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Idées - Page 4

  • Soljenitsyne est un de ceux qui nous ont permis de saisir la nouveauté des régimes totalitaires

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    De Bérénice Levet sur le Figaro Vox (lefigaro.fr) :

    « Soljenitsyne, penseur des limites »

    Faut-il relire Soljenitsyne ?

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Bérénice Levet a participé à une table ronde sur la réception de Soljenitsyne en France, qui s'est tenue le 20 novembre à L'Institut de France dans le cadre du colloque organisé à l'occasion du centenaire de la naissance de Soljenitsyne. Le Figarovox publie en exclusivité son intervention.


    Bérénice Levet est docteur en philosophie et professeur de philosophie au Centre Sèvres. Elle vient de faire paraître Libérons-nous du féminisme! aux éditions de l'Observatoire.


    Née dans les années 1970, j'appartiens à la deuxième génération des lecteurs de Soljenitsyne. Une vie d'Ivan Denissovitch est publié en France en 1963, Le Pavillon des cancéreux en 1968, L'Archipel du Goulag en 1973 et Le discours d'HarvardLe Déclin du courage, prononcé en 1978.

    Je me permettrai d'évoquer ma propre expérience, non par plaisir narcissique, mais parce qu'elle ne me semble pas exclusive. Notre tâche à nous qui atteignions l'âge de la majorité, ou en approchions, avec la chute du mur de Berlin, n'était pas tant de nous délivrer des sortilèges du communisme que de répliquer à l'anthropologie progressiste qui façonnait nos sociétés depuis les années 1960-1970, dans laquelle nous avions grandi, selon laquelle nous avions été éduqués et à laquelle nous avions un temps adhéré. Mais nous commencions à en sentir dans notre chair, mais aussi aiguillonnés par des penseurs comme Alain Finkielkraut, à en sentir les failles. Nous aussi nous avions besoin d'un dégrisement idéologique mais les idoles que nous avions à briser étaient celles du progressisme, lequel s'obstinait à méconnaître, quand il ne criminalisait pas, les besoins fondamentaux de l'âme humaine: l'enracinement, l'inscription dans une histoire singulière, le droit des individus et des peuples à la continuité historique. L'idole par excellence de cette idéologie était la liberté, une liberté conçue comme déliaison. L'individu, postulait-on, serait d'autant plus libre, plus créatif, qu'il serait affranchi de toute tradition, allégé du fardeau du vieux monde. Alibi de la liberté au nom duquel les adultes renoncèrent à leur mission de transmission: l'enfant n'est plus escorté dans le monde où il entre, il y est jeté, selon le mot d'Hannah Arendt.

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  • Que sera l’humanité à l’ère des robots et des êtres scientifiquement modifiés ?

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    LE TRANSHUMANISME SIGNERA-T-IL LA FIN DE L'HUMANITÉ ?

     de gennethique.org

    Que sera l’humanité de demain « à l’ère des robots et des êtres scientifiquement modifiés ? » L’écrivain Sébastien Lapaque s’inquiète « du profond dégoût de notre humanité, de l’homme tel qu’il est » que véhicule le Transhumanisme. Une inquiétude que partage Olivier Rey qui constate que « ceux qui se disent transhumanistes entendent en finir avec l’humanité telle que nous la connaissons, ou la réduire à la condition peu enviable de ‘chimpanzés du futur’ ». Aussi, « les humains qui souhaitent que l’humanité continue sont obligés de prendre en compte l’existence de ceux qui veulent leur faire la peau ».

    Dans leur démarche, les transhumanistes en évitant de se confronter aux grandes questions existentielles : « A qui appartient-il de vivre ? Qu’est-ce que la vie ? » vont « contourner l’angoisse de vivre et de mourir qui nous tenaille », explique Sébastien Lapaque. « Ils ont une conception désespérée de la vocation de l’homme ! »

