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Le prochain synode sur l'Amazonie : une assemblée décisive pour le pontificat de François

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De Marie-Lucile Kubacki sur le site de l'hebdomadaire La Vie :

Synode sur l’Amazonie : l’heure du bilan pour le pape François

 
27 mai 2019 : Le pape François reçoit en audience privée le chef indigène de l’Amazonie Raoni Metukire, leader du peuple Kayapo et sa délégation. © VaticanMedia-Foto/CPP/CIRIC

27 mai 2019 : Le pape François reçoit en audience privée le chef indigène de l’Amazonie Raoni Metukire, leader du peuple Kayapo et sa délégation. © VaticanMedia-Foto/CPP/CIRIC

Le Vatican a rendu public lundi 17 juin le document de travailinstrumentum laboris ») en vue du prochain synode sur l’Amazonie, qui se tiendra du 6 au 27 octobre prochain. Et, déjà, le texte positionne cette prochaine assemblée comme décisive pour le pontificat.

Le synode sur l’Amazonie ouvrira-t-il la porte à l’ordination d’hommes mariés ? Jusqu’à présent, la plupart des analyses se sont focalisées, non sans raison, sur cette question assez épineuse et clivante qui, si elle venait à être tranchée par la positive, marquerait une inflexion majeure. Et dans le document de travail qui vient d’être rendu public, elle n’est pas évacuée. Afin de mieux répondre aux besoins des peuples amazoniens, la possibilité de nouveaux ministères est ainsi envisagée : « Considérant que le célibat est un don pour l'Église, nous demandons que, pour les zones les plus reculées de la région, la possibilité d'ordination sacerdotale d'anciens, de préférence autochtones, respectés et acceptés par leur communauté, soit étudiée, même s'ils ont déjà famille établie et stable, afin de garantir les sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne. »

Nous demandons que, pour les zones les plus reculées de la région, la possibilité d'ordination sacerdotale d'anciens, de préférence autochtones, respectés et acceptés par leur communauté, soit étudiée.

Bien sûr, la question des viri probati est liée à l’impossibilité pour les prêtres en présence de couvrir un territoire aussi immense et de permettre une pratique sacramentelle régulière. Avec cette quadrature du cercle théologique : comment maintenir l’affirmation que l’eucharistie fait l’Église si les ministres ordonnés viennent à manquer ? Mais la philosophie qui sous-tend cette réflexion est aussi celle de l’inculturation, chère à François, déjà présente dans le document d’Aparecida (2007). L’idée que les peuples autochtones qui prêchent aux autochtones sont d’autant mieux capables de communiquer le message de l'Évangile qu’ils le font avec « une connaissance approfondie de leur culture et de leur langue ». C’est la condition sine qua non pour passer d’une « Église qui visite » à une « Église qui reste », qui accompagne et qui est présente à travers des ministres issus de ses propres habitants. Dans cette perspective, sont également envisagés un type de « ministère officiel » pouvant être attribué aux femmes, mais aussi des manières de renforcer la coresponsabilité, en formant les laïcs.

Pourtant, on ignore de quelle manière le synode tranchera ce point sensible. Et ce d’autant plus que le pape a récemment déclaré, dans le vol retour du Panama, qu’il ne s’imaginerait pas digne de se présenter devant Dieu en ayant pris la décision de rendre le célibat optionnel, tout en évoquant les discussions actuelles concernant des endroits très reculés. Une formule qui rend impossible le fait de savoir si pour lui la porte est définitivement fermée ou très légèrement entre-ouverte. Et la question ne doit pas cacher la forêt du synode. En effet, dès l’introduction, cette assemblée apparaît comme un « bilan », presque un « testament » - au sens étymologique de témoignage - du pontificat, non pas au sens où il s’agirait du dernier acte de François, mais dans la mesure où il fait la synthèse de tout ce qui a été mis en place par le pape depuis son élection, jetant un éclairage déterminant sur les six années qui viennent de s’écouler.

« Suivant la proposition du Réseau ecclésial panamazonien (REPAM), est-il ainsi annoncé en prologue, le document est structuré sur la base des trois conversions auxquelles le pape François nous invite : la conversion pastorale à laquelle il nous appelle par le biais de l'exhortation apostolique Evangelii gaudium (voir-écouter) ; la conversion écologique à travers l'encyclique Laudato si', qui donne l’orientation du chemin (juger-agir) ; et la conversion à la synodalité ecclésiale à travers la Constitution apostolique Episcopalis communio, qui structure la marche ensemble (juger-agir). » Ainsi, François, qui depuis le début de son pontificat martèle qu’il est pécheur - et dont le tout premier geste a été de s’incliner devant la foule pour inviter chacun à prier pour lui - et qui n’a de cesse de promouvoir le sacrement de réconciliation, confirme à travers ce synode la volonté placer son pontificat sous le signe de la conversion.

François, qui depuis le début de son pontificat martèle qu’il est pécheur, confirme la volonté placer son pontificat sous le signe de la conversion.

Conversion écologique, car la maison brûle : « Le changement climatique et l'augmentation des interventions humaines (déforestation, incendies et modifications de l'utilisation des terres) amènent l'Amazonie à un point de non retour », un « tournant » vers la désertification. Ce tournant dramatique est pourtant un « moment de grâce », un kaïros, et dans ce contexte, le synode peut devenir « un signe d’espérance pour le peuple amazonien et toute l’humanité ». Conversion pastorale et ecclésiologique, pour « répondre avec honnêteté et style prophétique au cri des peuples en faveur de la vie et de la terre amazonienne ». Dans ce contexte, « de nouveaux espaces sont ouverts pour recréer des ministères adaptés à ce moment historique ». Il est temps, martèle le document, « d'écouter la voix de l'Amazone et de réagir en tant qu'Église prophétique et samaritaine ».

C’est tout le paradoxe de ce synode : premier synode local initié par François - il se focalise sur une ère géographique précise -, il pourrait bien être le plus représentatif du pontificat et le plus universel. Comme le pape l’a déjà dit, l’Amazonie est une sorte de laboratoire du monde et de l’Église. Voilà pourquoi la question de l’ordination de viri probati est si complexe, car on imagine mal qu’elle puisse être traitée uniquement comme une « exception locale », sachant que d’autres Églises locales, en Allemagne notamment, sont particulièrement actives sur le sujet. Cela illustre la complexité de la réforme ecclésiale souhaitée par le pape, qui passe par une plus grande autonomie des Églises locales. Comment trouver la juste mesure entre la dimension universelle, la catholicité de l’Église, et les dynamiques locales, les logiques d’inculturation ? Ce synode sur l’Amazonie s’annonce à la fois comme un temps de bilan et une heure de vérité du pontificat.

 

Jeanne Smits, sur son blog, y va de son analyse et se montre très pessimiste...

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