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Que restera-t-il de notre vie?

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Voici la Toussaint et le jour des morts...

ob_b59dd2_tombeau-vide.jpgPerdu dans le cosmos inerte et démesuré, l’homme pressent qu’il vit dans un autre ordre que celui de la matière si éphémère. La matière est sans doute emportée par la dégradation inévitable - la loi d’entropie -, mais n’existe-t-il pas une autre dimension, indépendante de l’espace et du temps, tels que nous les connaissons? Une chronique du P. Charles Delhez dans « La Libre Belgique »: 

« L’homme sait que sa fiévreuse activité n’est qu’un petit phénomène local, éphémère, sans signification et sans but… Farouchement replié sur lui-même, il se consacre humblement, terrestrement, humainement, à la réalisation de ses desseins chétifs, où il feindra de prêter le même sérieux que s’il visait à des fins éternelles." (Je souligne). L’homme réduit à feindre ! Triste constat de Jean Rostand dans les dernières lignes de "L’homme" (1962). Au nom de la science laissée à elle-même, il réduit à une illusion cette soif d’infini qui nous taraude.

N’est-il pas aussi juste de dire que, grâce à la pensée et à l’amour, l’homme, "atome dérisoire perdu dans le cosmos inerte et démesuré" (J. Rostand), pressent qu’il vit dans un autre ordre que celui de la matière si éphémère ? Si, par définition, la science est matérialiste, l’être humain, lui, est aussi spirituel. La matière est sans doute emportée par la dégradation inévitable - la loi d’entropie -, mais n’existe-t-il pas une autre dimension, indépendante de l’espace et du temps ? Teilhard de Chardin, observant la montée de l’Esprit (il aimait les majuscules), parlait de néguentropie : à contre-courant de l’entropie, quelque chose grandit ! "Nul homme ne lève le petit doigt pour le moindre ouvrage sans être mû par la conviction, plus ou moins obscure, qu’il travaille infinitésimalement (au moins d’une manière détournée) pour l’édification de quelque Définitif" (Le Milieu Divin, 1927).

Dans l’univers biblique, la foi en la résurrection est assez tardive. Elle est née progressivement du questionnement face aux "martyrs d’Israël". Sous la domination des Grecs séleucides, deux siècles avant le Christ, des Juifs n’ont pas hésité à mourir plutôt que de renier leur foi à la demande de l’occupant. La fidélité au Dieu de vie les conduisait à la mort ! Dieu pourrait-il, lui, être infidèle ?

Il ne faudrait cependant pas en déduire que l’au-delà nous comblera au détriment de l’ici-bas qui ne serait qu’une pénible salle d’attente. Au contraire. C’est dans la mesure où nous sommes fidèles à l’"ici et maintenant" que le ciel trouve sa consistance. Si nous n’avons pas déjà un goût d’éternité chaque fois que nous vivons intensément, que nous nous aimons, que nous créons ou que nous nous engageons corps et âme, quel serait le sens d’une vie éternelle ? C’est précisément parce qu’il y a déjà de l’éternité dans ces moments que nous pouvons croire que le néant ne l’emportera pas.

L’éternité est la profondeur abyssale du présent. " La vie éternelle est immédiate, elle a déjà commencé puisqu’elle est éternelle. C’est donc dès maintenant qu’il nous faut établir entre nous des relations qui pourraient durer toujours", écrivait Louis Evely. Il ajoutait : "Commencez donc tout de suite votre vie éternelle. N’attendez pas." L’éternité, c’est le déploiement de ce qui palpite dans l’instant présent quand il est vécu avec amour. Nous pouvons le pressentir et l’affirmer, mais pas l’imaginer. Ainsi, tout est déjà dans le gland, mais qui peut décrire le chêne qu’il deviendra ?

Le "ciel" vient donc de la terre, et non pas, tel un deus ex machina, après elle. Il ressemble à une mosaïque que l’on compose peu à peu, avec de nombreux morceaux fabriqués durant cette vie ? Le ciel "n’est pas construit par Dieu seul : il l’est aussi par l’homme. C’est même, à vrai dire, la construction que l’homme fait de lui-même, avec la force de Dieu" (Giorgio Gozzelino). Une question de foi, évidemment, et non un savoir. Quand le croyant se demande ce qu’il restera de sa vie - question que nous nous posons tous un jour ou l’autre -, il ne sait pas répondre grand-chose, mais il fait confiance à son Dieu et lui remet son existence : elle sera en de bonnes mains. Et, en lui, nous retrouverons tous ceux qui nous ont précédés, ceux avec qui des liens d’éternité ont été tissés. »

Ref. Que restera-t-il de notre vie?

JPSC 

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