Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Culture

  • Chantal Delsol : « L’identité européenne est une matrice ». Vraiment ?

    IMPRIMER

    l-europe-8868184.jpg

    Lu sur le site « aleteia » :

    « Avec Rémi Brague et Philippe Bénéton, la philosophe est signataire de La Déclaration de Paris, un long plaidoyer en faveur d’une Europe en laquelle croire à nouveau. De nombreux intellectuels européens ont déjà signé ce texte stimulant qui, un an avant les élections européennes, invite à réinsuffler de la spiritualité dans le projet européen et à se garder de l’idéologie universaliste. Entretien.

    Aleteia : Quelle est l’origine de ce manifeste ?

    Chantal Delsol : Un groupe informel d’universitaires et d’écrivains libéraux-conservateurs, venus de tous les pays européens, se réunit depuis longtemps, tous les ans ou tous les deux ans. En juin 2017, ils ont organisé un colloque à Paris dont ce texte est le fruit. Ces intellectuels ressentent un profond malaise devant l’Europe telle qu’elle évolue et craignent qu’elle n’emporte les peuples vers un futur dangereux. L’émergence des démocraties illibérales en Europe centrale, le Brexit, les remous politiques en Italie, en sont quelques signaux précurseurs. Si les dirigeants européens ne l’ont toujours pas compris, on est en droit de s’inquiéter.

    Le traité de Rome de 1957 portait-il en lui le germe de cette évolution ?
    Je considère que les principes fondateurs ont été dévoyés. Les intentions qui ont guidé la construction européenne étaient bonnes à l’origine. Faire l’Europe ne saurait être remis en cause. Je souhaite pour ma part la mise en place d’une véritable Europe fédérale dans laquelle chaque État-membre conserverait le maximum de prérogatives selon le principe de subsidiarité. Ce choix suppose l’abandon de certaines de leurs souverainetés : pas seulement la souveraineté monétaire, mais aussi le droit de désigner un ennemi, prérogative régalienne par excellence. Je précise qu’il s’agit là d’un point de vue personnel que les signataires de la Déclaration de Paris ne partage pas nécessairement.

    Lire aussi :

    On les appelle les Pères de l’Europe. Qui sont-ils ?

    Quel serait le principal point commun des signataires de la Déclaration de Paris ?
    Nous estimons tous que l’Europe n’est pas assez incarnée. L’idéologie universaliste et abstraite qui s’épanouit à Bruxelles est totalement déconnectée. Considérer que l’on est citoyen du monde et non citoyen d’un pays est un déni complet de réalité. Nous sommes des êtres de chair, dotés de cinq sens, et nous avons besoin d’être ancrés sur un sol et dans une histoire, ici et maintenant. Rappelez-vous la véritable hystérie suscitée en 2012 par les auréoles de saints Cyrille et Méthode qui apparaissaient sur les pièces de monnaie slovaques. Les instances européennes avaient alors multiplié les injonctions pour les faire retirer, mais avaient finalement échoué. Cet épisode traduit bien la volonté de tout désincarner, systématiquement. Et cela, c’est insupportable : les peuples ne peuvent pas accepter cela.

    Cette désincarnation est-elle le fruit d’une volonté explicite ?
    Je ne crois à pas en un quelconque complot. En revanche, à la tête de l’Europe, de hauts responsables préconisent ouvertement un universalisme cosmopolite et désincarné. Ce qui implique la disparition des frontières et l’instauration d’un libéralisme généralisé, y compris du point de vue culturel. L’ambition finale est de détruire tous les particularismes, y compris la famille, pour que chacun d’entre nous devienne un citoyen du monde. Cette idéologie puise dans la philosophie des Lumières françaises.

    Lire aussi :

    Bertrand Vergely : « Les Lumières nous rendent tranquillement sadiques »

    Cette Europe ultra-libérale multiplie pourtant les règles. Comment expliquer ce paradoxe apparent ?
    Dans l’idéologie universaliste et humanitariste, éminemment matérialiste, la santé du corps et le bien-être sont considérés comme l’un des biens les plus précieux au monde, si ce n’est le plus précieux. Or les normes produites par Bruxelles visent pour la plupart à circonscrire tous les risques qui pourraient menacer le corps et le confort. Au grand détriment de l’esprit. Peu importe si les enfants regardent des programmes ahurissants sur les écrans, du moment qu’ils consomment assez de protéines chaque jour, pourrait-on résumer d’une image.

    À rebours de l’universalisme, quels sont les principes fondateurs de la culture européenne ?
    La culture commune européenne est établie sur trois piliers. Le premier, c’est le concept de vérité qui nous distingue des autres civilisations fondées sur les mythes. Depuis Parménide, Socrate et le judéo-christianisme, nous vivons dans une culture de vérité et non plus dans une culture de mythes. L’Évangile, texte fondateur de notre culture, est un récit daté. Il rapporte des faits qui ont eu lieu. Le Christ a existé, c’est une vérité, que l’on croit en sa nature divine ou non. De l’idée de Vérité découlent notamment les sciences. Le deuxième pilier est l’humanisme de distance : la protection que nous accordons à nos semblables s’accompagne du respect de leur autonomie. Cette spécificité s’est développée à la fin du Moyen-Âge et à la Renaissance avec des penseurs comme Guillaume d’Ockham, Marsile de Padoue et Comenius. De là vient la démocratie moderne. Le temps, enfin, est le troisième pilier. A partir des Juifs et des chrétiens, le temps n’est plus circulaire mais fléché. Personne ne nous impose notre histoire : c’est nous qui la faisons. De là provient l’idée moderne de Progrès.

