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Idées

  • La culture de mort ou la dérive totalitaire des démocraties modernes

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    De Joël Hautebert sur le site de "L'Homme Nouveau" :

    À propos du totalitarisme et de la terreur, à l’école d’Hannah Arendt

    Dans ses encycliques Veritatis splendor (nn. 99 et 101) et Evangelium vitæ (nn. 20 et 96) publiées en 1993 et en 1995, le saint pape Jean-Paul II dénonçait la possible dérive totalitaire des démocraties modernes. Ces fermes mises en garde suscitèrent bien des réactions d’émoi. D’aucuns ont pu penser et pensent encore que les propos du pape faisaient preuve d’un anachronisme coupable ou bien qu’ils révélaient un défaut de rigueur conceptuel par l’emploi inapproprié du substantif « totalitarisme ». Telle n’est pas notre opinion, car il nous semble au contraire que la culture de mort revêt un caractère systémique dans nos régimes contemporains, similaire à ce que l’on a pu observer dans le passé. Pour s’en convaincre, il convient de reprendre l’une des analyses les plus perspicaces du système totalitaire, celle proposée par Hannah Arendt dans les années 1950, à partir des expériences politiques national-socialiste et soviétique.

    Deux critères : idéologie et terreur

    Aux yeux de la célèbre philosophe juive allemande, le concept de totalitarisme repose essentiellement sur les deux critères suivants : l’idéologie et la terreur. L’idéologie est présentée comme le moteur du régime, c’est-à-dire ce qui fait agir tant les gouvernants que les citoyens. La terreur correspond à la nature du régime, ce qui le fait être, comme on peut dire que la nature de la monarchie consiste dans le fait qu’elle soit dirigée par un roi, l’aristocratie par une élite, etc. Conséquence selon Hannah Arendt de la faillite du sens commun, l’idéologie est un système d’explication du monde déconnecté du réel et de l’expérience. Les idéologies totalitaires, révolutionnaires, sont progressistes car elles énoncent l’idée d’un mouvement permanent, fondé sur des lois prétendument scientifiques, celle de la « nature » [qui n’a strictement rien à voir avec la conception classique de la loi naturelle ou du droit naturel] (évolutionnisme de Darwin appliqué à la race), d’un côté et celle de l’histoire, de l’autre (marxisme).

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  • ARTE, cette chaîne qui nous veut du bien...

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    Lu sur le site de l'Observatoire des Journalistes et de l'Information Médiatique (OJIM) :

    [DOSSIER] LA COMEDIA MILITANTE D’ARTE

    À BIENTÔT 30 ANS, ARTE VEUT TOUJOURS ÊTRE UNE CHAÎNE DE TÉLÉVISION CULTURELLE LIBÉRALE/LIBERTAIRE ET PRO-EUROPÉENNE. N’EST-ELLE PAS LE BÉBÉ DE FABIUS ET DE BERNARD-HENRY LÉVY ? DEPUIS 2012, ÉLISABETH QUIN, FORMÉE À SOS RACISME, Y TIENT LE HAUT DU PAVÉ POUR LES QUESTIONS POLITIQUES, ÉCONOMIQUES ET SOCIALES. REGARDER LE JOURNAL ET LE MAGAZINE 28 MINUTES DU 28 FÉVRIER 2017 INDIQUE UNE ÉTRANGE MANIÈRE DE FAIRE DU JOURNALISME : L’INFORMATION/AMALGAME…

    Le budget alloué par l’État français à Arte était de 264 millions en 2016. Trois fois le budget de BFM. Arte, « l’une des plus couteuses du paysage audiovisuel français si on rapporte son budget à son audience », selon Challenges. La chaîne atteint 2 % d’audience près de 30 ans après sa création. Elle est connue pour son cinéma d’auteur, ses émissions franco-allemandes mais aussi pour ses séries, Cannabis ou Beau séjour. Sa tête de gondole demeure le documentaire : 40 % du temps d’antenne. L’audience aurait augmenté de 50 % en 5 ans. Arte ne dépasse pourtant pas ce plafond de verre des 2 %. Pourquoi ?

    ARTE, UNE CHAÎNE QUI VOUS VEUT DU BIEN…

    En 2016, le PDG du holding Arte GEIE, Peter Boudgoust, le disait : face au « repli sur soi », Arte veut « une Europe de l’intégration et du métissage ». Pour faire vivre « l’Europe de la culture ». La présence d’Elisabeth Quin est donc logique. Quin ? Journaliste de Ça bouge dans ma tête, radio de SOS Racisme, présidente du jury de la Queer Palm à Cannes en 2011, elle arrive sur Arte en 2012 pour animer 28 minutes, magazine qui suit le Journal. Quin, militante libérale-libertaire. Les dominantes de l’information d’Arte ne surprendront donc pas : les migrations, les réfugiés maltraités, le danger Front National, les menaces autoritaires (Poutine, Erdogan, Trump), le racisme, l’antisémitisme, le capitalisme prédateur. Dominantes parfois portées par des blogueurs à la mode, ainsi Mehdi Meklat et Baroudine Saïd Abdallah, les kids de Pascale Clark. Ces thèmes sont au rendez-vous de la soirée d’informations du 28 février 2017.

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  • Pourquoi il ne faut pas passer à côté de Fabrice Hadjadj

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    De Céline Hoyeau sur le site du journal La Croix :

    Fabrice Hadjadj, les larmes du philosophe

    Philosophe et écrivain catholique de talent, auteur prolixe, Fabrice Hadjadj livre le chant intérieur qui porte toute sa pensée. Né dans une famille juive, l’intellectuel passé par Sciences-Po et la Sorbonne a demandé le baptême à 26 ans.

    Et si on allait passer à côté de Fabrice Hadjadj ? Soudain, l’interrogation tenaille. On a pourtant eu la chance de l’écouter pendant des heures déployer sa pensée de haut vol, fidèle à sa réputation d’intellectuel catholique, l’un des rares dont l’Église peut se targuer depuis la disparition de René Rémond ou de Jean-Marie Lustiger.

