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Livres - Publications

  • Des réponses d'historiens au procès de l'Eglise catholique

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    Du Salon Beige :

    Les croisades étaient-elles une entreprise impérialiste à l’encontre de l’Orient musulman ? La chrétienté médiévale était-elle antisémite ? Les questions ne manquent pas pour faire, en forme de réquisitoire, le procès de l’Eglise catholique. Jean Sévillia donne la parole aux historiens pour, sans tabous et sans anachronismes, sans préjugés et sans œillères, rétablir quelques vérités. Y compris pourquoi l’Eglise a tardé à prendre la menace du scandale des prêtres pédophiles. Un entretien de 20 minutes en forme d’argumentaire.

  • "Prêtres, envers et malgré tout ?" (Père Cédric Burgun)

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    Du Père Cédric Burgun :

    Un nouveau livre : « Prêtres, envers et malgré tout ? »

    La figure du prêtre dans notre société est-elle en train de changer ? Après les scandales qui ont abîmé le sacerdoce, la dénonciation du cléricalisme, et l’ignorance de plus en plus grande d’une société envers ceux qui consacrent leur vie à Dieu, quelle est l’espérance des prêtres ? Dans ce dernier ouvrage, « Prêtre envers et malgré tout » (publié aux éditions du Cerf) et préfacé par Mgr Laurent Camiade, Président de la Commission doctrinale des évêques de France, j’ai voulu lancé une sorte de plaidoyer en faveur de la prêtrise. Oui, beaucoup de prêtres sont heureux ; ils aiment ce qu’ils font et la consécration de leur vie. Mais que signifie être heureux ? Le sacerdoce a ses joies et ses peines, comme toute vocation, comme tout métier, comme toute action. On se focalise un peu trop souvent sur la question du bonheur comme si c’était le critère ultime de décision de nos vies. Le Christ n’a jamais promis le bonheur et l’extase à ses disciples …

    Pour présenter mon livre, j’étais l’invité jeudi 12 septembre de la matinale de RCF. Une interview à revoir ici :

    Partant du contexte ecclésial difficile que nous vivons, il est bon de réfléchir à nouveau à nos relations ecclésiales, pour ne passer à côté de souffrances et de difficultés que traversent des prêtres, qui ne sont en rien des abuseurs : oui, il peut y avoir aujourd’hui une difficulté à vivre le sacerdoce dans la société actuelle, qui le méconnait ou le décrédibilise. Et la solitude des prêtres peut rendre le sacerdoce difficile ; et il y a des difficultés. On se focalise beaucoup sur ces questions d’abus, d’autorité, de pouvoir dans l’Église, mais du fait de cela, on a parfois du mal à exprimer le sacerdoce, et à voir quelle est la vocation profonde d’un prêtre, tout comme il peut y avoir un déficit de lieux de parole et de partage, pour des prêtres en souffrance.

    J’ai écrit ce livre pour cela : réfléchir à nos relations ecclésiales, puisque cette difficulté à comprendre le sacerdoce peut se retrouver également dans le peuple de Dieu. Mais ces difficultés ne sont en rien un calvaire, mais une croix puisque la croix est toujours ouverte sur la résurrection et sur la vie, sur un don de soi renouvelé.

    Quant au célibat, que j’aborde également, j’essaie de relire à la lumière des renoncements qu’il implique : non pas d’abord dans l’ordre de la sexualité (il y a suffisamment d’écrits sur cette question) mais dans l’ordre des relations. Oui, il y a plein de prêtres qui le vivent avec joie et don de soi. Et ce don de soi vient témoigner quelque chose de la présence de Dieu. Mais quel renoncement implique-t-il dans une paternité spirituelle bien comprise et bien vécue ? Enfin, j’essaie d’interroger aussi le cléricalisme : certes, il faut le dénoncer, mais j’indique également qu’il ne faudrait pas qu’il devienne comme un nouveau soupçon jeté sur les prêtres. Selon nous, et face au cléricalisme, il faudrait peut-être se focaliser sur la paternité spirituelle des prêtres vécue comme un accompagnement qui permet à l’autre de prendre son envol. En aucun cas, la paternité sacerdotale ne peut être un pouvoir sur les fidèles. C’est bien pour cela que toute paternité est une paternité qui s’efface.

    Père Cédric Burgun

  • Avec Rémi Brague, devenir modérément modernes

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    Du site "Canal Académie" (de 2014 mais qui n'a rien perdu de son actualité) :

     

     

     

    Et si nous devenions « modérément modernes » ?

    Entretien avec Rémi Brague, de l’Académie des sciences morales et politiques, à propos de son ouvrage « Modérément moderne »

    Et si nous passions la modernité au crible de l’esprit critique qu’elle prétend promouvoir en toutes circonstances ? Et si nous sortions de l’état de sidération qu’elle provoque chez nombre de nos contemporains ? C’est ce qu’a fait le philosophe Rémi Brague en recourant notamment aux pensées antiques et médiévales dont il est l’un des meilleurs connaisseurs. Il ne s’agit pas là d’un simple exercice d’érudition mais d’une démarche salutaire. Son enjeu ? Découvrir des antidotes à la crise morale que traversent nos sociétés, malades d’un « excès de modernité ».

