Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Médias

  • Quand, comme par hasard, on remet sur le feu l'affaire du choeur de Ratisbonne...

    IMPRIMER

    De Marco Tosatti sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana (notre traduction) :

    Abus sexuels et coïncidences dans l'enquête sur le chœur de Ratisbonne

    Moi, tout comme Carlotta, la Pasionaria, fille de Guareschi, je crois aux coïncidences; d'autant plus lorsqu'elles proviennent d'un pays précis et au-delà de tout soupçon comme peut l'être l'Allemagne. Ainsi en est-il quand je lis que « finalement » le rapport sur les violences commises sur les jeunes choristes du choeur de la cathédrale de Ratisbonne est enfin publié.

    Il est vrai que nous parlons de 547 épisodes, englobés dans l'espace d'un demi-siècle, et dont, par chance ou par la grâce de Dieu, comme vous préférez, 67 seulement ont trait à des abus sexuels. Les autres se rapportent à une pédagogie qui maintenant suscite l'horreur et sature le service d'assistance téléphonique; mais qui était très répandue à cette époque. Donner une gifle à un élève têtu, ou trop indisciplinés, était la norme; et aucun parent n'aurait soutenu une protestation pour une gifle. Je me souviens - dans la Turin des années '50, à l'école primaire Federico Sclopis de la Via del Carmine, d'avoir été mis derrière le tableau noir en punition pour une infraction dont je ne me souviens plus. Et j'ai vu voler l'une ou l'autre claque.

    Les abus sexuels sont bien plus graves, et l'Eglise allemande a bien fait de vouloir mettre un terme à cette série d'évènements, avec une enquête confiée à un gestionnaire externe. Quarante-neuf personnes ont été identifiées; les deux principaux responsables sont morts depuis une trentaine d'années. Les crimes sont prescrits. Les victimes seront indemnisées par une compensation de vingt mille euros chacune.

    Et c'est à ce moment que commencent les coincidences. Le destin a voulu que le rapport mette en cause Georg Ratzinger, le frère aîné de Joseph, qui durant de nombreuses années a été le directeur du chœur des « Moineaux de la Cathédrale». Georg a dirigé le choeur pendant trois décennies, de 1964 à 1994. Dans une interview datant d'il y a sept ans, il a admis quelques claques dans les premières années de la prise en charge du choeur. « Si j'avais été au courant d'un excès dans le recours à la violence, j'aurais fait quelque chose (...) Je présente mes excuses aux victimes », avait-il dit. Lors de la conférence de presse, l'avocat Weber a attribué à Georg Ratzinger la responsabilité d' « avoir fermé les yeux et de ne pas avoir pris des mesures à cet égard. »

    Certes, la coïncidence est que la publication du rapport coïncide avec le moment où Benoît XVI a adressé son message à l'occasion des funérailles du cardinal Meisner. Un message dans lequel, comme nous le savons, d'aucuns ont voulu voir une critique de la situation de l'Eglise et "des bergers qui ne luttent pas contre la dictature de l'esprit du temps", et dont l'Eglise allemande ne manque certainement pas. Et puis, il y en a aussi pour Müller dans le rapport. Gerhard Ludwig Müller était évêque de Ratisbonne en 2010. Le rapport critique sa gestion, lui reprochant notamment le manque de dialogue avec les victimes présumées. Pauvre Müller! Le coup de pied au derrière reçu du Saint-Père ne suffit pas, et lui de devoir chercher, passée la première réaction à chaud (voir l'interview accordée à la Passauer Neue Presse), à faire comme si de rien n'était et comme si le pape lui voulait du bien. Et voilà qu'à présent il y a aussi cette petite chose agréable venue de son Allemagne natale, où, comme vous le savez, il est très populaire parmi ses confrères!

    En attendant, la nomination du Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été annoncée. Non, comme certains l'attendaient, celle du secrétaire adjoint, l'archevêque américain Agostino Dinoia, mais bien celle du sous-secrétaire, Mgr. Giacomo Morandi, l'homme placé il y a un an et demi dans la congrégation inspirée par Ratzinger et Müller. Une carrière très rapide. Il est né sous une bonne étoile. Celle de Beniamino, Préfet de la Congrégation pour le Clergé, le grand metteur en scène de la Curie pontificale. Rien que des coïncidences...

  • A propos de l' Affaire Mercier: Savonarole réanimé à Louvain-La-Neuve

    IMPRIMER

    mag_103 (2)-page-001.jpg

    Lu dans le magazine trimestriel "Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle" n° 103 (été 2017)

    C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher (Descartes). Il semble qu’à l’Université Catholique de Louvain (UCL), on ait amendé la mise en garde cartésienne contre l’esprit moutonnier : on peut y philosopher, sans doute, mais seulement en fermant les yeux sur les questions susceptibles de déranger le consensualisme du « vivre ensemble ». C’est que nous sommes sous le règne du prêt-à-penser, absolument incompatible avec... la philosophie.

    Brève chronique de l’événement

    Même si l’« affaire Mercier » a fait grand bruit dans les médias, un bref rappel des faits n’est peut-être pas inutile. Début février 2017, Stéphane Mercier, docteur en philosophie, chargé de cours invité à l’Université Catholique de Louvain (UCL)[1], présente à plus de cinq cents étudiants de première année (environ 250 en Sciences appliquées et 300 en Sciences économiques et politiques) un argumentaire intitulé La philosophie pour la vie. Contre le prétendu « droit de choisir » l’avortement et qui, indique l’auteur, suit de près celui de Peter Kreeft[2]. Loin de soulever dans l’auditoire le tollé dont allaient, le mois suivant, parler les médias, le professeur poursuit son cours pendant cinq semaines d’affilée, « sans le moindre problème », me précise M. Mercier. Mais le 14 mars, un (ou une) élève du 1er baccalauréat en Sciences politiques alerte l’association féministe « Synergie Wallonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes ». Le texte de l’exposé paraît le 21 mars sur la Toile. Émoi dans les réseaux sociaux. 