    Que ce soit en déambulant dans les ruelles médiévales de Fribourg, dans les couloirs de l’institut d’anthropologie Philanthropos qu’il dirige depuis quatre ans, entouré de ses étudiants, ou encore à la table familiale, après la prière du soir avec ses sept enfants, le philosophe s’est montré intarissable. Sur le modèle techno-économique qui conditionne notre rapport au monde et notamment à la famille, sur l’écologie intégrale, sur la généalogie de ses fulgurances intellectuelles, sur les liens intimes qui relient le souffle de ses écrits à la musique…

    Car cet homme à la curiosité éclectique est aussi le compositeur et l’interprète d’un premier album de 16 chansons à textes (1), qui évoquent avec humour et tendresse la vie quotidienne, conjugale ou encore la paternité. Bref, on pourrait en rester là. Pourquoi alors cette perplexité ? Sans doute le sentiment de ne pas l’avoir encore vraiment rencontré. Un dernier rendez-vous dans son bureau, avant de reprendre le train, et on se risque timidement à le lui dire.

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  • "Laudato si" : une encyclique "thomiste" ?

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    Le Père Thomas Michelet o.p. répond à cette question : Tout est lié, parce que tout est lié à Dieu

  • Le projet "Docteur Angélique"

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    Le projet de traduction de la totalité des œuvres de saint Thomas d'Aquin et leur mise à disposition sur Internet avance. http://docteurangelique.free.fr  

    L'Institut se présente :

    L’Institut Docteur Angélique est un institut privé de philosophie et de théologie catholique.

    Cet Institut vise à proposer une formation solide et complète à la lumière du saint concile Vatican II et de saint Thomas d’Aquin.

    Donnée entièrement par correspondance, elle se veut pratique et peu chère, adaptée à tous les francophones. Elle délivre un certificat d’étude de l’Institut équivalent à deux années de philosophie et deux années de théologie catholique. Les cours sont gratuits et dispensés par Internet (liste des cours). Les examens (organisés pour 100 euros par an selon les possibilités) sont oraux et sont soutenus par skype ou par téléphone. Les devoirs écrits sont envoyés par email.

    Se préparer à saint Thomas d’Aquin

    Vous trouverez sur ce site les œuvres complètes saint Thomas d’Aquin en français.

    Accéder à saint Thomas d’Aquin n’est pas facile à un débutant. Nous vous conseillons vivement de commencer par une formation philosophique aristotélicienne.

    Les oeuvres de saint Thomas d'Aquin

  • Les dogmes "moyenâgeux", fomenteurs de schismes ?

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    cercle_logo.jpgA l’invitation de l’Union des étudiants catholiques et du groupe « Ethique sociale » Mgr Delville donnait, le 17 janvier dernier à l’Université de Liège, une conférence très suivie sur « Le christianisme médiéval, creuset de l’Europe ». Nous aurons l’occasion d’y revenir. En avant-première, nous avons épinglé, à l’écoute de l’enregistrement du débat, sa réponse à l’une des questions posées selon l’esprit du temps. Les intertitres sont de notre fait.  

    Question: Pour aller vers l'oecuménisme, revoit-on le poids de certains dogmes nés au Moyen-Âge et qui malheureusement ont provoqué des schismes?

    Réponse de Mgr Delville: 

    Les dogmes chrétiens c’est, à 99%, l’antique Credo de Nicée-Constantinople (325- c.380)

    Le Concile de Nicée, avec la rédaction du Credo, complété à Constantinople vers 380, c'est évidemment la base des dogmes chrétiens. Les dogmes chrétiens, c'est le Credo du Concile de Nicée à 99%. C'est évidemment une formulation du contenu de la Foi chrétienne, dans des termes de philosophie grecque de l'époque. Il ne faut pas oublier qu'en grec "dogma", signifie "avis", ce n'est pas le dogme au sens français du terme. Donc, c'est une manière de donner un avis sur la nature de la Foi et aussi ne le faire que pour contrer une déviation et pas nécessairement pour vouloir tout définir. 

    Le dogme met simplement des balises contre des déviations de la Foi.

    La Foi chrétienne est toujours un mystère: c'est un mystère d'amour, c'est un mystère de don, c'est un mystère de grâce, ça échappe à toute définition. Le dogme met simplement des balises contre des déviations qui seraient véritablement transformatrices, négativement parlant, de la Foi. […]  Certains ont dit: "Constantin, qui assistait au Concile de Nicée, a changé l'Evangile puisqu'il a dit: "Jésus est Dieu" alors que ce n'est pas marqué comme ça, tel quel, dans l'Evangile." Ça, c'est vraiment une simplification et même une manière fausse de voir la réalité. Dans la Foi chrétienne, dans l'Evangile lui-même, il y a ce que je vous ai dit, à savoir que le critère d'être Dieu, c'est le Christ. Et ce n'est pas la philosophie platonicienne des idées. Donc, si on dit que le Christ est Dieu, ce n'est pas une espèce d'affirmation dogmatique, comme quoi il est plus qu'un être humain normal, c'est une manière de dire que l'absolu se dit en Lui et qu'on reconnaît un absolu en Lui. Et donc ça, c'est producteur de sens. Quand on dit qu'en Jésus l'absolu se dit, c'est totalement paradoxal parce qu'en Jésus l'absolu a l'air d'être contredit par l'anéantissement, par la mort, par la souffrance, par l'Incarnation. Et pourtant, il faut conjuguer cette existence historique de Jésus, donc limitée, avec, en même temps, l'idée qu'il y a là-dedans un absolu qui se dit et donc ça, c'est Dieu. C'est un double pôle, si vous voulez, un pôle entre l'humain et le divin, sous tension, mais qui est productif. Si vous dites simplement "Jésus est le Fils de Dieu, mais Il n'est pas Dieu", vous aplatissez tout et puis ça n'est plus productif.

    Le Credo ne dit pas tout de notre Foi.

    Donc, le dogme maintient les choses pour qu'on ne simplifie pas à outrance et qu'on ne dénature pas une Foi qui est productive de sens et productive de salut et d'engagement. Donc, en ce sens-là, il est très important. La définition est très importante, mais elle n'est pas exhaustive. Même s'il a évidemment une volonté de synthèse, le Credo ne réduit pas la Foi à l'ensemble de ces 25 lignes. Tant il est vrai que, si à la Messe, on récite le Credo le dimanche, et seulement depuis l'époque de Charlemagne, ça n’empêche pas qu'on doive lire les Evangiles avant d'avoir lu le Credo et que le Credo ne doive pas remplacer les Evangiles. En effet, on pourrait dire "le Credo simplifie, synthétise, pourquoi encore lire les Evangiles? Ça nous complique les affaires! Surtout qu'il y en a quatre." [rire de Mgr Delville]. Donc le Credo/la définition de Foi/le dogme balise les choses mais ne veut pas totalement et exhaustivement définir les choses. Donc le recours aux autres sources est fondamental et nous montre la richesse du mystère de la Foi.