    Il s’agit là des fameuses racines chrétiennes de l’Europe ?
    Le combat pour les racines chrétiennes de l’Europe n’est ni identitaire ni religieux. De ces trois piliers découlent en effet les sciences, la démocratie, le progrès. Nier ces racines, c’est menacer ces trois héritages dont nous bénéficions tous, et pas seulement les chrétiens. L’identité est une matrice. Si nous la détruisons, ce qui en sortira n’aura plus rien de commun avec ce qui nous constitue fondamentalement depuis des siècles.

    Lire aussi :

    L’avenir des Initiatives citoyennes européennes est en jeu

    Quel défi particulier l’Islam lance-t-il à l’Europe ?
    Face à un islam conquérant, nous sommes anesthésiés. Notre culture nous a fait passer de la civilisation du héros à celle du marchand. Nous sommes ainsi devenus des marchands, indulgents, emplis de mansuétude et de tolérance. Mais les marchands perdent toujours face à des guerriers déterminés. Et comme l’islam impose une culture de la soumission et empêche toute culture de la critique, ceux des musulmans qui aspirent à adopter notre mode de vie préfèrent se taire.

    Pourquoi les élites ne mesurent-elles pas le phénomène que vous pointez ?
    Les élites manquent de courage pour défendre leur propre culture. C’est un phénomène bien connu depuis les anciens. Avec la sophistication de la culture, et le développement du confort à tous points de vue, on devient incapable de fermeté, incapable de dire non. Ainsi, ceux qui l’emportent sont ceux qui n’ont pas ces scrupules d’hyper-civilisation (certains diraient :  ces scrupules décadents). Les pays d’Europe centrale sont à cet égard plus réalistes que nous, plus courageux pour défendre leur culture.

    Quelle interprétation donnez-vous au discours du pape François sur l’accueil des étrangers ?
    Il est normal que le pape François mette l’accent sur la charité, mais il sait très bien que le problème politique est majeur. Le problème de l’immigration est une tragédie cornélienne : deux valeurs, également importantes et affamées, se battent sans que l’une puisse avoir raison de l’autre. D’une part, la charité qui impose de recevoir les réfugiés ; d’autre part, le devoir politique qui impose de sauvegarder les valeurs culturelles de la société qui reçoit. Le discours de la pure charité, celui du Pape François ou de Merkel est ici dénué de sens. Un individu peut décider de se jeter à l’eau pour sauver son prochain, un chef politique n’a pas le droit de sacrifier sa société : elle ne lui appartient pas.

    Lire aussi :

    Accueil des migrants : « Il vaut mieux pécher par naïveté que par scepticisme ! »

    Dans ce sombre tableau de l’Europe d’aujourd’hui, quelles seraient les raisons d’espérer ?
    Depuis la chute du mur de Berlin l’Europe centrale est porteuse de beaucoup d’espoir, en particulier la République Tchèque, la Pologne et la Hongrie. Ces peuples dont nous partageons les racines, ont vécu une histoire tragique pendant cinquante ans. Aujourd’hui, l’idéologie matérialiste du confort a beaucoup moins d’emprise sur eux que sur nous. Ils savent ce qu’est l’histoire tragique. Ils ont conservé une forte sensibilité à la dimension spirituelle de l’existence, comme en témoignent par exemple les écrits de Jan Patocka, Jozef Tischner ou Leszek Kolakowski, qui ont été traduits en français. Si on voulait bien les écouter un peu, au lieu de se moquer d’eux, ils pourraient nous apprendre beaucoup.

    Rémi Brague, Philippe Bénéton, Chantal Delsol, La déclaration de Paris, Paris : Le Cerf, 2018, 77 p., 5 euros.

    Ref. Chantal Delsol : « L’identité européenne est une matrice ».

    Ouvrons tout simplement les yeux autour de nous : en un demi-siècle l’Europe a profondément changé. Le mythe européen qui s’est construit après la seconde guerre mondiale, sur les ruines fumantes du nationalisme et des empires coloniaux, a généré des institutions bureaucratiques qui n’inspirent plus personne aujourd’hui. Pour paraphraser Metternich, l’Europe occidentale ne sera bientôt plus qu’une expression géographique, un espace où s’entrecroisent les fantômes apostats d’un monde ancien qui s’effondre sur lui-même et la meilleure part du monde postcolonial qui l’absorbe peu à peu sans que, jusqu’ici, elle ne contacte ses virus les plus mortifères, dont témoigne « a contrario » la crise islamiste.  On parlait jadis du péril jaune mais c’est un autre continent qui arrive. Sous le ciel européen, quel visage aura donc l’Eurafrique à la fin de ce siècle : celui de l’antiquité tardive moribonde ou  celui d’un moyen âge promis à de nouvelles lumières? L’histoire est un éternel retour. Passons sans crainte aux « barbares » : au risque de scandaliser quelques-uns, je dirais que c’est ce que le pape François a, peut-être, compris.