  • L'antéchrist selon saint John Henry Newman

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    L'Antéchrist (source)

    Traduit de l'anglais par Renia Catala et Grégory Solari

    Traductions des citations bibliques et patristiques de Pierre- Yves Fux
    Introduction et notes de Grégory Solari
    Préface de Louis Bouyer

    Prends garde à toi, homme : Tu entends les signes de l'Antichrist.
    Ne sois pas seul à les garder en mémoire, mais donne-les sans retenue en partage à tous.

    Cyrille de Jérusalem

    Préface

    Newman est généralement considéré comme un esprit d'une très particulière distinction, capable de gagner, des incroyants eux-mêmes, une sympathie compréhensive refusée à des apologistes chrétiens d'une culture et d'un style moins raffinés. Mais c'est oublier qu'il n'avait aucune fausse pudeur qui le portât à minimiser les aspects du christianisme les plus troublants pour des humanistes amènes.

    Ces sermons sur l'Antichrist ne manqueront sans doute pas de surprendre, voire de choquer, des apologistes portés peut-être à estomper, dans le christianisme authentique, ce qui risque de déconcerter les humanistes qui penchent vers la foi, sans toutefois aller jusqu'à se compromettre avec ses aspects les plus rigoureux. Le rêve d'un christianisme tout en rose (le rose d'une fleur sans épines !) n'a jamais été celui de Newman. Il en résulte que, déjà dans sa période anglicane, il ne présente aucune tendance à diminuer les difficultés de la foi traditionnelle...

    Bien plutôt il les soulignerait, avec une lucidité et une honnêteté qui pourraient déconcerter des croyants eux-mêmes, tentés par une politique de l'apaisement ! Pour lui, l'Évangile est à prendre tel quel, ou à laisser. Il ne s'agit donc pas d'atténuer ce qui pourrait y choquer des âmes de bonne volonté mais d'un optimisme trop facile.

    On ne s'étonnera pas, dans cet essai, de le voir appeler les choses par leur nom et ne pas craindre, quand il le faut, de mettre les points sur les i ! Le mal (pour nous sauver duquel le Fils de Dieu s'est fait homme) n'est pas un simple mauvais pli superficiel... sans quoi Il n'aurait pas eu à monter [sur] la croix ! On lira donc ces pages avec peut-être, au début, quelque plus ou moins pénible surprise... Mais comment l'éviter quand il s'agit de voir en face de quelle perversion l'humanité avait à être sauvée pour que son salut fût plus qu'un beau rêve dont on s'enchante à première vue, mais qui vous laisse après cela aussi démuni qu'auparavant !

    Louis Bouyer,
    de l'Oratoire

    Introduction

    Les épreuves à venir seront telles que même saint Athanase, saint Grégoire le Grand ou saint Grégoire VII seraient épouvantés, à en perdre pied. Aussi sombre que fût la perspective de leur temps, la nôtre est d'un noir de ténèbres, différente de tout ce qui l'a précédée. Mes, frères, vous entrez dans un monde que les chrétiens n'ont encore jamais connu. »

    « The Infidelity of the Future », Catholic Sermons of Cardinal Newman, Birmingham Oratory Ed., Burns & Oates, Londres 1957.

    Ces paroles, John Henry Newman les prononça le 2 octobre 1873, devant les élèves du nouveau séminaire catholique d'Olton, dédié à saint Bernard. On peut imaginer qu'elles durent marquer profondément les futurs prêtres, tout comme les paroissiens anglicans qui pendant l'Avent 1835, alors que Newman était encore vicaire de la paroisse universitaire d'Oxford, l'avaient entendu prêcher ses quatre sermons sur l'Antichrist.

    Quarante ans s'étaient écoulés entre ces deux dates, durant lesquels il s'était progressivement détaché de l'anglicanisme pour rejoindre, le 9 octobre 1845, l'Église catholique, mais son combat restait le même : démasquer l'apostasie qui, sous couvert de libéralisme religieux et d'ouverture au monde, décimait les rangs des églises issues de la Réforme avant d'investir ceux de l'Église. (...) Toute l'oeuvre de Newman est tissée de la volonté de démasquer « les usurpations de la raison ». Dans la dialectique des nouvelles idéologies il reconnaissait une intelligence à l'oeuvre, la même qui, depuis l'origine, tente de séparer l'homme de son Créateur en substituant l'autonomie apparente de la raison à l'obéissance de la foi. Docétisme aux premiers temps, arianisme hier, rationalisme aujourd'hui, pour Newman c'était toujours le même esprit de révolte, ouverte ou camouflée, qui découpait dans les territoires de l'intelligence les isthmes illusoires et mortifères de demain.