    Une seule formulation dogmatique fondamentale  au Moyen-Âge : contre l’iconoclasme

    Dans les définitions dogmatiques du Moyen-Âge, il n'y en a pas tellement, il y a le deuxième Concile de Nicée, qui est contre l'iconoclasme. Ça, c'est tout à fait fondamental. Vous allez me dire: "C'est peut-être un peu banal, l'iconoclasme, c'est un accident de l'histoire." Non, l'iconoclasme anéantit l'image. Nous sommes à l'époque de l'Islam, donc c'est le même courant iconoclaste dans le christianisme que dans l'Islam qui détruit l'image. 

    La destruction de l'image empêche, en quelque sorte, la représentation de la Foi, puisqu'on ne peut plus la représenter. Or, la représentation de la Foi permet l'interprétation de la Foi. Si vous représentez une figure de Saint dans un vitrail, dans une peinture ou dans une sculpture, vous pouvez, avec votre petit enfant, dire: "Ah! tiens, regarde, ça, c'est le Curé d'Ars et il tient un livre à la main" - "Pourquoi?" - "Il tient un chapelet." - "Pourquoi?" - "Il est habillé comme ça." - "Pourquoi?" - "Il a vécu comme ça." - "Quand? Pourquoi?". Vous vous faites l'interprète de la personne. Vous voyez Saint Joseph, Sainte Marie, la Sainte Famille, vous expliquer à votre enfant qui Ils sont, mais avec vos mots à vous. Donc l'image est productrice de nouvelles interprétations qui proviennent d'un chacun et qui sont, en même temps, infinies, parce que chacun va redire la Foi à travers l'image à sa façon.

    Le Christianisme est fondamentalement une religion de l'image.  

    Le Christ est image du Père, nous disent les Écritures. Donc, pour le Christianisme, il y a toujours l'importance d'avoir une image des choses parce qu'elle est productrice de sens et elle est productrice d'une interprétation personnalisée. Chaque chose dans l'univers est image d'une autre chose; le Moyen-Âge était très conscient de cela. C'est une peu ce qu'on appelait l'allégorie: chaque plante, chaque élément de la Création est symbole de quelque chose. Le Pape, Innocent III je crois, offre au roi d'Angleterre, Jean sans Peur, lors de son intronisation, trois pierres précieuses, et il explique dans sa lettre "Tu as une rouge, tu as une verte, tu as un bleue. Celle-ci signifie ça, l'autre signifie ça, la troisième signifie ça." C'est un cadeau symbolique parce que, pour le Moyen-Âge, la pierre précieuse, la couleur, c'est tout un symbole, c'est tout un langage. Donc, cette idée que chaque chose est l'image d'autre chose, que l'être humain est l'image d'autre chose, qu'il est l'image de Dieu en lui, est fondamental. C'est pour cela que le Christianisme accepte l'image et la valorise, et a condamné l'iconoclasme. Ça, c'est une grande définition dogmatique du Moyen-Âge ! »

    (Verbatim)

    JPSC

     

  • La Lumière et les Lumières : compatibles ?

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    "C’est toute l’ambiguïté d’un mouvement intellectuel actuellement à l’œuvre et qui entend moins faire vaciller le navire que le remettre à flot. Tous sont habités intérieurement par la modernité, laquelle n’est pas simplement un moment historique, mais porte en elle une vision de Dieu, de l’homme et de la vie en société, contraire à la pensée chrétienne". Un éditorial de Philippe Maxence dans « L’Homme Nouveau » du 11 février 2017 :

    « L’émergence d’un courant

    Après des décennies de progressisme échevelé, le conservatisme est de retour. Certes, le mot a toujours mauvaise presse, mais il connaît aujourd’hui un regain de faveur, au moins au plan intellectuel. Des preuves ? Le philosophe conservateur Roger Scruton a été enfin traduit en France (De l’urgence d’être conservateur, L’Artilleur) pendant que deux autres ouvrages récents entendent présenter la pensée conservatrice (Vous avez dit conservateur ? de Lætitia Strauch-Bonart, Le Cerf ; Qu’est-ce que le conservatisme ? de Jean-Philippe Vincent, Les Belles Lettres).

    En 2002, l’essayiste de gauche Daniel Lindenberg avait pourtant sonné le tocsin : la réaction pointait à nouveau le nez. Il dénonçait donc la montée des nouveaux réactionnaires, censés incarner un retour au passé et aux idées nauséabondes

    Sus à la pensée progressiste !

    Depuis la parution du Rappel à l’ordre de Daniel Lindenberg (réédité en 2016), loin de refluer, le mouvement « néo-réactionnaire » n’a fait en quelque sorte qu’augmen­ter. Aux intellectuels alors visés, il convient d’ajouter aujourd’hui Éric Zemmour, Patrick Buisson, Élisabeth Lévy et ses amis de Causeur, Bérénice Levet, Natacha Polony, François-Xavier Bellamy ou Jean-Claude Michéa qui s’est fait une spécialité en tant qu’anarchiste anti-libéral de pilonner le progressisme de la gauche bobo et de la Fondation Terra Nova. De son côté, l’athée Michel Onfray joue une partition assez similaire.

    Peu à peu, le terme conservateur s’est substitué à celui de néo-­réactionnaire. Les intellectuels cités bénéficient, il est vrai, d’un public qui se reconnaît globalement dans leurs propos et leurs analyses. Les (gros) livres d’Éric Zemmour ne sont peut-être pas toujours lus intégralement, mais ils sont vendus en très grand nombre. Ses conférences attirent une foule suffisamment importante pour que l’on ait pu penser à lui comme candidat aux… élections présidentielles. Le désastre de l’école et de la transmission, contre lequel bataille Alain Finkielkraut, a certainement élargi l’audience du philosophe, bien au-delà de son (intéressante et souvent passionnante) émission Répliques, diffusée sur France-Culture. Dans ce sillon, une jeune garde monte aussi à l’assaut des bastions de la pensée progressiste et des citadelles de l’enfermement moral.