    JPSC

  • Benoît, père des moines d'Occident (11 juillet)

    IMPRIMER

    fondazione-agraria-celebrazioni-120-events-images-san-benedetto.pngLors de l'audience générale du mercredi 9 avril 2008, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à l'évocation du père des moines d'Occident : saint Benoît de Nursie :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais parler aujourd'hui de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de saint Benoît:  "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé. Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son œuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret - précisément saint Benoît - l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle  de  la  vie  humaine  comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.

    Lire la suite

  • Hongrie : Mémoire, identité et immigration

    IMPRIMER

    Joseph Yacoub retrace l'histoire singulière de la Hongrie. Selon lui, c'est uniquement en se penchant sur l'héritage de ce pays atypique qu'il est possible de saisir son rapport contemporain à la nation. Lu sur le site « figarovox »

    Hongrie XVM41652398-8119-11e8-b5a8-8cf49f807d25.jpgLa Hongrie (Magyarorszag) est un pays européen, néanmoins il a ses traits identitaires particuliers qui s'expliquent par l'histoire et la géographie, lesquelles déterminent pour une bonne part, le choix de la nation et modèlent sa conduite. À cela il convient d'ajouter une langue qui n'est ni germanique ni slave, encore moins latine (sauf l'alphabet), et qui appartient au groupe finno-ougrien. Cela permet de comprendre pourquoi ce pays est si attaché à son passé et à sa culture, et ne vient pas se jeter les mains vides, sans défense, dans les bras de la construction européenne, notamment sur la question migratoire, éclatée en 2015, et sur l'exercice de la démocratie. Au milieu de la Mittel Europa, distinct des Germains et des Slaves, ce pays a connu un destin singulier et une histoire douloureuse, voire terrible. En plus, ses limites territoriales ont varié fortement au cours des siècles, au gré des conquérants, et en particulier au lendemain du traité de Trianon (4 juin 1920), qui l'a démantelé.

    Le pays fut envahi par les Tatars en 1241 et occupé en majeure partie par les Turcs, durant 150 ans de 1526 à 1686. Par la suite, il connut une longue domination des Habsbourg en 1686, avant de parvenir au compromis austro-hongrois de 1867. Désintégré et éclaté autrefois en trois parties, le Traité de Trianon est perçu comme humiliant et un choc sérieux par les Hongrois, car il l'amputa considérablement au profit des pays voisins (Roumanie, Serbie, Slovaquie, Ukraine ) et réduit nettement sa population.

    Dans l'entre-deux-guerres, la Hongrie fut marquée par le régime réactionnaire et ultraconservateur de l'amiral Miklos Horthy, qui se rapprocha de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie. Le pays fut alors occupé par les troupes allemandes, et les Juifs seront victimes de nombreuses mesures discriminatoires et de déportation. Libérée par l'Armée rouge en octobre 1944, ce fut un peu plus tard le début de la tyrannie communiste. Aussi, au lendemain de la seconde guerre mondiale, les choses étaient loin de s'arranger.

    Revenons sur l'histoire qui permet de comprendre le présent.

    Le Xe siècle fut un tournant, car le pays, qui prend le nom de Magyar, fit un choix pour le christianisme sous le roi Etienne (997-1038) - héritier d'Arpad, qui unifia les sept tribus venues de l'Oural et de la Volga, en 895 - Sacré roi en 1001, canonisé en 1038, ce premier roi est considéré comme le fondateur de l'Etat hongrois (la Couronne de Saint Etienne), même si le christianisme est plus ancien. Depuis, on parle des Magyars qui ont un somptueux héritage catholique comme à Esztergom, au nord de Budapest, et à Pécs. D'ailleurs, la Cathédrale de Pest porte le nom du roi Etienne.

    Avant cette période, succédant aux Romains qui l'appelaient Pannonie, le pays s'est trouvé envahi au Vè siècle, par des tribus d'origine asiatique (les Huns, les Avars) venus s'établir dans le bassin du Danube, parmi lesquels se distingue Attila, roi des Huns, au Vè siècle.

    Le roi Mathias Corvin est, quant à lui, une figure importante du XVè siècle (1440-1490), à l'origine de la Renaissance et de l'Humanisme, qui a promu les activités culturelles et fondé l'Université de Buda.

    Mais qu'en est-il de l'occupation turque?

    Le XVIè siècle fut crucial, car il vit l'avancée ottomane. La chute de Belgrade, en 1521, sous le sultan Suleiman le Magnifique, préluda en effet à l'occupation d'une grande partie de la Hongrie. L'armée hongroise défaite à Mohacs en 1526, la capitale Buda sera occupée seulement en 1541, suivie par Esztergom (centre religieux de la Hongrie) et Szeged en 1543, Eger en 1552, ainsi que Visegrad, Hatvan et Temesvar. Du point de vue administratif, les régions occupées seront organisées selon le modèle ottoman en vilayet et sandjak. Du temps de l'occupation turque, des églises furent transformées en mosquées, des lieux altérés et des territoires dépeuplés. Aujourd'hui, des vestiges architecturaux sont là pour rappeler cette période ottomane, dont quelques mosquées à Pécs et ailleurs, et le minaret d'Eger, qui est cependant coiffé en haut d'une croix.

