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Doctrine

  • Célibat: nier la doctrine tout en la confirmant

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    De Stefano Fontana dans la Nova Bussola Quotidiana, cet article traduit et publié sur le site web « Benoit et moi »:

    François c074c399c9475ea6dd34093d34ff5f28.jpg

    « L’idée s’est désormais répandue dans l’Église que ce pontificat veut changer beaucoup de choses doctrinales tout en réaffirmant la doctrine. Nous sommes confrontés à une nouvelle preuve évidente que dans l’Église aujourd’hui il y a deux langages théologiques incompatibles.

    Après les anticipations du livre sur la question du célibat sacerdotal, les jeux se durcissent et le niveau de tension est très élevé. Les enjeux et les protagonistes eux-mêmes sont au taquet. Les commentateurs creusent dans diverses directions pour comprendre ce qui se passe dans l’Église. A leurs réflexions, je voudrais ajouter une observation non pas tant sur le contenu (célibat) que sur la méthode.

    Nous sommes confrontés à une nouvelle preuve évidente qu’il y a deux langages théologiques incompatibles dans l’Église aujourd’hui. Au niveau de la pensée, le tremblement de terre qui se produit depuis un certain temps désormais peut être expliqué ainsi.

    Le Pape François a affirmé à plusieurs reprises que pour lui la richesse du célibat est un fait certain et qu’on ne doit pas y toucher. Pourquoi, alors, y a-t-il un nouveau livre de Benoît XVI et du Cardinal Sarah défendant farouchement le célibat ecclésiastique? Il n’est pas en danger, le pontife régnant prétend le considérer comme une richesse pour l’Église. Ses défenseurs ont beau jeu de prétendre que le pape François ne dit rien de nouveau par rapport à ses prédécesseurs, lui aussi confirme la validité du célibat. Ce qui signifie que le livre doit être considéré comme un prétexte, dénué de fondement. Mais beaucoup ont salué le livre comme une libération, signe que la crainte que quelque chose d’important sur le célibat change dans l’Église est répandue. Mais pourquoi cette impression est-elle si répandue si le Pape François a affirmé que le célibat est une richesse, confirmant ainsi la vérité de tous les temps? Ceux qui craignent un changement de norme sur cette question étaient-ils distraits quand le pape François a exprimé sa confirmation du célibat? Comme on le le voit, c’est un cercle vicieux et c’est cela qu’il faut clarifier.

    L’idée s’est désormais répandue dans l’Église que ce pontificat veut changer beaucoup de choses doctrinales tout en réaffirmant la doctrine. Beaucoup pensent que ce n’est qu’une tactique, d’autres, allant plus loin, pensent que c’est une façon de penser, nourrie théologiquement. C’est pourquoi quand le Pape dit que le célibat est une richesse, pour beaucoup, cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de changement sur le célibat et ils ne se sentent pas rassurés. Si le célibat est une richesse, pourquoi le pape a-t-il permis que les documents du Synode de l’Amazonie disent beaucoup de choses qui s’y opposent? Pourquoi a-t-il permis que des cardinaux réclament l’approbation universelle des prêtres mariés dans la région amazonienne? Pourquoi a-t-il initié un processus de discussion s’il n’a pas l’intention de changer les choses sur le célibat? De telles observations conduisent beaucoup à penser que des changements vont se produire, bien que le pape ait dit que le célibat est une richesse et qu’en tant que tel il n’est pas touché, et que ces changements s’étendront à toute l’Église.

    Du reste, ces craintes sur l’avenir du célibat, malgré les propos rassurants du Pape, n’auraient aucun sens si elles n’étaient pas induites par d’autres cas précédents, au point de pouvoir parler d’une nouvelle façon de procéder de la part de l’autorité ecclésiastique. Le prototype de cette façon de faire a été Amoris laetitia. Dans ce cas également, il a été réitéré que ce que Jean-Paul II a enseigné est une richesse, aucune nouvelle doctrine n’a été officiellement annoncée, mais un processus a été engagé qui, de fait, a changé la doctrine, alors qu’elle était confirmée. Antonio Livi avait fait remarquer que cette façon de penser et de procéder est hégélienne: la thèse n’est pas annulée, mais maintenue dans la synthèse, laquelle toutefois naît de sa négation. L’interprétation est intéressante, mais il manque un petit ajout important. La synthèse ne sera pas une nouvelle doctrine mais une nouvelle praxis impliquant, mais n’exprimant pas, une nouvelle doctrine. De cette façon, il devient possible qu’il y ait une doctrine, et beaucoup de pratiques différentes avec la même doctrine, c’est-à-dire une doctrine et beaucoup de ses exceptions qui de fait éduquent à une nouvelle doctrine, qu’à ce stade nous pourrions appeler implicite.

    Une étape importante dans ce type de parcours est que la situation existentielle, qui devrait être lue à la lumière de la doctrine, devient au contraire point de départ de la relecture de la doctrine, d’abord comme circonstance atténuante, puis comme exception. Si le célibat est une richesse pour l’Église en tant que tel, pourquoi n’est-il pas aussi une richesse pour l’Église en Amazonie? La situation en Amazonie est mise en cause pour atténuer la doctrine, mais ensuite elle devient une exception et beaucoup craignent qu’une fois généralisée, elle ne devienne une nouvelle doctrine, sinon formulée, du moins vécue. Il en est de même pour les divorcés remariés après Amoris laetitia: d’abord, leur situation devait expliquer l’atténuation de la règle découlant précisément des circonstances atténuantes liées à l’histoire de vie spécifique des personnes concernées, mais ensuite la situation, de circonstance atténuante est devenue exception et, dans de nombreuses parties de l’Église, elle est maintenant devenue une norme de fait.

    Cette façon de faire cause de graves torts à l’Église. Le Pape devrait confirmer la doctrine, et il le fait aussi, mais ces confirmations ne nous rassurent pas, car il semble avoir une conception nouvelle et différente de la relation entre la doctrine et la pratique. De sorte qu’aujourd’hui, beaucoup de fidèles craignent l’ouverture de processus non validés en amont par la doctrine, même si celle-ci est formellement confirmée, et ils voient le danger d’une doctrine confirmée et niée en même temps, bien qu’à des niveaux différents. Les deux approches différentes semblent maintenant être entrées en conflit au sommet de l’Église. »

    Ref. Célibat: nier la doctrine tout en la confirmant

    JPSC

  • Deux papes et ... un livre : fin de la saison 1!

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    Deux papes et… un livre, par Philippe Maxence, en opinion sur le site de RT FRANCE

    21 janv. 2020

    L'ancien pape Benoît XVI a exigé le retrait de son nom d'un livre controversé, interprété comme une tentative d'influencer le pape François sur l'épineuse question du célibat des prêtres.

    Analyse par Philippe Maxence, journaliste et écrivain. (Philippe Maxence collabore à plusieurs publications. Il est également le rédacteur en chef du bimensuel catholique L'Homme Nouveau.)