    « En vérité », commente Olivier Rey, « les promesses les plus spectaculaires des transhumanistes, comme la mort de la mort, ne sont que des leurres jetés dans l’espace public pour arracher le consentement des populations à son asservissement toujours plus complet aux dispositifs technologiques, et aux firmes qui les contrôlent. En fait de ‘santé’ par exemple », continue le philosophe, « nous resterons mortels, mais au prétexte d’augmenter notre longévité, la ‘transhumanisation’ ambiante nous habituera à être en permanence monitorés – afin que des algorithmes déduisent à chaque instant, de nos paramètres physiologiques transmis en temps réel, les aliments convenablement dosés à absorber, les médicaments à prendre, les activités auxquelles nous adonner, etc. ». Olivier Rey conclut : « C’est se réduire, pour une vie plus longue, à un ersatz de vie ». Par ailleurs, « l’hybridation avec la machine prônée par les transhumanistes est la négation même de la santé : pareille ‘cyborgisation’ nous ravalerait tous au statut de patients des services hospitaliers de soins intensifs, qui ne doivent leur survie qu’à un branchement permanent sur un appareillage sophistiqué ».

    Sources: Le Figaro magazine, Eugénie Bastié et Alexandre Devecchio (07/12/2018)

  • Saint Clément d'Alexandrie "le pédagogue" (4 décembre)

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    Lors de l'audience générale du mercredi 18 avril 2007, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à ce Père de l'Eglise (source) :

    Chers frères et sœurs,

    Après le temps des fêtes, nous revenons aux catéchèses habituelles, même si apparemment, il règne encore un climat de fête sur la Place. Avec les catéchèses, nous revenons, comme je l'ai dit, au filon commencé auparavant. Nous avons tout d'abord parlé des douze apôtres, puis des disciples des apôtres, et à présent des grandes personnalités de l'Eglise naissante, de l'Eglise antique. Dans la dernière, nous avions parlé de saint Irénée de Lyon, nous parlons aujourd'hui de Clément d'Alexandrie, un grand théologien qui naquit probablement à Athènes vers le milieu du deuxième siècle. Il hérita d'Athènes cet intérêt prononcé pour la philosophie, qui devait faire de lui l'un des hérauts du dialogue entre foi et raison dans la tradition chrétienne. Encore jeune, il rejoignit Alexandrie, la "ville symbole" de ce carrefour fécond entre différentes cultures qui caractérisa l'époque hellénistique. Il y fut le disciple de Pantène, jusqu'à lui succéder dans la direction de l'école catéchétique. De nombreuses sources attestent qu'il fut ordonné prêtre. Au cours de la persécution de 202-203, il quitta Alexandrie pour se réfugier à Césarée, en Cappadoce, où il mourut vers 215.

    Les œuvres les plus importantes qui nous restent de lui sont au nombre de trois:  le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates. Même s'il ne semble pas que cela fût l'intention originelle de l'auteur, le fait est que ces écrits constituent une véritable trilogie, destinée à accompagner de manière efficace la maturation spirituelle du chrétien. Le Protreptique,  comme  le dit la parole elle-même, est une "exhortation" adressée à celui qui commence et cherche le chemin de la foi. Mieux encore, le Protreptique coïncide avec une Personne:  le Fils de Dieu, Jésus Christ, qui se fait l'"exhortateur" des hommes, afin qu'ils entreprennent de manière décidée le chemin vers la Vérité. Jésus Christ lui-même se fait ensuite Pédagogue, c'est-à-dire l'"éducateur" de ceux qui, en vertu du Baptême, sont désormais devenus des fils de Dieu. Enfin, Jésus Christ est aussi Didascalo, c'est-à-dire le "Maître" qui propose les enseignements les plus profonds. Ceux-ci sont rassemblés dans la troisième œuvre de Clément, les Stromates, parole grecque qui signifie "tapisseries":  il s'agit, en effet, d'une composition non systématique de thèmes divers, fruit direct de l'enseignement habituel de Clément.

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  • Quand les journalistes se muent en inquisiteurs et les médias en instruments du totalitarisme

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    Du site "Pour une école libre au Québec" :

    Médias: la nouvelle Inquisition ?

    Docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises, Ingrid Riocreux étudie dans son nouvel ouvrage le désamour généralisé envers les médias.

    Enclins à orienter l’information au gré des vents qui leur conviennent, les médias colportent et imposent une vision du monde qui leur est propre, souligne Ingrid Riocreux. 

