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France : un Président qui sait que, sans les catholiques, l'unité du pays est une chimère

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De Samuel Pruvot sur le site de l'excellent hebdomadaire "Famille Chrétienne" :

« Sans les catholiques, le Président sait que l’unité du pays est une chimère »

La première rencontre entre le président de la République et les responsables des cultes en France se déroule le 21 décembre. Sur quelle ligne avec quels enjeux ? L’essayiste Édouard Tétreau (1), proche du Président et relais informel entre l’exécutif et le monde catholique, fait le point sur la laïcité d’Emmanuel Macron dans un entretien sans concession.

La prochaine installation, le 6 janvier, de Mgr Michel Aupetit à Paris est-elle une bonne nouvelle pour les relations entre l’exécutif français et l’Église catholique ?

C’est une très bonne nouvelle. Je reconnais bien là le choix du Pape François pour le diocèse de Paris, pour l’Église de France, et pour la relation que vous soulignez.

Une personnalité du Vatican me disait l’été dernier : « Paris, c’est un diocèse à aimer ; pas une machine bureaucratique à faire tourner. » Sans l’archidiocèse de Paris, pas d’homélie de Benoist de Sinety aux obsèques de Johnny Hallyday, ou de Matthieu Rougé à celles de Jean d’Ormesson. Pas de service des plus pauvres, des migrants de la porte de la Chapelle aux prostituées (Tamaris, Aux captifs la Libération). Les prêtres, religieux et laïcs du diocèse de Paris ont beaucoup donné ces dernières années. Il leur fallait un chef pour les incarner, les aimer, et les aider à continuer leur ministère. Mgr Aupetit, médecin ordonné prêtre à 44 ans, né dans une famille sans tradition catholique, d’un père cheminot, est d’abord le choix de cette incarnation. Pas un magistère cérébral, détaché ou administratif, mais humain, très humain.

Mais en ce qui concerne les relations avec le pouvoir, que peut apporter Mgr Aupetit ?

L’autre bonne nouvelle de cette nomination, c’est que l’Église de France se dote d’une personnalité à la parole forte et audible, dans un moment où cette parole est recherchée. Traditionnellement, trois institutions exercent au plan national ce magistère de la parole : le primat des Gaules, la conférence des Évêques de France, et l’archevêque de Paris. Le cardinal Barbarin est empêché par la séquence judiciaire que l’on sait.

La conférence des évêques de France, sans doute du fait de sa structure collégiale et de sa recherche systématique du consensus, est hélas devenue difficilement audible ces dernières années. Sa prudence et sa retenue contrastent avec la vigueur et le dynamisme de la nouvelle génération de prêtres en France, témoins et acteurs d’un vrai renouveau de la pratique chrétienne (pèlerinages, hausse spectaculaire des vocations dans certaines communautés comme Saint Martin, vitalité du « Padreblog », etc.). Une génération qui aimerait bien que ses évêques seniors se mettent eux aussi « en marche » ! Il ne reste donc plus que l’archevêché de Paris pour porter à nouveau cette parole dans un moment clé.

 

Pourquoi est-ce un moment clé ?

Parce que, pour la première fois depuis très longtemps, peut-être depuis le général de Gaulle, nous avons un président français qui prend au sérieux le fait religieux, et les racines chrétiennes de l’identité française.

J’en veux pour preuve, s’il en fallait, son discours à Saint-Étienne du Rouvray en juillet 2017 ; son discours sur l’identité française à Reims pendant la campagne présidentielle, avec la mention explicite du baptême de Clovis ; la réunion du 21 décembre prochain avec les responsables religieux.

Ce nouveau président est en attente d’un véritable interlocuteur pour le monde catholique, avec qui engager le dialogue sur des sujets aussi décisifs pour l’avenir et la concorde de notre pays que les futures lois bioéthiques. Je crois et espère que Mgr Aupetit sera cet interlocuteur-là.

Justement, les religions pourront-elles faire entendre leurs convictions – et convaincre – lors de la prochaine révision des lois de bioéthique notamment à propos de la PMA ?

C’est un des objectifs de la réunion du 21 décembre prochain, et de l’organisation d’un débat national en 2018, que les chrétiens, mais aussi les juifs et les musulmans, tous ceux qui croient que l’être humain ne se limite pas à un paquet d’atomes, de chair et d’os, espèrent le plus long et le plus riche possible.

Bien sûr, ce débat peut être travesti, à l’instar du comité national d’éthique dans sa composition actuelle. Ce comité, hier doté d’une vraie légitimité, l’a en partie perdue en septembre 2013, lorsque M. Hollande, en vue du Mariage pour Tous, l’a renouvelé d’un tiers, ostracisant les profils « trop » catholiques, et ne nommant aucune personnalité religieuse.