    Fiers de leurs particularismes, les Hongrois surent résister aux occupations étrangères successives. En devenant chrétiens au Xè siècle, ce fut leur manière de marquer leur différence en s'appropriant ce message, en symbiose avec le reste de l'Europe. Le capitaine Istvan Dobo, combattant de la première heure, résista héroïquement aux Turcs en 1552. Devenue légendaire, sa statue trône au milieu de la belle place d'Eger, qui porte son nom.

    Et face aux Habsbourg, sous le leadership de Ferenc Rakoczi, originaire de Transylvanie, le pays mena une guerre d'indépendance de 1707 à 1711. Pour affirmer leur identité linguistique face à l'allemand et au latin, le Hongrois devient langue officielle en 1844. Lors de la Révolution de mars 1848, qui fut une période agitée, l'homme d'État Jozsef Eötvös (1813-1873) fut, par ses écrits, un combattant pour la liberté et la démocratie.

    Contre le régime communiste, les Hongrois menèrent une insurrection le 23 octobre 1956, qui marqua fortement les consciences. Même si le communiste Imre Nagy qui dirigea le gouvernement de 1953 à 1955, concéda des réformes et prit des mesures de libéralisation, n'empêche, les chars soviétiques envahirent le pays le 4 novembre et Imre Nagy sera fusillé, deux ans plus tard, en 1958.

    Mais comme toute chose a une fin, aux lendemains de 1989-1990, les données ont fondamentalement changé au profit de la démocratie. Imre Nagy sera réhabilité en 1989. Sur les billets de monnaie (forint), figurent des noms illustres hongrois qui sont honorés comme Ferenc Rakoczi, Mathias Kiraly et Bethlen Gabor, et le comte Istvan Széchenyi (1791-1860), fondateur de l'Académie hongroise des sciences, qui fit construire le premier pont sur le Danube (pont des Chaînes), reliant Buda et Pest.

    Que stipule alors la Constitution hongroise sur l'identité du pays et sa personnalité de base?

    Le 25 avril 2011, le pays a adopté sa deuxième Constitution qui se distingue nettement de celle de 1990, laquelle fut celle de l'après-communisme. Fondement de son ordre juridique, elle se démarque par son originalité sur un certain nombre de points, non à l'abri de contestations.

    Elle se réfère à Dieu, au christianisme et à la famille, et l'on s'affiche européen. Elle commence par ces termes: Que Dieu bénisse les Hongrois! Son préambule qui s'intitule: Profession de foi nationale (Nemzeti hitvallas) est un condensé des principes devant guider le pays.

    On rappelle avec fierté que le roi Saint Étienne, il y a mille ans, ait bâti l'État hongrois sur des fondations solides et ait fait de la patrie une partie de l'Europe chrétienne. On rappelle également que «nos ancêtres se sont battus pour la survie, la liberté et la souveraineté de notre nation».

    On fait remarquer que le peuple hongrois «a combattu pendant des siècles pour défendre l'Europe, contribuant aux valeurs communes de celle-ci par son talent et son assiduité». On reconnaît le rôle que le christianisme a joué dans la préservation de la nation ; et on ajoute aussitôt qu'on respecte les différentes traditions religieuses du pays.

    Quant aux minorités ethniques vivant dans le pays, ils font partie de la communauté politique hongroise et sont des éléments constitutifs de la nation, écrit-on. Il faut rappeler que sur dix millions d'habitants, 10% de la population appartiennent à des minorités, estimées à treize,

    Par ailleurs, le pays s'engage à préserver et entretenir la culture hongroise, «notre langue unique» et la langue et la culture des minorités ethniques vivant en Hongrie.

    Chose importante, on affirme que la culture nationale est «une riche contribution à la diversité de l'unité européenne», et on insiste sur les cadres essentiels de la vie en communautés que sont la famille et la nation. Le préambule poursuit que le pays respecte «la Sainte-Couronne qui incarne la continuité constitutionnelle de l'État hongrois et l'unité nationale».

    Concernant les Hongrois de souche, qui vivent dans les pays limitrophes, conséquence du traité de Trianon, on se veut à leur écoute, ce qui ne va pas sans problème. À leur adresse, le gouvernement fait preuve de visées protectrices, non sans susciter les craintes des pays voisins, qui soupçonnent ses objectifs irrédentistes. Voici ce que stipule l'article D: «Gardant à l'esprit qu'il ya une seule nation hongroise unie, la Hongrie porte la responsabilité de la situation des Hongrois vivant hors des frontières du pays. Elle aide au maintien et au développement de leur communauté. Elle soutient les efforts déployés pour maintenir leur magyarité, pour faire appliquer leurs droits individuels et collectifs, pour créer des organes collectifs d'autogestion et pour qu'ils s'épanouissent sur leur terre natale. Elle promeut la coopération entre eux et la Hongrie

    Vivant une telle histoire, souvent incrustée dans les mémoires, appuyée par des dispositions constitutionnelles, quelle conciliation peut éclore à l'horizon?