    À peine saisie, l’UCL réagit durement et convoque l’enseignant, dont elle suspend illico la fonction. Le 21 mars, sur le site de la RTBF, Tania Van Hemelrijck, « conseillère du Recteur à la politique du genre » – une appellation pas très... neutre – déclare : Ce sont des propos totalement inacceptables étant donné que l’UCL défend ce droit [sic] fondamental à l’avortement. Sur le même site, on lit encore : l’autre argument avancé par l’UCL est que « le droit [resic] à l’avortement est inscrit dans la constitution [reresic], et qu’il n’y a pas à sortir de là ». Comme si un texte juridique était en soi une référence irréfragable en matière de philosophie ! Le même jour, l’UCL s’empresse de désavouer publiquement son invité avant même de l’entendre :  Quelle que soit l’issue de l’instruction, le droit [rereresic] à l’avortement est inscrit dans le droit belge et la note dont l’UCL a connaissance est en contradiction avec les valeurs portées par l’université. Le fait de véhiculer des positions contraires à ces valeurs est inacceptable. Ce communiqué en étonna plus d’un. Après s’être référé à une loi (dont il altérait l’objet[3]), il affirmait, en fait, que le respect dû à tout embryon humain n’était pas au nombre des valeurs d’une université catholique. En outre, il légitimait l’avortement par sa légalité (en Belgique), comme si la loi, en disant le droit, décrétait, ipso facto et infailliblement, la morale. Après une telle injure au bon sens, l’UCL méritait bien un rappel à l’ordre. Elle l’a eu. Le 26 mars, à Bruxelles, Stéphane Mercier, prenait la parole à l’occasion d’une « Marche pour la vie » qui rassembla de deux à trois mille personnes. Actuellement, M. Mercier est licencié, mais a introduit un recours auprès de la commission disciplinaire.  Adhuc sub judice lis est ; autrement dit : l’ordalie est en cours.

    Un curieux attelage philosophique : UCL-SW

    Nous ne sommes pas à Florence, ni au XVe siècle, mais tout de même ! Si l’UCL n’a pas voué au gibet et au bûcher le Savonarole louvaniste, elle l’a de fait trucidé académiquement pour avoir amorcé une disputatio malséante, inconvenante, inopportune, en deux mots : politiquement incorrecte. Pensez un peu : le misérable avait osé aborder un sujet, l’avortement, tellement anodin et banal, il est vrai, que d’aucuns voudraient le retirer du code pénal. Ce nouveau « progrès » est, en effet, à l’ordre du jour de plus d’une officine, qui, naturellement, s’oppose à tout projet visant à conférer un statut juridique à un fœtus ou à un enfant mort-né. Or, depuis Socrate, tous les pédagogues le savent : l’actualité d’une question est un puissant facteur de motivation. Il était donc particulièrement opportun d’engager sur la question un débat philosophique avec des rhétoriciens fraîchement émoulus. Avec la disparition des « humanités » et, partant, la décadence du cours de français, nos jeunes étudiants n’ont guère appris à disserter[4] ! Mais voilà : l’impertinent Mercier avait, sur la question, défendu une thèse contraire à la seule doxa bienséante, celle du progressisme main stream, comme dit Finkielkraut. Le déferlement de blâmes qui accabla l’enseignant  procède d’une étrange conjuration : s’y coalisent, notamment, des associations féministes – comme « Synergie Wallonie » (SW) – et des laïcistes militants, mais aussi une institution dite « catholique » dont le grand chancelier n’est autre – ex officio – que l’Archevêque de Malines-Bruxelles. On aura vraiment tout vu !

    Morale et Génétique

    Quelles objections oppose-t-on à l’argumentaire incriminé ? Les plaignants de SW situent le débat sur le terrain des opinions : L’auteur du texte est opposé à la pratique de l’avortement pour différentes raisons, dont le droit à la vie du fœtus, qu’il considère comme un être humain. Nous ne partageons pas son opinion car nous revendiquons le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps. Or, sur ce point, M. Mercier rappelle non une opinion, mais les données de la Science : primo, l’individuation de l’embryon est assurée dès le début du processus vital ; secundo, de la conception à la mort, il n’y a aucune solution de continuité. Très pertinemment, l’auteur souligne l’impossibilité (et le ridicule) de justifier une quantification du respect dû à un fœtus sur un critère de temps et de lieu. Bref, la génétique confirme un sentiment intime, à savoir l’altérité mère-enfant, lequel enfant n’est jamais, en aucune façon, une propriété. Comme l’observait le grand généticien français Jérôme Lejeune : Si l’on supposait que ce qui se développe dans le ventre de la mère n’est pas un être humain, pourquoi donc ferait-on une loi spéciale pour l’éliminer ? Il n’y a pas de loi pour réglementer ou pour interdire d’arracher une dent ou d’enlever une tumeur[5].

    L’altérité de l’embryon par rapport à sa mère : voilà le point faible de l’argumentaire opposé à celui de M. Mercier. Mon ventre est à moi, c’est, avec le spectre des faiseuses d’anges, le slogan qu’en France, Simone Veil a sans doute le plus exploité. Elle-même indique que, si elle se refuse à entrer dans des discussions scientifiques [elle admet les enseignements de la génétique] ou philosophiques, elle tient cependant à observer : La seule certitude sur laquelle nous puissions nous appuyer, c’est le fait qu’une femme ne prend pleine conscience qu’elle porte un être vivant qui sera un jour son enfant que lorsqu’elle ressent en elle-même les premières manifestations de cette vie[6]. Dans un essai, j’ai longuement analysé la dialectique déployée par l’ancienne ministre de la Santé, et l’on conviendra que, sur ce point, son opinion est assez personnelle, comme je l’ai souligné :

    Tout importantes qu’elles soient, les approches juridique et scientifique des questions analysées ici, n’exemptent pas d’enrichir le débat d’un éclairage de nature plus existentielle, plus proche de l’intimité des personnes et de leur vécu. Une question, récurrente dans la vie comme dans les romans et autres fictions, est extrêmement révélatrice de la manière dont une femme enceinte, son partenaire et leur entourage peuvent s’interroger à la survenue d’une grossesse non désirée. Que les protagonistes s’expriment de façon voilée (Que fait-on?) ou plus ou moins explicite (Va-t-on « le » garder? ou Fais- « le » passer!), tous parlent d’un même sujet, et qui, dans leur esprit, ne se réduit pas à un quelconque agglomérat de cellules. Le pudique pronom le est à l’évidence un substitut pour bébé ou enfant. Et l’on notera que ces interrogations s’imposent bien avant que la femme ne ressente en elle les premières manifestations de la vie, quoi qu’en dise Simone Veil. Pour n’être pas de nature juridique ni scientifique, les propos de ce genre n’en ont que plus de prégnance authentiquement humaine: ils révèlent ce que les protagonistes vivent en leur for intérieur dans un désarroi que d’aucuns nommeront situation de détresse, une expression qui appelle plus aisément la compassion, au risque d’occulter le tragique d’une autre destinée, latente celle-là. Le langage, ici encore, se fait le serviteur des causes les plus contestables…[7]

    Mise en exergue dans toutes les critiques mais toujours citée hors contexte, la comparaison avortement-viol, a soulevé une indignation discutable, évidemment logique si l’IVG n’est pas considérée comme un meurtre, mais parfaitement rationnelle dans le cas contraire ; si le viol est évoqué, c’est  précisément parce que, plus médiatisé, il  est ressenti, notamment par un auditoire de jeunes anesthésiés en matière d’IVG-IMG-GPA, comme un sommet dans l’horreur, alors que l’IVG – un sigle ! – est devenue une pratique « sociétale » presque banalisée à la faveur d’une loi toujours plus laxiste et de mœurs toujours plus permissives. La violence faite à un fœtus lors d’un acte abortif est comme escamotée par le fait que, médicalisée, l’intervention se déroule quotidiennement, légalement, en milieu hospitalier et bénéficie d’une aide sociale, tous gages extérieurs d’honorable normalité. Les IVG-IMG se comptent annuellement par milliers en Belgique[8], mais, médiatiquement, c’est un non-événement, contrairement aux procès criminels, tel le viol, qui défraient les chroniques judiciaires : le temps du Dr Willy Peers est, de longue date, révolu.