    Cela aurait pu n’être qu’un livre. Mais, voilà ! Avec la publication mercredi 15 janvier d’un ouvrage cosigné par Benoît XVI et le cardinal Sarah, l’Église catholique vient de connaître une nouvelle secousse inattendue. 

    Intitulé Des profondeurs de nos cœurs (Fayard), l’ouvrage en question ne semble pourtant pas à première vue bien explosif. En un peu moins de deux cents pages, il contient une réflexion théologique du pape émérite sur… le sacerdoce catholique. Pour sa part, le cardinal Robert Sarah, actuel préfet de la Congrégation romaine du Culte divin, propose un texte plus offensif, en forme de cri d’alarme longuement argumenté en faveur du célibat sacerdotal. Il termine d’ailleurs par une supplique adressée au pape François pour qu’il s’oppose à une possible remise en cause de celui-ci. Ces deux textes sont encadrés par une introduction et une conclusion, signées des deux auteurs.

    Deux auteurs ?

    Très vite, la question s’est posée de savoir si le pape émérite pouvait être considéré véritablement comme l’un des signataires de l’ouvrage. L’interrogation a nourri un véritable feuilleton rocambolesque, alimenté par les réseaux sociaux et leur pouvoir de diffusion instantanée à grande échelle.

    Digne de Netflix, la série a démarré le dimanche 12 janvier quand le Figaro a publié sur son site l’annonce en avant-première de la parution du livre. La nouvelle a eu l’effet d’une déflagration. Pour beaucoup, Benoît XVI, non seulement sortait de sa retraite, mais il se révélait ainsi comme un opposant direct au pape François.

    En toile de fond se trouve effectivement le document final du récent synode sur l’Amazonie qui, en son numéro 111, demande la possibilité de l’ordination de diacres mariés en vue de répondre au manque de prêtres dont souffre cette région du monde. Une manière d’ouvrir une porte au mariage des prêtres.

    Lire aussi «Nous ne sommes plus en chrétienté» : le Pape estime que l'Occident se déchristianise Y aura-t-il exemption du célibat pour les prêtres en Amazonie ? La décision appartient à François. Jusqu’ici, tous les papes, de Paul VI à Benoît XVI, ont tenu ferme dans le maintien de la discipline du célibat obligatoire au sein de l’Église catholique de rite latin. Sera-t-il le premier à créer une exception régionale dont beaucoup redoutent qu’elle devienne vite une règle universelle ?

    Ses déclarations actuelles ne semblent pourtant pas aller dans ce sens, même si ce pape qui se définit lui-même comme «un peu fourbe» (unpò furbo), joue sur les deux tableaux. De retour du Panama, en janvier 2019, interrogé à ce sujet, il a eu cette réponse particulièrement forte : «Ma décision est : non au célibat optionnel avant le diaconat» sans exclure, toutefois, l’idée d’«ordonner un homme marié» dans des lieux peu desservis jusqu’ici par des prêtres.

    Fin de l’histoire ?

    On aurait pu effectivement en rester là, en considérant le livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah comme une simple contribution au débat.

    Mais le 14 janvier, Mgr Gänswein, secrétaire particulier de Benoît XVI et préfet de la maison pontificale du pape François, déclarait dans un communiqué que le pape émérite «n’avait approuvé aucun projet pour un livre à double signature, ni n’avait vu et autorisé la couverture. Il s'agit d'un malentendu, sans mettre en doute la bonne foi du cardinal Sarah.»

    Piqué au vif, celui-ci rendait public les lettres que lui avait adressées Benoît XVI au sujet de son texte de réflexion théologique sur le sacerdoce. Le cardinal africain publiait également un communiqué dans lequel il précisait : «À la suite de divers échanges en vue de l’élaboration du livre, j’ai finalement envoyé, le 19 novembre, un manuscrit complet au Pape émérite comportant, comme nous l’avions décidé d’un commun accord, la couverture, une introduction et une conclusion communes, le texte de Benoît XVI et mon propre texte. Le 25 novembre, le Pape émérite exprimait sa grande satisfaction concernant les textes rédigés en commun et il ajoutait ceci : “Pour ma part, je suis d’accord pour que le texte soit publié dans la forme que vous avez prévue”.»

    La suite du feuilleton ?

    Entrant en contact avec Fayard, l’éditeur français de son livre, le cardinal Sarah essayait de voir s’il était possible de changer la couverture de l’ouvrage laquelle comprend le nom de Benoît XVI et sa photo à côté de ceux du cardinal. La veille de la sortie de l’ouvrage en librairie l’opération était matériellement impossible. Un accord était donc trouvé pour les tirages suivants qui comporteront la mention : «Cardinal Sarah avec la contribution de Benoît XVI.»

    Dans le même temps, d’autres négociations se poursuivaient, avec Mgr Gänswein, cette fois. Dans le Figaro du 15 janvier, le secrétaire particulier de Benoît XVI confirmait que le texte attribué au pape émérite était bien de celui-ci et qu’il «savait que l’ensemble serait publié sous forme de livre puisque le pape émérite en a lu les épreuves». En «remerciement» de ce rétropédalage, il obtenait que les auteurs ne seraient plus mis sur le même plan et que l’introduction ainsi que la conclusion seraient suivies également d’une nouvelle mention : «Rédigé par le cardinal Sarah, lu et approuvé par Benoît XVI.»

    En somme, beaucoup de bruit pour rien et retour à la situation antérieure avec des changements microscopiques découlant de l’art tout romain du compromis.

    Fin de la saison 1 ! Paradoxalement, elle a surtout mis en avant (plus qu’elle ne les a réellement révélées) les fractures qui fragilisent l’Eglise catholique. Le pape émérite a été mis en cause pour avoir rappelé tout simplement la position traditionnelle et toujours en vigueur au sujet du célibat des prêtres. La lecture «politique» qui en a été faite montre ainsi combien sa renonciation à l’exercice de la papauté perturbe profondément le catholicisme contemporain, créant ainsi une tension permanente entre les propos ou les silences de deux papes. Mais, on peut déjà annoncer que pendant la saison 2 François reprendra la main en publiant l’exhortation post-synode sur l’Amazonie. On risque d’y reparler du mariage des prêtres...

    En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/opinions/70514-deux-papes-et-un-livre

  • Mgr Gänswein joue les pompiers pour éteindre la polémique concernant le livre du cardinal Sarah et de Benoît XVI

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    De Xavier Le Normand sur le site du journal La Croix :

    Des profondeurs de nos cœurs : Mgr Gänswein veut clore la polémique

    Les faits 

    Benoît XVI n’est pas coauteur du livre « Des profondeurs de nos cœurs » et le pape François n’est pas intervenu dans la polémique. C’est en substance ce qu’a affirmé Mgr Georg Gänswein, secrétaire particulier du pape émérite, dans un entretien au journal allemand « Die Tagespost » selon un article paru vendredi 17 janvier.

