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Etre missionnaire en Belgique au milieu des musulmans, des athées , des agnostiques et des indifférents

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C’est le lot d’un fils de l’Afrique Chrétienne dans le melting pot européen d’aujourd’hui: Camerounais, le Père Etienne, nouveau curé de l'église Saint-Jean Baptiste à Molenbeek, résume  "Je suis appelé à m'intégrer". Un témoignage recueilli par la RTBF et relayé par le Forum Catholique :

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Le Père Etienne Kangue Essiben a été installé en septembre dernier. 

Molenbeek-Saint-Jean doit une partie de son nom à Saint-Jean Baptiste dont l’église se dresse sur le parvis du même nom. Le lieu avec sa flèche est un phare dans la commune. Un phare dont vient de prendre possession le père Etienne Kangue Essiben, 42 ans. Nommé en juillet, installé en septembre, le Père Etienne est le nouveau curé de l’église. "Je suis le curé de l’église Saint-Jean Baptiste, de l’église Saint-Rémi et de l’église Sainte-Barbe, responsable de l’unité pastorale de Molenbeek-Centre", introduit l’homme, d’origine camerounaise, récemment naturalisé. Il nous reçoit dans la nef, baignée de chants liturgiques. "Je suis prêtre missionnaire de la Congrégation du Saint-Esprit."

Cet ex-enseignant rentré dans les ordres, puis formé à la psychothérapie a d’abord été actif dans la région de Charleroi, après un séjour en Espagne en tant que missionnaire. Dans le Hainaut, au contact des migrants mais également des sans-abri et des toxicomanes, il développe l’écoute et le contact humain.

Envoyé par ses supérieurs

Cette année, une nouvelle mission lui est confiée, celle de reprendre l’unité pastorale du centre de Molenbeek. "J’atterris à Molenbeek, toujours envoyé par mes supérieurs", poursuit notre interlocuteur portant la chemise romaine. "Les prêtres missionnaires religieux vont d’un point à l’autre en fonction des besoins et du charisme, c’est-à-dire de ce pour quoi ils sont missionnés. En tant que missionnaires, nous faisons le vœu d’obéissance : on est disposé à aller là où le besoin se fait. Mon prédécesseur, le Père Aurélien, est dans la même congrégation que moi. Après un temps à Molenbeek, environ six années, il a été appelé ailleurs. Nous sommes toujours en marche "vers", nous ne sommes jamais statiques. Cette façon de faire nous ouvre aux autres horizons. On vient d’ailleurs, pour ici, pour ailleurs."

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Une architecture Art déco que l'on doit à Joseph Diongre en 1932 

Autour de l’église Saint-Jean Baptiste vit une importante communauté arabo-musulmane. La commune a souffert d’une image négative après les attentats de Paris et Bruxelles. Le Père Etienne l’admet: il ne connaissait pas grand-chose de Molenbeek. "Avant d’aller à Charleroi, j’avais posé mes valises à Bruxelles, pendant trois mois. Je venais déjà à Molenbeek. Je venais à l’église de temps en temps mais je n’avais pas une connaissance objective de Molenbeek. Evidemment, il y a eu les attentats. J’avais vécu tout cela comme tout le monde, de l’extérieur. Est-ce que j’avais des préjugés ? Non. En raison peut-être de ce que je suis, je ne laisse pas la place aux préjugés. En tant que missionnaire, je suis appelé à m’intégrer. Dans mon expérience de prêtre, j’ai appris avec ceux dans le milieu dans lequel je suis. Il n’y a pas un monde sans problèmes, il n’y a pas d’êtres humains sans extrême. Je fais donc un effort pour prendre de la hauteur par rapport aux préjugés. Je savais qu’autour de l’église, le milieu n’était pas que catholique. C’est un élément qui saute aux yeux. Mais c’est génial et original."