    C'est un défi pour l'Europe.

    Joseph Yacoub »

    Ref. Comprendre la Hongrie avec l’historien Joseph Jacoub

    Joseph Yacoub est professeur honoraire de sciences politiques à l'Université catholique de Lyon, premier titulaire de la chaire UNESCO «Mémoire, cultures et interculturalité». Spécialiste des minorités dans le monde et des chrétiens d'Orient, il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels: Qui s'en souviendra? 1915: le génocide assyro-chaldéo-syriaque, Cerf, Paris, 2014, traduit en anglais: Year of the Sword, Hurst, London, 2016 ; Une diversité menacée. Les Chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme, Ed. Salvator, Paris, janvier 2018. En préparation: Le Moyen-Orient Syriaque.

    JPSC

  • L'extraordinaire vitalité du catholicisme traditionnel français

    IMPRIMER

    Du site "Paix liturgique" :

    BREF PANORAMA 2018 DE LA TRADITION EN FRANCE

    13 000. C’est en 2018  le nombre de pèlerins ayant participé au pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté entre Paris et Chartres. À ce chiffre nous devons ajouter les 6 000 fidèles proches de la Fraternité Saint-Pie X ayant marché de Chartres vers Paris le même week-end de Pentecôte. De part et d’autre, et donc au total, des chiffres très importants et en constante augmentation.

    Pour les centaines de fidèles étrangers qui s’associent aux pèlerins français lors de ce week-end de Pentecôte et repartent chez eux emplis de joie et d’espérance, le pèlerinage de Chartres est une démonstration de la vitalité extraordinaire du catholicisme traditionnel français. Le cardinal Sarah lui-même, qui a rendu visite aux pèlerins de Chrétienté le dimanche soir avant de les accueillir à Chartres le lundi, a déclaré  avoir été frappé par toute cette jeunesse et toutes ces familles qui prouvent que les racines chrétiennes de la France portent encore du fruit.

    Depuis la publication du motu proprio Summorum Pontificum, en 2007, Paix Liturgique s’efforce d’illustrer l’universalité de l’intérêt pour la liturgie traditionnelle vous offrant des reportages, des témoignages et des enquêtes glanés sur tous les continents. Cette liturgie n’est pas et n’a jamais été, comme on le dit trop, une « affaire franco-française ». Et cependant, lors de nos voyages, nous sommes souvent interrogés sur ce que représente le catholicisme traditionnel en France.

    Pèlerins de Chartres (photo Notre-Dame de Chrétienté).

    I – Des racines profondes

    Souvent, à l’étranger mais aussi parfois en France, on limite la réaction des catholiques français aux bouleversements conciliaires et postconciliaires à la figure de Mgr Marcel Lefebvre, premier archevêque de Dakar et supérieur général des Spiritains au moment du Concile. Pourtant, bien avant que Mgr Lefebvre ne se décide en 1970 à fonder la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X pour la préservation et la restauration du sacerdoce catholique, de nombreux français prêtres et laïcs avaient manifesté leurs craintes et leur refus face aux réformes modernistes.

    Lire la suite

  • "Raciste", la Petite Maison dans la Prairie ?

    IMPRIMER

    De Ludivine Trichot sur le site du Figaro :

    Le prix Laura Ingalls débaptisé en raison du «racisme» de La Petite maison dans la prairie

    Le politiquement correct a encore frappé. Fondée en 1954, cette récompense littéraire a été renommée par l'Association des bibliothèques pour enfants. La série de huit tomes de La Petite maison dans la prairie qui a inspiré le célèbre feuilleton, est en effet décriée outre-Atlantique pour ses propos anti-Amérindiens et anti-Noirs.

    On se souvient tous de cette petite fille courant les nattes au vent dans la prairie avec ses soeurs. Laura Ingalls, interprétée à l'écran de 1974 à 1983 dans la série La Petite maison dans la prairie par Melissa Gilbert, est aussi le personnage central d'une œuvre littéraire marquante du XXe siècle aux États-Unis. Le feuilleton télé est issu des livres de Laura Ingalls Wilder, huit tomes inspirés de son enfance publiés entre 1932 et 1943. À la suite d'une réunion à la Nouvelle-Orléans, l'Association des bibliothèques pour enfants a décidé samedi de débaptiser le prix littéraire Laura Ingalls Wilder car elle juge son œuvre raciste. La récompense a été ainsi renommée le prix de l'Héritage littéraire pour les enfants. Les adhérents de l'ALSC ont été sondés en mai pour avoir leur avis sur le changement de nom du prix. Une majorité y était favorable

    «Les œuvres de Mme Wilder restent l'objet d'études et d'analyses littéraires qui mettent souvent en lumière des sentiments anti-Amérindiens et anti-Noirs, a expliqué l'organisation. L'ALSC reconnaît que l'héritage de l'auteur est complexe et que l'œuvre de Mme Wilder n'est pas universellement acceptée.» La récompense a été créée en 1954. Elle est décernée selon un rythme variable à des auteurs pour leur participation à la littérature enfantine. Le premier prix a d'ailleurs été décerné à Wilder elle-même.

