Une réconciliation toujours difficile (18/01/2012)

Dans un dossier spécial à paraître le 19 janvier, “La Vie” fait le point sur les tensions engendrées, au sein même de la Fraternité Saint-Pie X, par les actuelles tentatives de réconciliation entre Rome et les “Lefebvristes”.

Où en est le feuilleton? Trois ans après la levée par le Vatican de l'excommunication des quatres évêques intégristes, Benoît XVI va t-il céder devant les exigences lefebvristes, les disciples de Mgr Fellay vont-ils se déchirer, interroge Jean Mercier qui poursuit:

"Du 24 au 27 janvier prochains, l'assemblée plénière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) statuera peut-être sur la position ultime de Rome dans le feuilleton à rebondissements de la réconciliation entre la Fraternité Saint Pie X et le Saint Siège. Relancée il y a douze ans ans, la normalisation des dissidents a connu un coup d'accélérateur par Benoît XVI. Après avoir reçu Mgr Fellay en 2005, le pape a accédé aux trois conditions posées par les intégristes : réhabilitation officielle de la messe ancienne dans l'Eglise (2007), levée des excommunications (2009), tenue de discussions doctrinales approfondies (2009-2011) (…) En septembre dernier, la Congrégation pour la Doctrine de la foi a proposé un "Préambule doctrinal" (un protocole d'accord), tenu secret. Mi décembre, Mgr Fellay a renvoyé au Vatican le texte avec ses remarques, elles aussi restées secrètes. Insatisfaite, la CDF a demandé de nouvelles précisions à la FSSPX, qui les a données tout récemment.

On attend désormais la réponse du Vatican aux exigences ultimes de Mgr Fellay. Il est peu probable que Rome arrête les frais. Le pape pourrait, soit reformuler encore le protocole d'accord, soit accéder aux demandes des intégristes, s'il estime que la volonté de ses interlocuteurs d'être en communion avec lui et l'Eglise est bien réelle.

En tout état de cause, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X est sous pression. D'un côté les ultras (un quart des fidèles et des clercs) refusent tout retour dans le giron de Rome car cela les obligerait à renoncer à leurs positions idéologiques. Certes ils ne seraient pas obligés de célébrer la messe telle que le pape la célèbre, mais ils devraient au moins la considérer valide, ce qu'ils nient depuis 40 ans. Ils perdraient aussi dans l'opération ce qui fait leur fonds de commerce : dénoncer l'apostasie de l'Eglise, incarner le petit reste des catholiques "purs".

De l'autre les modérés forment un autre quart. Ils sont prêts à de menues concessions envers Rome dans l'espoir d'être réintégrés, ce qui serait pour eux comme une avalisation de leur idées. Ils veulent continuer leur croisade au sein de l'Eglise, et comptent bien que le Magistère condamnera un jour les éléments du Concile qui leur sont insupportables (liberté religieuse, dialogue interreligieux et œcuménique).

Entre les deux, le gros des troupes est légitimiste, et suivrait probablement Mgr Fellay dans ses décisions. A moins que certains ne basculent, en cas de putsch des ultras. L'issue de cette guerre fratricide n'est pas claire, mais il est probable qu'une scission interviendrait au sein de la FFPSX si un accord de réconciliation était scellé avec Rome. Voir ici: Entre les intégristes et le Vatican, une réconciliation sous pression

 Entre 1975 et 1988, Rome a perdu beaucoup de temps dans cette affaire. Les positions se sont durcies. L’histoire des schismes nous apprend que plus on tarde à les résorber, plus il devient difficile, sociologiquement et culturellement, de refaire l’unité perdue. On peut aussi se demander si le « préambule doctrinal » au protocole d’accord de Rome avec la Fraternité Saint-Pie X est suffisant pour aller au cœur du problème : donner une interprétation magistérielle autorisée des textes conciliaires qui font difficulté largement au-delà du cas particulier de cette Fraternité pointue. Et si tel n’est pas l’objet du préambule en question, on ignore en tout cas sur quoi celui-ci peut bien porter... 

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