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  • Rien n’est plus sain que la recherche de la gloire car il s’agit d’un appétit très naturel

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    D'Eugénie Bastié sur le site du Figaro Vox :

    Fabrice Hadjadj: «La recherche de la gloire est saine, c’est un appétit naturel»

    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Le dernier livre du philosophe Fabrice Hadjadj est une ode à la gloire qui - loin de s’y opposer - va de pair avec l’humilité. Il réhabilite la recherche de la gloire comme remède au règne de l’utilitaire et moyen de célébrer la vie sous toutes ses formes.

    11 octobre 2019
     
    Fabrice Hadjadj.
    Fabrice Hadjadj. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

    Fabrice Hadjadj est écrivain et philosophe. Il est le directeur de l’université Philantropos. Il vient de publier À moi la gloire aux éditions Salvator (septembre 2019).


    FIGAROVOX.- Les catholiques ont tendance à mettre en avant l’humilité plutôt que la gloire. Est-ce une erreur?

    Fabrice HADJADJ.- Lorsqu’un prédicateur monte en chaire et se place bien sous les projecteurs pour prôner l’effacement, on peut à bon droit penser qu’il y a quelque chose qui cloche… L’humilité est une vertu spécifiquement chrétienne, ignorée des païens, car elle suppose la révélation tragicomique d’un Dieu qui s’abaisse jusqu’à se faire ce charpentier juif qu’on crucifie comme malfaiteur à 33 ans.

    Rien n’est plus sain que la recherche de la gloire, car il s’agit d’un appétit très naturel.

    À l’opposé, la vertu païenne majeure est liée au désir de gloire: Cicéron l’appelle «magnanimité» (de magna anima, la «grande âme»). Dans La Conjuration de Catilina, Salluste affirme que l’aspiration à la gloire, c’est-à-dire le désir de distinction, est précisément ce qui nous distingue des bêtes. Sans elle, il n’y aurait pas de sens du sacrifice et donc pas de république, puisqu’on ne viserait rien de plus grand que son intérêt immédiat. D’ailleurs, en grec, «vertu» se dit arétè, qui peut se traduire par excellence.

    La question est donc double. Premièrement, elle concerne le rapport du paganisme au christianisme: y a-t-il entre eux une totale contrariété, ou bien le second dépasse-t-il le premier en l’assumant pleinement? Secondement, si l’humilité n’a rien à voir avec le désir de gloire, on n’échappe pas à la critique de Nietzsche: soit l’humilité est négation de soi, et le christianisme n’est plus qu’un nihilisme ; soit elle est un désir de gloire honteux - une stratégie des faibles pour supplanter les forts -, et le christianisme n’est plus qu’hypocrisie.

    La recherche de la gloire n’est donc pas forcément malsaine?

    Rien n’est plus sain, car il s’agit d’un appétit très naturel. Et rien n’est plus humble même. Car il n’y a pas de gloire sans un autre qui nous rend gloire. Bossuet, dans son discours de réception à l’Académie française, observe que la gloire se dédouble en gloire des héros et gloire des poètes, et que les uns ne peuvent être sans les autres.

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  • Le Cardinal Newman : l'itinéraire spirituel d'un futur saint

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    Deux émissions de RCF :

    Cardinal Newman, itinéraire spirituel d'un futur saint

    Présentée par Sarah Brunel

    1 OCTOBRE 2019 - DURÉE ÉMISSION : 25 MIN

    Cardinal Newman, itinéraire spirituel d'un futur saint

    © Wikimédia Commons - Le cardinal Newman dans ses dernières années, portrait par Emmeline Deane

    Figure majeure du christianisme, John Henry Newman sera canonisé le 13 octobre. Qu'est-ce qui a poussé ce pasteur de l'Église anglicane au XIXe siècle à devenir catholique? Explications.

    "Selon Paul VI, il n'y a pas de conversion, de passage dans l'Église aussi important dans l'histoire de l'Église depuis saint Augustin." Béatifié en 2010 par Benoît XVI, l'Anglais John Henry Newman (1801-1890) sera canonisé le 13 octobre 2019. Figure majeure du christianisme, ce théologien, poète, musicien et homme d'Église est un anglican converti au catholicisme. La pensée de ce précurseur peut nous aider à répondre aux questions spirituelles de notre temps. Ce que nous montre Grégory Solari, auteur de "John Henry Newman - L'Argument de la sainteté" (éd. Ad Solem).

    "Cette conviction qu'il n'y a que deux êtres absolument réels, soi-même et Dieu"

    NEWMAN, L'ANGLICAN DEVENU CATHOLIQUE

    La vie de Newman a été marquée par deux grandes périodes : l'anglicane et la catholique, avant et après "une décision, qu'on appelle conversion, qu'on appelle passage". Quand, le 9 août 1845, Newman demande à entrer dans l'Église catholique, "pour lui ce n'est pas véritablement quitter son Église mais d'une certaine manière accomplir ce que son Église ne lui permettait plus, à titre personnel de baptisé, de vivre."

