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Le pape est-il bien renseigné ?

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Lu sur le site du journal Metro (Montréal) :

Le pape François est-il mal renseigné?

VATICAN — Que sait exactement le pape François de ce qui se passe au sein de son Église catholique de 1,2 milliard de fidèles?

Cette question est sur toutes les lèvres depuis que le pontife a semblé ignorant du scandale sexuel qui ébranle l’Église chilienne, ce qui a terni sa récente visite de trois jours dans ce pays et l’a contraint à s’excuser peu après.

La même question a été soulevée quand il a soudainement décidé de virer un dirigeant respecté de la banque du Vatican.

Elle a ensuite refait surface quand un cardinal lui a reproché de ne pas se rendre compte que ses propres diplomates «trahissaient» l’Église catholique souterraine en Chine à des fins politiques.

 

Des observateurs du Vatican se demandent maintenant si le pape François reçoit suffisamment de ces informations de haute qualité dont les dirigeants de la planète ont besoin, ou s’il choisit plutôt de se fier à son instinct et à son propre réseau d’informateurs qui lui refilent des informations clandestinement.

Depuis son élévation à la papauté il y a cinq ans, le pape a créé une structure de renseignement informelle qui se frotte souvent aux instances vaticanes officielles. Cela inclut un petit «conseil de cuisine» de neuf cardinaux qui se rencontrent tous les trois mois au Vatican et qui ont l’oreille du pape, en plus des breffages normaux qu’il reçoit des responsables du Vatican.

 

Événement rare, le Vatican s’est porté cette semaine à la défense du pape, des renseignements qu’il reçoit et de sa compréhension du dossier chinois. Le bureau de presse du Saint-Siège a indiqué que le pape suit les négociations avec la Chine quotidiennement, qu’il est informé «fidèlement» par ses conseillers et qu’il est entièrement d’accord avec son secrétaire d’État dans cette affaire.

«Il est donc étonnant et regrettable que des membres de l’Église prétendent le contraire, générant ainsi confusion et controverse», a dit le porte-parole du Vatican, Greg Burke.

Une telle défense serait normalement superflue, puisque les papes vivent habituellement au sein de leurs principaux conseillers. Mais le pape François habite l’hôtel Santa Marta, au Vatican, et non au Palais apostolique, où il lui est plus facile de laisser sa porte ouverte en tout temps pour accueillir ceux qui l’alimentent en informations informelles.

«Malheureusement il est victime du syndrome Santa Marta, explique le journaliste italien Massimo Franco. Le pape voulait y habiter parce qu’il ne voulait aucun filtre entre le secrétaire d’État et lui. Mais en revanche, ça le condamne à aussi recevoir des informations un peu informelles qui ne sont pas toujours précises.»

Le pape est maître de son agenda à Santa Marta, il fait ses propres appels et il gère ses propres visites, souvent à l’insu du bureau du protocole du Vatican. Il ne regarde pas la télévision et ne consulte pas internet, mais il lit le quotidien italien Il Messaggero et des extraits d’autres médias, en plus de ce qui lui est fourni par le Vatican.

Certaines informations lui arrivent en personne et d’autres par écrit; ces dernières sont placées à la réception de l’hôtel dans un cartable de cuir rouge que remet chaque jour un Garde suisse à l’un de ses deux secrétaires particuliers. L’un d’eux est monseigneur Fabian Pedacchio, un prêtre argentin que le pape, à l’époque où il était archevêque de Buenos Aires, avait envoyé à Rome.

Le pape s’appuie d’ailleurs sur une garde rapprochée composée essentiellement d’amis connus en Argentine qui l’informent des événements au Vatican et ailleurs dans l’Église.

Il peut aussi se révéler excessivement têtu une fois qu’il a pris une décision en fonction de l’information qui s’est rendue jusqu’à lui, comme en témoigne sa décision de limoger le directeur adjoint — pourtant fort respecté — de la Banque du Vatican, Giulio Mattietti. Aucune explication n’a été fournie pour ce congédiement annoncé à la fin de l’an dernier.

Quand il s’est ensuite adressé au personnel du Vatican à l’occasion de Noël, le pape a dénoncé les employés congédiés qui «se déclarent incorrectement des martyrs du système, d’un ‘pape qu’on garde dans le noir’».

Mais dans le dossier du prêtre pédophile chilien, le pape François n’a eu d’autre choix que d’admettre non seulement qu’il avait commis une erreur, mais aussi qu’il ne savait peut-être pas tout.

Le Vatican a annoncé mardi l’envoi au Chili par le pape de son principal enquêteur en matière de crimes sexuels, pour tenter de déterminer si un évêque a enterré ou non les agissements du plus infâme prêtre pédophile du pays. Le pape avait farouchement défendu l’évêque Juan Barros pendant sa visite au Chili; il a changé d’idée à la lumière d’«informations récentes», selon M. Burke.