Une tour-minaret

Père Etienne a découvert la commune et son église, édifice classé Art déco que l’on doit à l’architecte Joseph Diongre en 1932. "Je connaissais son histoire. Je ne connaissais pas nécessairement l’art déco car c’est vrai que nous sommes dans une église à l’aspect un peu spécifique." Avec une tour de 68 mètres qui a déjà été associée au minaret d’une mosquée, parallèle ironique devenu rumeur amplifiée par les théoriciens 2.0 du grand remplacement. "Il n’y a pas si longtemps, on m’a demandé si c’était une mosquée. J’ai répondu : non, c’est une église catholique romaine. Elle est certes dans un quartier particulier et c’est ce qui fait la beauté de Saint-Jean. Je vais appeler cela le mystère. Nous sommes dans un quartier d’une diversité qui va dépasser l’être chrétien que je suis. Il me semble qu’il y a plus de 20 mosquées autour de Saint-Jean Baptiste. C’est formidable. Après, il faut que les chrétiens qui viennent ici se sentent chrétiens, qu’ils expriment leur foi. Une foi qui va rentrer dans une singularité de cette profession de foi. Tous mes voisins sont musulmans ou presque. J’ai été accueilli par mon voisin le plus proche qui est musulman, d’origine marocaine. Le premier acte en tant que missionnaire à Molenbeek, ce n’était pas de composer avec les chrétiens mais avec mon entourage."

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Etienne Kangue Essiben vit à Molenbeek depuis cinq mois et le reconnaît : il entend des commentaires à l’extérieur. "Moi je trouve que tout va bien. Je me demande parfois si on me parle de Molenbeek. Il y a un étonnement des gens quand je dis que je suis curé à Molenbeek, un étonnement qui va rappeler un passé qui ne donne pas envie de venir à Molenbeek. La vie ici est calme. Dans une société, il y a des gens respectueux de la différence. Et il y a partout des gens qui ne tendent pas vers la cohésion sociale."

Le prédécesseur du père Etienne travaillait sur les questions du vivre ensemble, à l’image des ruptures du jeûne œcuméniques organisées dans l’église à l’occasion du mois de Ramadan. "L’objectif est de rester dans cette continuité. Nous sommes ouverts pour cela. Mon prédécesseur était remarquable. Il avait du courage. Car il faut avoir l’enthousiasme missionnaire." Depuis son arrivée, Père Etienne a déjà entamé des contacts avec les représentants des autres religions, dans les mosquées où il s’est rendu. Lui reste encore à rencontrer les autorités politiques comme la bourgmestre Catherine Moureaux (PS). "En cette période de l’avent, je me suis également rendu dans une école pour voir comment, dans un établissement avec des élèves majoritairement musulmans, fêter Noël."

Comme d’autres églises catholiques en Europe occidentale, l’église Saint-Jean Baptiste souffre également de la désaffection des fidèles. Chaque dimanche, entre 80 et 100 fidèles participent à la messe. Lors de cérémonies plus festives, la participation peut monter à 300 personnes. Le public est d’origine africaine francophone, européenne…

Père Etienne pratique une approche globale, pas communautaire. "Il faut que chaque fidèle puisse s’exprimer, puisse trouver sa place. Le curé est garant de la vie et de la survie de l’église. La politique, pardon, la pastorale, elle est simple : nous sommes une église qui ne peut vivre que si ceux qui y sont prennent part à la vie courante de cette église. Il faut responsabiliser les gens. Si chacun s’intègre dans cette église, on ne peut parler de désaffection. Car l’église continuera à vivre et chacun y prendra sa place."

Une église centrale

Saint-Jean Baptiste est une église centrale : le Père Etienne en est convaincu. "Elle est centrale d’un point de vue géographique, d’un point de vue culturel. C’est une église qui peut jouer un rôle social et religieux. Quand on est à l’extérieur, quand on voit le bâtiment, on se dit : waouh, c’est un monstre au cœur de Molenbeek. Il faut faire tout ce qui est possible pour que cette église reste ce qu’elle est. Cela passe par l’entretien avec des parties qui ont besoin d’une rénovation, par le bâtiment, par la mise en place d’une permanence… J’ouvre souvent cette église aux voisins. Certains sont ici depuis 15 ans et me confessent qu’ils ne sont jamais entrés ici. Il y a donc quelque chose à faire pour cette église, avec cette église."

Ref. Karim Fadoul pour le site de la RTBF

Loin des idéologies qui tuent le catholicisme européen

JPSC

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