    Newman est de ceux qui ont participé au mouvement d’Oxford, un courant de renouveau au sein de l'anglicanisme. Déclenché en 1833 par une loi qui autorise les non anglicans à entrer au Parlement. Or, en Angleterre, le Parlement a le pouvoir de légiférer en matière religieuse et ecclésiastique, car l'anglicanisme est une religion d'État. Face à ceux qui veulent défendre l'institution, d'autres, dont Newman, proposent de retrouver les fondements véritables de l'Église. "De tous les acteurs du mouvement d'Oxford, Newman est seul à être allé jusqu'au bout de ce questionnement."

    Newman est en effet convaincu qu'il n'y a qu'une seule Église chrétienne capable de prendre des formes différentes tout en restant fidèle à ce qu'elle est, c'est l'Église catholique : "C'est pour ça qu'il devient catholique, c'est la seule raison."

    MYSELF AND MY CREATOR, "MOI ET MON CRÉATEUR"

    En réalité, Newman a vécu une conversion à l'âge de 15 ans - "dans le fond l'unique conversion, nous dit Grégory Solari, dont il n'a fait que déplier toutes les implications, toute la richesse." En 1816, donc, "il découvre que l'activité de l'esprit, quand il pense, est essentielle à la religion, à la démarche spirituelle". Devenu professeur agrégé en 1821, ("fellow" en anglais), d'Oriel College, "le plus intello de tout Oxford", Newman est ordonné pasteur de l'Église anglicane en 1828. Ses sermons "attirent une foule immense", mais selon Grégory Solari, sa vision du tutorat "va le mettre progressivement au ban de sa propre université et de sa propre Église" ; Newman est convaincu que "le cœur et l'intelligence vont ensemble".

    ​Au début du XIXe siècle, l'anglicanisme vient de traverser une crise de rationalisme profond. "Cette religion établie un peu installée, abstraite et desséchée" a vécu un "réveil spirituel" notamment grâce à John Wesley (1703-1791). À la suite duquel Newman est convaincu que la sagesse repose sur une seule chose : nous connaître nous-mêmes et connaître Dieu. "Cette conviction qu'il n'y a que deux êtres absolument réels, soi-même et Dieu." Dans son "Apologia Pro Vita Sua" (écrite vers 1865), il écrit : "Il n'y a que deux êtres absolus dont l'existence s'atteste et s'éclaire mutuellement, moi-même et mon créateur." 

    Ses lectures des Pères de l'Église - "il est un des plus grands patristiciens du XIXe siècle" - mais aussi ses rencontres et ses combats au sein de l'anglicanisme l'amènent à considérer, comme l'explique Grégory Solari, que "parler de soi, c'est parler d'un autre en nous, c'est parler de Dieu aussi". Le Christ de Newman "c'est le Christ qui est en vous". Newman invite à "se découvrir devant la vérité d'un autre qui nous regarde". "Sa parole n'a pas d'autre fonction, en dépliant le mystère de la parole de Dieu, de nous faire prendre conscience, comme Augustin, qu'il y a quelqu'un en nous de plus intime que nous le sommes à nous-mêmes."

    INVITÉS : Grégory Solari, essayiste, éditeur, fondateur des éditions Ad Solem

    BIBLIOGRAPHIE : John Henry Newman - L'Argument de la sainteté - Grégory Solari, éd. Ad Solem (2019)

  • La grande et belle manière de faire les choses, même simples

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    D'Agnès Pinard Legry sur aleteia.org :

    Fabrice Hadjadj : « La gloire est essentielle au christianisme »

    07 octobre 2019

    Souvent opposées, gloire et humilité sont pourtant deux notions intrinsèquement liées et centrales dans le christianisme. À l’occasion de la sortie de son dernier essai « À moi la gloire », le philosophe Fabrice Hadjadj s’est confié à Aleteia sur la place qu’occupe la gloire dans nos vies mais aussi notre relation à Dieu. Entretien.

    « Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit », « Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom », « Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur », « Encore un peu de temps, et j’emplirai de gloire cette Maison »… Si la gloire est une notion omniprésente dans la Bible, que ce soit dans les psaumes ou dans les Évangiles, elle est souvent considérée avec mépris et méfiance par les chrétiens. « La gloire est pourtant essentielle au christianisme et à la Révélation biblique », assure à Aleteia le philosophe Fabrice Hadjadj, qui vient de publier un essai sur la gloire. « Si le christianisme est une religion de l’humilité », détaille-t-il « le Christ ne nous interdit pas la gloire, il nous dit que nous sommes la lumière du monde ».

    « La gloire, dans le sens chrétien, est la claire connaissance qui entraîne la louange d’un bien. »

    Qu’est-ce que la gloire ? « Est-ce simplement d’être brillant, passer sur les réseaux sociaux et avoir des likes ou est-ce d’illuminer, c’est-à-dire d’éclairer autre chose que moi-même ? », s’interroge l’essayiste. « La gloire, dans le sens chrétien, est la claire connaissance qui entraîne la louange d’un bien. J’accomplis un bien qui doit être reconnu comme tel. Cela sous-entend que le bien doit être “célébrable” et qu’il y ait un célébrant ». Celui qui est glorieux est donc « nécessairement dans une forme d’humilité », assure Fabrice Hadjadj.

