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«Qui n’est pas contre nous est pour nous» (26e dimanche du temps ordinaire)

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Une homélie du frère Luc-Thomas Somme (archive du 28 septembre 2003)

«Qui n’est pas contre nous est pour nous»

Au début de l’épître aux Philippiens, l’Apôtre remarque, avec grande lucidité, que, parmi ceux qui redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la Parole, certains le font par charité et d’autres par envie et en esprit de rivalité et d’intrigue. Serait-ce alors l’occasion de dénoncer les faux-prophètes? Avec une singulière largeur de vue, Paul s’écrie au contraire: Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé et je m’en réjouis (Ph 1, 18). A saint Jean, qui demande confirmation à Jésus, du fait que toute expulsion de démon doit être dûment brevetée, le Seigneur donne la consigne de laisser faire: qui n’est pas contre vous est pour vous, lit-on en saint Luc (Lc 9, 50), et dans la version de saint Marc dont nous venons d’entendre la proclamation: qui n’est pas contre nous est pour nous (Mc 9, 49). Déjà l’autorité de Moïse avait approuvé la prophétie anarchique d’Eldad et Medad, ainsi que nous l’a relaté le livre des Nombres. Pauvre Josué qui espère empêcher que l’effusion de l’Esprit ne s’évade des structures officielles: Moïse mon maître, arrête-les! Pauvre zélé Josué sa générosité mal éclairée porte autant à faux que celle de Pierre tranchant l’oreille du serviteur du grand prêtre lors de l’arrestation de Jésus ou de cet émissaire qui vient tout guilleret apporter à David ce qu’il croit être une bonne nouvelle: la mort de son fils révolté mais chéri Absalom. Moïse lui dit: «Serais-tu jaloux pour moi? Ah! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes!» (Nb 11, 29). Il est beau ce souhait magnanime, qui ne confisque pas pour soi le mérite de tout bien, qui se réjouit sans jalousie que d’autres fassent éventuellement mieux. Cette belle joie de Moïse ne peut qu’être nôtre aujourd’hui, car son souhait, traduit en prophétie par Joël – je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront (Jl 3, 1) – a trouvé sa réalisation à la Pentecôte et nous formons désormais un peuple de prophètes, non moins que de prêtres et de rois. Et partout où souffle cet Esprit Saint, c’est-à-dire où il veut, comme il veut, en qui il veut, la Parole de Vie est exhalée et le salut diffusé. Il ne nous appartient ni d’en fixer ni même d’en connaître les limites. C’est pourquoi qui n’est pas contre nous est pour nous. Mais cet Esprit est l’Esprit du Christ et sans Lui nul ne peut seulement dire que Jésus est Seigneur. Il nous conduit et nous configure au Christ, l’unique médiateur, celui dont le Nom est au-dessus de tout Nom, le seul par lequel nous puissions être sauvés. C’est pourquoi l’Évangile recueille de ses lèvres ces paroles abruptes: Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe (Lc 11, 23; Mt 12, 30).

Il y a l’un et il y a l’autre: qui n’est pas contre nous est pour nous, d’une part, et qui n’est pas avec moi est contre moi, d’autre part. La tension, le paradoxe, la contradiction ne sont qu’apparents car si ceux qui sont conduits par l’Esprit, ceux-là sont fils de Dieu et donc dans le Christ, en revanche qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. N’est-il pas sous la mouvance de l’Esprit celui qui donne un verre d’eau au frère de Jésus? Aussi ne restera-t-il pas sans récompense. N’a-t-il pas congédié l’Esprit celui qui scandalise le petit qui croit au Christ, ce plus petit auquel Jésus aime à s’identifier en sorte que c’est Lui, Jésus, qui est en fait atteint: ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait? Aussi le scandale ne restera-t-il pas sans châtiment. L’Évangile se fait ici d’une sévérité extrême: mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une des meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. S’il en est ainsi, tout ce qui de notre vie terrestre entrave notre entrée dans la vie éternelle, doit être retranché. Même si les images de mutilation corporelle employées ici demandent à être interprétées selon la culture, la langue et le temps de l’Évangéliste et ne pas être appliquées littéralement comme le fit un célèbre Père de l’Église, gardons-nous pour autant de diluer ou d’affadir l’avertissement de Jésus: notre regard sur Dieu est-il assez confiant, assez lucide pour le reconnaître en celui qui prophétise quoique sans mission, en celui qui expulse un démon quoique sans mandat, en celui qui offre les gestes de l’hospitalité à l’étranger ou l’inconnu, en celui dont l’innocence est flétrie par de sordides égoïsmes? Dieu est là, mille fois là mais nos yeux sont-ils ceux de veilleurs, de guetteurs, de prophètes? Que la Bienheureuse Vierge Marie nous aide à acquiescer comme elle aux surprenantes visites de notre Dieu. Que le Ressuscité, ici même, à la fraction du pain, ouvre nos yeux, et que nos cœurs brûlants reçoivent de son Esprit l’intelligence des Écritures.

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