    Une ambiguïté de fond 

    Avec courage et talent, ces intellectuels « conservateurs » sont parvenus en raison de leur aura médiatique à enfoncer des coins dans le système intellectuel dominant en France. Ils s’expriment dans les « Tribunes » du Figaro, sont reçus à la télévision ou à la radio, agoras modernes dans lesquelles ils font entendre une voix dissonante. Ce qui, dans le même temps, n’empêche nullement le système dans un réflexe d’autodéfense de recourir à leur encontre à la dénonciation, l’amalgame ou la menace plutôt qu’au véritable débat d’idées. Finkielkraut ou Onfray se sont vus ainsi dénoncés comme des suppôts de Marine Le Pen. Zemmour s’est fait virer d’une chaîne de télévision et connaît l’ambiance des tribunaux. Pourtant, loin de diminuer leur succès, ces avanies renforcent l’adhésion de leur public, lequel ne cesse d’augmenter.

    Parmi ce public, les catholiques occupent une place importante. Peu importe qu’Éric Zemmour soit au fond un jacobin pour lequel les religions doivent se cantonner dans l’espace privé. Peu importe qu’Alain Finkielkraut ne voie de solution que dans la laïcité républicaine ou que Natacha Polony n’ait pour horizon que le monde des Lumières sans parler de Michel Onfray qui reste plus que jamais arc-bouté sur son athéisme épicurien. C’est toute l’ambiguïté de ce mouvement intellectuel actuellement à l’œuvre et qui entend moins faire vaciller le navire que le remettre à flot. Tous sont habités intérieurement par la modernité, laquelle n’est pas simplement un moment historique, mais porte en elle une vision de Dieu, de l’homme et de la vie en société, contraire à la pensée chrétienne. 

    Désespérer Billancourt ?

    Il n’est pas bien élevé de dire son malaise devant cette ambiguïté. Et de fait, un refrain semble constamment repris. Même si nous ne partageons pas entièrement leurs points de vue, ces intellectuels feraient trop de bien pour que l’on fasse apparaître clairement nos désaccords. C’est une version de droite du célèbre et sartrien « Il ne faut pas désespérer Billancourt ». Certes, dans une guerre, il faut savoir trouver des alliés, mais pas au point de se faire coloniser intérieurement et intellectuellement par eux. La réaction et le conservatisme sont aujourd’hui insuffisants pour remédier aux maux de notre société. Utiles comme alliés, ils n’en visent pas moins à redonner à la modernité et aux Lumières une visibilité qu’ils estiment trahies parce que d’autres sont allés trop loin. C’est une question de degré ou de curseur sur une échelle qui pourtant reste la même. Or, la bonne nouvelle, c’est que la modernité s’essouffle. Elle s’est emballée et a franchi des frontières que ses épigones n’imaginaient pas la plupart du temps. Faut-il donc se limiter à rêver au retour des Hussards de la République, au respect d’une laïcité originellement meurtrière, au réveil des Lumières dans une République restaurée ? Soyons sérieux ! Si nous nous félicitons des fissures provoquées dans le mur du mensonge et dans le retour d’un certain bon sens, il faut pousser plus loin. Porter la cognée sur les racines même de la destruction moderne et poser les fondements d’une restauration de ce que sont véritablement l’homme et la société. Oui, encore un effort, camarades ! »

    Ref. Notre quinzaine : Encore un effort, camarades !

    JPSC

  • Le pape François veut  changer les règles du jeu du système économico-social 

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    Le pape François s’est adressé en italien à 1100 acteurs de l’Économie de communion, samedi 4 février, à l’occasion des vingt-cinq ans de ce mouvement initié sous l’impulsion de Chiara Lubich, la fondatrice des Focolari. Les alertant sur le danger d' « idolâtrer » l’argent, le pape les a encouragés à « combattre les structures de péché qui produisent brigands et victimes » et à travailler à « changer les règles du jeu du système économico-social ». Texte intégral sur le site web de « Famille chrétienne » 

    pape accusateur.jpg« Chers frères et sœurs, 

    Je suis heureux de vous accueillir en tant que représentants d’un projet auquel je m’intéresse sincèrement depuis longtemps. J’adresse à chacun mon salut cordial et je remercie tout particulièrement le coordinateur, le professeur Luigino Bruni, pour ses aimables paroles. Je vous remercie aussi pour les témoignages. 

    Économie et communion. Deux mots que la culture actuelle tient pour séparés et considère bien souvent comme opposés. Deux mots que, au lieu de cela, vous avez choisi de réunir, en accueillant l’invitation formulée voici vingt-cinq ans par Chiara Lubich [la fondatrice du mouvement des Focolari, Ndlr], au Brésil, face au scandale de l’inégalité dans la ville de San Paolo, lorsqu’elle demanda aux entrepreneurs de devenir des agents de communion. Elle vous invitait à être créatifs, compétents, mais pas seulement : elle voyait l’entrepreneur comme un agent de communion. En introduisant dans l’économie le bon grain de la communion, vous avez entrepris un profond changement dans la façon de voir et de vivre l’entreprise. Non seulement l’entreprise peut ne peut pas détruire la communion entre les personnes, mais elle peut la construire, la promouvoir. On voit bien, à l’aune de votre vie, que l’économie et la communion sont toutes deux plus belles quand elles vont de pair. Plus belle est l’économie certainement, mais plus belle aussi la communion. Parce que la communion spirituelle des cœurs est plus profonde encore quand elle devient communion des biens, des talents et des profits.

    En pensant à votre engagement, je voudrais vous dire trois choses aujourd’hui. 

    La première concerne l’argent.

    Il est très important qu’au cœur de l’Économie de communion figure la communion de vos bénéfices. L’Économie de Communion est aussi communion des profits, expression de la communion de la vie. J’ai souvent parlé de l’argent comme d’une idole. La Bible l’affirme de différentes manières. Sans surprises, la première action publique de Jésus, dans l’Évangile selon saint Jean, est l’expulsion des marchands du temple (cf. 2, 13-21). On ne peut pas comprendre le nouveau royaume apporté par Jésus si on ne se libère pas des idoles, dont l’argent figure parmi les plus puissantes.