    À l’heure des infox et des médias alternatifs, des polémiques à deux sous et des « buzz » pilotés, « médiatiquement nous sommes entrés dans l’ère du soupçon », indique Ingrid Riocreux. Après un premier ouvrage consacré au langage propre aux médias, l’agrégée de lettres modernes et docteur de la Sorbonne en langue et littérature françaises analyse dans son nouvel opus comment les médias et journalistes qui colportent la suspicion sont devenus indignes de confiance. 

    Mêlant témoignages et décryptages, l’ouvrage dévoile une parole dominante qui cherche à s’imposer dans le discours médiatique au détriment de la recherche de la vérité et du pluralisme.

    — Pourquoi, après un premier livre qui étudiait le langage des médias, consacrer à nouveau un ouvrage à ceux que vous appelez, citant Maupassant, les « marchands de nouvelles » ?

    — Le point de départ de la Langue des médias était la démonstration de l’existence d’un sociolecte journalistique : une manière de parler propre aux journalistes. Je m’attachais à la diction, au repérage de formules récurrentes, pas toujours marquées idéologiquement, que ce soient les anglicismes ou les métaphores clichés.

    Je voulais surtout insister sur le glissement qui conduit de l’absence de réflexion sur le langage à l’imprégnation idéologique. Dans ce second volume, c’est cette imprégnation idéologique qui est au cœur de mon analyse, de deux manières, puisque je montre que le discours médiatique est porté par une vision du monde qui préexiste à l’observation du réel et la modèle, et parallèlement, que cette manière de dire le monde oriente totalement notre compréhension des choses, en profondeur.

    Méthodologiquement, Les Marchands de nouvelles diffère beaucoup de La Langue des médias sur trois points : j’y ai mis beaucoup de moi, alors même que je m’étais effacée le plus possible de mon premier livre.

    J’ai voulu montrer l’impact de l’idéologie portée par les médias sur la vie, sur le quotidien, au travers d’anecdotes personnelles. J’ai suivi en cela l’exemple de Klemperer, précisément parce que, entre-temps, j’ai lu LTI [la langue du IIIe Reich de Victor Klemperer] et d’autres ouvrages que je cite abondamment. C’est la deuxième différence avec mon autre livre : le second est beaucoup plus nourri que le premier parce que, grâce aux conseils de lecteurs qui m’ont écrit, j’ai découvert Sternberger, Klemperer, Armand Robin, etc. Et le travail fascinant de Michel Legris (Le Monde tel qu’il est, Pion, 1976). Enfin, je reviens, dans ce nouveau livre, sur la réception du précédent : comment la Langue des médias a été accueilli et ce que cela dit de notre temps. J’ai traqué le off des journalistes, leurs confidences hors plateau, notamment sur la dégradation de leurs conditions de travail, directement en lien avec la pression idéologique qu’ils subissent et dont beaucoup se plaignent.

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  • N'en déplaise à Luc Ferry, la nature humaine existe bel et bien

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    D'Aline Lizotte sur le site Smart reading Press :

    OUI, MONSIEUR FERRY, LA NATURE HUMAINE EXISTE !

    Dans une tribune publiée le 10 octobre dans Le Figaro, le philosophe Luc Ferry s’interrogeait sur la notion de «loi naturelle» invoquée lors des débats sur l’extension de la PMA et en contestait l’existence, parlant de «l’introuvable loi naturelle». Il y affirmait que «tout ce que l’humanité a fait de grand depuis le siècle des Lumières est pour l’essentiel artificiel, antinaturel et que, du coup, c’est à la liberté éclairée autant que faire se peut par la raison et non à la nature de poser des limites.» Une affirmation qui mérite réponse…

    Selon Luc Ferry, s’il y avait une «nature humaine» et en conséquence une «loi naturelle», nous serions enfermés dans le déterminisme de l’animal, et l’homme n’aurait rien produit de tout ce qu’il a fait depuis qu’il a émergé des ténèbres de son état primitif. Il n’aurait inventé ni la roue, ni la bombe atomique, ni l’avion, ni la médecine, ni l’art des cavernes, ni les toiles de Picasso. Il n’aurait produit ni les guerres, ni la torture, ni la prostitution, ni la traite des esclaves. Parce qu’il n’y a pas de nature, l’homme s’est donné à lui-même sa propre forme et sa propre loi. Non programmé, il est absolument libre de demeurer, selon ce que dit Hobbes, comme un loup pour l’homme ou comme un Socrate qui préfère boire la ciguë plutôt que d’enfreindre la loi. S’il n’y a pas de «nature humaine», il n’y a pas non plus d’humanité et, s’il n’y a pas d’humanité, il n’y a pas de société politique. Nos sociétés dites «humaines» ne seraient en réalité que d’immenses jungles dans lesquelles l’homme «libre» choisit d’être prédateur ou victime ! Affirmer l’existence d’une nature humaine, ce serait renoncer à la liberté ! Dans toute cette belle argumentation, il y a d’abord une confusion de langage qui porte sur le mot «nature».