L’avis de ce comité sur la PMA-GPA, rendu en juin 2017, avec 11 oppositions fortement exprimées sur 39 membres, a donc une valeur très relative. Il illustre à quel point ce débat porte sur des questions qui nous dépassent tous. Il convient donc de le mener dans la durée, avec une méthodologie et dans des enceintes incontestables. Je ne suis pas sûr qu’une année de débats soit suffisante. Je suis en revanche certain qu’un projet, soutenu par quelques-uns, d’escamoter ce débat en quelques mois avant fin juin 2018 garantira l’échec, et une réaction de sécession des parties concernées : juifs, chrétiens, musulmans, et tous ceux, vraisemblablement très majoritaires dans le pays, qui estiment dangereux de priver un enfant de ses référents père et mère.

Mais alors, quelle est la bonne méthode ?

L’idéal serait une concertation la plus large possible, dans une assemblée consultative ad hoc, où la société civile ait toute sa part. Je ne fais pas de hiérarchie entre les autorités religieuses, scientifiques, ou juridiques comme le Conseil d’État. Toutes les voix doivent être entendues. En particulier, concernant la PMA, celles des psychiatres, magistrats et policiers qui soulignent le point commun entre certains troubles de la personnalité, la petite délinquance, la grande délinquance, et le djihadisme : l’absence de père référent.

Je crois enfin que le débat autour des lois bioéthiques échouera s’il se cantonne aux seules techniques, bientôt dépassées, de la PMA et de la GPA. L’espèce humaine, du fait de l’accélération du progrès dans le domaine des bio et nanotechnologies, notamment le séquençage du génome humain, va vivre des défis éthiques et existentiels majeurs dans les prochaines années. De mon vivant, on pourra vraisemblablement s’auto-reproduire à partir du prélèvement de nos propres cellules. Avant cela, on pourra choisir, sur catalogue et moyennant finances, des super-embryons, dont on pourra doper le QI in utero. Le transhumanisme n’est pas une science-fiction, mais une menace réelle et assez imminente.

Il faut donc élargir le débat, bien au-delà des techniques PMA-GPA. Et des frontières de l’hexagone. Si l’Europe a un humanisme à défendre et promouvoir, notamment vis-à-vis de la Chine qui n’a aucune éthique en matière de droits de l’homme, ou du monde anglo-saxon qui a une éthique essentiellement marchande, elle doit le retranscrire dans une directive bioéthique européenne. La France d’Emmanuel Macron peut être à la pointe et non à la remorque de ces travaux.

Revenons à la France… Emmanuel Macron estime-t-il que toutes les religions se valent aux yeux de la République ? Le catholicisme doit-il bénéficier d’un régime à part eu égard à son antériorité ?

Je ne suis ni son porte-parole, ni son exégète sur les questions religieuses. Le président de la République se doit de traiter les religions de façon absolument égale et impartiale : Emmanuel Macron le fait au moins autant que ses prédécesseurs. J’observe simplement que son histoire personnelle est celle d’une rencontre avec la foi chrétienne et l’Église – il a choisi, à 12 ans, d’être baptisé.

Il a sans doute, de ce fait, l’expérience d’une caractéristique essentielle du christianisme par rapport aux autres religions : à savoir que c’est une religion de la liberté. Vous devenez chrétien, non par le sang ou l’ethnie mais par le baptême et sa confirmation. Et vous êtes libres de quitter cette religion, sans que l’on vous condamne à mort pour apostasie, ou que l’on vous mette au ban de la communauté. Dans le christianisme, la porte est toujours ouverte pour ceux qui veulent entrer ou sortir.

Le christianisme est non seulement la religion de la liberté, mais aussi celle qui a toujours eu l’initiative du dialogue avec les autres religions. Est-ce que cela confère à l’Église de France un privilège ? Je crois exactement l’inverse : parce que l’Église est depuis des siècles l’interlocuteur principal, sine qua non de l’État français, elle a le devoir de faciliter la coexistence harmonieuse et pacifique de toutes les sensibilités en France, croyants comme non-croyants. Le prédécesseur d’Emmanuel Macron, pourtant si hostile à la communauté catholique, l’avait d’ailleurs reconnu, quoique tardivement : sans l’attitude exemplaire de l’Église de France après l’assassinat du père Hamel à Saint-Étienne du Rouvray (appels au calme et à la paix), le pays aurait basculé dans la violence civile.

Pour résumer, peut-être d’une façon trop lapidaire : sans les catholiques, et sans l’esprit de paix et de fraternité des catholiques, l’unité du pays et la concorde sociale sont des chimères. Je crois qu’Emmanuel Macron le sait, et l’a dit à Saint Étienne du Rouvray. Il lui reste à poser les actes et les gestes pour mettre les catholiques au cœur d’un effort historique de réconciliation nationale.

Samuel Pruvot

(1)  Edouard Tétreau, « Au-delà, du mur de l’argent », Stock.

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