    Comment donc être de ces marchands que Jésus ne chasse pas ? L’argent est important, surtout quand il n’y en a pas et de lui dépend la nourriture, l’école et l’avenir des enfants. Mais il devient une idole quand il devient une fin en soi… L’avarice, qui n’est pas un péché capital par hasard, est un péché d’idolâtrie parce que l’accumulation de l’argent pour lui-même devient la finalité de l’agir personnel. C’est Jésus lui-même qui a donné à l’argent le nom de « maître ». « On ne peut pas servir deux maîtres, deux patrons. » Il y en a deux : Dieu ou l’argent, l’anti-Dieu, l’idole. Voilà ce qu’a dit Jésus. Un tel choix entre deux options situées au même niveau. Pensez-y. 

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  • Opus Dei : la continuité

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    Monseigneur Fernando Ocariz succède à Javier Echevarria, décédé le 12 décembre dernier  Le Congrès électif du nouveau Prélat n’a pas traîné : il avait commencé ses travaux hier, 23 janvier. Le pape a entériné sa décision. D’Alexandre Meyer sur le site « aleteia » : 

    "ocariz.jpg Le bureau chargé de la communication de la Prélature nous confirme que le pape François a nommé Monseigneur Fernando Ocariz prélat de l’Opus Dei.

    L’actuel vicaire auxiliaire de l’Opus Dei devient le troisième successeur de saint Josémaria à la tête de la prélature. Fernando Ocariz est né à Paris, le 27 Octobre 1944, d’une famille espagnole en exil en France pendant la guerre civile espagnole (1936-1939). Il est le plus jeune d’une fratrie de huit enfants.

    Diplômé en physique de l’Université de Barcelone (1966), il obtient une licence de théologie de l’Université pontificale du Latran en 1969 et un doctorat de l’Université de Navarre en 1971, l’année où il a été ordonné prêtre. Durant ses premières années de prêtrise, il consacre son ministère à la jeunesse.

    Lire aussi : Mgr Javier Echevarria, prélat de l’Opus Dei, est mort

    Il est consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1986) et membre d’autres départements de la Curie romaine : Congrégation pour le Clergé (depuis 2003) ou Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle Évangélisation (depuis 2011). Il est membre de l’Académie pontificale de théologie depuis 1989. Dans les années 80, il fut l’un des fondateurs de l’Université pontificale de la Sainte Croix (Rome) où il a été professeur de théologie fondamentale.

    Parmi ses publications, l’on retrouve des livres consacrés à la christologie et la sotériologie. L’un d’eux, La grâce et la gloire, fut préfacé par le cardinal Ratzinger. Parmi ses œuvres, une étude de philosophie est consacrée au marxisme : La théorie et la pratique d’une révolution ; l’autre à Voltaire : traité sur la tolérance. Il est également co-auteur de plusieurs monographies et le principal auteur de nombreux articles théologiques et philosophiques.

    Monseigneur Fernando Ocariz a été nommé vicaire général de la prélature de l’Opus Dei le 23 Avril 1994 et vicaire auxiliaire en décembre 2014. Au cours des 22 années passées, il a accompagné l’ancien prélat Monseigneur Javier Echevarría dans ses visites pastorales dans plus de 70 pays. Simple étudiant en théologie, il a bien connu saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei, dans les années 60. Amateur de tennis depuis son jeune âge, il pratique toujours ce sport.

    Le nouveau prélat de l’Opus Dei fera connaître dans les prochains jours le nom de ses adjoints et des membres des nouveaux conseils, qui auront pour mission de l’aider à gérer la prélature au cours des huit prochaines années."

    Ref. Le pape François confirme la nomination du prélat de l’Opus Dei

    La continuité dans la stabilité de cette Prélature personnelle (la seule en son genre –à ce jour) est importante pour l’avenir de l’Eglise catholique.  Ad multos annos !

    JPSC

  • 2017, l’année de deux anniversaires

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    De Philippe Maxence, le 16 janvier 2017, sur le site web de « L’homme nouveau » :

    L’année 2017 ne sera pas seulement une année électorale pour la France. Elle est aussi celle de deux anniversaires importants, même s’ils ne sont pas à mettre sur le même plan. Le premier concerne le 500e anniversaire de la publication des 95 thèses que le moine Martin Luther afficha à la porte de l’église de la Toussaint à Wittemberg. Le second est celui des apparitions de Notre Dame à Fatima, au Portugal, il y a cent ans.

    Le premier anniversaire signe une révolte contre l’Église et fut le point de départ d’un renversement total au plan religieux, philosophique, politique et social. Comme l’écrit le théologien protestant Michel Grand­jean, la réforme protestante a constitué le « matin du monde moderne » et nous vivons encore des effets de ce tragique évènement. À l’inverse, la venue de Notre Dame à Fatima est un rappel pressant et miséricordieux de la nécessité de la prière, de la conversion et du sacrifice, non seulement en vue d’obtenir son propre salut, mais aussi celui de nos frères et du monde. C’est aussi l’assurance, pleine d’espérance, de la victoire du Cœur immaculé de Marie (« Mais à la fin mon Cœur immaculé triomphera »). 

    Étrangement, nous assistons aujourd’hui dans les milieux catholiques, y compris au plus haut niveau, à une tentative de réhabilitation non seule­ment de la personnalité de Martin Luther mais également de ses positions considérées comme bénéfiques pour l’Église catholique aujourd’hui. En sens inverse, à l’exception de quelques initiatives (saluons notamment l’Association des Enfants de Fatima, 13, rue du Gat, 31820 Pibrac – enfantsdefatima@gmail.com), un véritable silence entoure Fatima, alors même que 2017 devrait être une année entièrement consacrée à en méditer le message et à reprendre l’initiative pour répondre aux demandes de la Vierge, notamment la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois. Signalons à ce sujet que le Pape François a d’ailleurs accordé aux conditions habituelles l’indulgen­ce plénière pour toute l’année jubilaire de Fatima. 

    Un rappel de l’Évangile

    Dans ses aspects essentiels, Fatima n’est que le rappel du message de l’Évangile. Par la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, il propose, en outre, un moyen efficace à mettre en œuvre, à la portée de tous. Lors de l’apparition du 13 juillet 1917, la Vierge Marie avait annoncé : « Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. » Le 10 décembre 1925, accomplissant sa promesse, Notre Dame précisait à Lucie : « Toi, du moins, tâche de me consoler, et dis qu’à tous ceux qui durant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte communion, réciteront le chapelet et me tiendront compagnie pendant quinze minutes, en méditant les quinze mystères du Rosaire dans le but de me faire réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. » Consoler Notre Dame n’est jamais une perte de temps. Si le Christ est l’unique médiateur, la Vierge Marie est la médiatrice toute maternelle entre les hommes et son Fils. Sa place, son rôle et sa vocation sont inscrits dans l’histoire et dans l’économie du salut. Loin de nous détourner du Christ, son but est de nous y conduire sans cesse.