    NATURE ET LOI NATURELLE

    Si l’homme n’est pas un être instinctif programmé et déterminé, n’a-t-il pour autant aucune «nature» ?

    Le langage courant appelle «nature» l’environnement qui est extrinsèque à l’homme et qui est composé des paysages qu’il voit, des animaux qu’il fréquente ou non, de la détermination du temps «par le déplacement du soleil autour de la terre». Vivre dans la nature, c’est vivre dans cet environnement quotidien et essayer de le gouverner tant bien que mal pour en bénéficier et se mettre à l’abri de ses méfaits. De sorte que la «nature» apparaît à l’homme à la fois bienfaisante et malfaisante. Si on lui dit qu’il est lui aussi un «être naturel», il proteste vaguement, car il ne se sent pas aussi déterminé que son chien, son chat ou ses lapins. Et il a bien raison car, comme le dit Luc Ferry, il n’est pas cet être instinctif «programmé et déterminé». Cela est juste, mais faut-il en tirer que l’homme n’a aucune «nature» ?

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  • Bruxelles, 4 décembre : "Subjectivement vôtre" (Philo à Bruxelles avec Stéphane Mercier)

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  • Que d'erreurs commises au nom des Droits de l'Homme...

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    De Paul Sugy sur le Figaro Vox (LeFigaro.fr) :

    Droits de l'homme, que d'erreurs commet-on en votre nom !

    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Grégor Puppinck dénonce une dénaturation de l'homme à travers l'évolution des droits de l'homme. De 1789 à la Déclaration universelle de 1948, qui aura 70 ans en décembre, puis de 1948 à nos jours, l'homme des droits de l'homme n'est plus le même. Et demain, les droits transhumains ? 


    Grégor Puppinck est docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). Il vient de publier Les droits de l'homme dénaturé(éd du Cerf, novembre 2018).


    FIGAROVOX.- Doit-on comprendre, à votre titre, que les droits de l'homme ont «dénaturé» l'homme

    Grégor PUPPINCK.- C'est d'abord l'homme qui perd le sens de la nature humaine, qui se dénature. Alors que les droits de l'homme sont devenus au XXe siècle une philosophie universelle exprimant une certaine conception de l'homme, ce livre entend justement analyser la transformation de cette conception de l'homme à travers celle de ses droits. Une telle entreprise est possible car il existe une corrélation stricte au sein des «droits de l'homme» entre l'homme et ses droits: ils se définissent mutuellement. Plus encore, les droits de l'homme sont devenus le miroir social de l'humanité, c'est par eux et en eux que nous nous représentons et nous reconnaissons. Chaque transformation de ces droits est comme une retouche portée à notre autoportrait.

    Pour analyser cette évolution, je compare l'intention originelle des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme, telle qu'elle ressort des archives de 1948, avec l'interprétation évolutive qui en a été faite depuis par les instances internationales, en particulier par la CEDH. Le droit a l'avantage d'être une discipline rationnelle qui s'inscrit dans le temps à travers une succession de textes normatifs élaborés avec grande attention. L'analyse des droits de l'homme permet ainsi d'observer avec objectivité l'évolution de l'idée que les instances internationales, et la société en général, se font de l'homme.

    Or j'observe que notre compréhension de la nature humaine, dont le respect est pourtant la cause des droits de l'homme, a fait l'objet d'une véritable révolution durant les dernières décennies. C'est donc l'homme occidental contemporain qui est dénaturé, et qui redéfinit ses droits en conséquence. Cela étant, il est vrai que les droits de l'homme contribuent à cette dénaturation et même l'amplifient, en raison principalement de leur constitution foncièrement individualiste et de la puissance normative de leur discours.