Le pape a semblé complètement ignorant du fait que les victimes chiliennes du père Fernando Karadima prétendent depuis des années que monseigneur Barros a fermé les yeux sur tout. Un survivant, Juan Carlos Cruz, l’a même raconté sous serment aux procureurs chiliens.

Cette information semble ne s’être jamais rendue jusqu’au pape — ouvrant la porte à l’une des pires gaffes de sa papauté quand il a demandé des «preuves» que monseigneur Barros a camouflé les crimes du père Karadima. Sans ces preuves, a-t-il assuré, les allégations contre lui ne sont que des «calomnies».

Le pape y est ensuite allé d’excuses partielles. Mais au moment de repartir pour Rome le 21 janvier, le pape soutenait encore et toujours qu’il était convaincu de l’innocence de monseigneur Barros, tout en se disant prêt à écouter ceux qui auraient de l’information à ce sujet.

Dans une telle situation, le pape aurait reçu des informations de son ambassadeur au Chili qui, comme tous les autres émissaires du Vatican, transmet chaque jour au secrétariat d’État des dépêches chiffrées que le pape lit chaque matin. Il est aussi informé par la hiérarchie de l’Église locale, dont une délégation importante s’est rendue au Vatican en février 2017.

Un des cardinaux qui conseillent le pape est aussi originaire du Chili. Monseigneur Francisco Errazuriz, l’archevêque à la retraite de la ville de Santiago, a témoigné qu’il ne croyait pas les victimes du père Karadima et qu’il avait classé l’affaire — jusqu’à ce qu’il soit obligé de la relancer quand les victimes sont sorties sur la place publique.

Conséquemment, à n’importe quel moment, quiconque ne croyait pas les victimes ou souhaitait protéger monseigneur Barros avait la possibilité de filtrer ou de discréditer le témoignage des victimes avant même que ça n’atteigne les oreilles du pape.

Commentaires

  • Ignorant, le pape ? Dans ce dossier de pédophilie cléricale au Chili, il semblait, au contraire, connaître le dossier et avoir conclu qu’il n’y avait pas de preuve. En quoi il a sans doute raison. Mais les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire dans le contexte détestable qui entoure ce genre d’affaires qui décrédibilisent l’Eglise catholique. Il a tout simplement été maladroit et l’a reconnu publiquement.

  • Il faut souvent bien du courage pour reconnaître ses erreurs.

    C'est, entre autre, ce que j'aime chez le pape François !

  • Le pape a osé défendre la présomption d'innocence qui est un pilier fondamental de toute saine démocratie (vivant en RDC ou c'est la présomption de culpabilité qui règne, j'en sais quelque chose!), face au tribunal médiatique! C'est tout à son honneur. Ensuite, grâce à un complément d'informations, il révise loyalement sa position en envoyant un enquêteur sur place...c'est une fois encore tout à son honneur.

  • Le pape aurait été avisé en 2015 des agissements du clergé chilien

    Le pape François aurait reçu en 2015 la lettre explicite d'une présumée victime qui détaille l'agression sexuelle qu'elle a subie de la part d'un prêtre et qui condamne l'aveuglement volontaire du clergé chilien, ont confié à l'Associated Press l'auteure de la lettre et des membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs.

    ASSOCIATED PRESS
    Le pape a récemment déclaré qu'aucune victime n'avait dénoncé les tentatives de l'Église chilienne d'étouffer ce scandale.

    L'existence de cette lettre manuscrite de huit pages remet en question la politique de « tolérance zéro » du souverain pontife envers les agressions sexuelles et les dissimulations. Elle laisse également planer une ombre sur sa présumée empathie envers les victimes d'agressions sexuelles, envenimant encore davantage la pire crise de sa papauté.

    Le scandale a éclaté le mois dernier, lors de la visite du pape en Amérique du Sud. François a été vivement critiqué pour avoir défendu avec vigueur l'évêque Juan Barros qui est accusé par de présumées victimes d'avoir balayé sous le tapis des agressions sexuelles qui auraient été commises par le père Fernando Karadima.

    Pendant ce voyage, le pape a qualifié de « calomnies » les allégations à l'endroit de l'évêque Barros; il semblait ne pas savoir que plusieurs victimes prétendent qu'il était présent au moment des agressions du père Karadima.

    Peu après, à bord de l'avion qui le ramenait au Vatican, le pape a déclaré à l'Associated Press (AP) : « Vous me dites en toute bonne foi qu'il y a des victimes, mais je n'en ai vu aucune, parce qu'elles ne se sont pas manifestées. »

    Lettre remise à un adjoint

    Quatre membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs assurent au contraire qu'en avril 2015, ils ont remis en mains propres à un adjoint du pape, le cardinal Sean O'Malley, une lettre de la présumée victime, Juan Carlos Cruz, qui décrivait les attouchements et les baisers du père Karadima et le comportement de l'évêque Barros.