    Une cacophonie pas très catholique à l’UCL

    Au sein même du monde « catholique », le cas Mercier a créé un profond malaise et suscité de vives oppositions. La discorde fut évidente à l’UCL. Le montrent, entre autres analyses, le Oui du pro-recteur Marc Lits et le Non du professeur émérite Silvio Marcus Helmons, en réponse à la question : Fallait-il suspendre le cours du professeur Mercier [9].

    Dans une rencontre avec Christian Laporte, le professeur émérite de l’UCL Vincent Hanssens, contempteur du discours politique (!) de M. Mercier, souligne qu’une université catholique se doit d’assurer un enseignement axé fondamentalement sur la recherche scientifique et non sur la Révélation[10]. Et alors ? M. Mercier ne dit pas autre chose : Ce qui est proposé ici est un argument philosophique, pas un argument théologique reposant sur la Révélation. En vérité, la position de l’Université est doublement intenable : non seulement elle bafoue, à l’évidence, son identité idéologique, mais aussi et surtout, elle porte atteinte à son identité académique en se soumettant à la pire des dictatures pour une institution universitaire, celle de la pensée dominante et du politiquement correct. À cela s’ajoute, avec une belle inconséquence, l’affirmation réitérée de l’attachement de l’UCL à la liberté académique ! Heureusement, tous les ex-collègues de M. Mercier ne s’alignent pas sur les positions officielles de leur Alma Mater. Ainsi, dans Le Soir (mis en ligne le 29 mars), a paru un article intitulé Propos anti-avortements à l’UCL : la liberté académique menacée ? où s’exprime l’inquiétude de deux professeurs émérites de l’UCL ; l’un signe Jean Bricmont, athée et pro-choix, et l’autre, Michel Ghins, catholique et pro-vie.

    Des réactions pastorales diverses

    Dans l’affaire qui nous occupe, l’épiscopat aura donné un exemple achevé de langue de buis et d’irénisme. Répondant à une pétition de « Pro Christiana » en faveur du jeune professeur, les évêques francophones de Belgique, légitimant les exigences pédagogiques de l’UCL, laissèrent entendre qu’un débat sur l’avortement n’avait peut-être pas sa place dans un cours d’initiation à la philosophie et qu’en outre, la question ne pouvait, somme toute, être tranchée qu’en élevant la disputatio au niveau de la théologie. Pour ce qui est de la pédagogie, j’ai montré en quoi un débat sur un sujet sociétal litigieux est, au contraire, tout à fait opportun. Quant à la dévolution à la seule théologie d’une doctrine qui est défendable sur des bases purement philosophiques, elle confine au fidéisme : le Fides et Ratio de saint Jean-Paul II n’est pas opposable à l’Evangelium Vitae du même pape. Pour pacifier les esprits, nos évêques ont évidemment préféré citer un passage consolateur et rassembleur de Misericordia et misera où le pape François rappelle que si l’avortement est un péché grave [...], il n’existe aucun péché que la miséricorde de Dieu ne puisse rejoindre et détruire quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père.

    De son côté, le R.P. Tommy Scholtès, porte-parole de la Conférence épiscopale, tint, forcément, des propos peu convaincants : Les mots de Stéphane Mercier me paraissent caricaturaux. Le mot meurtre est trop fort : il suppose une violence, un acte commis en pleine conscience, avec une intention, et cela ne tient pas compte de la situation des personnes, souvent dans la plus grande détresse.[11] Ni violence, ni  pleine conscience, ni intention dans un acte d’IVG ? Quant à la « situation des personnes » – qui n’est pas l’objet premier du propos – elle n’est pas ignorée dans l’argumentaire incriminé, même si elle aurait certainement donné lieu à des développements ultérieurs ; n’oublions pas que l’enseignant inscrivait son exposé dans la perspective de débats, dont son texte est explicitement une amorce : Il est tout à fait permis de discuter : la philosophie sert précisément à cela.

    À propos de commentaires « ecclésiastiques », il faut citer la très belle exhortation du R.P. Charles Delhez Poursuivre l’aventure de la vie[12], remarquable de justesse, d’humanité, de pondération et de miséricorde, mais ferme dans les convictions et fidèle à la doctrine de l’Église.

    And the winner is...

    Au final, il est clair que l’ « affaire Mercier » est une manifestation de plus des effets délétères d’une police de la pensée dans un monde qui s’autodétruit par individualisme, relativisme et hédonisme. Pareille atteinte à la liberté académique et à la liberté d’expression ne peut que disqualifier ses auteurs, d’autant qu’ils appartiennent au monde universitaire. Du moins l’incident aura-t-il eu le mérite de réveiller quelques consciences à propos d’une question jugée dépassée du fait que les mœurs et la loi y auraient apporté une réponse définitive. Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes, écrivait déjà Heinrich Heine ; la censure fut, hélas ! le fait du Savonarole florentin, mais rien de pareil n’est à redouter à Louvain-la-Neuve.  

    L’inévitable querelle intestine qui s’est déclarée entre croyants ne pouvait qu’amuser la galerie des athées militants. On imagine aisément leur jubilation à réactualiser une séquence fameuse de La Grande Vadrouille : sous bonne garde teutonne passent deux Français capturés (Stanislas-de Funès et Augustin-Bourvil), mais déguisés en « collègues » de la Feldgendarmerie ; surpris par cet improbable défilé, le désopilant Paul Préboist confie à son copain de pêche : V’là qu’ils s’arrêtent entre eux maintenant, ça doit pas marcher ben fort !

     

    Mutien-Omer Houziaux,

    ancien embryon.

    [1] Et non professeur, comme l’a rappelé l’aimable rectification cathoDique d’un évêque. – Les médias ont laissé entendre que M. Mercier était un novice dans le métier. En réalité, son curriculum vitae mentionne six années d’assistanat, quatre années au FNRS en qualité de chargé de recherches et trois années consécutives à l’UCL en qualité de chargé de cours (par renouvellement annuel).

    [2] Né en 1937. Professeur de philosophie au Boston College de Chesnut Hill et au KIng’s College de NewYork.

    [3] En Belgique, l’avortement reste un délit, qui peut être dépénalisé sous certaines conditions.