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  • Quand les droits de l'homme se réduisent au bon plaisir de l'individu

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    De Nicolas Bauer sur le site aleteia.org :

    Des droits de l’homme réduits à la volonté individuelle ?

    Seul un retour à une vision proche de celle des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dont on célèbre le 70e anniversaire, pourrait permettre de pérenniser le système de protection des droits humains.

    Certains essais critiques sur les droits de l’homme sont trop simplificateurs : ils refusent de différencier la Déclaration française de 1789 et celle des Nations-unies (ONU) de 1948. Or ces deux textes se distinguent par leurs philosophies respectives. La déclaration révolutionnaire enfermait les droits de l’homme dans la « Nation », supposée émanciper le citoyen de l’autorité divine et de la société. Au contraire, la Déclaration universelle de 1948 découle de l’intention d’après-guerre d’établir un ordre international s’imposant aux États. Celui-ci, fondé sur la primauté de la personne humaine, a fait des droits de l’homme une sorte de morale découlant de la loi naturelle.

    L’omission volontaire du divin

    Dans un essai qui vient de paraître, Les Droits de l’homme dénaturé (Cerf), le juriste Grégor Puppinck montre cependant que la fondation de ce nouvel ordre international est bancale. Directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), l’auteur souligne certaines limites de la Déclaration universelle et des instruments de protection des droits de l’homme qui l’ont suivie. En particulier, ces textes omettent volontairement de faire référence à Dieu comme origine de l’homme et de sa dignité, contrairement à de nombreuses constitutions nationales. Le débat d’après-guerre qui a abouti à ce choix montre que c’était une exigence des États communistes athées.

    Lire aussi : Bertrand Vergely : « Les Lumières nous rendent tranquillement sadiques »

    Cette omission du divin n’a pas été sans influence sur l’interprétation des droits de l’homme. Cela a notamment favorisé une désincarnation de la dignité humaine, qui a progressivement été réduite à l’autonomie et à la volonté individuelles. Cette transformation conduit par exemple certains défenseurs des droits de l’homme à inclure la PMA ou le changement de sexe dans le droit au respect de la vie privée.    

    Droits naturels et antinaturels

    Les universitaires distinguent habituellement plusieurs générations de droits de l’homme, qui peuvent parfois entrer en conflit : civils et politiques, économiques et sociaux, environnementaux… Aujourd’hui, cette classification ne paraît plus pertinente. En effet, l’objectif de l’extension des droits de l’homme n’est plus de sortir les personnes de la pauvreté et de l’ignorance, par exemple par le travail ou l’éducation. Les droits économiques et sociaux sont remplacés par des droits sociétaux, qui visent cette fois à libérer un individu abstrait de la nature humaine. Grégor Puppinck propose une autre typologie de droits : les droits naturels consacrés à l’après-guerre, les droits antinaturels (euthanasie, l’avortement…) et les droits transnaturels émergents (eugénisme, changement de sexe…). Les nouveaux droits de l’homme, qui nient ou redéfinissent sa nature, violent ses véritables droits, par lesquels il s’humanise.  

    Lire aussi : Abbé de Tanoüarn : « Il faut trouver quelque chose de plus grand que la raison »

    Face à cette évolution, illustrée par de nombreux débats d’actualité, il est essentiel de réaffirmer les droits naturels de l’homme. Seule ce retour à une vision proche de celle des rédacteurs de la Déclaration universelle et de la Convention européenne pourrait permettre de pérenniser le système de protection des droits de l’homme. Ces textes eux-mêmes, adoptés par les sociétés chrétiennes d’après-guerre, peuvent être des ressources permettant de contester les dérives actuelles des droits de l’homme. Il est en effet toujours utile de rappeler les instances internationales à leurs devoirs, en particulier celui d’interpréter et d’appliquer les traités « de bonne foi ». Grégor Puppinck n’hésite pas à les mettre en garde, car « à la différence de l’Église, [elles n’ont] pas reçu la promesse de la vie éternelle et [pourraient] disparaître ».