    Xavier Le Normand (avec Cath.ch et Die Tagespost), 

    Mgr Georg Gänswein veut définitivement clore la polémique. Celui qui est à la fois secrétaire particulier de Benoît XVI et préfet de la Maison pontificale est revenu auprès du Tagespost sur le livre Des profondeurs de nos cœurs qui aura suscité bien des interrogations, à Rome et ailleurs, sur le statut du pape émérite et sur ses relations avec son successeur argentin.

    Comme il l’avait déjà affirmé, l’archevêque allemand a déclaré que Benoît XVI n’avait pas écrit « à quatre mains » cet ouvrage défendant vivement le célibat sacerdotal avec le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Selon Mgr Gänswein, l’ancien pape s’est contenté d’écrire un texte - il est signé du 17 septembre dernier, soit avant le synode sur l’Amazonie - et de le remettre au cardinal Sarah en raison de son projet de livre sur le sacerdoce. De même, le préfet de la Maison pontificale a réitéré que Benoît XVI n’avait pas coécrit l’introduction et la conclusion du livre.

    À en croire Mgr Gänswein, aucun exemplaire de Des profondeurs de nos cœurs ne serait parvenu à Mater Ecclesiae - la résidence de Benoît XVI dans les jardins du Vatican - avant lundi 13 janvier, soit après la parution d’extraits dans le quotidien français Le Figaro. La couverture avec les noms et les photos de Benoît XVI et du cardinal Sarah n’a donc en aucun cas été approuvée par l’ancien pape. Enfin, précise Mgr Gänswein, ce dernier n’avait pas de contrat avec l’éditeur Fayard et ne peut pas être qualifié de « coauteur ». Pour l’archevêque, qui refuse de mettre en doute la « bonne volonté » du cardinal Sarah, il s’agit en somme d’un « malentendu ».

    Une réponse orchestrée avec Andrea Tornielli

    Face aux réactions parfois très virulentes contre Benoît XVI suscitées par l’article du Figaro - certains l’accusant de vouloir faire pression sur le pape François au sujet de l’ordination de diacres permanents mariés préconisée par le document final du synode sur l’Amazonie - Mgr Gänswein s’est entretenu avec Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la communication, pour lui exposer l’ensemble de ces points. C’est ainsi que le journaliste italien a publié dès lundi 13 janvier un éditorial exposant ces éléments.

    De même, il a été décidé de demander aux éditeurs de ne pas faire apparaître le pape émérite comme coauteur, mais d’indiquer plutôt : « avec la collaboration de Benoît XVI ». Cette requête a été diversement reçue par les différents éditeurs, certains l’acceptant, d’autres non. Déjà imprimée, la première édition française est parue avec l’ancien pape et le cardinal guinéen comme coauteurs.

    Pas d’intervention du pape François

    L’entretien de Mgr Gänswein au Tagespost est également l’occasion pour lui de démentir certaines informations au sujet de la réaction du pape François à la suite de la parution de l’ouvrage. Selon lui, soutenir que l’actuel pape soit intervenu en personne et se soit mis en colère relève du « mensonge ». François n’aurait ainsi « rien » dit au sujet de Des profondeurs de nos cœurs lorsque Mgr Gänswein l’a rencontré au cours de la semaine dans le cadre de ses fonctions de préfet de la Maison pontificale.

    Le même jour que la parution de l’article du Tagespost, vendredi 17 janvier, le cardinal Sarah a publié une série de trois messages successifs sur Twitter. Il indique avoir rencontré - toujours le 17 janvier - l’ancien pape et avoir pu constater « combien il n’y a aucun malentendu » entre eux. Il a également remercié « chaleureusement [s]on éditeur, Nicolas Diat, ainsi que la maison Fayard, pour la rigueur, la probité, le sérieux, et le professionnalisme dont ils ont fait preuve ».

  • Le pape François s'apprêterait à autoriser l'ordination d'hommes mariés

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    Lu sur le site Diakonos.be :

    Il Sismografo

    LE PAPE S'APPRÊTERAIT BIEN À AUTORISER L'ORDINATION DE PRÊTRE MARIÉS

    Le chilien ultrabergoglien Luis Badilla vient de publier sur son blog "Il Sismografo", un site d'informations officieux proche du Vatican, un article intitulé : "Il est certain que dans l'exhortation apostolique sur le Synode amazonien, le Pape ouvrira la possibilité d'ordonner prêtre des hommes idoines et reconnus par la communauté dans les diocèses d'Amazonie."

    Selon lui, début février, le Pape publiera une exhortation post-synodale qui autorisera l'ordination de diacres mariés à la prêtrise en Amazonie.

    L'article du Sismographe se base sur des sources proches du dossier et cite plusieurs articles du rapport post-synodal qui vont dans ce sens.

    La question de savoir si le célibat - et surtout la continence - sont intrinsèquement liés à la prêtrise ou pas divise actuellement l'Eglise: certains, se basant sur une lecture historique, prétendent qu'il ne s'agit que d'une question purement disciplinaire que l'Eglise pourrait donc abolir. Mais d'autres, comme le cardinal Sarah et le pape émérite Benoît XVI, se basant sur une lecture théologique, expliquent qu'il s'agit d'une question dogmatique, ancrée dans la vie du Christ lui-même et de ses apôtres, et qui trouve ses racines dans les anciens prêtres d'Israël.

    La méthode synodale fait également débat: certains prétendent qu'il faut suivre la voix de la majorité mais d'autres s'interrogent sur le fait qu'un synode local, ne regroupant qu'un petit nombre d'évêques triés sur le volet et souvent assez orientés sur les positions progressistes allemandes, puisse se prononcer une matière qui concerne en fait l'Eglise toute entière. En effet, plusieurs évêques allemands ont annoncé que si on ouvrait une exception pour l'Amazonie, ils l'exigeraient également pour leurs diocèses en Europe qui sont aussi en manque de prêtres.

    Voici la conclusion, péremptoire, de Luis Badilla, qui se passe de commentaires:

    "Les analyses, les considérations et les conclusions de la majorité des pères synodaux sont donc claires et précises, comme nous l'avons illustré. Comment le Pape François, qui a justement voulu ce synode pour entendre l'opinion des pères synodaux, pourrait-il ignorer une prise de position qui a recueilli le soutien d'une majorité qualifiée bien supérieure à ce qu'exigeait le règlement ?

    Selon plusieurs sources proches du dossier, il semble que dans son exhortation, le Pape François autorisera ces ordinations [de diacres mariés à la prêtrise] exactement comme on peut le lire au paragraphe 111, tout en sachant qu'une certaine frange de la hiérarchie et du Peuple de Dieu y est opposé et ne partage pas cette décision. Il s'agit d'une minorité, respectable certes mais une petite minorité de l'Eglise. Le Pape François lui-même l'a rappelé avec douceur et sympathie, comme l'a rapporté aujourd'hui Eugenio Scalfari dans son article sans être démenti.

