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Après Vatican II, peut-on jeter l’idéal de chrétienté aux poubelles de l’histoire ?

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théorie des deux glaives images.jpgDans le bi-mensuel L'Homme Nouveau, l'abbé Claude Barthe revient sur le dernier livre de Rémi Brague et les relations entre l'Eglise et l'Etat. Extrait lu sur le blog du « Salon beige » :

"[...] il est un point très assuré dans la doctrine de l’Église, qui veut que les représentants du pouvoir civil ne puissent pas davantage se montrer indifférents en matière religieuse que ne le peuvent les parents dans une famille. Rémi Brague parle de la « tentation » que présenta Constantin à l’Église, et à laquelle elle succomba. En réalité, si l’on en croit Aristote, la finalité – naturelle– de la Cité est de conduire les hommes à la vertu, ce qui revient, explique saint Thomas, à les disposer à leur bien surnaturel. D’où l’intérêt d’avoir des gouvernants qui soient chrétiens, et si possible bons chrétiens, saint Louis ou saint Étienne plutôt que Constantin. Ce n’est pas parce que cet idéal dit de chrétienté a été totalement subverti et se trouve, à vue humaine, irréalisable, qu’on peut le jeter aux poubelles de l’histoire. L’ordre du Christ de « baptiser toutes les nations » était traditionnellement compris comme se réalisant lorsque ceux qui sont en charge de la Cité terrestre s’associent au culte chrétien, de la même manière d’ailleurs qu’ont à le faire les parents dans une famille (Pie XII, Mediator Dei). C’est ainsi. Même lorsqu’elle ne peut l’appliquer pleinement, l’Église ne brade pas sa doctrine.

Mais non-séparation n’a jamais voulu dire confusion, même si les passions des hommes d’Église et des hommes d’État ont engendré bien des abus. Car de même que la grâce se distingue de la nature tout en la transformant, l’Église est autre que la Cité, chacune autonome dans son domaine. Cette autonomie découlant du « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu» (Mt 22, 21) ne pouvant faire oublier que ce qui est à César revient aussi à Dieu, dont César est dans cet ordre-là le représentant (Rm 13, 1). [...]"

Ref. Ce n’est pas parce que cet idéal de chrétienté se trouve, à vue humaine, irréalisable, qu’on peut le jeter aux poubelles de l’histoire

Selon la théorie classique des "deux glaives", le pouvoir spirituel de l’Eglise, qui commande et ordonne le bien commun surnaturel, et le pouvoir temporel de la société civile, qui commande et ordonne le bien commun naturel, ne peuvent s’opposer : ils se complètent et doivent s’aider mutuellement, sachant que le pouvoir spirituel prime sur le pouvoir temporel (comme l’explique saint Thomas d’Aquin dans le De Regno). Les deux ont le même objet sous des modalités différentes : le bien des âmes.

Pie XII, dans une allocution datée du 23 mars 1958 ne disait pas autre chose en déclarant qu’il s’agit de maintenir les deux pouvoirs, spirituel et temporel, « distincts mais toujours aussi unis, selon de justes principes ».

Quels principes ? A cet égard, Benoît XVI a déclaré dans une lettre au président du sénat italien (à l’occasion du congrès « liberté et laïcité » à Nursie, 14-16 octobre 2005) que « les droits fondamentaux représentent des valeurs antérieures à toute juridiction de l’Etat. Ils n’ont pas été créés par le législateur mais sont inscrits dans la nature même de la personne humaine et peuvent, par conséquent, renvoyer finalement au Créateur ». Bien que le pape ne précise pas davantage quels sont ces droits « fondamentaux », on peut raisonnablement penser qu’il se réfère ici aux principes du Décalogue, lequel énonce concrètement les devoirs et donc, corrélativement, les droits de l’homme révélés par le Seigneur Lui-même.

Et dans son testament spirituel « Mémoire et Identité » (Flammarion, 2005) saint Jean-Paul II est tout aussi clair : « La loi établie par l’homme a des limites précises que l’on ne peut franchir. Ce sont les limites fixées par la loi naturelle, par laquelle c’est Dieu lui-même qui protège les biens fondamentaux de l’homme »

JPSC

Commentaires

  • Selon moi, Vatican II n'a rien à voir.
    Il n'y avait déjà plus un seul pays avec gouvernement chrétien depuis 1789, Napoléon et le 19e siècle. Plus aucune loi, nulle part, n'est désormais votée selon le Décalogue et les Évangiles. Toutes les lois, partout, sont votées selon les droits de l'homme sans Dieu et selon les lois du dieu Argent, c'est-à-dire, selon les droits de Satan. Les droits de Dieu sur sa propre Création sont bafoués partout.
    Mais tout cela est tellement bien emballé que la plupart des gens ne voient même pas ce que Satan leur a vendu depuis deux siècles.