    « Quand nous lui avons remis la lettre pour le pape, il nous a assuré qu'il la lui donnerait et qu'il transmettrait nos préoccupations au pape, a dit à l'AP une ancienne membre de la Commission, Marie Collins. Plus tard, il nous a assuré que ça avait été fait. »

    Mme Collins a montré à l'AP une photo où on la voit remettant la lettre au cardinal.

    Juan Carlos Cruz, qui vit maintenant à Philadelphie, aux États-Unis, affirme que le cardinal O'Malley lui a téléphoné pour l'assurer que sa lettre avait été transmise au pape.

    Le cardinal O'Malley m'a appelé après la visite du pape, ici à Philadelphie, et il m'a entre autres dit qu'il avait remis la lettre au pape en mains propres.

    Juan Carlos Cruz, présumée victime du père Karadima
    Ni le Vatican ni le cardinal O'Malley n'ont répondu à de multiples demandes de commentaires.

    Le père Karadima était un prêtre charismatique proche du pouvoir. Ses victimes se sont exprimées publiquement en 2010, après avoir dénoncé pendant des années aux autorités religieuses que le père Karadima les embrassait et les caressait quand elles étaient adolescentes. Des allégations à son sujet circulaient depuis 2002.

    Plusieurs Chiliens n'ont pas encore pardonné au pape d'avoir ensuite nommé Juan Barros, un proche du père Karadima, comme évêque de la ville d'Osomo, dans le sud du pays. L'évêque Barros nie avoir été au fait des agissements de Fernando Karadima, mais des doutes subsistent. Les victimes du prêtre affirment que Mgr Barros a tout vu, mais qu'il n'a rien fait.

    Sa nomination a profondément divisé le diocèse d'Osomo et miné encore plus la crédibilité de l'Église au Chili.

    Le Vatican a condamné le père Karadima à une vie de prière et de pénitence en 2011. Une juge chilienne a aussi estimé que ses victimes étaient crédibles, mais qu'il était impossible de déposer des accusations en raison du temps qui s'était écoulé.

    Le Vatican a annoncé la semaine dernière l'envoi au Chili par le pape de son principal enquêteur en matière de crimes sexuels, pour tenter de déterminer si l'évêque Barros a étouffé ou non les agissements du père Karadima.

    Dans sa lettre, M. Cruz supplie le pape de l'écouter et de respecter son engagement de « tolérance zéro ».

    Saint-Père, je vous écris cette lettre parce que j'en ai assez de me battre, de pleurer et de souffrir. Notre histoire est bien connue et il n'est pas nécessaire de la répéter, sauf pour vous témoigner de l'horreur d'avoir subi ces agressions et vous dire que j'ai voulu m'enlever la vie.

    Extrait de la lettre de Juan Carlos Cruz, présumée victime du père Karadima
    « Saint-Père, la douleur et l'angoisse que nous ont causés ces agressions sexuelles et psychologiques sont suffisamment graves, mais les mauvais traitements qui nous été infligés par nos pasteurs sont presque pires », a-t-il écrit.

    M. Cruz décrit en termes explicites la nature homoérotique du cercle de jeunes garçons et des prêtres qui entourait le père Karadima. Juan Barros est notamment issu de la communauté El Bosque que dirigeait le père Karadima à Providencia, un quartier huppé de Santiago.

    Il affirme avoir vu Fernando Karadima embrasser l'évêque Barros et lui caresser les parties génitales. Il fait état de gestes similaires envers des adolescents et de jeunes prêtres. Il raconte que les jeunes religieux et les séminaristes se querellaient pour s'asseoir près du père Karadima à table et profiter de son affection.

    « Le plus difficile était quand nous étions dans la chambre de Karadima et que Juan Barros, s'il n'embrassait pas Karadima, regardait pendant que Karadima nous touchait, les mineurs, et qu'il nous forçait à l'embrasser, en disant : "Mets ta bouche près de la mienne et sors ta langue" », selon la lettre consultée par l'AP.

    « Il sortait ensuite la sienne et il nous embrassait avec sa langue, raconte M. Cruz au pape. Juan Barros a été témoin de tout ça un nombre incalculable de fois, pas seulement avec moi, mais aussi avec d'autres. Juan Barros a enterré tout ce que je vous ai dit », poursuit la présumée victime.

    Juan Barros a fréquemment affirmé ne rien avoir à se reprocher. Dans une récente déclaration à l'AP, il a ajouté n'avoir « jamais approuvé ni participé à de tels actes graves ». « Je n'ai jamais été reconnu coupable par aucun tribunal de telles choses », a-t-il dit.

    Un des principaux conseillers du pape, le cardinal chilien Francisco Errazuriz, est l'archevêque à la retraite de la ville de Santiago. Il a témoigné qu'il ne croyait pas les victimes du père Karadima et qu'il avait classé l'affaire, jusqu'à ce qu'il soit obligé de la relancer quand les victimes sont sorties sur la place publique.

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