    François est également bien conscient que le sujet sera instrumentalisé pour créer des divisions et des tensions au sein de l'Église comme cela a déjà été le cas pour d'autres sujets. Aujourd'hui, la stratégie des multiples opposants au Pape, c'est-à-dire d'une myriade de groupuscules et de faiseurs d'opinion, divisés entre eux, est d'utiliser la seule arme dont ils disposent allègrement : les campagnes médiatiques, grâce auxquelles ils récoltent de plantureux financements. Le dernier exemple est date est ce battage médiatique en France, à grand renfort de publicité éditoriale et journalistique, autour du fameux livre du card. Robert Sarah, avec la contribution de l'évêque émérite de Rome.

    Mais ce ne sont pas ces bavardages médiatiques qui arrêteront le Pape françois et la majorité du Peuple de Dieu qui veut aller de l'avant sans se laisser intimider, même quand on a voulu ces derniers - en mentant - faire passer une question disciplinaire comme étant une question doctrinale."

    Source: ilsismografo.blogspot.com/2020/01/vaticano-e-certo-che-nellesortazione.html

    Lire également : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/01/19/une-nouvelle-conception-de-la-relation-entre-doctrine-et-pratique/

  • Mgr Mutsaerts : "Espérons que le pape François passera outre le document final du Synode sur l'Amazonie"

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    Lu sur le Forum catholique :

    Mgr Mutsaerts, évêque auxiliaire de Den Bosch (Pays-Bas), extrêmement préoccupé par le document final du synode amazonien (...)

    «Espérons que le pape François détruira le document final, mais les espoirs sont vraiment minces. Seigneur, aie pitié. »

    Avec ces mots, l'évêque hollandais Robert Mutsaerts a exprimé sa préoccupation au sujet du Synode amazonien. Son document final est imprégné de relativisme culturel, appelle à révolutionner le sacerdoce et propose d'introduire des éléments «amazoniens» dans la liturgie catholique.

    Dans une interview publiée mercredi par le quotidien italien Il Giornale, Mutsaerts, évêque auxiliaire de Den Bosch aux Pays-Bas, a parlé de sa propre vision du Synode amazonien qui a eu lieu à Rome en octobre dernier.

    Selon Mgr Mutsaerts, le véritable objectif de ce «synode déjà écrit» était d'introduire l'ordination d'hommes mariés, de femmes diacres et un nouveau rite «amazonien» dans l'Église catholique. Il est allé encore plus loin dans ses réflexions: "Il semble ... que le synode a amené l'idolâtrie amazonienne à Rome", a déclaré Mutsaerts à Serena Sartini d'Il Giornale.

    Il a également déclaré que le Synode d'Amazonie avait ouvert la «boîte de Pandore» des innovations pour toute l'Église, à commencer par l'Allemagne, dont le «Synodal Path» officiel ouvrira dans moins de deux semaines. Une majorité d’évêques allemands font ouvertement pression pour la révolution du rôle de la femme dans l’Église, la suppression de la règle du célibat pour les prêtres de l’Église latine et la libéralisation de la moralité sexuelle.

    INTERVIEW de Mgr MUTSAERTS dans IL GIORNALE:

    Il Giornale (IG)Le problème est-il vraiment la baisse des vocations?

    Mgr Robert Mutsaerts (BRM): Quatre-vingt pour cent de la population amazonienne vit dans les grandes villes et le problème du manque de prêtres n'y est pas du tout différent de celui de nombreuses autres régions du monde. Le problème est plutôt un manque de foi. Cela n'est pas résolu en acceptant des prêtres mariés. Il suffit de voir ce qui se passe dans l'église anglicane, où les prêtres mariés sont déjà une pratique courante. La crise dans d'autres églises est encore plus grande que dans l'Église catholique: l'effondrement de la foi est dramatique.

    IGPourquoi alors une telle orientation pour le Synode?

    BRM: Les mots clés dans le document final du synode n'étaient pas "la Terre Mère" et "l'écosystème", mais "viri probati", "les diaconesses" et "le rite amazonien". C'est le cardinal Hummes qui a poussé le résultat dans cette direction. Bien sûr, maintenant les résultats ne seront plus limités à la région amazonienne. La boîte de Pandore est ouverte et il y aura des implications pour toute l'Église. Les évêques locaux, à commencer par l'Allemagne, demanderont la même chose. C'était un synode qui a trompé les fidèles. Telle est la triste conclusion: c'était une moquerie de notre glorieuse foi, une rupture avec la tradition.

    IGQue va-t-il se passer maintenant?

    BRM: Espérons que le pape François détruira le document final, mais les espoirs sont vraiment minces. Le Seigneur a pitié.

    IGQue pensez-vous des conclusions du synode sur les prêtres mariés?

    BRM: C'est un synode déjà écrit, avec un résultat prédéterminé. Les 180 pères synodaux ont été soigneusement sélectionnés par le pape François, et ceux qui se sont opposés aux propositions n'ont jamais été invités. Tous les discours sur l'environnement, le changement climatique, l'écologie et la Terre Mère étaient une couverture pour les propositions finales, sur les prêtres mariés et les diaconesses

    IGQu'attendriez-vous du synode?

    BRM: Le Synode Amazonien n'a pas proposé de solutions claires, qui sont le but des synodes. C'était plutôt un mélange de confusion et de controverse. Cela n'a rien à voir avec la révélation, la rédemption, ou quoi que ce soit lié à distance à ce qui est essentiel dans l'enseignement catholique. Même Jésus n'est guère mentionné. Tout a commencé avec l'instrumentum laboris, qui mentionne les peuples religieux et leur vision du cosmos. Ne devrions-nous pas amener le Christ en Amazonie? Il semble au contraire que le synode ait amené l'idolâtrie amazonienne à Rome.

    IG: Pourquoi êtes-vous si préoccupé par la conclusion du synode?

    BRM: Parce que rien n'était comme il aurait dû être. Lors d'une conférence de presse, le préfet du département de la communication, Paolo Ruffini, a nié que les fidèles se soient prosternés devant une statue en bois en présence du pape. Mais il y a une vidéo, sur le web, qui montre exactement le contraire: une douzaine de personnes, dont un frère franciscain, s'inclinant au sol devant une statue en bois, sous le regard du pape. La statue en bois est-elle une représentation de la déesse de la fertilité Pachamama, ou la statue représente-t-elle la version amazonienne de Notre-Dame? Le pape lui-même l'a appelé une statue de Pachamama, tandis que le Vatican a nié qu'elle représentait une idole. Bref, c'était une moquerie synodale de notre foi, une rupture avec la tradition chrétienne.

    source

  • Pas de malentendu entre Benoît XVI et le Cardinal Sarah

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    Du site diakonos.be :

    LE CARDINAL SARAH ET BENOÎT XVI SE SONT RENCONTRÉS HIER: "AUCUN MALENTENDU ENTRE NOUS"

    Le soir du vendredi 17 janvier, le cardinal Sarah a publié les messages suivants:

    "En raison des polémiques incessantes, nauséabondes et mensongères qui ne se sont jamais arrêtées depuis le début de la semaine, concernant le livre Des profondeurs de nos cœurs, j’ai rencontré ce soir le Pape Émérite Benoît XVI. +RS"

    "Avec le Pape émérite Benoît XVI, nous avons pu constater combien il n’y a aucun malentendu entre nous. Je suis sorti très heureux, plein de paix et de courage de ce bel entretien”.

    "Je vous appelle à lire et à méditer ‘Des profondeurs de nos cœurs’. Je remercie chaleureusement mon éditeur, Nicolas Diat, ainsi que la maison Fayard, pour la rigueur, la probité, le sérieux, et le professionnalisme dont ils ont fait preuve. Excellente lecture à tous!".

    Le cardinal Sarah a donc dit avoir rencontré ce soir-là Benoît XVI et avoir constaté qu'il n'y avait entre eux aucun "malentendu", réfutant de fait les déclarations de Mgr Gänswein de quelques jours auparavant qui exigeait le retrait de la signature du pape émérite comme co-auteur du livre.
    ...

  • Célibat : ils n'ont pas pu se taire

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    D'Aline Lizotte sur Smart Reading Press :

    CÉLIBAT DES PRÊTRES : «SILERE, NON POSSUMUS»

    Livre sur le célibat des prêtres

    Nombreux sont ceux qui souffrent aujourd’hui de voir que les valeurs sacramentelles et doctrinales s’effritent devant des «autorités invisibles» qui prédisent une «nouvelle Église», où seul demeurera le sacerdoce des fidèles en remplacement du sacerdoce ministériel. Dans un livre qui vient de paraître, Benoît XVI et le cardinal Sarah ont puisé au plus profond de leur cœur pour rappeler l’exigence du célibat sacerdotal. «Silere non possumus1» : ils ne peuvent pas se taire !

    Le livre2 du cardinal Sarah, auquel Benoît XVI s’est joint comme collaborateur, ne pouvait pas ne pas faire de vagues. Et surtout, il ne peut plus maintenant être ignoré ! Il est là, avec toute la pesanteur de ses écrits ! Il brûle comme un feu ardent qui ne peut être éteint ! Il ne condamne personne ! Il dit une chose redoutable : la vérité ! Non une certaine vérité des faits toujours interprétables selon les émotions, mais la vérité d’une Parole : «Tu es prêtre pour l’éternité !» Et, prêtre pour l’éternité, tu as accepté d’être, de vivre en ma présence et de me servir3. Je t’ai choisi parmi les tiens, ta famille, ton monde, pour être celui que j’envoie à mon peuple pour tenir lieu de moi, de mon amour, de mon offrande, de mon salut. Tu ne t’appartiens plus, non seulement spirituellement, mais aussi socialement ; tu ne prendras pas femme, tu ne fonderas pas une famille. Tu seras mon prêtre !

    Lire la suite sur Smart Reading Press

  • Le Club des Hommes en Noir : célibat des prêtres, Benoît XVI et le Cardinal Sarah s'expriment!

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    Célibat des prêtres, Benoît XVI et le Cardinal Sarah s'expriment !
    Le Club des Hommes en Noir sur le site de l'Homme Nouveau

    Célibat des prêtres, Benoît XVI et le Cardinal Sarah s'expriment ! <br>Le Club des Hommes en Noir S02E09

    Le Club des Hommes en Noir revient pour une deuxième saison et un nouveau format. Cette émission fondée en 2012, sur une radio bien connue, par Philippe Maxence, a un concept simple : l'actualité de l'Église décryptée par des prêtres et un laïc, sans langue de buis ! Vous pouviez les entendre, grâce au studio vidéo de L'Homme Nouveau vous pouvez maintenant les voir ! Désormais les nouveaux épisodes sont disponibles chaque vendredi.

    Cette semaine, Le Club se penche sur la sortie du livre : Des profondeurs de nos coeurs, écrit par Benoît XVI et le Cardinal Sarah. Pour en parler : l'abbé Guillaume de Tanouärn, le père Michel Viot et l'abbé Barthe autour de Philippe Maxence.

     

  • L’appel de Mgr Léonard a ses frères évêques : rejoindre la supplique du cardinal Sarah approuvée par Benoît XVI

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    Lu sur le site du bi-mensuel « L’Homme nouveau, l’appel rédigé par Mgr André Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles ce 17 janvier 2020 :

    L’appel de Mgr Léonard a ses frères évêques :  <br>Rejoindre la supplique du cardinal Sarah <br>approuvée par Benoît XVI

    « Mgr Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, « rejoin[t] entièrement la supplique que le cardinal Sarah, en étroite concertation avec Benoît XVI, adresse au Souverain Pontife ». Il demande fraternellement à tous les évêques qui pensent comme lui d’exprimer fermement leur position : que ne soit pas ouverte de brèche dans le célibat ecclésiastique. « Notre espoir est grand d'être entendus ».

    En tant qu’archevêque émérite de Malines-Bruxelles, je m’abstiens de toute interférence dans le gouvernement des diocèses dont je fus le pasteur, Namur et Bruxelles. Mais je demeure évêque et peux, à ce titre, exprimer des convictions doctrinales ou pastorales, même si elles divergent éventuellement de l’une ou l’autre position de mes anciens collègues de travail.

    Même si la chose est inédite et d’un impact infiniment supérieur, un Pape émérite, Benoît XVI en l’occurrence, peut semblablement collaborer légitimement à un livre projeté par un cardinal et, en concertation avec lui, émettre ses convictions théologiques et pastorales, sans manquer à son devoir de réserve. Il ne s’y exprime forcément plus en tant que successeur de Pierre et sa prise de position n’a pas d’autorité magistérielle. Mais sa parole est néanmoins d’un très grand poids.

    Sa contribution active au livre projeté par le cardinal Sarah n’est en aucune manière une « attaque » contre le pape François. Benoît XVI, pas plus que le cardinal, ne critique son successeur. Ils lui adressent une « supplication » dans un esprit filial, sans rien retrancher de leur obéissance au pape actuel. Exactement comme quatre cardinaux s’étaient adressés au pape François en lui demandant filialement de dissiper leurs « dubia », leurs « doutes », leur perplexité, concernant certains aspects ambigus du chapitre VIII de l’exhortation Amoris laetitia, à savoir ceux qui touchent l’indissolubilité d’un mariage sacramentel valide, avec ses retombées concernant l’accès aux sacrements de la réconciliation et de la communion eucharistique lorsqu’on se trouve dans une situation permanente de cohabitation conjugale avec un partenaire qui n’est pas son conjoint « dans le Seigneur ».

    D’autres ambiguïtés ont surgi ultérieurement. Il est parfaitement pertinent de répondre à la question d’un journaliste en déclarant en substance : « Si une personne homosexuelle cherche sincèrement à faire la volonté de Dieu, qui suis-je pour la juger ? » Mais, comme on ne précise pas en quoi consiste cette volonté de Dieu et quelles sont les conséquences morales qui en découlent, l’opinion publique retient, à tort, de cette réponse ambiguë que les pratiques homosexuelles sont désormais légitimées par l’Église catholique. Ce qui n’est pas vrai.

    Semblablement, quand on signe une déclaration commune, avec un haut responsable de l’islam, suggérant que la diversité des religions correspond à la « volonté » de Dieu, il ne suffit pas de corriger oralement l’ambiguïté de cette formulation (le texte publié demeurant inchangé) en disant que Dieu « permet » simplement cette diversité. Il faudrait encore souligner positivement que le dialogue interreligieux ne peut porter atteinte à l’unicité absolue de la Révélation chrétienne, en laquelle le Dieu unique et trinitaire nous offre son amour sauveur en la personne de Jésus. Ce qui n’empêche pas de saluer des « semina Verbi » (des « semences » du Verbe de Dieu), voire des « reliquia Verbi » (des « restes » du Verbe) dans d’autres religions que le judéo-christianisme.

    D’autres ambiguïtés se sont introduites dans le récent synode sur l’Amazonie, notamment concernant une certaine vénération de la « Pachamama », de la Terre-Mère. Mais, sur ce point, il faut attendre la publication de l’exhortation post-synodale. On peut espérer que notre pape François y dissipera les ambiguïtés de ce synode.

    Une de ces ambiguïtés concernait précisément la question du célibat sacerdotal dans l’Église catholique latine. À cet égard, en communion avec beaucoup d’autres évêques, que j’invite fraternellement à exprimer eux aussi leur ferme position, je rejoins entièrement la supplique que le cardinal Sarah, en étroite concertation avec Benoît XVI, adresse au souverain pontife. Notre espoir est grand d’être entendus, car le pape François a nettement déclaré son attachement au célibat sacerdotal dans l’Église latine. Mais en envisageant quand même des exceptions… Qui, hélas, comme en d’autres matières, sont rapidement universalisées !

    La supplique exprimée dans le livre en question est donc d’une urgente actualité et parfaitement légitime. Jamais il ne faut « attaquer » le Pape. Il faut, au contraire, toujours respecter sa personne et sa mission. Mais il s’impose parfois et il est toujours permis de le « supplier » et de lui demander des « éclaircissements ». Ce que nous faisons.

    + André LEONARD, archevêque émérite de Malines-Bruxelles. »

    Ref. L’appel de Mgr Léonard à ses frères évêques :  rejoindre la supplique du cardinal Sarah approuvée par Benoît XVI

    JPSC

  • "Pas d'harmonie totale entre Benoît XVI et François"

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    L’interview de Sandro Magister : « C’est la fin de la concorde entre les Papes. »

    « Si Benoît XVI est intervenu, c’est parce qu’il croit que la crise de l’Église est désormais grave »

    Pour le Vaticaniste de l' «Espresso» , le livre de Sarah a mis en évidence les profonds contrastes entre les Pontifes: « Désormais, leur coexistence se réduira à une formalité ».

    Maurizio Caverzan - La Verità - 16 janvier 2020 (traduction du site "Benoît et moi")

    C’est l’observateur le plus aigu de ce qui se passe dans les Palais Sacrés, 76 ans, auteur de coups journalistiques comme la publication en avant-première, en mars 2018, de la lettre complète de Joseph Ratzinger, manipulée pour simuler son soutien aux théologiens bergogliens, Sandro Magister tient sur le site de l’Espresso le très suivi blog Settimo cielo, publié en quatre langues. Nous nous sommes adressés à lui pour éclairer les faits de ces jours et comprendre comment peut continuer la coexistence entre les deux Papes après la publication tortueuse du livre sur le célibat des prêtres, publié hier en France et attendu pour la fin du mois en Italie.

    Quelle idée vous êtes vous faite de l’essai « Des profondeurs de nos coeurs » écrit par le Cardinal Robert Sarah et Benoît XVI ?

    2019 a été une année clé pour ce que nous appelons, pour simplifier, la coexistence des deux Papes. Parce qu’au cours de cette dernière année, le Pape émérite a décidé de sortir au grand jour sur les questions brûlantes du Magistère et de la pastorale ecclésiastique. En avril dernier, il a confié à un mensuel allemand les Notes sur les scandales d’abus sexuels, dans lesquelles il esquissait une cause de la crise de l’Eglise différente de celle proposée par François. Aujourd’hui, il a décidé de publier une réflexion sur le célibat sacerdotal avant que François ne prononce son Exhortation sur le Synode de l’Amazone. S’il a choisi de rompre le silence qu’il s’était imposé au moment du renoncement, c’est parce qu’il considère la situation de l’Eglise aujourd’hui particulièrement grave ».

    Une situation qui rend « impossible de se taire », comme l’ont écrit les auteurs du livre en citant saint Augustin ?

    Exactement. Un choix qui rappelle celui des grands moines antiques qui, voyant la vie de la communauté en danger, ont abandonné l’isolement pour les secourir. Ainsi, aujourd’hui, le Pape émérite quitte sa position de retraite et de prière pour accompagner l’Eglise de sa voix autoritaire dans un moment de grande incertitude.

    L’affaire fait exploser l’anomalie des deux Papes : est-il urgent de réglementer l’action et la parole de Benoît XVI ?

    Effectivement, ces deux événements récents ont mis en évidence quelque chose de non résolu. La coexistence des deux Papes, l’un régnant et l’autre émérite, est un primum absolu. La figure du Pape émérite n’a pas de codification canonique et est inventée par celui qui l’est pour la première fois. Lequel, au moment de son abdication, a laissé dans le vague les directives relatives aux domaines de son action, montrant qu’il pouvait se comporter de manière originale et créative ».

    Il avait promis une position de retrait et de prière, alors qu’il a récupéré une présence différente?

    La plupart du temps sur des sujets cruciaux. Il ne faut pas oublier que Benoît XVI a attribué la cause des abus sexuels à la perte de la proximité de Dieu d’une grande partie de l’Église, alors que pour François la cause est le cléricalisme. Quant au célibat des prêtres, Ratzinger trouve même son fondement théologique dans l’Ancien Testament, pour lequel le dévouement total à Dieu est incompatible avec un autre dévouement absolu tel que celui requis dans le mariage.

    Certains observent que le célibat des prêtres n’est pas un dogme mais un choix récent de l’Église.

    Ce n’est pas la pensée de Benoît XVI. Il avertit que toucher ce point pivot n’est pas simple car il fonde l’état ontologique du consacré à Dieu ».

    La publication de ce texte est-elle une forme de pression sur le Pape François qui est sur le point de promulguer l’Exhortation du Synode sur l’Amazonie? Quelqu’un a aussi parlé d’interférence dans son Magistère.

    Je crois qu’il doit être compris comme un signal d’alarme lancé par des personnalités de grande autorité, Benoît XVI en particulier, pour attirer l’attention sur la gravité de la décision qui va être prise. Si une ‘fente’ s’ouvre pour l’Amazonie, à terme elle sera valable pour toute l’Eglise.

    Après le retrait de la signature sur la couverture et le choix de préciser que le livre est publié « avec la contribution » de Benoît XVI, on se demande comment le Pape émérite a pas pu ne pas savoir qu’il participait à une publication à double signature.