    Revenant sur la notion d’héroïcité, qui implique une forme de vulnérabilité, le philosophe ouvre également la réflexion sur ce qu’est la gloire de Dieu dont la naissance de son fils, dans une humble étable de Bethléem, pourrait faire douter. « Ce qui est essentiel n’est pas la grandeur des choses comme telles, le spectaculaire de l’action », explique-t-il. « Mais c’est la grande et belle manière de faire les choses, même simples ».

    Alors que saint Paul écrit volontiers que « la femme est la gloire de l’homme », l’est-elle vraiment ? Oui, assure Fabrice Hadjadj. « Ce qu’il y a de beau dans la relation conjugale entre l’homme et la femme c’est que les deux ne se comprennent pas. D’une manière générale, ils n’ont pas le même point de vue sur le monde », reconnaît-il. « D’une certaine façon, ma femme vient déchirer ma sphère et me rappelle à un bien intime, profond. Elle m’appelle, au fond, à aimer, sans apparat ».

     
     
    a moi la gloire

    À moi la gloireFabrice Hadjadj, Salvator, septembre 2019, 15 euros.

  • François a reçu le père James Martin qui plaide en faveur de l’intégration des personnes homosexuelles dans l’Église

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    D'Augustine Passilly sur le site du journal La Croix :

    Le pape a reçu le père James Martin, favorable à l’intégration des personnes homosexuelles dans l’Église

    Le pape François s’est entretenu le 30 septembre avec le prêtre jésuite James Martin. Auteur d’un livre prônant l’intégration des personnes LGBT au sein de l’Église, ce dernier mène ce combat depuis plusieurs années, suscitant des réactions contrastées.

    01/10/2019 à 17:34

    Le 21 mai 2018 à New York. Il y a deux ans, sous la pression de petits groupes catholiques l’accusant « d’hérésie », trois des conférences que le père James Martin devait animer à la suite de la sortie de son livre avaient été annulées à Washington et à New York aux États-Unis ainsi qu’en Angleterre.RICHARD DREW/AP

    Le pape François a accordé, lundi 30 septembre, un entretien privé d’une demi-heure au père James Martin. Défenseur de l’inclusion des personnes LGBT (lesbiennes, gay, bies et trans) au sein de l’Église catholique, ce jésuite américain a publié, en 2017, un ouvrage intitulé Bâtir un pont (1) dans lequel il appelle au respect envers cette communauté.

    Or, son engagement, tout comme sa rencontre avec le pape au Vatican – en marge d’un rassemblement auquel il participe en tant que consultant auprès du Secrétariat aux communications du Saint-Siège –, suscite des réactions, entre soutiens et critiques.

    « Le pape François a pris le temps de l’écouter »

    « Je me suis senti encouragé, consolé et inspiré par le Saint-Père aujourd’hui. Et le temps qu’il a passé avec moi, au milieu d’une journée et d’une vie si chargées, témoigne d’un signal clair du profond soin pastoral qu’il accorde aux catholiques LGBT et aux personnes LGBT dans le monde », s’est réjoui James Martin depuis son compte Twitter, présentant cet entretien comme un « temps fort » de sa vie.

    L’investissement de celui qui est par ailleurs rédacteur en chef de la revue America, a, entre autres, été salué par l’ONG américaine Faith in public life qui promeut les valeurs religieuses de justice, de compassion et de bien commun au sein de la société. « Certaines institutions aux États-Unis ne permettent pas au père James Martin de s’exprimer dans leur diocèse car il défend les catholiques LGBT, mais le pape François a pris le temps de l’écouter en privé. C’est un signe très significatif que le pape François valorise son important travail », estime le responsable catholique de cet organisme, John Gehring.

    Craintes pour la discipline chrétienne

    Il y a deux ans, sous la pression de petits groupes catholiques l’accusant « d’hérésie », trois des conférences que le père James Martin devait animer à la suite de la sortie de son livre avaient été annulées à Washington et à New York aux États-Unis ainsi qu’en Angleterre.

    Plus récemment, l’archevêque de Philadelphie Mgr Charles Chaput a mis en garde, dans une tribune publiée par le site d’information Catholic Philly le 19 septembre, contre la volonté du jésuite de faire évoluer la position officielle de l’Église.

    « Quand des personnes entendent que l’Église "accueille les personnes gays" ou "a besoin de se montrer plus inclusive et accueillante" sans entendre également les conditions définissant une vie chrétienne authentique établie pour toutes les personnes par Jésus-Christ et par l’Église – à savoir vivre une vie de chasteté – ils peuvent facilement mal comprendre la nature de la conversion chrétienne et de sa discipline », avait affirmé Mgr Charles Chaput.