    Foi et raison 

    1517-1917 ! Ces deux dates se répondent l’une à l’autre. Ou, plus exactement, 1917 répond à 1517. Celle-ci fut l’année de l’orgueil, de la révolte et de la révolution. 1917, à Fatima, fut celle de l’humilité, de la prière et de la confiance en Dieu. Les deux dates tracent pour nous paradoxalement un véritable programme. Il consiste d’abord à répondre à l’appel de Notre Dame en méditant le message de Fatima et en le mettant en application pour ce qui nous concerne. Il s’agit ensuite d’entreprendre un véritable travail de formation pour retrouver en nous le sens de la vérité. Il y a, en effet, un doute originel chez Luther envers la capacité de la raison à accéder à la vérité. De ce fait, toute science cohérente du dogme est impossible, tout recours à la raison au plan théologique constitue un véritable danger. C’est donc la porte ouverte à la liberté de conscience et à terme, au plus absolu des relativismes. La négation de la vérité, de la possibilité de la vérité, est certainement l’un des grands fléaux de notre époque. Nous la favorisons souvent par notre paresse et cet anti-intellectualisme qui a envahi trop souvent les cercles catholiques. 2017 nous offre donc l’occasion d’unir à la fois une vraie piété catholique (Fatima) à un effort de redressement intellectuel nécessité par les effets désastreux de la modernité, qui nous effraient sans que nous sachions toujours remonter aux causes. Au moins pour ces raisons, 2017 peut être une très belle année, si nous savons en profiter…

    Ref. Notre quinzaine : Fatima, pour le salut du monde

    JPSC

  • Ordre de Malte: le point sur la "saga" des chevaliers

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    L’éclairage de Raphaël Zbinden,  sur le site cath.ch, le 18 janvier 2017 :

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    « Le conflit entre l’Ordre de Malte et le Saint-Siège se poursuit. Cath.ch fait le point sur la “saga” qui trouble depuis plus d’un mois le monde catholique.

    Le Saint-Siège a confirmé, le 17 janvier 2017, sa confiance dans la commission papale chargée d’enquêter sur la démission forcée de l’ancien Grand Chancelier de l’Ordre, Albrecht Freiherr Von Boeselager.

    L’aristocrate allemand a été démis de son poste début décembre. Selon un communiqué de l’Ordre de Malte du 13 décembre, il était, en sa position de Grand chancelier, l’objet d’une “situation extrêmement grave et intenable”. Le Grand maître Matthew Festing, la plus haute autorité de l’Ordre, l’aurait convoqué à une réunion avec le Grand commandeur, Ludwig Hoffmann von Rummerstein, ainsi que le représentant pontifical, le cardinal Raymond Leo Burke, afin de lui demander sa démission. Après deux refus de se soumettre à cette injonction, Albrecht von Boeselager a été “avec le soutien du Conseil souverain et de la plupart des membres de l’Ordre dans le monde entier”, révoqué dans le cadre d’une “procédure disciplinaire” prévoyant la possibilité de suspendre un membre de l’Ordre.

    Les préservatifs de la discorde

    La raison de l’éviction de l’Allemand était, selon le communiqué des Chevaliers, “due à de graves problèmes s’étant produits alors qu’Albrecht von Boeselager était Grand hospitalier de l’Ordre de Malte et à sa volonté de les dissimuler au Grand maître, comme un rapport mandaté par le Grand maître l’a démontré l’année dernière”.

    Les raisons exactes de la mise à l’écart d’Albrecht von Boeselager restent floues. Elle serait due à un programme auquel la branche humanitaire de l’Ordre a participé il y a quelques années. Ce programme aurait compris une aide à des esclaves sexuelles au Myanmar. Une partie de cette assistance aurait inclus la distribution de préservatifs à des femmes, afin de les protéger contre le sida. Albrecht von Boeselager a cependant argué que les préservatifs avaient été, à ce moment-là, distribués par d’autres programmes d’aide que le sien.

    Selon l’agence d’information américaine Catholic News Agency (CNA), le Vatican a été informé de l’incident et l’Ordre a cessé d’être impliqué dans le programme. Un comité d’éthique a ensuite été établi afin d’assurer que de telles erreurs ne soient plus commises dans de futurs projets.

    Le 14 décembre, l’Ordre a annoncé la nomination ad interim de John Edward Critien en tant que Grand chancelier. Albrecht von Boeselager a fait appel de son éviction au sein du système juridique interne de l’Ordre, dénonçant des vices de procédures. Des accusations démenties par le Grand maître.

    Le bouclier de la souveraineté

    Fra’Matthew Festing et le cardinal Burke ont à l’époque affirmé que la destitution d’Albrecht von Boeselager avait été faite selon le souhait du Vatican. Mais le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a assuré après coup que le pape François n’avait jamais voulu la démission de quiconque.

    Le 22 décembre, le pontife a alors créé une commission chargée de faire la lumière sur cette affaire. Le jour suivant, l’Ordre rejetait cependant la légitimité de la commission pontificale. Le Grand maître affirmait dans un communiqué: “le remplacement de l’ancien Grand chancelier est un acte de gouvernement interne de l’Ordre souverain de Malte et, par conséquent, relève uniquement de sa compétence”. Un point auquel Ed Condon, spécialiste britannique de droit canon souscrit. Sur le site du journal anglais Catholic Herald, il explique: “Bien que l’Ordre souverain de Malte n’ait plus de caractère militaire et ne gouverne plus l’île de Malte, il reste cependant une entité souveraine reconnue comme telle par le droit international”. Il s’agit bien d’un ordre religieux catholique, mais contrairement à tous les autres, il ne dépend pas de la Congrégation vaticane pour les Instituts de vie consacrée, ni d’un autre département du Saint-Siège. Ed Condon remarque que la Constitution de l’Ordre est claire à ce sujet, stipulant notamment que “la nature religieuse de l’Ordre n’exclut pas l’exercice des prérogatives souveraines lui revenant en sa qualité de sujet de droit international reconnu par les Etats (par.6)”. Bien que ses membres fassent vœux d’obéissance, leur obéissance religieuse reste strictement dans le cadre de l’Ordre lui-même, affirme Ed Condon. “Il peut sembler déconcertant à la plupart des gens qu’il existe une entité explicitement catholique aussi vaste et internationalement importante qui ne réponde pas du Vatican”, remarque l’expert. La souveraineté de l’Ordre a néanmoins été originellement accordée par le pape et la Constitution de l’Ordre garde un mécanisme légal qui permet au pontife de l’abroger. Ed Condon souligne cependant que cela ne pourrait se faire qu’au prix d’une procédure lourde et diplomatiquement hasardeuse.