    Même si l’on peut admettre que le Pape émérite n’avait pas de notions précises sur la forme éditoriale de la publication, le fond de sa pensée ne laisse cependant aucune place à l’interprétation. Et il ne laisse aucun doute sur le fait qu’il a voulu participer à ce livre avec un texte qui lui est propre, et en lisant et en approuvant toutes les autres parties de la publication, comme le démontrent ses lettres rendues publiques par le Cardinal Sarah.

    Selon vous, qu’écrira le Pape François dans le document sur le Synode?

    Pour ce que j’en ai vu durant ces sept années de pontificat, je ne serais pas surpris s’il ouvrait une ‘fente’ aux prêtres mariés, peut-être dans une note de bas de page. D’une part, il pourrait confirmer la doctrine actuelle en général, d’autre part, il pourrait permettre des exceptions qui seront abordées avec des pratiques plus ou moins désinvoltes. C’est ce qui s’est passé pour la doctrine du mariage après le Synode sur la famille.

    Cela se produira-t-il aussi sur le célibat ecclésiastique ?

    Ce ne sont pas les indices qui manquent. Au retour du voyage au Panama, s’adressant aux journalistes dans l’avion, le pape Bergoglio a cité et partagé l’expression de Paul VI:  » Je préfère donner ma vie avant de changer la loi du célibat sacerdotal ». Mais après cette phrase, il se réfère à des situations particulières dans les îles du Pacifique et cite comme intéressant un livre du théologien allemand Fritz Lobinger, devenu évêque en Afrique du Sud, en faveur de l’ordination d’hommes mariés et defemmes, à qui confier la seule tâche d’administrer les sacrements, sans les deux autres fonctions, l’enseignement et le gouvernement, qui sont inextricablement liées au sacerdoce.

    Pourquoi devrions-nous craindre une exception ?

    Parce qu’une exception autorisée en Amazonie ou dans quelque île du Pacifique deviendrait bientôt la règle dans une Église catholique comme celle d’Allemagne, parmi les plus dévastées au monde à cause du déclin des fidèles et de la foi et pourtant curieusement considérée par le Pape François comme l’avant-garde du renouveau ecclésial.

    Dans l’Église orthodoxe, il y a toujours eu des prêtres mariés.

    En attendant, dans l’Église orthodoxe, les évêques sont seulement célibataires. De plus, dans le livre, Ratzinger rappelle que l’Eglise universelle des premiers siècles prévoyait des ministres mariés, mais que ceux qui étaient ordonnés devaient cesser d’avoir des relations avec leurs épouses. Ensuite, lors de l’ordination sacerdotale, seuls les célibataires étaient admis.

    La pénurie de vocations n’est-elle pas une raison suffisante pour admettre des hommes mariés « âgés » à la foi éprouvée?

    Dans l’Eglise naissante aussi, les vocations étaient rares et pourtant le christianisme s’est épanoui malgré tout. Les communautés catholiques du Japon ont survécu héroïquement pendant 250 ans sans un seul prêtre. Ce fut le cas pour de nombreuses communautés cachées dans le monde. Il y a des moyens de compenser l’absence des prêtres.

    Par exemple ?

    Le dimanche, là où personne ne peut célébrer l’Eucharistie, les laïcs peuvent lire les lectures, réciter le credo et distribuer les hosties consacrées et conservées depuis la dernière fois que le prêtre est venu. C’est une pratique qui n’est pas si différente de celle qui est adoptée en apportant la communion aux malades.

    Les partisans de l’ouverture aux prêtres mariés observent que les apôtres avaient tous une femme et des enfants.

    Pas tous. L’apôtre Paul était célibataire. Et bien sûr, Jésus l’était. Quitter la maison et la famille pour suivre Jésus n’était pas une métaphore mais la réalité. Jésus admirait ceux qui, s’identifiant pleinement avec lui « devenaient eunuques pour le royaume des cieux ».

    Dans les lettres exhibées par le Cardinal Sarah, Benoît XVI approuve la forme de publication prévue. Le retrait de la signature est-il dû à des pressions, ou à quelque chose d’autre?

    Les mots parlent clair. L’adhésion du Pape Benoît XVI est évidente. Il n’y avait rien qu’il ignorait. La polémique est née des partisans du pape François pour minimiser la portée du livre et peut-être d’une certaine fragilité de l’archevêque Georg Gänswein, secrétaire du pape Benoît XVI et préfet de la maison papale, pour résister à de telles pressions.

    En mars 2018, lorsque l’instrumentalisation de Ratzinger pour soutenir la publication de certains textes de théologiens bergogliens est devenue évidente, le Préfet du Secrétariat pour les Communications, Mgr Dario Viganò, a démissionné. Quelles seront les conséquences cette fois-ci?

    Je ne pense pas qu’il y en aura. Il n’y a pas de bouc émissaire. Le Cardinal Sarah sera peut être démis de ses fonctions de Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin à l’âge de 75 ans. Il y a un contraste flagrant entre sa position et celle du pape François. Mais dans l’Église, cela ne devrait pas surprendre car les contrastes ont toujours été présents, y compris pendant les pontificats de Benoît XVI, de Jean-Paul II et de Paul VI.

    À votre avis, y a-t-il un lien entre ces deux événements ?

    La similitude est dans la vaine tentative de montrer l’harmonie totale entre Benoît XVI et François.

    Comment la coexistence entre eux pourra-t-elle se poursuivre ?

    Je crains qu’elle ne se réduise de plus en plus à des formalités. Aujourd’hui, les distances sont plus évidentes que ce qu’on aurait pu prévoir immédiatement après l’abdication de Benoît XVI et l’ascension de François. Un motif de plus pour la difficulté objective de la coexistence entre les deux Papes, jamais expérimentée auparavant.

    Quelle est votre évaluation du pontificat de Bergoglio ?

    C’est un pontificat qui met en marche des processus, multipliant les options, mais sans les orienter en même temps. A plusieurs reprises, François a dit que le pasteur ne se place pas tant devant ou au milieu du troupeau, mais derrière, car le troupeau sait déjà où aller. Franchement, cela me semble une dévalorisation du rôle de leadership confié à l’origine au successeur de Pierre, à partir du Nouveau Testament.

  • Le livre à quatre mains de Benoît XVI et du cardinal Sarah cartonne en librairie

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    De Christophe Henning sur le site du journal La Croix :

    Le livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah est déjà un succès de librairie

    Depuis le mercredi 15 janvier au matin, les clients défilent sans discontinuer à « La Procure » à Paris pour acheter le livre signé du cardinal Sarah… et de Benoît XVI. La polémique sur la participation du pape émérite à ce texte attise la curiosité pour un sujet sensible : le célibat des prêtres.

    Le livre « Des profondeurs de nos cœurs » se vend, dès ce mercredi matin, presque comme… des petits pains. En décembre, l’ouvrage est présenté « sous X » par les représentants des éditions Fayard : la pratique est courante en ce qui concerne les « livres événement ». Reste aux libraires à tenter le coup, ou pas. Fin 2019, rien ne filtre sur les auteurs du livre mystère. Fort des conseils, le directeur de la librairie La Procure à Paris réserve 300 exemplaires. Dimanche 12 janvier au soir, apprenant les noms de coauteurs, il lance immédiatement une commande supplémentaire.

