qu’elle soit inversée («que le nombre d’immigrants dans le pays soit diminué») (38%).

    Suisse : 58% favorables au statu quo, 31% à la diminution (89% au total).

    France : 53% et 30% (83%). Mais il existe encore 10% d’extraterrestres qui voudraient la voir augmenter. Et 17% au Portugal, 16% en Suède, 8% en Suisse.

    Le risque était grand que si Piew mettait en évidence ces chiffres, les médias les reprennent en titre.

    Le «Huffington post» développe dans un article un autre résultat: une majorité d’Européens ne savent pas grand-chose sur l’islam, sous-entendu ils ne savent pas de quoi ils parlent quand ils le critiquent. Faut-il donc avoir lu le Coran pour constater les gigantesques dégâts que l’Europe doit à cette religion?

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    © Mireille Vallette pour Dreuz.info.

  • Une pièce blasphématoire fait scandale en Tchéquie

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    De Magdalena Hrozinkova sur le site de Radio Praha :

    UNE PIÈCE JUGÉE BLASPHÉMATOIRE FAIT SCANDALE EN TCHÉQUIE

    Rarement une œuvre théâtrale aura suscité une telle controverse en République tchèque. Samedi dernier, à Brno, la représentation de la pièce intitulée « Notre violence, votre violence », mise en scène par le Croate Oliver Frljić, a été interrompue pendant une heure par une trentaine de militants. La programmation de la pièce dans le cadre de Divadelní svět, un des plus importants festivals tchèques de théâtre tchèques qui se déroule jusqu’au 30 mai dans la deuxième ville du pays, avait provoqué préalablement de multiples critiques, notamment de la part de l’Eglise catholique et de certains politiques.

    Remarqué à l’international pour ses créations volontairement provocatrices, Oliver Frljić n’hésite pas à aborder au théâtre des sujets sensibles, tels que la guerre en ex-Yougoslavie, l’implication des Polonais dans l’Holocauste, le rôle de l’Eglise dans la société contemporaine ou encore la crise migratoire. A Brno, le metteur en scène et dramaturge croate a débarqué avec sa pièce intitulée « Notre violence, votre violence », une œuvre déstabilisante sur les extrémismes religieux, la peur, la haine et l’hypocrisie des Européens face à l’afflux de migrants.

    Dans une République tchèque majoritairement athée et qui refuse tout aussi majoritairement l'accueil des migrants notamment de confession musulmane, la pièce a été dénoncée dans les cercles catholiques et conservateurs plusieurs semaines avant même sa première représentation devant le public de Brno. Les protestataires ont été plusieurs milliers à signer une pétition dans laquelle ils demandaient le retrait de la pièce du programme du festival ; une pièce qui se termine sur une scène où le personnage de Jésus, nu et couronné d’épines, viole une femme musulmane. Iva Syptáková fait partie des activistes chrétiens qui ont exprimé leur indignation devant le Théâtre Husa na provázku à Brno et même pendant le spectacle, lorsque les comédiens croates et slovènes interprétaient la scène incriminée :

    « C’était terrible, mais cela nous apprend à nous battre pour notre foi, pour Dieu. Quand Dieu est insulté de cette façon, quand on le présente comme un agresseur qui viole quelqu’un, c’est un des pires blasphèmes. »

    En République tchèque, les protestations contre la pièce « Notre violence, votre violence » ont non seulement une dimension religieuse, mais aussi politique. Tandis que Miroslav Sládek, ancien leader d’un parti d’extrême-droite, a essayé d’empêcher les spectateurs d'entrer dans la salle, d’autres militants membres d’un mouvement appelé - aussi paradoxal que cela puisse paraître - « Des gens bien » (Slušní lidé) sont montés directement sur la scène. Des hommes musclés tous habillés d'un tee-shirt bleu ont formé une chaîne humaine pour empêcher les comédiens de poursuivre le spectacle. Ils ont quitté les lieux après l’intervention de la police.

    Zdeněk Pernica, ancien champion de République tchèque de kick-box, est le chef de ce mouvement fondé en 2016 et classé parmi les groupes d'extrême droite par le ministère de l’Intérieur. Au nom de tous les « gens bien », Zdeněk Pernica a pris la parole devant les caméras :

    « Ce que les comédiens ont joué, c’était tout simplement du porno. Même certains spectateurs qui ont pris leur défense se sont déshabillés et se sont promenés à poil sur la scène. Nous considérons que ce n’est plus de l’art. »

    Soutenus dans leur démarche par le primat de l’Eglise catholique tchèque, le cardinal Dominik Duka, les protestataires ont été vivement critiqués par le maire de Brno Petr Vokřál (ANO), selon lequel le mouvement « Des gens bien » mène une campagne avant les élections municipales prévues à l’automne prochain, ainsi que par de nombreux spectateurs. Voici une réaction du public :

    « Ces ‘gens bien’ ont fait une excellente publicité pour ce spectacle. Ils ont montré combien le sujet de la liberté, traité dans cette pièce, était d’actualité dans ce pays. »

    Directeur du Théâtre national de Brno et organisateur du festival, Martin Glaser espère que cet incident inquiétant permettra l'ouverture d'un débat public sur la liberté de l’art, ainsi que sur la frontière entre culture et politique :

    « Les spectacles de ce genre sont une nouveauté à laquelle la société tchèque n’est pas préparée. Je crois qu’en programmant cette pièce, nous avons rendu un service à la République tchèque, à sa liberté et à sa démocratie. »