    Bataille sur la légitimité

    La commission établie par le pape a néanmoins considéré, le 11 janvier, qu’elle était “complètement légitime et autorisée” à enquêter et à informer le pape. Le droit du pontife en ce sens provient de “l’autorité qu’il exerce directement et immédiatement sur tout fidèle baptisé, qu’il s’agisse des clercs, des laïcs ou des ordres religieux”, a relevé la commission. Elle précise également “qu’il ne s’agit pas d’intervenir dans les affaires internes de l’Ordre, car le but de la commission, comme il est évident, est de rendre compte au Saint-Père des procédures (utilisées pour démissionner Albrecht von Boeselager) et rien d’autre”.

    La commission d’enquête est notamment composée de Mgr Silvano Tomasi, ancien observateur du Saint-Siège auprès des Nations unies à Genève, et du jésuite Gianfranco Ghirlanda, ancien auditeur du Vatican auprès des Légionnaires du Christ après l’affaire Maciel.

    Le bras de fer n’est cependant pas terminé puisque la hiérarchie de l’Ordre a confirmé, le 14 janvier, son refus de coopérer avec le Saint-Siège. Il a de plus affirmé qu’il existait “de sérieuses accusations de conflit d’intérêt” concernant trois des cinq membres de la commission. Les trois personnes en question seraient, selon Fra’Matthew Festing, liées à un fonds basé à Genève dans lequel l’Ordre possède des intérêts financiers. Il ne serait en conséquence pas possible de s’assurer que les “enquêteurs” restent objectifs dans leur mission.

    Le 17 janvier, le Saint-Siège a répondu en confirmant sa confiance dans les membres de la commission. Le Vatican a rejeté également “au vu de la documentation en sa possession, toute tentative de discrédit sur les membres de ce groupe et sur leur travail“.

    La commission pontificale n’a quoiqu’il en soit pas l’intention de renoncer à ses prérogatives et a déjà commencé le 16 janvier, d’après le journal britannique The Tablet, à auditionner des témoins. Elle devrait remettre un rapport dès la fin du mois.

    La suite des événements est difficile à prévoir. Christopher Lamb, correspondant à Rome pour The Tablet liste quelques options que le pape pourrait suivre:

    1. Réinstaller Albrecht von Boeselager à son poste et promouvoir une réconciliation à l’intérieur de l’Ordre. C’est l’issue idéale pour le pape François, qui souhaite que la commission rétablisse l’unité parmi les chevaliers. Le problème est que le Grand maître est certainement très peu enclin à accepter le retour de l’Allemand.
    2. Nommer un administrateur externe. Cela placerait tous les secteurs religieux de l’Ordre sous l’autorité du Vatican, qui seraient ainsi séparés des branches caritative et diplomatique. Le Saint-Siège examinerait la vie religieuse des Chevaliers afin de s’assurer qu’elle est en conformité avec les enseignements de l’Eglise. Cela restreindrait également le pouvoir du cardinal Burke, dont le rôle est de représenter le pape auprès des Chevaliers: avec un administrateur en place, le prélat américain aurait un niveau d’autorité au-dessus de lui. Ce scénario impliquerait la démission de Matthew Festing.
    3. Dispenser le Grand maître et ses alliés de leurs vœux religieux. Si Matthew Festing refusait de démissionner, le Vatican pourrait le dispenser de ses vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ce qui ne lui permettrait plus de rester dans sa fonction. Selon les règles de l’Ordre, le Grand maître doit être un membre profès, comme le sont les Chevaliers exerçant des fonctions dirigeantes. Mais sur les plus de 14.000 membres de l’Ordre, seulement 50 ont fait ces vœux. Le fait d’en dispenser quelques uns n’aurait pas un impact très important sur la vie de l’Ordre et pourrait aussi préparer la voie à la réforme de la vie religieuse parmi les Chevaliers.
    4. Déplacer le cardinal Burke. Le pape a nommé en 2014 le prélat américain- l’un de ses plus virulents critiques- au poste de patron de l’Ordre de Malte. Il pourrait ainsi juger que Mgr Burke a échoué à communiquer ses intentions à l’Ordre et doit en conséquence être à nouveau déplacé. Le risque étant de faire du cardinal un martyr et d’aviver les tensions au sein de l’Eglise.
    5. Ne rien faire. Il existe toujours l’option de laisser les choses en l’état. Le problème est que le Vatican verrait ses souhaits non réalisés et que cela laisserait l’opportunité aux adversaires du pape de crier victoire.

    En dernier lieu, il est également dans le pouvoir du pape de rompre les relations diplomatiques du Saint-Siège avec l’Ordre, de le supprimer ou d’abroger sa Constitution, note Christopher Lamb. “Trois options qui équivaudraient à presser le bouton nucléaire”, souligne le journaliste. (cath.ch/ag/arch/tab/rz)

    Ref. Ordre de Malte: le point sur la "saga" des chevaliers

    Sauf erreur, le précédent conflit de pouvoirs entre cet Ordre Souverain et le Saint-Siège -tous deux dotés d’une personnalité juridique de droit international-  date des années 1950, sous le règne du pape Pie XII.

    JPSC

  • Ce que le catholicisme a apporté à la civilisation mondiale

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    De Bevil Bramwell, OMI, sur The Catholic Thing traduit sur le site de France Catholique :

    Ce que la civilisation doit au catholicisme

    Au lieu d’accepter l’image dévalorisée du catholicisme si répandue, prenons des mesures vigoureuses pour apprendre, voire savourer les importantes contributions que le catholicisme a apportées à la civilisation mondiale pendant des millénaires. Nous pourrions même partager cette expérience avec nos enfants.