    Deux grandes signatures

    « Un livre avec les noms de Benoît XVI et du cardinal Sarah allait évidemment susciter un grand intérêt de nos clients », explique Jean-Baptiste Passé. Sur le podium en tête des ventes de la librairie non loin de Saint-Sulpice, trois noms : le pape François, le frère Adrien Candiard et… le cardinal Sarah. Aux personnalités des auteurs s’ajoute le thème du livre : « Le célibat des prêtres est un sujet particulièrement sensible, nul doute que ce texte publié par deux grandes signatures allait alimenter le débat ! », se réjouissait le libraire.

    Et voilà qu’éclate la polémique : quelle est la part du pape émérite dans cet ouvrage ? « S’il y a eu usurpation, c’est très grave », reconnaît Jean-Baptiste Passé qui pressent ce que la profession appelle un « hot book ». L’imbroglio autour de l’ouvrage s’est développé dès lundi aux premières heures, jusqu’à tard mardi, veille de la sortie du livre. À l’issue des allers-retours entre Rome et l’éditeur parisien, plusieurs éléments de présentation seront modifiés dans les prochaines impressions, mais rien n’empêchait la commercialisation à la date prévue. « Il n’y a eu ni action en référé devant la justice, ni rappel de l’éditeur, insiste le libraire. Au-delà de la polémique, le contenu du livre peut nourrir la réflexion. » Et les livres se vendent, dès ce mercredi matin, presque comme… des petits pains.

    La prochaine exhortation apostolique

    C’est d’ailleurs une attente forte des clients autour des questions clivantes dans l’Église aujourd’hui : le statut du prêtre, les questions éthiques, la lutte contre les abus… En l’espèce, « les lecteurs ont envie de savoir ce que dit le pape émérite ou l’un des cardinaux les plus en vue au Vatican. Ils cherchent à se positionner alors que deux camps nettement polarisés s’affrontent… »

    La prochaine pièce au dossier sera l’exhortation post-synodale du pape François, attendue avec impatience et qui sera, elle aussi, un succès de librairie. « Le débat sur le fond est légitime, poursuit Jean-Baptiste Passé. Il y a une saine curiosité à s’intéresser au livre. La polémique sur la forme est détestable et jette la suspicion sur le livre. »

    Quarante-huit heures après le lancement du livre Des profondeurs de nos cœurs, on finit par savoir quels sont les passages de Benoît XVI et ce qui relève davantage de la plume du cardinal Sarah. Mais le mal est fait (?!). « Nous avons besoin de textes forts, qui font avancer, dont l’autorité est incontestable, un vrai souffle pour l’Église », souligne Jean-Baptiste Passé. Par exemple ? Le libraire n’hésite pas une seconde : « L’encyclique Laudato Si est un modèle. »

    Des profondeurs de nos cœurs, Benoît XVI, Cardinal Robert Sarah, Fayard, 178 p., 18 €.

    capture d'écran : chez Amazon, "Des profondeurs de nos coeurs" est numéro un des ventes :

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  • Pour en finir avec les fake news sur le livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah

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    De Charlotte d'Ornellas sur le site de Valeurs Actuelles :

    Pour en finir avec les fake news sur le livre de Benoît XVI

    15/01/2020

    La sortie d’un livre rédigé par le Cardinal Sarah et Benoît XVI a fait l’effet d’une bombe. Qu’en est-il réellement de la contribution du pape émérite à cet ouvrage défendant ardemment le célibat des prêtres ? Les explications de Charlotte d'Ornellas.

    Beaucoup de bruit pour rien, aurait-on tendance à penser. Mais la calomnie laisse toujours une trace, un doute, et pour les plus fainéants, une réponse facile à une situation compliquée.

    Ainsi le Cardinal Robert Sarah aurait plus ou moins, peu importe, manipulé un pauvre pape très vieux et sans défense, dans la guerre conservatrice qu’il mène contre le pape François.

    Pas complètement, mais un peu quand même, sinon pourquoi le secrétaire de Benoît XVI serait-il intervenu ?

    Pas vraiment, mais forcément un peu puisque le titre va changer…

    Pas clairement mais sournoisement, sinon pourquoi tant d’agitation au Vatican ?

    Au diable la nuance et la piété filiale exprimée dès les premières pages de l’ouvrage, au diable le ton exempt de polémique de l’intégralité de ce livre que personne n’a lu, au diable cette conscience dont Benoît XVI a toujours été un fervent défenseur et qu’il a voulu écouter au soir de sa vie de prêtre.

    Au diable, surtout, l’argumentaire incroyablement charpenté des deux hommes sur une question qui agite aujourd’hui encore l’Eglise indiscutablement, mais aussi les médias du monde entier qui ne croient plus à rien et en tous cas pas au Bon Dieu, qui se fichent des chrétiens persécutés partout sur la planète, des églises de plus en plus profanées chez la fille aînée de l’Eglise, qui ne cessent de livrer leur détestation d’une Eglise décidément réactionnaire et incapable de s’adapter à son temps mais qui n’en finit plus, par ailleurs, de donner son avis sur ce que devrait penser ou faire l’Eglise. Cette presse occidentale étonnante qui voit les curés comme des freins à ses pulsions progressistes incessantes mais se fait pourtant l’ardente militante de la nécessité impérative pour l’Amazonie d’avoir des prêtres, à condition qu’ils soient mariés.

    Beaucoup de bruit pour rien, parce que les rebondissements éditoriaux ont brouillé le message de fond qui est resté inchangé, à la virgule près, du début à la fin des « polémiques ».

    Pourquoi s'encombrer de ce que dit le livre, quand la polémique peut suffire ?

    Revenons au début. Dimanche soir, le Figaro livre la nouvelle et les bonnes feuilles : le pape émérite et le préfet de la Congrégation pour la divine liturgie et la discipline des sacrements (nommé à ce poste sérieux par le pape François lui-même) publient un livre dans lequel ils prennent la défense, l’un après l’autre et selon leurs compétences propres, du célibat des prêtres. Dès le lendemain, un correspondant de la revue jésuite America à Rome tweete : « Benoît XVI n’est pas le coauteur du livre sur la prêtrise et le célibat avec le cardinal Sarah. » Les informations qui émaneraient d’un « proche » de Benoît XVI ne semblent pas aussi tranchantes que l’affirmation, puisque sa revue lui demande de les consolider avant de publier. Peu importe que la nouvelle soit exacte ou non, elle se répand.

    Et comme le pape François n’a pas été informé de cette publication, les commentateurs passionnés par l’opposition entre progressistes et conservateurs au sein de l’Eglise sautent sur l’occasion : c’est une guerre des papes, ni plus ni moins. Le livre n’est absolument pas défiant, au pire humblement suppliant. Mais pourquoi s’encombrer de ce qu’il contient ?

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