    La primauté des devoirs de l’homme

    Cela dit, est-ce réellement sur les droits de l’homme de l’après-guerre que l’on peut bâtir une critique juste et efficace de la post-modernité ? Ceux-ci, même naturels, sont une morale très insuffisante. La logique intrinsèque des droits de l’homme est problématique : ils insistent sur ce que la société doit au sujet de droits et non sur ce que celui-ci doit à la société. Ils contiennent en germe des attitudes revendicatrices, visant à émanciper l’homme de Dieu et de Sa loi. C’est pour cette raison que les droits de l’homme ont été longtemps combattus et critiqués par le magistère catholique, comme « si contraires à la religion et à la société » (Pie VI).L’Église préfère accompagner l’homme dans l’humble accomplissement de ses devoirs, plutôt que de l’inciter à se focaliser sur ses droits.

    Pourquoi donc est-il légitime d’embrasser la défense de véritables droits de l’homme auprès des instances internationales ? Ce choix peut être justifié par deux raisons. D’une part, promouvoir les droits naturels de l’homme permet de remonter à ses devoirsComme l’affirmait Léon XIII, « les vrais droits de l’homme naissent précisément de ses devoirs envers Dieu ». En particulier, le droit à la vie est une conséquence de l’interdit du meurtre, la liberté d’association permet de réaliser plusieurs devoirs sociaux de l’homme et la liberté de religion découle de notre devoir de rendre un culte à Dieu. Ces devoirs, source des droits de l’homme, sont aussi leur finalité, conforme à la nature humaine. 

    Un champ de bataille idéologique

    D’autre part et surtout, les droits de l’homme peuvent être utilisés avec pragmatisme, comme un argumentum ad hominem. Autrement dit, il est légitime d’opposer aux instances internationales les textes et les principes qu’elles reconnaissent comme suprêmes. C’est cette stratégie qui a permis à Grégor Puppinck de remporter de belles victoires dans les affaires de bioéthique et de liberté de religion à l’ONU et à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le 70e anniversaire de la Déclaration universelle est une bonne occasion de découvrir les arcanes de ce combat de longue haleine.

    Les droits de l’homme dénaturé, Grégor Puppinck, Les éditions du Cerf, (novembre 2018)

  • Etienne Gilson, ce grand intellectuel oublié

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    De Kristina Mitalaité sur le site aleteia.org :

    Étienne Gilson, illustre oublié de France

    Dans son livre autobiographique Le philosophe et la théologie, Étienne Gilson a écrit : "Il est pénible et, à la longue, épuisant, de ne pas “faire comme tout le monde“". Déterminé, têtu, intransigeant, Gilson n’a jamais trahi ses convictions intellectuelles et politiques, quitte à les défendre en restant seul et isolé. Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, il enseignait l’ "Histoire des doctrines et des dogmes". Professeur au Collège de France (1932), il était aussi membre de l’Académie française (1946). Figure politique d’après-guerre, il était avant tout un penseur catholique international. Étienne Gilson est mort le 17 septembre 1978.

    L’influence de Gilson est immense, diverse et inattendue, mais elle se perd avec et dans le temps : Joseph Ratzinger, Umberto Eco, Albert Camus, Charles de Gaulle le lisent avec fascination et lui rendent hommage. En France, sa mémoire s’effrite avec le temps et tombe rapidement dans l’oubli. En revanche, ses idées philosophiques se sont bien implantées aux États-Unis et au Canada, où il a passé plusieurs années à enseigner (l’Université de Virginie, Harvard). Il était l’un des cofondateurs du Pontifical Institue of Medieval Studies à Toronto, pour ne mentionner que quelques-unes de ses activités en dehors de la France. C’est en Outre-Atlantique et non en France qu’on compte les gilsoniens, qui continuent les chemins de la philosophie chrétienne et que l’International Etienne Gilson Society a été fondée.

    Lire aussi : C.E de Saint-Germain : « Le vide spirituel actuel génère un besoin de philosophie »

    Le colloque intitulé « Étienne Gilson (1884-1978), médiéviste et philosophe, homme de foi et homme d’action », organisé par le professeur Michel Cacouros le 19 et 20 septembre a tenté de pallier cet oubli français. Des conférenciers, venus de différentes institutions françaises, canadiennes et étasuniennes, ont discuté l’œuvre et la personnalité de Gilson. Le colloque fut un succès : l’amphithéâtre qui l’a accueilli était plein. Selon Cacouros, ce premier colloque international en Europe dédié à Gilson a discuté principalement trois aspects de son activité intellectuelle : la philosophie, la théologie et ses relations avec les autres intellectuels et hommes d’Église de son époque. Qui était donc Etienne Gilson ?