  • @ in petto
    Le concile Vatican II a quelque chose à y voir sur le plan des principes en ce sens que depuis le vote de la Déclaration « Dignitatis humanae » (1965), l’Eglise n’a eu de cesse de faire abolir les dispositions constitutionnelles ou concordataires qui, en Europe ou ailleurs, conféraient au catholicisme le statut de religion d’Etat. A l’ancienne doctrine, qui « tolérait » l’expression publique des autres cultes, elle substitua celle de l’Eglise libre dans l’Etat libre favorisant le concert pluraliste des religions et convictions. Ce faisant, elle avalise une situation de fait.

  • @JPSC
    C'est pourtant bien 1789 qui a introduit le multi-religieux et le multi-culturel partout. C'est le moyen le plus sûr de détruire la religion majoritaire d'un pays. Et donc de détruire ce pays, puisque c'est sa religion qui l'a construit tel qu'il est.
    Si je ne me trompe, la Belgique par exemple est toujours sous le régime concordataire napoléonien et est en même temps le pays qui produit le plus de lois anti catholiques, sans aucune opposition.
    L'Église catholique est la seule qui résiste aux pressions et persécutions depuis 1789. Les Église protestantes sont totalement soumises à l'État et sont en déliquescence doctrinale et morale partout.

  • @ In petto

    La Belgique n’est pas un pays concordataire : le concordat napoléonien de 1801 a cessé de produire ses effets sur le territoire des anciens Pays-Bas méridionaux annexés par la France dès le rattachement de ceux-ci aux Pays-Bas du Nord par le Congrès de Vienne en 1815 .

    La situation religieuse de la Belgique lors de son accession à l’indépendance en 1830 a été réglée par un arrangement politique national entre Libéraux et Catholiques. Le Constituant de 1831, auteur de l’une des Lois fondamentales les plus libérales qui soient à l’époque, n’a en aucune manière reconnu le concordat de Napoléon.

  • @ In Petto,

    L'Espagne et le Portugal avait le catholicisme pour religion d'Etat pendant le Concile Vatican II et le Pape Paul VI a demandé de corriger ce concordat pour donner plus de place aux autres cultes. Il ne faut pas refaire l'histoire pour tenter de défendre un concile qui a échoué.

  • @JPSC
    Il me semble qu'il y a des fabriques d'église en Belgique. Aucun bien de l'Église n'a donc été restitué aux catholiques ?

    Les membres du clergé sont bien subsidiés par l'État comme des fonctionnaires ?

    Et on a bien vu le Cardinal Danneels traîné entre deux agents de l'État, comme un malfaiteur, sur base d'accusations calomnieuses ?

    Et plus aucune loi de l'État belge ne tient compte du Décalogue ou des Évangiles. Elles sont plutôt opposées ?

    Comment croire par conséquent que l'Église belge ne soit pas soumise à l'État belge ? Peu importe que cela s'appelle Concordat ou non.

  • @Nicolas.
    Je ne connais pas ces Concordats.
    Mais il y eut aussi des Concordats avec Napoléon, Mussolini et Hitler.
    Tous les Concordats sont des contrats léonins qui soumettent l'Église à l'État.
    Prendre la défense des Concordats n'est pas très catholique.

  • Le concordat napoléonien, qui est un acte de droit international, ne fait plus partie de l’arsenal juridique belge : il n’est plus une source de notre droit. Il n’y a pas de discussion là-dessus. Cela ne signifie pas que toutes les lois antérieures à l’accession de la Belgique à l’indépendance ont été ipso facto abrogées : c’est le législateur qui décide, mais sans devoir se soumettre à des exigences concordataires, de maintenir, abroger ou changer les lois.
    Celles-ci, comme vous le savez, sont le fruit des rapports de force devenus traditionnels en Belgique : entre chrétiens et non chrétiens, francophones et néerlandophones. Il est un fait qu’à partir des années 1960 les catholiques ont progressivement perdu la majeure partie de l’influence importante qui était la leur depuis les années 1880. Les choses étaient beaucoup plus partagées dans les cinquante premières années de l’existence du royaume où le suffrage censitaire faisait la part belle aux bourgeois anticléricaux, sous le règne d’un roi lui-même franc-maçon et protestant.
    L’idée d’une Eglise libre dans un Etat libre, comme aux Etats-Unis je pense, n’est pas dans notre esprit des lois, ni sous l’ancien régime ni après : je ne juge pas, je constate

  • J'ai parfois l'impression que nous ne faisons pas de nos biens ce que nous voulons . Notre jolie petite église blanche au toit rouge ( années 50 ) fut vendue (+- 250.OOOeuros ) à un cirque subsidié comme centre culturel ( ! ) .Un maître vitrier religieux aurait voulu l' acquérir mais ne réussit pas ... Une église évangélique non plus. C'est dur pour les paroissiens qui habitent aux alentours.

  • @Petto

    Le concordat signé par l'Espagne était un concordat qui bénéficiait largement à l'Eglise. Enfin j'ai du mal à comprendre comment on peut juger les pratiques anciennes de l'Eglise quand on sait qu'il n'y a à peine qu'1 % de la population qui est encore pratiquante aujourd'hui en France comme en Belgique.

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