    Ce à quoi le père James Martin a répondu sur le même site qu’il essayait « d’encourager les catholiques à voir les personnes LGBT autrement que comme des êtres sexuels, à les considérer dans leur intégralité, tout comme Jésus allait vers les personnes en marge [de la société], qui étaient considérées comme "autres" à son époque. »

    (1) Ed. Harper One, 19,90 €

  • Bruxelles (UOPC), 11 octobre : présentation du livre "Euthanasie, l'envers du décor"

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    Le Prof. Timothy Devos à l'UOPC le 11 octobre : présentation du livre "Euthanasie, l'envers du du décor"

    Ce sont huit soignants belges, professeurs d'université spécialisés en accompagnement palliatif, infirmiers et éthiciens reconnus qui tentent ensemble de dire leurs questions autour de la fin de vie, des soins palliatifs et de la pratique de l'euthanasie. Page après page, ils partagent leur vécu et leurs réflexions nées de leur confrontation aux demandes d'euthanasie et d'accompagnement en fin de vie dans un pays, la Belgique, où l'euthanasie, dépénalisée depuis 2002, est aujourd'hui souvent devenue un acte banal.

    Loin de tout militantisme, ces récits de vie et de mort, évoquent l'envers du décor d'une réalité qu'il est grand temps d'évaluer avec plus de rigueur. Ces multiples regards croisés de soignants font la richesse et l'originalité de cet ouvrage, qui s'appuie aussi sur la contribution d'une médecin israélienne. Il s'adresse non seulement à des soignants mais aussi à toute personne qui s'interroge sur le sens de la mort et de la souffrance, et aussi sur cette réalité d'une loi votée en 2002 qui suscite toujours plus de questions.

    Les exposés de ces gens de terrain contiennent des exemples qu'ils ont vécus, des histoires concrètes qui permettent au lecteur de prendre conscience de la complexité des situations et des conséquences concrètes de la loi ” euthanasie “. II s'agit donc d'une contribution unique et sans doute utile pour de nombreux pays, dont la France, où la dépénalisation de l'euthanasie en fin de vie fait aujourd'hui débat.

    Entrée gratuite. Réservation souhaitée par mail via event@uopc.be.

  • Les expériences de mort imminente nous disent-elles quelque chose sur l'au-delà ?

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    C'est sur RCF :

    Expériences de mort imminente, que nous disent-elles sur l'au-delà?

    Emission présentée par Antoine Bellier

    LE TEMPS DE LE DIRE

    MARDI 24 SEPTEMBRE À 9H03

    DURÉE ÉMISSION : 55 MIN

    Expériences de mort imminente, que nous disent-elles sur l'au-delà?

    © Benjamin Schmidhuber / Unsplash

    Que faut-il penser des expériences de mort imminente (EMI)? Sont-elles la preuve qu'il y a une vie après la mort? Pour les chrétiens, peut-on y voir un lien avec la résurrection?

    Ce sont des expériences assez étonnantes, aux frontières de la vie et de la mort faites par des hommes, des femmes, des enfants suite à un accident, ou un choc traumatique particulièrement violent. Ces expériences de mort imminente (EMI) viennent interroger nos existences, nous qui, croyants ou non, vivons bien souvent comme si nous n’allions jamais mourir. Le mercredi 30 octobre sortira en salles le documentaire de Pierre Barnérias, "Thanatos, l'ultime passage". L'occasion de se pencher sur les EMI et ce que l'on peut en penser.

    "Ces expériences nous apprennent surtout des choses sur la vie"

    LES EMI, POUVOIR EN PARLER

    Qu'est-ce qu'une expérience de mort imminente ? C'est ce que peuvent vivre des personnes cliniquement mortes, avec arrêt du pouls et de la circulation, qui reviennent à la vie souvent grâce aux moyens de réanimation. "Et là quand ils reviennent ils ont fait une expérience indicible." Ils témoignent souvent d'un tunnel débouchant sur une lumière éclatante, certains disent avoir vu des personnes défuntes qu’ils ont connues. D'autres restent surtout marqués par un sentiment de plénitude, qu'ils ont ressenti.

    Preuve que le sujet intéresse, le documentaire de Pierre Barnérias sera projeté en avant-première à Paris au cinéma Le Grand Rex, le 29 septembre - "Moi-même je n'en reviens pas !" s'enthousiasme son réalisateur. Pourtant, les EMI représentent pour ceux qui les ont vécues des moments si forts qu'ils ont du mal à en parler, comme le constate le Dr Patrick Theillier. L'émotion, mais aussi parfois la honte"C'est quand même paradoxal quand tu vis quelque chose d'extrêmemnt beau tu as peur d'en parler de peur de passer pour un fou, pour un illuminé."

    VIVRE APRÈS UNE EMI (DANS UNE SOCIÉTÉ MATÉRIALISTE)

    "Ça a été tellement fort et ça a tellement changé ma vie, témoigne Patrice Gourrier, que je voulais en tant que prêtre ne tant que pasteur témoigner de cela." Il a évoqué son EMI dans "J’ai choisi d’être prêtre" (éd. Flammarion, 2003). Psychothérapeute, il n'hésite pas à en parler à des personnes en fin de vie qu'il accompagne, "je leur dis ce que j'ai vécu et ça apporte à ces personnes une grande paix, une grande sérénité".