    Imaginez-vous en train de parcourir un musée exposant quelques-unes des grandes réalisations du catholicisme dans l’histoire mondiale. Ce serait beaucoup plus honnête que de céder aux efforts de propagande massive déployés par les héritiers des Lumières pour supprimer cette remarquable histoire.

    L’ouvrage de Thomas E. Woods How the Catholic Church Built Western Civilization offre un tableau impressionnant de quelques-unes des milliers d’apports révolutionnaires que les catholiques ont faits au fil des siècles.

    Commençons par l’astronomie. Selon Woods : « L’Eglise catholique a accordé à l’étude de l’astronomie pendant six siècles (de l’époque de la redécouverte des sciences anciennes vers la fin du Moyen Âge jusqu’à l’époque des Lumières) une aide financière et un appui social plus importants que toutes les autres institutions ». Cette affirmation s’appuie sur les conclusions d’un chercheur de l’Université de Californie à Berkeley.

    En ce qui concerne l’édification de la culture européenne, il qualifie saint Benoît de « père de l’Europe » à cause de toute la gamme d’institutions et d’établissements charitables créés par les monastères bénédictins au cours des âges. Institutions qui comprennent aussi bien des centres d’élevage et d’agriculture que des écoles et des bibliothèques. Sans oublier les lieux de culte.

    Bien sûr, il y a eu aussi d’innombrables contributions dans le domaine culturel. Un prêtre dominicain, Francisco de Vitoria (né en 1483), est souvent appelé le père du droit international à cause ses arguments sur le statut juridique des peuples du Nouveau Monde. Il a soutenu que le droit naturel « existait non seulement chez les chrétiens, mais aussi chez tous les peuples ».

    Woods traite l’un des apports les plus considérables et les moins appréciés du catholicisme dans le vaste chapitre intitulé « Comment la charité catholique a changé le monde ». Woods commence par l’histoire d’un soldat romain païen, Pachomius, au IVe siècle. Lors d’une épidémie de peste dans l’armée de l’empereur Constantin, Pachomius fut étonné de voir certains de ses camarades soldats apporter de la nourriture et de l’aide aux gens atteints par la maladie. A sa question ils répondirent qu’ils étaient chrétiens.

    Woods retrace l’histoire des établissements charitables au fil des siècles, en mentionnant notamment le grand hôpital de Jérusalem qui était au départ un poste de secours pour les pèlerins, mais était devenu au XIIe siècle un hôpital moderne dispensant des soins aux malades – y compris les patients musulmans et juifs - et effectuant des opérations simples. Selon un prêtre de passage à l’époque : « nous n’avions aucun moyen d’évaluer le nombre de personnes alitées, mais nous avons vu un bon millier de lits ». Les très importantes institutions charitables catholiques actuelles ont des précurseurs vraiment héroïques.

    Passons aux universités : « C’est au Moyen Âge que nous devons l’une des plus grandes et uniques contributions intellectuelles du catholicisme à la société : le système universitaire ». Pure vérité, mais ce patrimoine aussi est menacé, même dans les institutions catholiques d’enseignement supérieur. Le pape Jean-Paul II s’est senti obligé de publier Ex Corde Ecclesiae (1990) pour soustraire les universités catholiques à leur désir obstiné de calquer leur mode de pensée sur la philosophie des Lumières. Les partisans de cette philosophie pensaient et pensent encore que les universités ont commencé avec eux et qu’ils sont les seuls à comprendre le fondement de la raison.

    Jean-Paul II fut obligé de publier Fides et ratio quelques années plus tard pour rappeler ce que l’Eglise avait toujours su à propos du bon usage de la raison, qu’il décrit comme ayant « une portée authentiquement métaphysique ».

    Quand on s’émancipe du programme de désinformation de la philosophie des Lumières et de ses nombreux adhérents modernes, la véritable image de l’Eglise catholique se détache dans toute sa gloire. Ce qui ne devrait pas l’amener à adopter une attitude arrogante reflétant celle des Lumières, mais au contraire à cesser de quasiment s’excuser de sa présence dans l’espace public en Amérique.

    Le manque d’articles substantiels dans les bulletins diocésains, la quasi-invisibilité de nos évêques qui devraient « enseigner la nation », notre clergé pratiquement muet et l’ignorance de la plupart des laïcs ont pour conséquence une inertie massive dans le domaine de l’éducation. Un aspect particulièrement négligé est la médiocre formation théologique au niveau universitaire d’un grand nombre de religieuses. Ce qui est étrange, vu l’importance des fonds consacrés à la préparation du clergé.

    Un bon moyen d’évaluer la situation serait de demander pourquoi tant de catholiques en savent si peu sur la prestigieuse institution dont ils sont membres. Les catholiques doivent s’efforcer consciemment et quotidiennement de participer à la culture catholique qui est partie intégrante de la vie des fidèles. Cette démarche est à double sens. Par exemple, la foi s’enrichit quand on écoute régulièrement de la belle musique liturgique. Et l’écoute de cette musique sacrée fait barrage à l’intrusion de la musique profane dans l’espace public. Les beaux-arts sont un autre exemple. La simple étude des vitraux de Moira Forsyth (1905-1991), l’ancienne présidente anglaise de la Société des artistes catholiques pourrait être très enrichissante à cet égard.

    L’insertion dans la culture catholique est un processus complexe. Qui comprend les sacrements et l’appartenance à une communauté, les activités charitables, aussi bien que ce que nous entendons en général par culture (romans, pièces de théâtre, musique, architecture, beaux-arts et sciences).

    Ces domaines ne demandent qu’à se laisser découvrir. Et plus vous les comprenez et vous les appropriez, plus vous pouvez les faire connaître au monde.

    C’est ce que le Christ nous a apporté et ce que nous devons apporter aux autres.

    Dimanche 8 janvier 2017


    Source : https://www.thecatholicthing.org/20...

    Bevil Bramwell , OMI, docteur ès lettres, est l’ancien Doyen des étudiants du premier cycle de la Catholic Distance University. Ses ouvrages sont les suivants : Laity : Beautiful, Good and True ; The World of the Sacraments et, plus récemment, Catholics Read the Scriptures : Commentary on Benedict XVI’s Verbum Domini.