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  • KTO : l’émission « la Foi prise au mot » parcourt la vie et l’œuvre de Rémi Brague

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    moderne 9782081331112.jpgLa Foi prise au mot parcourt ici la vie et l’ œuvre de Rémi Brague, spécialiste de philosophie antique, il s´est ensuite tourné vers la philosophie médiévale et la philosophie arabe. À partir de cet ancrage, il s´attache à comprendre notre monde actuel à travers ces multiples influences grecques, romaines, chrétiennes, mais aussi juives et arabes, et surtout à critiquer ce que la modernité peut avoir de désespérant et de profondément inhumain. Retrouvez donc Régis Burnet en compagnie de Rémi Brague pour une discussion sur son oeuvre qui nous donne de très précieuses clefs culturelles pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, à partir de la réflexion qu´il mène sur notre héritage culturel :

    JPSC

  • Révéler l’humanité, combattre l’inhumanité

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    Du site "Courant pour une écologie humaine" :

    LES TEMPS MODERNES, UN PIÈGE POUR L’HOMME

    Entretien avec Rémi Brague, philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive. Membre de l’Institut de France, Rémi Brague est professeur émérite de l’Université Panthéon-Sorbonne et de l’Université de Munich. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (1), Le Règne de l’homme (2), Où va l’histoire ? (3) et, en 2018, Sur la religion (4).

    Cet article est issu de l’ouvrage « Société de Bien Commun vol.2, révéler l’humanité, combattre l’inhumanité ».

    Le thème de ce second volume sur la Société de Bien Commun est Révéler l’humanité, combattre l’inhumanité. Qu’est-ce qui dans la société française, selon votre regard de philosophe, mérite d’être spécifiquement révélé ?

    Ce qui est remarquable, c’est justement qu’il faille expliquer ce qu’est l’homme. Cela ne vaut pas que pour la France, mais pour toutes les sociétés industrielles. L’homme a cessé d’être une évidence paisiblement possédée et mise en œuvre. Il doit désormais être révélé. Et surtout pas défini, car définir, c’est tracer des frontières en deçà desquelles on aurait de l’humain, et au-delà, des ténèbres extérieures. Le christianisme a cette particularité d’avoir fait voir de l’humain, de l’avoir donc « révélé » au sens où, dans la photographie argentique, on révélait l’image qui n’était alors présente qu’en négatif. Il l’a fait justement là où l’on n’en voyait pas jusqu’à présent. Pensez aux trois neutralisations opérées par saint Paul : homme ou femme, maître ou esclave, juif ou païen, cela ne compte pas (5). Les différences naturelle, sociale, religieuse, subsistent, mais elles perdent leur pertinence quant au salut. On pourrait ajouter : enfant ou adulte, fœtus ou nouveau-né, etc. Pour le monde antique, une femme était moins humaine qu’un  18 se situer homme, on pouvait donc la marier sans lui demander son avis ; un esclave était moins humain qu’un citoyen libre, on pouvait donc le vendre; un nouveau-né n’était pas encore humain, on pouvait donc l’exposer; un fœtus non plus, on pouvait donc l’avorter. Les Juifs interdisaient l’avortement et l’exposition, mais considéraient que les « païens » étaient moins humains qu’eux. La révolution chrétienne n’a nullement consisté à « introduire dans le monde une morale », comme dit Monsieur Homais. Comment pourrait-on, d’ailleurs, introduire des règles qui sont déjà, depuis toujours, gravées dans le cœur de l’homme ? Elle a fait à la fois mieux et plus simple : faire voir de l’humain là où l’on n’en voyait pas jusqu’alors. Elle a « révélé », comme vous dites, formule à laquelle je m’associe bien volontiers, que la femme, l’esclave, le païen, selon saint Paul, puis le fœtus ou le nouveau-né étaient aussi pleinement humains que, respectivement, l’homme, le maître, le Juif, et ceux qui ont eu la chance d’avoir été laissés en vie.

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