    Il y a la vie que l'on aperçoit au bout du tunnel et la vie après une EMI. Qui ne sera plus jamais la même. "Ces expériences en fait nous apprennent surtout des choses sur la vie", explique le P. Gourrier. Ce pourquoi Patrick Theillier a intitulé son ouvrage "Expériences de Vie Imminente" (éd. Artège). "Quand ils reviennent, explique-t-il, ils sont beaucoup plus ouverts aux autres et retrouvent une spiritualité, souvent, et n'ont absolument plus peur de la mort car ils savent qu'il y a une vie après la vie."

    LES EMI, UNE EXPÉRIENCE DU PARADIS ?

    Retrouver des personnes défuntes qu'on a connues, être devant "un être de lumière qui a pour caractéristique incroyable de dégager un amour extraordinaire", avoir "une perception instantannée du film de sa vie qui fait la vérité sur soi", éprouver un "sentiment de paix et de tranquilité"... Ces témoignages qu'a recueillis le Dr Theillier sonnent étrangement familiers à quiconque a entendu parler de la foi chrétienne. Comment ne pas penser à Dieu ou au Christ, au jugement dernier ou à la résurrection des morts ?

    ​La foi chrétienne, appuyée sur la résurrection du Christ, parle de vie éternelle. D’autres traditions religieuses évoquent cette vie qui prolonge en quelque sorte notre passage sur la terre. Doit-on pour autant associer les EMI à ce que nous dit le christianisme sur les fins dernières ? Ne sont-elles pas des formes de consciences altérées liés à des causes externes, qui n’ont rien à voir à une quelconque réalité ?

    ÉMISSION ENREGISTRÉE EN DUPLEX AVEC RADIO PRÉSENCE À LOURDES ET RCF POITOU À POITIERS

    INVITÉS

    • Père Patrice Gourrier, prêtre du diocèse de Poitiers, psychologue clinicien, psychothérapeute, membre de l’association pour le développement de la mindfulness (ADM)

    • Pierre Barnérias, ancien grand reporter, documentariste, fondateur de la société Tprod

    • Dr Patrick Theillier, médecin, ancien médecin permanent du Bureau médical des sanctuaires de Lourdes, ancien président de l'Association médicale internationale de Lourdes

    BIBLIOGRAPHIE

    • Expériences de mort imminente - Un signe du ciel qui nous ouvre à la vie invisible, Patrick Theillier, éd. Artège (2015)

    • Expériences de Vie Imminente, Patrick Theillier, éd. Artège (2019)

    • J’ai choisi d’être prêtre, Patrice Gourrier, éd. Flammarion (2003)

     
  • Le précieux travail de l'Institut Européen de Bioéthique

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    Formation de bioéthique pour les jeunes

    Les jeunes ont soif de se former sur les questions de bioéthique. C'est pourquoi l'IEB a lancé en septembre le programme "Bioethics for Millenials". Un bon groupe de jeunes vont ainsi pouvoir bénéficier d'une formation complète sur tous les thèmes que traverse la bioéthique, du début à la fin de vie. Le week-end de lancement fut un réel succès!

    Interventions et formations au sein d'institutions de soins

    Ces derniers mois, plusieurs hôpitaux et maisons de repos ont sollicité notre intervention pour répondre aux questions éthiques que se posent leurs soignants, patients ou résidents, bénévoles et aidants-proches, autour de la fin de vie.

    Formation des stagiaires

    L'IEB accueille en continu des stagiaires qui souhaitent mettre leurs compétences au service de la personne humaine tout en approfondissant leurs connaissances en matière de bioéthique. Cette vidéo vous les présente et en livre quelques témoignages ! Merci à eux, et merci à vous qui rendez possible leur stage à l'IEB.

    Le nouveau site internet de l'IEB !

    Cette plateforme entièrement renouvelée est essentielle pour mettre à disposition de tous (citoyens, dirigeants politiques, soignants, médias,...) le fruit de nos analyses et recherches. Nous voulons continuer à informer de façon fiable et complète sur l'actualité et les enjeux de bioéthique.