    Une œuvre reflet de son époque

    La Petite maison dans la prairie raconte le quotidien d'une famille de fermiers dans l'Ouest des États-Unis au XIXe siècle. À cette époque, le Nouveau Monde est encore très ancré dans le racisme. «Un bon Indien est un Indien mort», peut-on notamment lire dans les pages du livre de Laura Ingalls Wilder, née en 1867 et décédée en 1957. La journaliste Samira Ahmed rapportait toutes ces phrases «inacceptables» en 2010 dans un article pour le Guardian. «Les livres de Mme Wilder sont le produit de sa vie, ses expériences et ses perspectives en tant que femme blanche de cette époque, a tenté de défendre l'ALSC. Ils représentent une attitude culturelle dominante, sans être universelle, envers les indigènes et les personnes de couleur quand elle vivait et quand le prix a été créé.»

    La série La Petite maison dans la prairie a connu un réel succès en librairie. Des millions d'exemplaires ont été vendus à travers le monde. En 1974, Michael Landon reprend le concept pour l'adapter à l'écran. Le show télévisé deviendra culte avec 205 épisodes diffusés sur la chaîne NBC et à travers le monde. Certains ont tenu à souligner la contribution de l'auteur à la littérature et la culture américaine. Son impact reste toutefois moindre face à celui du livre Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, publié en 1936 et vendu à plus de 45 millions d'exemplaires, qui a marqué toute une génération. Chaque année depuis trente-quatre ans, sa célèbre adaptation était projetée à l'Orpheum de Memphis, dans le Tennessee. Mais l'an passé, après l'attaque de Charlottesville, dans laquelle une militante antiraciste a été tuée par un suprémaciste blanc, la salle a décidé de suspendre cette tradition. Le film aux dix Oscars de Victor Fleming était l'objet de plaintes, motivées par «le portrait discriminant des noirs américains et la vision idéalisée des Sudistes».

     
  • Dimanche 1er Juillet 2018 (10h00) à l’église du Saint-Sacrement à Liège : Solennité de la fête des saints Pierre et Paul

    IMPRIMER

    Saint-Sacrement 1er dimanche du mois_juillet2018.jpg

    MESSE GRÉGORIENNE, ORGUE ET VIOLONS

    DIMANCHE 1er JUILLET 2018 À 10 HEURES

     

    IMG_6965 - Copie.jpgL’église du Saint-Sacrement à Liège (Bd d’Avroy, 132) offre chaque premier dimanche du mois à 10h00 une messe particulièrement soignée sur le plan musical.

    Le dimanche 1er juillet prochain, l’organiste Patrick Wilwerth, professeur au conservatoire de Verviers et l’Ensemble instrumental Darius ont choisi de privilégier la musique de l’âge baroque et la découverte d’un compositeur chilien d’aujourd’hui.

    Le propre grégorien de la messe de la Fête des saints Pierre et Paul est chanté par la Schola du Saint-Sacrement. Il commence par la mélodie de l’introït composée sur des paroles extraites des actes des apôtres et du psaume 138 illustrant la confiance en Dieu dans les épreuves et se termine par les Laudes Carolingiennes en l’honneur du Christ Vainqueur.

     

  • En route vers une société orwélienne ?

    IMPRIMER

    De Catherine Rouvier sur aleteia.org :

    Allons-nous vers une société orwellienne ?

    Orwell aurait 115 ans le 25 juin mais son œuvre n’a pas pris une ride. Inspirée par le contrôle des esprits conçu par le monde communiste, sa description implacable des mécanismes de formatage de la pensée s’applique à bien des traits de notre société individualiste, à la liberté licencieuse et l’humanisme dévoyé.

    Le 25 juin 1903 naissait Éric-Arthur Blair, dit Georges Orwell, dans les Indes britanniques. 115 ans plus tard, son roman 1984 se classe toujours parmi les best-sellers. Quant à sa pièce de théâtre, La Ferme des animaux (1945), donnée en janvier 2018 à Lausanne, à la Grange de Dorigny, elle affichait complet. Pourquoi ce succès jamais démenti ? C’est sans doute qu’Orwell touche dans ces deux œuvres à une préoccupation majeure de notre époque où triomphent les idéologies de l’égalité : qu’est devenue notre liberté ?

    Quand Marx écrivait l’Idéologie allemande en 1846, il visait la production intellectuelle et artistique, mais aussi juridique et morale, donc politique, de la classe dominante, à savoir la bourgeoisie, définie comme « détentrice des moyens de production ». Ce faisant, ironie du sort, Marx a lui-même produit une idéologie, celle de la révolution qui donne le pouvoir de production au peuple c’est-à-dire, dans les faits, à l’État censé être son émanation.

     
    Lire la suite sur aleteia.org
  • Quand l'heure est venue

    IMPRIMER

    Du Père Simon Noël sur son blog :

    L'heure est venue

    L'heure est venue : c'est le titre d'un livre que vient de publier l'abbé Joël Guibert, aux éditions Pierre Téqui. L'auteur est un prêtre du diocèse de Nantes, désormais détaché par son évêque pour la prédication de retraites. Il a déjà écrit plusieurs livres, par exemple sur la spiritualité du Cœur de Jésus, sur la dévotion mariale selon saint Louis-Marie Grignon de Montfort, sur le message de la Divine Miséricorde de sainte Faustine, ou sur la vie dans le Saint-Esprit.

    L'heure est venue : c'est la parole de Jésus le soir du Jeudi-Saint dans sa prière sacerdotale. L'heure est venue de marcher vers la Croix et vers la glorification de Pâques. L’Église est appelée à vivre elle aussi la même Pâque : crucifixion, ou martyre de l’Église, mise au tombeau, car l’Église apparaîtra comme définitivement anéantie aux yeux du monde, mais ensuite résurrection et triomphe de l’Église, par l'intervention puissante de Dieu. Ce sera alors la nouvelle pentecôte, annoncée par tant de prophètes, le triomphe du Sacré-Cœur, dont parlait déjà sainte Marguerite-Marie, et le triomphe du Cœur immaculé de Marie, dont parle le secret de Fatima. Analysant la crise présente de l’Église et l'état du monde dans lequel nous vivons, de plus en plus christianophobe, l'auteur nous dit : « Dans les circonstances actuelles, la mise à genoux de l’Église n'est plus qu'une question de temps (...) Il nous semble de plus en plus clair que l’Épouse du Christ se trouve à la veille d'une Pâque -non pas la fin du monde-, mais une forme de kénose précédant une mystérieuse Pentecôte. Église, pour toi aussi, l'Heure est venue ! ».

    Le départ de la réflexion du Père Guibert se trouve dans la magnifique intervention du cardinal Sarah au dernier synode sur les deux totalitarismes qui menacent la famille et l’Église. On pense aux deux bêtes de l'Apocalypse, celle de la mer et celle de la terre. Déjà dans l'histoire récente on a connu ce phénomène avec les deux grands systèmes totalitaires du vingtième siècle : le nazisme et le communiste. Deux idéologies ennemies l'une de l'autre mais qui avaient en commun d'être antichrétiennes. Maintenant les deux idéologies qui sont marquées par la même haine du christianisme traditionnel sont le libertarianisme de nos démocraties occidentales et l'islamisme radical. Elles sont en contradiction absolue l'une avec l'autre, et pourtant elles s'appellent l'une l'autre et travaillent chacune de leur côté à la destruction, à la haine et à la disparition de la civilisation chrétienne.

    La Russie répandra ses erreurs dans le monde, avait dit la Sainte Vierge à Fatima. Depuis que le marxisme économique s'est effondré en Russie et en Europe de l'est, il s'est mué en un marxisme culturel qui imprègne nos sociétés libérales. Mais le projet diabolique reste le même. Il s'agit de créer un homme nouveau, en détruisant toutes les valeurs chrétiennes et humaines traditionnelles.

    L'auteur nous invite donc à une intelligence en profondeur de ce qui se passe maintenant afin de sortir de notre naïveté. Car on ne peut être fidèle que dans un combat contre les forces du mal. Il y a une guerre entre les fils de la Femme et ceux du dragon et cette lutte est implacable. Malheureusement beaucoup de chrétiens sont des pacifistes dans le mauvais sens du terme et préfèrent se compromettre avec le monde. Ils ont l'amour du monde, qui exclut l'amour du Père.

    Je pense que la lecture de ce livre est profitable à plus d'un titre, car il nous donne une formation au véritable discernement spirituel devant l'actualité présente et nous fait comprendre de manière spirituelle les événements de l'actualité que nous lisons dans nos journaux. On comprend pourquoi on annonce le même jour un attentat islamiste dans tel pays et la légalisation du mariage homosexuel dans un autre. Tout se tient et va dans la même ligne : la haine du Christ.

    Nous avons besoin d'une telle formation de notre conscience et de notre discernement afin de comprendre ce qui se passe en profondeur et ainsi ajuster nos réactions et nos convictions dans une lecture chrétienne des « signes des temps ».

  • Au Québec aussi, on s'interroge sur l'avenir de la mémoire catholique

    IMPRIMER

    De Louis Cornellier sur le site Présence-Info Canada :

    Comment peut-on être un catholique québécois?

    «La foi n’est pas une mode qu’on peut relancer au gré des saisons. L’avenir de la mémoire catholique québécoise passe donc par une autre sorte de conversion, culturelle celle-là», écrit Louis Cornellier.

    En juin 2017, en visite dans mon village natal de Saint-Gabriel-de-Brandon, j’ai assisté à une scène affligeante. Le curé de la paroisse, aux prises avec la vétusté de l’église, avait décidé, sans réelle consultation populaire, que l’heure était venue d’abandonner les lieux et de se réfugier, pour les célébrations, dans la sacristie.

    En guise de cérémonie des adieux au temple, le curé avait organisé une foire. Dans l’église désormais dépouillée de ses bancs – le mot «dépossession» s’est imposé à mon esprit —, on pouvait acheter de vieilles babioles vendues au profit de la paroisse. «Venez au Big Bazar du curé!» clamait, en franglais, la promotion de l’événement. Comme requiem, on aurait pu espérer mieux, il me semble.

    Les églises de Barrès

    Tout en ne pouvant m’empêcher de faire un lien entre le sort de mon église et celui du catholicisme québécois en général, j’ai pensé, alors, au discours de l’écrivain et député français Maurice Barrès, devant l’Assemblée nationale le 16 janvier 1911. Depuis 1905, en France, une loi établit une séparation entre l’Église et l’État. Les lieux de culte demeurent propriété de l’État, mais sont gérés par les groupes religieux. Certains de ces lieux ont un urgent besoin de rénovation. Les plus prestigieux d’entre eux sont pris en charge par l’État, qui assume ainsi son devoir de préservation du patrimoine, mais les autres, les églises ordinaires, sont laissés à l’abandon. Barrès y voit une faute spirituelle et en appelle à une intervention de l’État. Le discours, dont on peut lire de larges extraits dans Les écrivains engagent le débat (Folio, 2017), est magnifique.

    Les belles églises, dit Barrès, les plus majestueuses, celles qui ont une valeur historique et patrimoniale évidente, seront préservées grâce à l’aide étatique, et c’est très bien. Mais les autres, celles qui n’ont même pas de potentiel touristique, celles «qui n’ont pour elles que d’être des lieux de vie spirituelle», qu’en fera-t-on? Et Barrès de se lancer dans une apologie de toutes les églises, mêmes les laides et les dédaignées, précise-t-il, qui sont un témoignage du fait «qu’il ne faut pas compter sur le rationalisme non plus que sur la science pour cultiver toute l’âme humaine». Le mot «toute», ici, a son importance. Barrès ne rejette pas la science et le rationalisme. Il souligne seulement leur insuffisance. L’âme, dit-il, a besoin de plus, de ce plus dont les églises, même les moins spectaculaires, ont été le théâtre et le refuge. L’extrait, un peu long, vaut d’être cité.

    Lire la suite

  • Kinshasa: accueil de l’archevêque coadjuteur, Mgr Fridolin Ambongo, à la paroisse Saint-Raphaël

    IMPRIMER

    Un monde qui parle plus à notre propre mémoire historique que l’Europe sans âme d'aujourd'hui:

    JPSC

  • Face à l’hypersexualisation: réconcilier pudeur et féminité

    IMPRIMER

    De Madeleine-Marie Humpers, ces réflexions sur la mode et l'hypersexualisation :

    Face à l’hypersexualisation: réconcilier pudeur et féminité

    Article-hypersexualisation-pudeur-1.JPG

    Trop souvent la femme est présentée sous l’angle d’un érotisme provocateur. Et des adolescentes de plus en plus jeunes pensent que c’est en adoptant ce modèle qu’elles deviendront de vraies femmes. Comment déjouer concrètement ce phénomène?

    La mode, ne serait-ce pas un sujet un peu trop léger, et même futile? Pas tant que ça… La pudeur prend toute sa valeur quand elle est vécue au quotidien, dans le concret de nos vies à chacun, et surtout, à chacune. Certes, elle n’est pas l’apanage des femmes, mais celles-ci sont confrontées à une tendance particulière, que de nombreux auteurs nomment hypersexualisation des filles et des femmes.

    Qu’entend-t-on par « hypersexualisation » ? Pour la sexologue Sophie Morin, « l’hypersexualisation est le fait de sexualiser une chose qui ne l’est pas en soi ». Autrement dit, à travers la publicité, la mode, les médias et finalement, la société de manière générale, la féminité n’est abordée que sous l’angle de l’érotisme, de la séduction et du désir sexuel.

    Mode et hypersexualisation

    Aurélia Mardon, docteur en sociologie, s’est intéressée à la jeunesse, à la socialisation et aux pratiques corporelles. Elle évoque l’expression symptomatique de « mode perverse des enfants-femmes », une formule qui vise particulièrement un phénomène croissant, et inquiétant: celui de filles qui, de plus en plus jeunes, adoptent des comportements de « ‘ petites femmes’ sexy », un comportement qui résulte, selon la sociologue, « d’une segmentation des marchés qui les cible comme consommatrices »*. Elle évoque des magasins qui « proposent par exemple des modèles de strings spécialement pensés pour les adolescentes ». Or Aurélia Mardon souligne que la difficulté vient justement du fait que les jeunes adolescentes intègrent profondément l’injonction à adopter un comportement suggestif, au point d’en faire un critère de socialisation :

    « On oublie souvent de rappeler que si les filles s’inscrivent dans de telles démarches ou sont tentées de le faire, c’est que ces comportements servent de support à leur sociabilité. Y adhérer, c’est non seulement pour elles une manière d’affirmer qu’elles grandissent, mais aussi de marquer leur adhésion aux normes du groupe des filles dans lequel elles sont insérées. Ceci explique que nombre de celles qui s’estimaient trop jeunes pour porter certains vêtements issus du vestiaire féminin adulte, modifient leur point de vue en entrant au collège et par l’intermédiaire des pratiques et discours de leurs pairs ».

    Lire la suite