    [4] Ancien professeur de français, chercheur et enseignant à l’université, j’ai huit petits-enfants et un arrière-petit-fils... et des centaines d’anciens étudiants. Je sais de quoi je parle ! Indigence lexicale, pauvreté syntaxique, absence de rigueur intellectuelle, massacre de l’orthographe, culture classique en berne : un diagnostic largement partagé par nombre de collègues. Quant au salut par un certain Pacte d’Excellence, la chose relève plutôt de la foi (en sainte Rita). 

    [5] http://publications.fondationlejeune.org/article.asp?filename=fjl441.xml

    [6] Simone Veil, Une vie, Stock, 2007, pp. 352-353.

    [7] M.-O. Houziaux, À contretemps. Regards politiquement incorrects. Préface de M. Dangoisse, Mols, 2010, p. 90.

    [8] Le dernier rapport (2012) de la Commission (belge) d’évaluation de l’avortement indique une augmentation constante du nombre d’IVG ; de 2006 à 2011, ce nombre est passé de 17.640 à 19.578. Les chiffres déclarés sont très inférieurs à la réalité car souvent les hôpitaux ne déclarent pas les avortements ni les médecins gynécologues en pratique cabinets privés, me signale Carine Brochier, Project Manager à l’Institut Européen de Bioéthique. Et l’on ne parle pas des embryons (dis) qualifiés de surnuméraires (et réifiés) ni des avortements médicamenteux.

    [9] La Libre Belgique du 28 mars 2017, pp. 40-41. En pages 42 et 43, le même quotidien donne aussi la parole à Henri Bartholomeeusen, avocat et président du Centre d’Action laïque, qui s’insurge contre le prétendu simplisme d’un opposant à l’IVG, Alain Tiri, auteur d’un article intitulé « Le progressisme ou la mort de la pensée », également paru dans LLB (23 mars 2017).

    [10] Christian Laporte, « L’UCL est d’abord une université », La Libre Belgique, 3 avril 2017, p. 8.– Sur le site de Belgicatho, 10/04/2017, le R.P. Xavier Dijon, professeur émérite (UNamur) a convenu, avec son collègue Hanssens, qu’une université catholique n’était pas une institution ecclésiale, mais ajoute que, pour autant, elle ne peut s’abstraire d’une conscience spécifique : Est-il sûr par exemple que la façon dont les embryons humains sont traités aujourd’hui dans nos centres de recherches correspond à la dignité dont ils sont titulaires ? X. Dijon souligne aussi la légitimité d’un débat académique sur une question déjà tranchée par le pouvoir politique.

    [11] Le Soir, 27 mars 2017, p. 7.

    [12] La Libre Belgique, 3 avril 2017, p. 45. Le R.P. Delhez rappelle  que, pour le généticien agnostique Axel Kahn, on peut, s’agissant de l’embryon, parler de singularité admirable et de début possible d’une personne.

    JPSC

  • Vient de paraître : le magazine « Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle » : n° 103, été 2017

    IMPRIMER

    Le magazine trimestriel « Vérité & Espérance – Pâque Nouvelle » édité par l’association « Sursum Corda » (responsable de l'église du Saint-Sacrement à Liège) a publié sa livraison de l’été 2017. Tiré à 4.000 exemplaires, ce magazine abondamment illustré parcourt pour vous l’actualité religieuse et vous livre quelques sujets de méditation.

    mag_103 (2)-page-001.jpg

    Au sommaire de ce numéro n° 103 (été 2017) : 

    contrat Delta ingenieur stabilité339.jpg

    Fête-Dieu 2017 à Liège 

    Brève histoire du sacrement de pénitence (V et fin)

    A propos de l’affaire Mercier : Savonarole réanimé à Louvain-la-Neuve

    contrat Delta ingenieur stabilité340.jpg 

    Rome et le monde : 

    Les 90 ans de Benoît XVI

    Emmanuel Macron et Dieu

    La célébration du centenaire des apparitions de Fatima

    Liturgie : l’héritage de Benoît XVI en péril ? 

    Belgique:

    L’ « Affaire Mercier » et le rôle d’une université catholique

    Les Frères de la Charité de Belgique autorisent l’euthanasie dans leurs centres psychiatriques

    Le régime des cultes en Belgique : reconnaître la primauté de l’Etat ou obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

    Sans Mgr Léonard, plus de vocations ?

     

    Secrétaires de Rédaction : Jean-Paul Schyns et Ghislain Lahaye

    Editeur responsable: SURSUM CORDA a.s.b.l. ,

    Vinâve d’île, 20 bte 64 à B- 4000 LIEGE.

    La revue est disponible gratuitement sur simple demande :

    Tél. 04.344.10.89  e-mail : sursumcorda@skynet.be 

    Les dons de soutien à la revue sont reçus  avec gratitude au compte IBAN:

     BE58 0016 3718 3679   BIC: GEBABEBB de Vérité et Espérance 3000, B-4000 Liège

     

     JPSC

  • « La Croix » : en dix ans, la messe en latin a trouvé sa place

    IMPRIMER

    Alors que le correspondant à Rome du journal « La Croix » annonce (voir ici) que le pape François aurait l’intention d’abroger le « motu proprio » libéral de Benoît XVI pour parquer  tous les traditionalistes au sein de la Fraternité Saint-Pie X érigée en « prélature personnelle » à cet effet  (tout cela est-il bien sérieux ?), le même journal publie lui-même les lignes suivantes qui suffisent à montrer l’irréalisme de ce noir dessein prêté au pape régnant. De Marie Malzac et Malo Tresca sur le site de « La Croix » :   

    « Il y a dix ans, Benoît XVI tendait la main aux traditionalistes en libéralisant, par la publication de son motu proprio Summorum Pontificum, la forme extraordinaire du rite romainAutrefois houleuses, les relations entre l’Église de France et les fidèles attachés à la tradition semblent plus apaisées aujourd’hui. Dans les diocèses, les évêques restent cependant prudents quant à l’application de ce texte.

    Chaque jour ou presque, en fin d’après-midi, Laurence, une quadragénaire aux habits excentriques, enfourche son vélo et sillonne, pendant près d’une heure et demie, tout le Sud-Est parisien pour franchir, à 19 heures tapantes, la lourde porte de l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile, dans le 9e arrondissement.

    Certes, cette résidente du Val-de-Marne pourrait « trouver des messes de semaine bien plus proches », concède-t-elle à voix basse. Mais elle peut participer là à la messe selon le rite tridentin : une célébration suivant la liturgie qui était en vigueur avant la réforme voulue par le concile Vatican II, qu’elle privilégie « dès qu’elle le peut et depuis qu’elle est petite ».

    Ce soir de début juillet, ils sont, comme Laurence, une vingtaine à se recueillir dans l’immense travée de l’édifice qui propose, depuis 1985, des messes de ce type.

    Car la « messe en latin », « dos au peuple », est toujours proposée dans l’Église et pas seulement par les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), héritiers de Mgr Marcel Lefebvre (lire ci-dessus).

    forme « extraordinaire » du rite romain

    Longtemps problématique et strictement encadrée, cette pratique s’est libéralisée au lendemain de la publication, le 7 juillet 2007, par Benoît XVI, du motu proprio Summorum Pontificum (« La sollicitude des souverains pontifes »), qui a redonné droit de cité dans l’Église à la liturgie telle qu’elle était célébrée avant les années 1960. Cette dernière est devenue ainsi la forme « extraordinaire » du rite romain.

    Pourtant longuement discutée et mûrie, la décision du pape de tendre la main aux fidèles de sensibilité traditionnelle – dans le giron de Rome mais se disant troublés par certaines « dérives », souvent issues d’une mauvaise compréhension du renouveau liturgique – avait alors fait l’effet d’un coup de tonnerre. D’autant qu’elle s’inscrivait dans le cadre des discussions avec la FSSPX, vingt ans après le schisme de Mgr Marcel Lefebvre.

    Lire la suite

  • La mort de Joaquin Navarro-Valls, porte-parole et ami de Jean-Paul II

    IMPRIMER

    D'Anita Bourdin sur zenit.org :

    Joaquin Navarro-Valls, porte-parole et ami de Jean-Paul II, s’est éteint

    S. Jean-Paul II et Joaquin Navarro-Valls @GregBurkeRome

    S. Jean-Paul II Et Joaquin Navarro-Valls @GregBurkeRome

    Joaquín Navarro-Valls, porte-parole de Jean-Paul II, puis de Benoît XVI, en tant que directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, de 1984 à 2006, s’est éteint discrètement ce 5 juillet 2017 à Rome, l’âge de 80 ans, après une longue maladie. Espagnol, né le 16 novembre 1936, il avait été le premier laïc et le premier non italien à occuper un tel poste. Il était actuellement président du Conseil consultatif de l’Université Campus Bio-Medico de Rome.

    Une chapelle ardente a été ouverte à 16h, ce jeudi 6 juillet 2017, dans la basilique romaine Sant’Eugenio a Valle Giulia, et les obsèques auront lieu dans cette même basilique à 11h, demain, 7 juillet 2017.

    Une pirouette, un trait d’humour, l’oeil brillant, un éclat de rire, une poignée de main franche. Il laisse le souvenir de son enthousiasme et d’une allégresse profonde, comme le rappelle la photo postée sur twitter par celui qui occupe aujourd’hui ce même poste au Vatican, Greg Burke.  Le souvenir d’un « aigle » qui savait voler haut et voir clair, anticiper, éviter les pièges, apaiser, avancer droit.

    Ce médecin journaliste était un laïc consacré, un « numéraire », de l’Opus Dei et il vécut dans les années soixante-dix, à Rome, auprès du fondateur, S. Josemaria Escriva de Balaguer. Son exigence professionnelle reflétait cette spiritualité de la vocation des laïcs engagés dans le monde et de la sanctification dans le travail.

    Son rôle fut fondamental auprès des papes et auprès de la presse accréditée au Vatican : il a modernisé les locaux et le style. Mais pas seulement.

    Une fois à la retraite, il a confié, lors d’un dîner de journalistes, à Rome, que sa position de laïc avait été particulièrement utile pour sa mission : il n’appartenait pas à la « hiérarchie » ecclésiastique, ce qui lui conférait la liberté dont ce rôle avait besoin. Un soir, lors d’un voyage de Benoît XVI, comme il lisait les discours des papes avant qu’ils ne les prononcent, il remarqua qu’un mot manquait. Il demanda à être reçu par le pape, le soir même. L’entourage pontifical lui demanda si c’était important. Il répondit que c’était au pape de juger si c’était important. Il fut reçu et il dit quelque chose comme : « Saint-Père, demain les journaux ne vont pas rapporter ce que vous avez dit. Ils vont parler du mot qu’on attendait et qui n’est pas prononcé. » Le mot a été inséré dans le discours du pape. Joaquin Navarro-Valls concluait : un laïc peut faire cela. Si, dans cette circonstance, on ne me laisse pas approcher le pape, je peux donner ma démission, parce que les conditions ne sont pas réunies pour que j’accomplisse la mission qui m’est confiée. Voilà, disait-il en substance, la liberté d’un laïc à ce poste.

    Il partagea avec Jean-Paul II les moments les plus dramatiques comme, en 1998, l’assassinat du commandant de la Garde suisse pontificale, de sa femme et le suicide de la jeune recrue qui venait de les abattre, mais aussi les moments les plus complices comme les chants et les repas champêtres lors des excursions en montagne, les moments de prière si profonds, les moments les plus enthousiasmants comme les premières JMJ, ou les plus historiques comme les visites au Vatican du président de l’URSS Mikhail Gorbatchev, le 1er décembre 1989, et de Fidel Castro, le 19 novembre 1996 : la salle de presse du Saint-Siège n’a peut-être jamais concentré autant de media du monde entier. Il a été de tous les voyages officiels. Il fit partie de la délégation du Saint-Siège aux grandes conférences de l’ONU : au Caire en 1994, à Copenhague en 1995, à Pékin également en 1995, et à Istanbul en 1996. Il partagea aussi les moments les plus douloureux de la maladie – l’œil du médecin savait – et de la mort de son ami le pape polonais, qui fut la nouvelle la plus difficile à vivre, et à annoncer, la gorge nouée, le 2 avril 2005.

    Il fut aussi des voyages de Benoît XVI – dont la JMJ de Cologne en 2005 –  jusqu’à l’arrivée de son successeur, le p. Federico Lombardi, en juillet 2006, après la visite du pape allemand en Espagne, pour la Rencontre mondiale des familles, à Valence.

    Il avait étudié la médecine à Grenade mais aussi à Barcelone, avec une spécialisation en psychiatrie et en psychologie sociale. Il eut aussi une bourse d’études pour Harvard. Il fit le journalisme à l’université de Navarre et la communication. Il collabora à différentes publications et fonda « Diagonal » à Barcelone. De 1974 à 1977 il fut correspondant de deux revues et porte-parole de l’Opus Dei où il était entré en 1959.

    En 1977, il devint correspondant à Rome, pour l’Italie et le Vatican et les pays de l’Est Méditerranéen, du quotidien de Madrid ABC. C’est alors qu’il devint président de l’Association de la presse étrangère en Italie avant d’être appelé par Jean-Paul II à la direction de la Salle de presse du Saint-Siège, lors d’un dîner à la table du pape. Il fut surpris et il dit « oui ».

    Lorsqu’il quitta cette charge, au bout de 22 ans, et à l’âge de 69 ans, il fut commentateur à la télévision publique italienne, la RAI, et président du Conseil consultatif de l’université Campus Bio-Medico de Rome, dépendant de l’Opus Dei. Il a présidé la Fondation Telecom Italia.

    Il a été décoré par le roi Juan Carlos Ier à plusieurs reprises et il a reçu différents prix journalistiques nationaux et internationaux. Il était docteur honoris causa des universités de Valence (2005) et de Catalogne (2010).

    « Joaquin Navarro. RIP. Grace under pressure », a dit ce soir un tweet de Greg Burke. Une citation d’Hemingway, allusion au courage de Navarro-Valls : « Le courage e(s)t la grâce sous pression » (Le vieil homme et la mer). Et puis la photo de saint Jean-Paul II qui rit, tient le bras et serre la main de son ami, accompagne un second tweet : « Joaquin Navarro, 1936-2017. Continue à sourire »: « Keep Smiling ». Courage, sourire, un héritage.

  • Appel aux habitants de la région de Liège pour participer à une enquête "Media et Spiritualité"

    IMPRIMER

    Grande enquête media et spiritualité

    Région de Liège - Eté 2017

    Madame, Monsieur,

    Si vous habitez la région liégeoise et êtes sensible aux questions de media, de spiritualité et/ou de foi, ce message s'adresse à vous.

    Une radio locale centrée sur ces questions organise actuellement une grande enquête. Il est réalisée dans le cadre d’un mémoire à HEC - ULg. 

    Pour ne pas nuire à l’enquête, nous ne vous en disons pas plus pour le moment.
    Nous voudrions vous inviter à y répondre anonymement via le lien suivant, l’enquête ne dure que quelques minutes:

    Lien vers l'enquête: https://lc.cx/qZW6

    Un tout grand merci et bon été !

  • Un moment catholique se profile-t-il à l'horizon ? Un entretien avec l'académicien Jean-Luc Marion

    IMPRIMER

    De RCF :

    Apologie pour un moment catholique - L'académicien Jean-Luc Marion

    Présentée par Laurent Verpoorten 

    Apologie pour un moment catholique - L'académicien Jean-Luc Marion

    © jean-Luc Marion Lacroix.com

    Les chrétiens disposent de tout ce dont nos sociétés manquent pour surmonter les crises qu'elles traversent. Cela signifie-t-il qu'un moment catholique se profile à l'horizon ?

    La réponse ce mardi 04 et mercredi 05 à 12H30. Au cours d'un entretien exceptionnel, le philosophe et académicien Jean-Luc Marion, auteur de Brève apologie pour un moment catholique (Grasset), s'explique au micro de Laurent Verpoorten dans Dieu dans l'Histoire.

  • Quand un journaliste de cathobel s'étonne du maintien de l'avortement dans le code pénal belge

    IMPRIMER

    A Alain Gerlache, journaliste à la RTBF, qui s'émeut de la mort de Simone Veil, Philippe Baldelli, journaliste de Cathobel (site officiel de l'Eglise de Belgique), répond...

    Sans titre.png

  • Quand l'infidélité devient un produit commercial banal

    IMPRIMER

    De Martin Van Breusegem en Carte blanche sur le site du Vif :

    L'infidélité, un business juteux

    La nouvelle campagne publicitaire de Gleeden, le site Web qui commercialise l'adultère, se déploie depuis quelques jours dans les principales gares de Belgique. La réalité cachée derrière la pub est loin d'être reluisante...

    Apparue sur la toile en 2009, cette plateforme offre à ses utilisateurs "d'entrer en contact en toute sécurité avec les infidèles du monde entier". La pomme à moitié croquée qui envahit les panneaux d'affichage est aussi brillante que celles de nos supermarchés -société de consommation oblige. La réalité qu'elle cache est quant à elle, loin d'être reluisante.

    Tout est à vendre

    Le Marché s'est emparé de nos chambres à coucher. La révolution numérique n'a fait qu'accélérer ce phénomène, donnant aux géants du Net, les clefs de nos alcôves. La pornographie, qui sature nos écrans et formate nos imaginaires, en est peut-être l'exemple le plus criant. Aujourd'hui, l'industrie du sexe, modifiée comme de nombreux autres secteurs par l'ubérisation, pèse plusieurs centaines de milliards.

    Dans cette nébuleuse, les sites de rencontre, qu'ils soient payants ou non, permettent à leurs utilisateurs de trouver l'âme soeur... ou un plan Q. Si des couples se créent sur Internet, ils peuvent désormais s'y défaire. Avec Gleeden c'est en effet l'adultère qui fait l'objet d'un business.

    L'individu (presque) libre

    Qu'on ne s'y trompe pas : là où Meetic ou Tinder mettent en contact, Gleeden sépare. Dédié aux femmes et hommes mariés, le site se propose de remplacer la réalité du lien marital par l'illusion, de surcroît virtuelle, de l'aventure extra-conjugale. Symptôme de l'indivudalisme ambiant, il participe pleinement à la "dissolution de tous les liens sociaux", dénoncée par Guy Debord dans la Société du spectacle.

    Lire la suite

  • La neutralité des médias, cette chimère

    IMPRIMER

    De Jean-Michel Beaussant sur le site de l'Homme Nouveau :

    La chimère de la neutralité médiatique

    L’unanimisme des médias officiels et asservis à la publicité lors de la dernière campagne présidentielle démontre une fois de plus qu’il n’y a pas plus de neutralité de l’information qu’il n’y en a dans l’enseignement dépendant de l’Éducation nationale. À quand une vraie presse à la recherche de la vérité ?

    Les élections auront démontré une nouvelle fois l’impossible neutralité journalistique, analogue à l’impossible neutralité scolaire. Comme l’Éducation nationale a son école unique et laïciste restreignant la saine pluralité des écoles au nom du pluralisme (anti-)dogmatique, la grosse presse d’information a sa pensée unique repoussant la pluralité réelle des convictions sous couvert du même système soi-disant pluraliste. Soljénitsyne l’avait ainsi découvert : « Si l’on prend la presse occidentale dans son ensemble, on y observe des sympathies dirigées en gros du ­même côté (celui où souffle le vent du siècle), des jugements maintenus dans certaines limites acceptées par tous, peut-être aussi des intérêts corporatifs communs – et tout cela a pour résultat non pas une concurrence mais une certaine unification. (…) L’Occident, qui ne possède pas de censure, opère pourtant une sélection pointilleuse en séparant les idées à la mode de celles qui ne le sont pas – et bien que ces dernières ne tombent sous le coup d’aucune interdiction, elles ne peuvent s’exprimer… ».

    Les apparentes divergences des journaux tombent devant l’émergence d’un mouvement politiquement incorrect. Par leur promotion ostensible d’un « front républicain », les gros médias montrent qu’ils obéissent aux mêmes réflexes et aux mêmes slogans sous le masque du pluralisme. La neutralité informative des journalistes apparaît dès lors semblable à ce que ­René Viviani disait de la neutralité enseignante : « Elle est, elle fut toujours un mensonge. Certes, elle fut peut-être un mensonge nécessaire lorsqu’on forgeait, au milieu des impétueuses colères de la droite, la loi scolaire. Le passage à franchir était périlleux ; c’était beaucoup ­déjà que de faire établir une instruction laïque et obligatoire. On promit cette chimère de la neutralité pour rassurer quelques timides dont la coalition eût fait obstacle au principe de la loi. » (L’Humanité, 4 octobre 1904).

    Un peu d’histoire

    Le passage périlleux à franchir pour la presse écrite s’est fait en 1836 par Émile de Girardin avec le recours à la publicité pour abaisser le prix de son journal, augmenter sa diffusion en faisant payer le manque à gagner par les annonceurs publicitaires. Mais l’effet pervers de cette innovation a mis plus d’un siècle à aboutir avec l’annexion de la presse (presque) tout entière par le gros capital. Soumis aux exigences des gros annonceurs, les journaux d’opinion sont ainsi devenus des journaux d’information industriels, neutralisés par la « chimère » de l’objectivité, la religion du fait brut et sacré (prétendument distinct de son interprétation ou du commentaire libre). Mensonge nécessaire et rassurant, servant à masquer leur soumission à la pensée unique par dépendance à la publicité et à l’argent. Pour plus de contrats publicitaires, il fallait gagner des lecteurs de tous bords politiques : « Les conséquences de cette collusion [entre médias et publicité], de cette identification sont graves. Elles aboutissent à dépolitiser au maximum les grands journaux, à les vider de tout ce qui peut prêter à d’évitables controverses, à refuser l’expression d’opinions nouvelles, originales. » (Jacques Kayser, Mort d’une liberté, Plon, 1955).

    Si l’État laïciste a annexé le service public de l’éducation par son instruction gratuite et obligatoire en condamnant la liberté de l’enseignement et sa pluralité féconde, le gros capital anonyme et vagabond s’est arrogé le monopole d’une information déformante (C’est justement le titre de la troisième partie du livre de Marcel De Corte, L’Intelligence en péril de mort) par des journaux vendus à la moitié de leur prix de revient, parce que tenus précisément par les puissances financières. « Quand on est payé par ­l’État on n’est plus une école confessionnelle puisque qui a l’argent a le pouvoir », résumait un ecclésiastique à propos de l’aliénation de l’enseignement catholique sous contrat. C’est exactement le même principe pour l’aliénation de la presse de conviction (confessant un vrai choix politique) en presse dite d’information (prétendument neutre). Quand on est payé par la pub on n’est plus une presse libre. La chimère de la neutralité informative et de l’impartialité des journaux est le cache-misère de leur dépendance idéologique. Du Figaro à Libération, en passant par La Croix, L’Humanité et l’ensemble des magazines, ils ont tous défendu Macron, révélant malgré eux la marque du collier…

    En paraphrasant Soljénitsyne (encore lui), on pourrait dire qu’il est plus facile de tenir un peuple en esclavage par cette information déformante et sa « com » bien ciblée que par des miradors.

    L’illusion de la liberté

    Car elle donne à ses victimes l’illusion de la liberté. Au lieu de l’ancien droit à la liberté d’opinion, on leur fait croire à un droit à l’information, qui à l’aide de techniques puissamment sophistiquées, par tri sélectif, surinformation et désinformation interactives, leur distille un très sournois « magistère de l’information » aux antipodes de sa prétention initiale. C’est le processus d’« orwellisation » de la presse par l’opinion publique unique. Le conditionnement médiatique moderne substitue le réflexe à la réflexion. Comme on ne pourra sauver l’Éducation nationale que par une certaine séparation de l’école et de ­l’État, il faudra bien un jour libérer aussi la presse de ses liens serviles avec les lobbies ploutocratiques. Les écoles hors contrat et les médias alternatifs nous montrent la voie possible d’une vraie pluralité, qu’une autre politique pourrait assurément favoriser et développer.

  • 14-24 ans : Instagram et Snapchat sont les pires applis en matière de bien-être et de santé mentale

    IMPRIMER

    Du site "signis.net" :

    Instagram : pire réseau social pour le bien-être des jeunes

    Londres, 24 mai 2017 (Numerama). D'après les retours des utilisateurs de réseaux sociaux entre 14 et 24 ans, Instagram et Snapchat sont les pires applis en matière de bien-être et de santé mentale. En cause : le culte de l'image (souvent retouchée) et l'impression de ne pas bénéficier d'une vie aussi animée que celle d'autrui.

    De tous les réseaux sociaux à la mode, lequel exerce le pire impact sur le bien-être des adolescents ? Instagram est marqué de ce triste attribut — suivi de près par Snapchat — à en croire l’étude menée par la Royal Society for Public Health (RSPH), une association caritative britannique dédiée à la santé publique.

    Les sondés, 1 479 adolescents (ou jeunes adultes) entre 14 et 24 ans, devaient répondre à 14 questions concernant la santé et le bien-être (niveau d’anxiété, dépression, solitude…) sur ces plateformes pour attribuer une note à chacune. YouTube est considéré comme la plateforme à l’impact le plus positif sur la santé mentale, suivi par Twitter puis par Facebook. Viennent ensuite seulement Snapchat en quatrième position et Instagram en bout de piste.

    Pour Shirley Cramer, directrice du RSPH, les mauvais scores de ces deux applis — la première assumant son plagiat de la seconde — ne sont pas une coïncidence : « Il est intéressant de voir que Snapchat et Instagram sont bons derniers […] — ces deux plateformes sont focalisées sur l’image » Le RSPH va jusqu’à s’inquiéter d’une potentielle  «  crise de santé mentale provoquée par les réseaux sociaux » chez les jeunes.

    L’étude cite le témoignage de plusieurs sondés, dont l’une qui affirme : « Instagram amène facilement les filles et les femmes à penser que leurs corps sont loin d’être suffisamment beaux puisque les gens utilisent des filtres et modifient leurs photos pour paraître « parfaits ». » Un autre témoigne ainsi : « Cela a augmenté mon niveau d’anxiété […] Je m’inquiète toujours de savoir ce que les autres pensent de mes publications et de mes photos. »

    La RSPH constate un phénomène plus insidieux : « Le fait de voir en permanence des amis en vacances ou sortir peut amener les jeunes à se sentir exclus alors que d’autres profitent de la vie. Ces sentiments peuvent provoquer une attitude de « désespoir par comparaison » chez les jeunes ». L’étude analyse ainsi : « Les attentes irréalistes provoquées par les réseaux sociaux peuvent pousser les jeunes à des sentiments de gêne, de mauvaise estime de soi et une recherche de perfection qui peut prendre la forme de troubles d’anxiété. »

    Pour autant, l’association ne cite pas seulement l’impact négatif des réseaux sociaux : elle souligne aussi que certaines peuvent avoir un impact positif sur l’expression individuelle. Elle appelle surtout à adopter des mesures pour lutter contre ces dérives. Outre l’identification, par les réseaux sociaux, des utilisateurs à risque pour les guider vers un service d’aide approprié, elle appelle aussi ces plateformes à signaler les photos de personnes qui ont été retouchées, par exemple en intégrant un pictogramme dédié.

    La RSPH suggère aussi des campagnes de sensibilisation, dans le cadre scolaire, à une bonne utilisation des réseaux sociaux, et le lancement de fenêtres pop-up indiquant qu’on passe trop de temps sur la plateforme — une mesure soutenue par 70 % des sondés, conscients du phénomène d’addiction qui peut vite voir le jour.

    Instagram affirme que sa priorité est de garder la plateforme sécurisée pour les ados, rappelant qu’il fournit déjà des conseils pour gérer le harcèlement ou des avertissements avant l’accès à certains contenus. De son côté, Facebook a récemment multiplié les initiatives pour lutter contre le suicide, mais les récentes  révélations sur sa politique interne de modération interrogent sur sa régulation réelle du contenu.

  • La nouvelle bienpensance ou quand la mise en cause de l'avortement est devenue la ligne rouge qu'il est interdit de franchir

    IMPRIMER

    De Jean-Michel Beaussant sur le site de l'Homme Nouveau :

    Défense de la vie : quand l’idéologie fait loi

    Aujourd’hui désigner l’avortement comme un crime devient un crime. Ce détournement de l’intelligence et déni du réel envahit les médias comme le monde politique. Le 28 mai, journée nationale pour la vie, devrait être l’occasion de s’interroger sur le conditionnement de plus en plus inquiétant de notre société par la culture de mort.

    « C’est monstrueux de dire que l’IVG est un crime », s’est indigné un journaliste le 17 avril sur CNews, menaçant même de quitter le plateau après le juste propos d’un prêtre lors d’un débat sur le vote des catholiques. On sait en outre comment l’Université catholique de Louvain a désavoué un professeur qui qualifiait l’avortement de « meurtre ». On n’a pas oublié non plus les mots du ministre Laurence Rossignol à l’Assemblée nationale, le 26 janvier dernier : « Avorter ce n’est pas enlever une vie. » Ces flagrants dénis de réalité par aveuglement idéologique finissent donc par désigner en délit d’opinion – c’est-à-dire paradoxalement en crime – le discours vrai et scientifique sur cette réalité. C’est le « délit du réel », selon le mot d’Élisabeth Lévy.

    On se rappelle le commentaire subversif de Hans Küng après Evangelium Vitæ : « Le pape veut abolir la liberté de conscience dans les questions les plus intimes et interdire même aux Parlements démocratiquement élus de légiférer dans ces domaines. »

    La liberté d’expression interdite

    Ce n’est pas l’Église mais ­l’État en l’occurrence qui, par le délit d’entrave numérique, veut abolir l’objection de conscience (et sa liberté d’expression) et qui légifère en ce sens par déni du réel. Dans Evangelium Vitæ, Jean-Paul II n’interdisait aucunement la liberté de conscience qui est une liberté intérieure s’opposant à ce que l’État ou l’Église puisse contrôler et contraindre les intentions ou les croyances de chacun, au for interne. Mais il plaçait l’obligation de respecter la vie innocente au-dessus de cette liberté de conscience, au nom du respect du bien commun et de la dignité des personnes. « La tolérance légale de l’avortement et de l’euthanasie ne peut en aucun cas s’appuyer sur le respect de la conscience d’autrui, précisément parce que la société a le droit et le devoir de se protéger contre les abus qui peuvent intervenir au nom de la liberté de conscience. » On saisit ce que peut impliquer analogiquement ce primat de la conscience concernant le commandement relatif à l’adultère avec les dérives pastorales et doctrinales auxquelles on assiste actuellement.

    À celui qui prétend que sa conscience lui prescrit et que sa liberté lui permet de tuer son voisin parce qu’il pense mal, ou de tuer son enfant parce qu’il est encombrant, l’État de droit civilisé répond normalement, au for externe, par la loi et la sanction pénale qui empêchent le passage à l’acte. Dans notre société un tel passage à l’acte étant au contraire permis légalement dans de nombreux cas transgressifs, c’est la liberté de le penser comme un crime et de l’exprimer comme tel qui devient aujourd’hui interdit comme un crime ! On passe de la prohibition d’actes intrinsèquement désordonnés (on n’est pas libre de faire n’importe quoi) à la prohibition d’idées justes (on n’est pas libre de penser vrai à cet égard). C’est la « loi des suspects » ou le « délit d’opinion » propre aux régimes totalitaires avec l’imposition d’une pensée « correcte » autrement appelée « pensée unique » à l’égard d’idées ou d’actes humainement répréhensibles.

    Ainsi marche la révolution copernicienne – d’origine idéaliste ou nominaliste – par laquelle ce n’est plus le réel et la loi naturelle qui informent l’intelligence objectivement, orientant la conscience ainsi éclairée. Mais c’est l’intelligence qui informe subjectivement le réel en créant une vérité et une loi arbitraires. Au lieu d’être l’œil qui reçoit la lumière, la conscience (individuelle et collective) devient la lumière qui éclaire le réel (et fait la loi) dans un faux discernement qui est un déni partiel et flagrant de la réalité : l’avortement n’est pas la cessation d’une vie sauf s’il y a « projet de vie » !

    L’IVG ne tuerait pas…

    Incohérence schizophrénique de la pensée moderne : si fumer ou boire peut tuer et est dangereux pour l’enfant à naître comme il est indiqué à l’attention des femmes enceintes par une image dissuasive sur certains contenants, l’« IVG », elle, ne tue aucun enfant et n’est pas dangereuse pour la mère ! Mais un chauffard sera lourdement condamné pour « IIG » (« interruption involontaire de grossesse » !) s’il a tué le « projet de vie » d’une future mère dans un accident de la route…

    Il est regrettable que certains opposants au délit d’entrave numérique (y compris des clercs) ne s’en prennent exclusivement qu’à l’attentat à la liberté d’opinion, prenant acte pour ainsi dire de la transgression assumée de l’« IVG », comme s’il était normal pour une mère de choisir en conscience de garder ou non son enfant et à un médecin de la suivre dans ce second terme de l’alternative. En ciblant ce seul attentat à la liberté d’expression sans dénoncer simultanément l’attentat premier à la vie humaine, ils se font des avocats dangereux du primat de la conscience sur le primat du respect de la vie innocente, c’est-à-dire du primat de la liberté (humaine) sur le primat de la vérité (divine). On ne peut être un bon apôtre de la liberté de conscience sans défendre simultanément l’accessibilité et la force contraignante de la vérité sur cette conscience libre et responsable. On s’expose sinon, tôt ou tard, au sophisme de Küng et à sa dérive irréversiblement totalitaire pour l’État : quand le respect de la vie humaine innocente n’oblige plus en conscience, on oblige en conscience au respect de la loi homicide.