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  • Soif d'Amélie Nothomb ou le christianisme vidé de son essence

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    De Gabrielle Périer sur Causeur.fr :

    « Soif » d’Amélie Nothomb: ce que notre époque a retenu du christianisme

    Jésus-Christ, narrateur à la première personne


    Soif, le dernier opus d’Amélie Nothomb, est en lice pour le prix Goncourt. La romancière se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion sur le ton du monologue intérieur. Mais les considérations du Christ virent très vite à la bêtise… 


    Le dernier roman d’Amélie Nothomb figure, comme d’habitude, en tête des ventes de la rentrée littéraire. Et comme d’habitude, je l’ai acheté quelques jours après sa sortie, d’autant plus intriguée que l’auteur s’était exclamé à la radio : « C’est tout simplement le livre de ma vie ! »

    J’aime beaucoup Amélie Nothomb – j’ai rarement été autant bouleversée par un roman que par Frappe-toi le cœur. A mon sens, elle est une expression de ce que l’époque peut produire de plus remarquable : une intériorité foisonnante, une finesse psychologique exceptionnelle ; ceci assorti dans son écriture d’un extrême resserrement sur les personnages, avec une « histoire » quasi inexistante, qui n’est qu’un décor minimaliste pour mettre en scène les relations entre les individus. Revers de la médaille : quand elle tente de sauter à l’échelle du politique, c’est raté (comme par exemple dans Acide sulfurique), car tout est toujours ramené au personnel, au psychologique, à l’intime.

    Un monologue christique mais moderne

    Ramener Jésus-Christ à l’intime : voilà le projet de Soif. Le récit de Nothomb prend la forme d’un monologue intérieur, qui commence au procès de Jésus et se termine dans une période indéterminée après la résurrection. Pari quelque peu osé, qu’ont déjà tenté à leur manière Eric-Emmanuel Schmitt ou Jean d’Ormesson ; et, comme chez eux, le résultat est franchement douteux (quoique l’Evangile selon Pilate ait de très bonnes pages).

    En fait de monologue intérieur de Jésus, on obtient en effet un discours aux senteurs tout à fait contemporaines – pour ne pas dire bien-pensantes. Sous la plume de Nothomb, Jésus, en révolte contre son Père, s’offusque par exemple que celui-ci ne supporte pas « les révélations différentes », et que « les hommes des antipodes ou d’à-côté vivent la verticalité d’une autre façon ».

    « Le corps, c’est bien ; l’esprit, c’est pas bien »

    Mais le cœur du livre n’est pas là : il s’agit en fait d’une démonstration autour de la notion de corps. En substance, Jésus explique que le corps, c’est bien, alors que l’esprit, c’est pas bien : et que donc, toute la tradition chrétienne s’est trompée, de Dieu le Père (qui lui n’a pas de corps donc n’y comprend rien) à tous ceux qui ont façonné et perpétué l’Église. La crucifixion est une « bévue »« nuisible jusqu’à l’épouvante », parce que « des théories d’hommes vont choisir le martyre à cause de [cet] exemple imbécile ». Au contraire de ce « mépris du corps », Jésus est Jésus parce qu’il est l’être « le plus incarné des humains » ; et d’ailleurs, Judas trahit parce qu’il est « très peu incarné ». Car oui, comme tout bon antirationaliste le sait, « Le mal trouve toujours son origine dans l’esprit. Sans le garde-fou du corps, la nuisance spirituelle va pouvoir commencer ».

    D’où le titre du livre : la soif, pur besoin du corps, est à cultiver. Parce que « l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. […] Ce n’est pas la métaphore de Dieu, […] l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d’eau, c’est Dieu ». Pour Amélie Nothomb, Dieu est donc la jouissance consécutive à la satisfaction de ses désirs. Curieuse théologie (que ne renie cependant pas La Croix, enthousiaste, qui évoque « une belle méditation sur ce que signifie avoir un corps » : il est loin le temps où les frères assomptionnistes de Bayard combattaient pour la pureté du dogme).

    A ce stade, on ne s’étonnera donc pas que Jésus vive une passion merveilleuse avec Marie-Madeleine, et qu’il proclame : « les plus grandes joies de ma vie, je les ai connues par le corps ». Ceci tout en se déclarant angoissé par le sacrement du mariage (Jésus a peur du sacré). Le Christ d’Amélie Nothomb cite Epicure ; sur le plan philosophique, il paraît plutôt héritier des discours post-foucaldiens.

    Le christianisme vidé de son essence

    Soif est finalement une expression quasi-achevée de ce que la postmodernité a conservé du christianisme : un vague mythe que, comme la tragédie classique le faisait en son temps, on peut réinvestir des élucubrations les moins originales – en l’occurrence, une célébration hédoniste de la jouissance en même temps qu’un anathème jeté sur la tradition ascétique et rationaliste occidentale. D’un manque de subtilité, d’ailleurs, assez atterrant chez Amélie Nothomb, qui tombe même dans le bébête (voir la conversation confondante entre Jésus et Judas après la mort). Évidemment, toutes les considérations qui ont préoccupé les croyants pendant toute l’histoire du christianisme, comme le salut ou le jugement dernier, ont totalement disparu : car tout le monde sait, désormais, que l’enfer et le diable n’existent pas. Évidemment, l’espérance chrétienne est balayée d’un revers de main par le Jésus de Nothomb : « Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. […] On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui ». Non, ce qu’il faut désormais, c’est croire de façon « intransitive » ; croire tout court. Sans objet. Seul compte l’élan – seul compte le désir.

    Quant à moi, je resterai « au ras des pâquerettes », en citant une phrase que j’aime de l’évangile de Jean : « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »