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Foi - Page 5

  • Robert Bellarmin (fêté aujourd'hui) affirmait déjà le droit de résister à une loi injuste

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    Le droit de résistance passive et active à une loi injuste (source : missel.free.fr)

    L’encyclique Evangelium vitæ (25 mars 1995) relance le débat sur la résistance passive aux lois injustes (prudemment appelée objection de conscience) et la race des journalistes mondains qui parlent de tout sans en rien connaître, ont cru y découvrir une nouveauté. Il m’a semblé intéressant, puisque nous célébrons la fête de saint Robert Bellarmin[1], de nous rappeler ce qu’il enseignait du droit de résistance passive et active à une loi injuste.

    C’est la révolte des Vénitiens contre Paul V (1606)[2] qui força Robert Bellarmin à exposer ses idées sur la légitimité de la résistance à une loi injuste, quand les théologiens de la Sérénissime République qui affirmaient que L’homme n’est pas tenu d’obéir au pape quand ce que celui-ci commande est contraire à la loi de Dieu, et même dans quelques autres cas, et qui déclaraient coupables de péché mortel ceux qui avaient obéi à Paul V. Certes, Bellarmin souligne que lorsque le commandement d’un homme est manifestement contraire à la loi de Dieu, c’est un devoir de lui désobéir ; ainsi en va-t-il pour les princes séculiers qui commandent à tous leurs sujets de renier le Christ ou de sacrifier aux idoles, ainsi en va-t-il pour un pape, homme de mauvaise vie, comme l’ont été quelques-uns au temps passé (si les récits qui nous sont parvenus sont véridiques), et voulant user de fait d’une injuste violence (...) si, par exemple, un pape voulait ruiner l’église de Saint-Pierre, pour en bâtir un palais à ses parents, ou s’il voulait déposer tous les évêques, et par ce moyen mettre l’Eglise en trouble, ou s’il voulait faire la guerre sans occasion ni sujet, pour ôter les Élats à leurs vrais possesseurs, ou en gratifier ses proches, les docteurs indiquent les remèdes suivants : avoir recours à Dieu par l’oraison, admonester ledit pape avec tout respect et révérence, n’obéir point à ses commandements notoirement injustes, et enfin lui résister, et empêcher qu’il ne fasse le mal projeté. A Paolo Sarpi[3] qui objectait : Si le prince me commande quelque chose qui soit au détriment des biens temporels, je lui dois obéir, d’autant que le bien particulier doit céder au bien commun, Bellarmin répondait : Je dis que cette raison n’est de mise, d’autant qu’il peut arriver que le prince commande injustement la perte de biens temporels ; et si cette injustice est évidente, je ne lui dois pas obéir ; l’exemple de Naboth est trop clair qui refusa d’obéir au roi Achaz[4].

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  • La Belgique organise un Rosaire aux frontières

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    La Belgique organise un Rosaire aux frontières 

    Depuis le récent centenaire des apparitions de Notre Dame à Fatima, plusieurs pays à travers l’Europe et le monde ont lancé des récitations de Rosaires, pour répondre aux nombreux appels de notre Mère du Ciel.

    La Belgique ne manque pas à cet appel et organise un Rosaire aux Frontières ce 13 octobre 2018 à 15 heures. La participation se concrétisera en récitant le Rosaire soit sur la ligne d’une frontière ou sur la plage, soit n’importe où dans le pays ou à l’étranger avec l’intention de s’associer au Rosaire aux Frontières.

    Les Belges prieront spécialement pour la renaissance de la vie de la foi en Belgique et désirent demander à Notre Dame la grâce de construire une vraie culture de vie, la grâce de la conversion des pécheurs, de la paix au cœur de tous les peuples et nations et celle de l’unité dans l’Église du Christ. Le Rosaire est l’initiative de paix la plus puissante !

    La Conférence épiscopale a été informée du projet que l’Archevêque du diocèse de Malines-Bruxelles, le cardinal Josef De Kesel encourage et porte dans la prière, répondant ainsi à l’appel du cardinal Robert Sarah lors de sa conférence de cette année à Bruxelles :

    « Soyez fermes dans votre foi ! Ne vous laissez pas noyer par le monde d’aujourd’hui. Soyez dans le monde mais pas du monde. Nous devons le porter vers Dieu. N’ayez pas honte de l’Évangile. Soyons courageux. Réveillons notre foi, [réveillons] le soutien de notre foi pour ceux qui sont persécutés… »(Cardinal Robert Sarah, Notre-Dame de Stockel, février 2018).

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  • "Nous voulons une Hongrie chrétienne et une Europe chrétienne"

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    D'Edward Pentin sur le site du National Catholic Register (notre traduction) :

    Le Ministre hongrois des Affaires Etrangères : Nous voulons une Hongrie chrétienne, une Europe chrétienne

    Dans un entretien avec le registre, Péter Szijjártó explique pourquoi, à son avis, la politique d’immigration de son gouvernement, opposée à l’UE, est nécessaire pour préserver l’héritage chrétien de la Hongrie et de l’Europe.

    Ces dernières années, la Hongrie a été presque seule en Europe à lutter pour conserver son héritage chrétien et à préserver son identité chrétienne face à l’Union européenne qui a tenté de faire le contraire.

    C’est ce que beaucoup considèrent comme une politique d’immigration «rigide», tandis que le gouvernement du pays insiste sur une politique judicieuse d’immigration contrôlée (elle s’oppose à l’immigration illégale et irrégulière et favorise un contrôle strict de ses frontières extérieures).

    Cette semaine, cette politique (avec d’autres) a conduit à un affrontement avec le Parlement européen, qui envisage de prendre des mesures disciplinaires sans précédent contre ce pays pour avoir prétendument violé les valeurs fondamentales de l’UE. Si elles étaient approuvées, ces mesures punitives pourraient inclure la suspension du droit de vote de la Hongrie, bien que cela soit considéré comme peu probable. (La Pologne et l'Italie ont déjà annoncé qu'elles y opposeraient leur veto. ndB)

    Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a qualifié cette initiative de «petite revanche» des politiciens favorables à une politique d'ouverture des frontières en Europe.

    Les évêques de la région semblent soutenir la position de la Hongrie sur la migration: les Conférences épiscopales d’Europe centrale et orientale ont publié un communiqué le 7 septembre dans lequel elles affirment "qu’il n'est pas facile de surmonter les différences mentales et culturelles qui existent entre l'Est et l'Ouest". Ils ont ajouté que, même si les pays ne doivent pas être« indifférents » à l'égard de ceux qui sont « en danger de mort ou de famine », tout doit être fait pour aider leurs pays d’origine à résoudre les problèmes qui provoquent les migrations.

    Le 24 août, Szijjártó s’est entretenu avec le Register de sa politique en matière de préservation de l’héritage et de l’identité chrétienne de la nation et a expliqué que la Hongrie est le seul pays au monde à avoir un service dédié aux chrétiens persécutés. Les évêques hongrois soutiennent l’engagement du gouvernement et, le 5 septembre, ils ont lancé un appel pour aider les chrétiens souffrant de persécution en Afrique et en Asie.

    La Hongrie a beaucoup fait pour aider les chrétiens persécutés: quels sont les plans du gouvernement pour l’avenir à cet égard?

    La Hongrie se sent responsable, en tant que représentant un pays chrétien, d’aider les communautés chrétiennes dans le besoin. C’est pourquoi nous avons créé un secrétariat d’État distinct, doté d’un bureau voué à la surveillance de la situation des communautés chrétiennes persécutées. Nous avons toujours donné directement des ressources financières à ces communautés et nous continuerons à le faire. Tout récemment, nous avons décidé d’accorder un million d’euros à l’Église maronite au Liban pour qu’elle puisse mener des actions de soutien aux familles et nous avons également financé la rénovation de plus de 40 églises chrétiennes au Liban. À l’avenir, nous ferons davantage pour aider ces familles chrétiennes à retourner chez elles, [celles] qui ont dû fuir à cause de Daesh ou d’autres organisations terroristes qui ont pris possession de leurs maisons et de leurs territoires.

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  • La profession de foi de Pierre à Césarée et l’annonce de la Croix (24e dimanche du temps ordinaire)

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    La profession de foi de Pierre à Césarée et l’annonce de la Croix (source)

    Marc 8 27 : Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages de Césarée de Philippe, et en chemin il posait à ses disciples cette question  : “  Qui suis-je, au dire des gens  ?  ” 28 Ils lui dirent  : “  Jean Baptiste  ; pour d’autres, Élie  ; pour d’autres, un des prophètes  ” 29 “  Mais pour vous, leur demandait-il, qui suis-je  ?  ” Voilà le sommet de l’Évangile, il tient dans les quelques versets qui suivent. Enfin Jésus pose la question dramatique, la question de confiance et – Pierre lui répond  : “  Tu es le Christ.  ” – Il répond au nom de tous les autres, non sans une lumière spéciale. Il mourra à cause de cette affirmation, il versera son sang après une vie d’apostolat laborieuse parce qu’il croyait que Jésus-Christ était le Christ.

    30 Alors il leur enjoignit de ne parler de lui à personne. Il ne dit pas que c’est faux, mais il leur dit très sévèrement  : «  Taisez-vous sur cela  ». C’est le secret messianique. Jésus ne veut pas voir imposer aux âmes cette affirmation sans preuve et sans réflexion. Il faut qu’elles aient le temps de faire un cheminement pour le comprendre du dedans. Mais c’est fait, il est reconnu par les Apôtres et maintenant, c’est à la vie à la mort, un seul trahira.

    31 Et il commença de leur enseigner. Tout de suite, Jésus les enseigne  ; à peine savent-ils qu’il est le Christ, à peine ont-ils fait le pas de la foi, il leur répond  : “  Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter. Dépassés, les apôtres sont donc emportés à donner leur adhésion d’esprit. Dès qu’ils l’ont fait, Jésus leur découvre le dessein de Dieu sur lui, le dessein de son Père, leur ouvre la porte de l’avenir effrayant qui est en contradiction absolue avec tous les rêves des Juifs de ce temps concernant le messie  ! Jésus ne pouvait le dire devant les foules de Galilée qui l’auraient abandonné. Là, il le dit en réponse à leur foi.

    32 et c’est ouvertement qu’il disait ces choses. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. 33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre – tança Pierre, et non pas “  admonesta  ” – et dit  : “  Passe derrière moi, Satan  ! Dégage  ! Satan  ! Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes  !  ”

    Je vais vous faire une révélation  : Notre Seigneur connaît une véritable agonie, parce que s’il avait été en pleine possession de sa force morale, il aurait dit à Pierre qu’il se trompait. Mais ce «  dégage Satan  » veut dire que Jésus, au même moment où il est reconnu comme le Christ, dans toute sa force humaine, son désir de sauver les âmes, son désir de régner sur le monde, de glorifier son Père, Jésus dans sa nature humaine aspire au succès. Il est comme les Apôtres, les saintes Femmes, le peuple de Galilée et de Judée, il attend la libération d’Israël, il attend la réalisation de l’ère messianique telle que les Prophètes l’ont annoncée, et il voudrait que ce soit tout de suite, aussi bien que nous aujourd’hui nous voudrions le succès de notre doctrine, la résurrection de l’Église  ! Satan, c’est le tentateur, celui qui pendant 40 jours a essayé de faire tomber Jésus au début de sa mission. Il revient là dans la personne de Pierre. Pierre est possédé par Satan, lui qui tente Jésus. Alors Jésus, réellement ébranlé, a cette parole terrible  : «  Dégage, cesse de me tenter  ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celle des hommes  ».

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  • Le club des hommes en noir : un grand retour (12/09/2018) à l’initiative du journal « L’Homme Nouveau »

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  • Bruxelles, 22 septembre : Journée de formation "Agir en cohérence avec sa Foi dans un monde en mutation"

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  • Saint Cyprien de Carthage (14 septembre)

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    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 6 juin 2007 (source) : 

    Saint Cyprien

    Chers frères et sœurs,

    Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l'Eglise antique, nous arrivons aujourd'hui à un éminent Evêque du III siècle, saint Cyprien, qui "fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre". Sa réputation est également liée - comme l'atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie - à la production littéraire et à l'activité pastorale des treize années qui s'écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1; 1, 1). Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l'âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel:  "Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure", écrit-il quelques mois après son baptême, "il m'apparaissait extrêmement difficile et pénible d'accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait... J'étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m'en libérer, tant je secondais mes vices et j'encourageais mes mauvais penchants... Mais ensuite, avec l'aide de l'eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper... Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l'esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l'Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste" (A Donat, 3-4).

    Immédiatement après sa conversion, Cyprien - non sans être envié et en dépit des résistances - fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d'Evêque. Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l'Evêque dut s'engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n'avaient pas adopté une attitude correcte face à l'épreuve. Il s'agissait des lapsi - c'est-à-dire de ceux qui étaient "tombés" -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes. Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l'Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l'Evêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

    Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner:  il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l'Eglise africaine; il se démontra très humain et empli de l'esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles - qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres - que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde; il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l'avarice. "Il passait ainsi ses journées", raconte alors le diacre Pontius, "lorsque voilà que - sur ordre du proconsul - le chef de la police arriva à l'improviste dans sa villa" (Vie 15, 1). Le jour même, le saint Evêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.

    Cyprien rédigea de nombreux traités et lettres, toujours en rapport avec son ministère pastoral. Peu enclin à la spéculation théologique, il écrivait surtout pour l'édification de la communauté et pour le bon comportement des fidèles. De fait, l'Eglise est le thème qui lui est, de loin, le plus cher. Il fait la distinction entre l'Eglise visible, hiérarchique, et l'Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l'Eglise est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que "celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l'Eglise est fondée, se donne l'illusion de rester dans l'Eglise" (L'unité de l'Eglise catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l'a exprimé à travers des paroles puissantes, que, "en dehors de l'Eglise il n'y a pas de salut" (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que "celui qui n'a pas l'Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père" (L'unité de l'Eglise catholique, 4). Une caractéristique incontournable de l'Eglise est l'unité, symbolisée par la tunique sans coutures du Christ (ibid., 7):  une unité dont il dit qu'elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l'Eucharistie (Epistola 63, 13). "Il n'y a qu'un seul Dieu, un seul Christ", admoneste Cyprien, "une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde:  et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature" (L'unité de l'Eglise catholique, 23).

    Nous avons parlé de sa pensée concernant l'Eglise, mais il ne faut pas oublier, enfin, l'enseignement de Cyprien sur la prière. J'aime particulièrement son livre sur le "Notre Père" qui m'a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la "prière du Seigneur":  Cyprien enseigne comment, précisément dans le "Notre Père", la juste façon de prier est donnée aux chrétiens; et il souligne que cette prière est au pluriel, "afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui. Notre prière - écrit-il - est publique et communautaire et, quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous ne formons qu'un avec tout le peuple" (L'oraison du Seigneur, 8). Ainsi, la prière personnelle et la prière liturgique apparaissent solidement liées entre elles. Leur unité provient du fait qu'elles répondent à la même Parole de Dieu. Le chrétien ne dit pas "Mon Père", mais "Notre Père", même dans l'intimité d'une pièce close, car il sait bien qu'en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d'un même Corps.

    "Prions donc, mes frères très aimés", écrit l'Evêque de Carthage, "comme Dieu, le Maître, nous l'a l'enseigné". C'est une prière confidentielle et intime que celle de prier Dieu avec ce qui est à lui, d'élever vers ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils, lorsque nous récitons une prière:  que celui qui habite intérieurement dans l'âme soit présent également dans la voix... En outre, lorsque l'on prie, il faut avoir une façon de s'exprimer et de prier qui, avec discipline, maintienne le calme et la discrétion. Pensons que nous nous trouvons devant le regard de Dieu. Il faut être agréables aux yeux de Dieu, aussi bien à travers l'attitude du corps que le ton de la voix... Et lorsque nous nous réunissons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler de la crainte référentielle et de la discipline, ne pas disperser aux quatre vents nos prières avec des voix altérées, ni lancer avec un verbiage impétueux une requête qui doit être demandée à Dieu avec modération, car Dieu est l'auditeur non de la voix, mais du cœur (non vocis sed cordis auditor est)" (3-4). Il s'agit de paroles qui restent valables aujourd'hui aussi et qui nous aident à bien célébrer la Sainte Liturgie.

    En définitive, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le "cœur" le lieu privilégié de la prière. En effet, selon la Bible et les Pères, le cœur est au plus profond de l'homme, le lieu où Dieu habite. C'est en lui que s'accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l'homme, et l'homme écoute Dieu; l'homme parle à Dieu, et Dieu écoute l'homme:  le tout à travers l'unique Parole divine. C'est précisément dans ce sens - faisant écho à Cyprien - que Smaragdus, abbé de Saint-Michel sur la Meuse au cours des premières années du IX siècle, atteste que la prière "est l'œuvre du cœur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le cœur de l'orant" (Le diadème des moines, 1).

    Très chers amis, faisons nôtre ce "cœur à l'écoute", dont nous parlent la Bible (cf. 1 R 3, 9) et les Pères:  nous en avons tant besoin! Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons pleinement faire l'expérience que Dieu est notre Père, et que l'Eglise, la sainte Epouse du Christ, est véritablement notre Mère.

  • Evocation de Jean Chrysostome (fêté aujourd'hui) par Benoît XVI

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    505px-Johnchrysostom.jpgLors de l'audience générale du mercredi 19 septembre 2007, le pape a consacré sa catéchèse à cette grande figure de l'Eglise au IVème siècle : saint Jean Chrysostome (source : Vatican.va) :   

    Chers frères et sœurs!

    On célèbre cette année le seizième centenaire de la mort de saint Jean Chrysostome (407-2007). Jean d'Antioche, appelé Chrysostome, c'est-à-dire "Bouche d'or" en raison de son éloquence, peut se dire encore vivant aujourd'hui, également en raison de ses œuvres. Un copiste anonyme écrivit que celles-ci "traversent le monde entier comme des éclairs foudroyants". Ses écrits nous permettent également, ainsi qu'aux fidèles de son temps, qui furent à plusieurs reprises privés de sa présence en raison de ses exils, de vivre avec ses livres, malgré son absence. C'est ce qu'il suggérait lui-même dans l'une de ses lettres (cf. A Olympiade, Lettre 8, 45).

    Né autour de 349 à Antioche de Syrie (aujourd'hui Antakya, au sud de la Turquie), il y exerça son ministère pastoral pendant environ onze ans, jusqu'en 397, puis, ayant été nommé Evêque de Constantinople, il exerça le ministère épiscopal dans la capitale de l'Empire avant ses deux exils, qui se suivirent à brève distance l'un de l'autre, entre 403 et 407. Nous nous limitons aujourd'hui à prendre en considération les années de Chrysostome vécues à Antioche.

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  • Ne tournons pas le dos à l'Eglise !

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    De Famille Chrétienne (Antoine Pasquier) relayé sur le site "Le petit Placide" :

    dom Jean Pateau père abbé de Fontgombault " Ne tournons pas le dos à l'Église »

    Publié le 11 Septembre 2018

    Déboussolés par les dernières affaires d’abus sexuels, des fidèles expriment tout haut leur sentiment de honte et de sidération. Certains sont même tentés de tourner le dos à l’Eglise. Est-ce la bonne attitude à adopter en temps de crise ? Comment faire face à la situation en tant que fidèle ? Eléments de réponse avec Dom Jean Pateau, père-abbé de l’abbaye de Fongombault.

    Antoine Pasquier : La tentation est grande chez certains de quitter l’Eglise après les dernières révélations d’actes pédophiles et le silence de ses responsables. Comment les fidèles peuvent-ils traverser spirituellement cette épreuve ?

    Dom J. Pateau : D’abord, comme le répète souvent le Pape François, il ne s’agit pas de regarder l’Église du balcon, ou encore comme un bien de consommation qu’on prend ou qu’on laisse. Non, il n’en va pas ainsi : nous sommes l’Église. L’Église est sainte et pure en elle-même, mais elle est constituée de pécheurs dans ses membres. Il ne s’agit donc pas de tourner le dos à l’Église, mais de tourner le dos, de dire « non », aux péchés, commis parfois par des membres éminents de l’Église, abus sur mineurs, homosexualité active... Comment ceux qui devaient conduire leurs frères au Christ ont-ils pu se détourner du Christ au point de profiter des brebis confiées à leur garde ? Comment le silence, l’inaction, ont-t-il pu être gardés en face de souffrances intolérables ?

    Quand de telles affaires viennent à la lumière, la première pensée des fidèles doit aller aux victimes. La souffrance doit aussi réveiller le cœur des croyants à la vue de l’image défigurée de l’Église proposée au monde. Qu’est devenu le resplendissement de son visage illuminé par le Christ, Lumen gentiumLumière des peuples ? Nous devons tant à l’Église. L’aimer, c’est souffrir avec elle et pour elle, parfois par la faute de ses propres membres.

    Enfin, ces événements éprouvent la qualité de notre foi et invitent à l’approfondir. Le Christ demeure la tête de ce corps qu’est l’Église. Purifions une vision trop humaine de l’Église, parfois aussi utilitariste, et recentrons-nous sur le Christ. Il est paradoxal de constater qu’alors que le Concile Vatican II a proposé aux chrétiens un riche enseignement sur l’Église, celle-ci semble moins aimée.

    AP : Dans son histoire, l’Église a-t-elle connu pareille crise ?

    Dom J.P. : Au risque de choquer, mais considérant son histoire, je dirai que le régime habituel du chemin de l’Église sur la terre, c’est la crise ! Elle va de crise en crise. Le Seigneur l’a vécu lui aussi. Devant ses apôtres rassemblés, il annonce à Pierre que celui-ci va le renier trois fois. Pierre se récuse. Il est sûr de lui : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » (Mt 26,35) Et Pierre renie. Voilà le témoignage de celui que le Seigneur a choisi comme chef des apôtres ! Et puis, il y a le Vendredi-Saint, la débandade générale : les disciples abandonnent leur maître. Tel est l’exemple de la fidélité humaine. Les trois convoitises sont à l’œuvre aussi dans l’Église : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse. » (1 Jn 2,16)

    AP : Comment l’Eglise s’est-elle relevée de ces différentes crises?

    Dom J.P. : Comparons Pierre et Judas. Celui qui a vendu son maître, pris de remords, va rendre l’argent de son forfait. Il espère en quelque sorte réparer par lui-même le mal commis. Seul, il ne s’en sort pas et se pend. Rapportant le reniement de Pierre, saint Luc se borne à dire : « Le Seigneur se retournant posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint… Il sortit et, dehors, pleura amèrement. » (Lc 22,61-62) On relève la délicatesse de Jésus. Son regard révèle mais ne condamne pas. Les larmes de l’apôtre tirent hors d’un cœur désormais purifié les scories d’un amour propre effondré. Il doit en aller de même pour tout homme. Pour se relever, il doit accueillir le regard purifiant du Christ sur sa vie, reconnaître et pleurer ses fautes et faire pénitence.

    Aussi la situation actuelle, il faut le réaffirmer fortement, doit-elle être reçue comme une invitation à se recentrer sur le Christ, à se convertir. Pour les pasteurs, Benoît XVI résumait ainsi leur vocation : un « humble serviteur dans la vigne du Seigneur. » Humilité et volonté de servir sont les conditions premières pour éviter les crises et éventuellement les résoudre.

    AP : L’ampleur du scandale est telle qu’on se demande s’il ne s’agit pas d’une manœuvre du Diable. Est-ce trop simpliste de raisonner ainsi ?

    Dom J.P. : Que le Diable soit à la manœuvre, cela ne fait pas de doute. Tout ce qui est mauvais est fomenté ou au moins favorisé par lui. L’ampleur du scandale est le résultat de ses séductions et de ses intrigues. Mais ce qui est tout aussi certain, c’est que tout ce qui se passe est permis par Dieu en vue d’un plus grand bien. Il est tentant de faire un parallèle avec l’année du sacerdoce promulguée par Benoît XVI en 2009-2010 où apparaissent les premières révélations des scandales sexuels causés par des prêtres : de même, la crise actuelle arrive quelques mois après que le Pape François a demandé que Marie soit fêtée dans l’Église universelle comme Mère de l’Église. Une vraie mère telle que l’est Marie travaille à la purification de ses enfants. Aussi est-il plus important de considérer l’œuvre de Dieu que celle du Diable : Dieu est à l’œuvre dans cette purification, d’autant plus urgente qu’approche le synode pour les jeunes.

    AP : Dans sa lettre au peuple de Dieu, le pape François invite les fidèles à avoir recours à la prière et au jeûne. Comment ces armes spirituelles peuvent-elles nous aider à lutter contre les abus ?

    Dom J.P.: D’abord, le Saint-Père, en rappelant la nécessité de la prière et du jeûne comme moyen pour mettre en fuite les démons les plus rebelles, ne fait que reprendre l’enseignement du Seigneur (Mt 17,21 ; Mc 9,29). La prière s’adresse au Seigneur qui est tout-puissant. Elle lui demande de guérir les cœurs de ceux qui ont été abîmés par la faute des gens d’Église, de les restaurer aussi dans l’amour de Dieu, dans l’amour de l’Église, dans l’amour du prochain et dans l’amour d’eux-mêmes. La pénitence, qui n’est plus vraiment à l’ordre du jour même dans l’Église, au sein d’une société marquée par la quête du plaisir, est le moyen de contrebalancer, par un renoncement volontaire, un excès dans l’usage des biens de la terre. La prière et la pénitence contribuent aussi puissamment à faire évoluer le regard que porte l’homme sur la création. Elle n’est pas sa propriété mais le lieu d’un chemin pour aller vers Dieu.

    AP : Prier et jeûner, est-ce suffisant ?

    Dom J.P. : Ce regard renouvelé sur le monde, et par là-même sur la société, ne sera pas sans conséquence concrète. Dans le prolongement de la prière et du jeûne, il faut que l’Église mette en place les moyens de dépister les prédateurs, de les écarter de l’apostolat et des charges de gouvernement. Il faut aussi qu’elle enseigne de façon concrète à ses séminaristes et à ses prêtres les moyens d’affronter un monde perverti et qui conduit à la perversion. Les prêtres qui ont fauté sont d’abord des hommes, membres d’une société.

    L’Église, à travers l’épreuve qu’elle vit, ne recevrait-elle pas le devoir d’interpeller la société sur ses incohérences ? Comment promouvoir une liberté sexuelle quasiment sans borne, comment imposer à tous la drogue des images provocantes dans les médias et sur les murs… et s’étonner ensuite que certains tombent ? Ces événements douloureux, qui ne touchent pas uniquement l’Église, soulignent la grave responsabilité dans l’éducation à un exercice responsable de la liberté. Construire une épave, c’est se préparer de nombreux naufrages… Au contraire, l’exemple de parents chrétiens, de familles unies, sont autant de témoignages pour des enfants. Inviter les parents à passer du temps avec leurs enfants, à les écouter, est aussi un moyen de prévenir les situations d’abus.

    AP : Un grand nombre de catholiques appellent à une purification de l’Église. Mais cette purification passe-t-elle uniquement par des réformes institutionnelles ?

    Dom J.P. : Non, la réforme de l’Église ne passe pas d’abord par les réformes institutionnelles, mais premièrement par la réforme des cœurs.Les événements que nous vivons incitent chacun à ré-entendre la question de Jésus à Pierre : « Simon, fils de Jean m’aimes-tu vraiment ? » (Jn 21,15) et à tirer les conséquences de la réponse qu’il apportera.

    C’est dans ce face à face avec le Christ que le pasteur trouvera la force quotidienne d’accomplir sa mission dans la vérité et la fidélité. Et alors il pourra penser à réformer des institutions qui, elles, n’ont pas les promesses de la vie éternelle. Enfin un mot pour conclure : ESPÉRANCE ; confiance aussi en Marie, Mère de l’Église.

    famille chrétienne

  • Les apparitions de Beauraing: des hallucinations ?

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    De Jean-Pierre Snyers, sur son blog :

    Apparitions de Beauraing: des hallucinations?

    Il y a 85 ans cette année que se terminaient les apparitions de la Vierge à Beauraing. Comme certains le savent, c'est le 3 janvier 1933 que celles-ci prirent fin. Seulement voilà, qu'en est-il de leur crédibilité? Comment les appréhender? Par la raison bien sûr, mais en réalisant toutefois que celle-ci a sans doute ses limites. Un exemple. Si quelqu'un veut savoir telle musique lui plaira, il peut bien sûr en lire la partition, mais un autre que lui préférera l'écouter. Si quelqu'un veut savoir si tel cidre de Normandie a bon goût, il peut bien sûr se pencher sur les éléments chimiques qui le compose, mais un autre préférera le goûter. En transposant ne pourrions-nous pas dire que la méthode de celui qui rationnellement examine une apparition mariale serait semblable à la première façon de procéder, tandis que celle d'un  voyant serait semblable à la seconde? Examiner une expérience qu'on a pas vécue soi-même, qu'on ne peut appréhender que du dehors, ne risque t-il pas de nous laisser sur notre faim? Petite annecdote: Alphonse Ratisbonne, intellectuel juif connu à son époque pour son opposition au catholicisme, ne se privait guère de se moquer ouvertement des apparitions de la Vierge. Cela dura jusqu'au jour où, en 1842 dans une église de Rome, celle-ci lui est apparue. Devinez la suite...

    Bon, "Revenons à la raison", si je puis dire. Les apparitions de Beauraing sont-elles dues à ce qui relève du psychisme ou à ce qui dépasse l'ordre naturel? Ont-elles un caractère objectif ou subjectif? Proviennent-elles de ce monde visible ou d'un monde invisible?     

    Une chose semble sûre. Qu'elles soient dues à une pathologie, à l'hypnose, à la prise d'une substance hallucinogène, ou à une auto-suggestion, le résultat est le même: l'hallucination. En utilisant ce terme, je me réfère à la définition commune qui lui est donnée: "Perception sans objet". Ce qui est vu n'existe que dans le psychisme de ceux qui voient.  N'ayant aucun caractère objectif, la vision qu'ils perçoivent est uniquement en eux-mêmes. Pas ailleurs. Qu'il s'agisse d'une hallucination ou d'une apparition, un point commun les réunis: dans les deux cas, les personnes voient ce que les autres ne voient pas. Seraient-elles donc une seule et même chose ou des éléments permettent-ils de les différencier? Sont-elles toutes les deux d'ordre naturel et correspondent-elles chacune aux critères nécessaires pour l'affirmer?Les 5 enfants de Beauraing auraient-ils vu une réalité qui pourrait s'apparenter à un rêve éveillé, à une vision qui n'existe que dans leur mental? Dans l'affirmative, une question survient.  Etant donné qu'il n'y a pas plus de distance entre un halluciné et son hallucination qu'entre une personne qui rêve et son rêve, comment un objet matériel disposé "entre" un point qui existe (le voyant) et un point qui n'existe pas (ce qu'il voit), pourrait-il obstruer (totalement ou partiellement) sa vision? S'il s'agit d'un phénomène uniquement intérieur, pourquoi et comment quelque chose d'extérieur serait-il un obstacle qui gênerait celui qui voit? Tel est pourtant le cas à Beauraing. Que ce soit par un arbre, une grille, une personne ou un chapeau placé devant leurs yeux (le test a été fait), leur vision est barrée en tout ou en partie par ce qui se trouve entre la Vierge et eux.Pareil au sujet de ce qu'ils entendent: Trop de bruit extérieur dérange l'audition de ce qui leur est dit par l'apparition. Certains spécialistes ont tiré argument du fait qu'à Medjugorje, les voyants n'étaient nullement gênés par cela. Voilà pour eux le signe que ce qu'ils entendent n'est qu'intérieur, généré par leur cerveau.  Mais alors à l'inverse, en fonction de cet argument, ne peut-on pas conclure qu'à Beauraing, on a le signe qui indique qu'il ne s'agit pas d'un phénomène auditif produit par le psychisme des voyants? Par ailleurs, le fait que durant les apparitions leur regard est convergent, dirigé vers un même point, n'est-il pas lui aussi contradictoire à ce qu'est une vision intérieure? Quand on sait de plus qu'une hallucination peut également être perçue par une personne qui a les yeux fermés (ce qui semble logique puisque la vision est interne), n'est-il pas hasardeux de continuer à considérer ce terme comme équivalent à ce qu'est une apparition?

    Autre élément. D'après l'interrogatoire du 28 décembre (qui, comme chaque soir d'apparition était effectué par de multiples enquêteurs), la Vierge a dit à cette date: "Ce sera bientôt ma dernière apparition". Restait à savoir si cette prédiction se réaliserait dans les faits.Quelques jours suffiront pour avoir la réponse. Le 3 janvier suivant, en effet, l'apparition se montrera à eux pour la toute dernière fois. Celui qui connaît un peu Beauraing sait qu'entre le 29 novembre et le 28 décembre 1932, il y a eu beaucoup plus d'apparitions qu'entre le 28 décembre et le 3 janvier 1933. Donc, le mot "bientôt" se justifie. Prophétie annoncée, prophétie réalisée.  "Adieu" (ou "à Dieu?") sera le mot par lequel elle prendrait définitivement congé d'eux sur cette terre. Malgré leur désir intense de la revoir qu'ils conserveront toute leur vie, jamais plus elle ne se montrera. Si, comme le disent certains détracteurs, tout n'est qu'une hallucination (qui aurait prédit qu'elle prendra bientôt fin!) causée par une auto-suggestion, une pathologie ou une hypnose, pourquoi le phénomène ne fonctionne t-il plus? Ils auront beau revenir tous les soirs sur les lieux, ils auront beau désirer de tout leur être que ça continue, fini! En négatif, tout ce qu'ils leur restera ne sera jamais rien d'autre qu'un manque. "Elle me manque! Je n'attends qu'une seule chose: la revoir!" a souvent dit Gilberte Degeimbre (l'une des voyantes décédée en 2015). Avouons que nous sommes bien pauvres. Avouons que nous ne pourrons jamais nous mettre à leur place et comprendre, comme eux l'ont compris, la réalité profonde de ce qu'ils ont vécu; une réalité dont, contrairement à eux, nous n'avons pas l'expérience et qui, quelque part, les a toujours rendu seuls, semblables à quelqu'un qui, pourvu de ce sens qu'est la vue, est face à des aveugles de naissance.

  • Le temps de la Rome éternelle

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    Philippe Maxence publie ce bel éditorial sur le site de l'Homme Nouveau :

    Tempo di Roma en temps de crise

    Sans le recours à la doctrine catholique, aux sacrements catholiques, au sacerdoce catholique, à la prière catholique, surtout des vierges et des moines, il n’y aura pas de vraie sortie de ce temps de crise.

    C’est l’une des caractéristiques de L’Homme Nouveau de prendre son temps, de se donner la possibilité du recul et de la réflexion. Un réflexe professionnel, mais aussi une manière assumée, revendiquée même, de ne pas se laisser submerger par les conséquences de la modernité et de faire à cette dernière un joyeux pied de nez. Pourquoi courir quand tout le monde court, et que le monde, à l’évidence ne s’en porte pas mieux ? Notre temps est celui de Rome. Tempo di Roma, selon le beau titre du roman d’Alexis Curvers. Le temps de la Rome éternelle, celle qui a reçu en dépôt le trésor de la foi et qui, malgré les vicissitudes des temps, hier comme aujourd’hui, n’a cessé de le porter, de le défendre et de le transmettre. Tempo di Roma ! Le temps de Rome, celle de saint Pierre, de saint Grégoire le Grand, de saint Pie X, de tous les grands papes et de leurs serviteurs qui jusqu’à aujourd’hui nous ont permis de vivre au rythme de l’Église, au rythme du cœur de l’Église. 

    Cette Église, dira-t-on, elle est bien mal en point. Nous assistons, en effet, depuis la parution du témoignage public de Mgr Carlo Maria Viganò a une scène étrange, remplie de bruits, de rumeurs et de jugements à l’emporte pièce. Alors que le Saint-Père a choisi la voie du silence, on nous somme ici ou là de parler. De prendre parti pour ou contre Mgr Viganò comme si celui-ci formait le cœur du problème et l’épicentre du scandale. C’est bien sûr une ligne d’attaque, et donc de défense – mais alors, elle est très révélatrice des faiblesses de ceux qui la soutiennent – que de mettre en cause le messager plutôt que de s’attarder au message lui-même. Dans le quotidien La Croix, par exemple, on peut lire ce titre à la fois banal et ahurissant : « Qui est Mgr Viganò, l’ex-nonce par qui le scandale est arrivé ? » (04/09/2018).

    Il est normal pour un journal de donner à ses lecteurs à connaître qui est Mgr Viganò dont les fonctions anciennes n’ont pas été mises sur le devant de la scène, au moins de la scène française. Mais ne rajoute-t-on pas un scandale au scandale, en l’accusant d’être à l’origine de celui-ci ? Mais de quel scandale parle-t-on ? Quel est ce scandale qui devrait soulever les cœurs catholiques : celui de la pédophilie et des réseaux homosexuels au sein de l’Église ou celui d’un homme qui a décidé de parler ? En voulant nous remettre de force devant les yeux le panneau « un train peut en cacher un autre », il semblerait que certains ne mesurent pas combien ils se font complices de ce qui relève de l’horreur absolue pour un cœur et une âme catholiques. 

    S’il y a un scandale, il s’agit des faits révélés par Mgr Viganò et non d’abord parce que pour être en paix avec sa conscience, celui-ci a décidé de les divulguer au grand public. Il est quand même étrange, et donc suspicieux, de constater que les habituels défenseurs auto-proclamés des droits de la conscience, invoqués à tout bout de champ au nom du respect des droits de l’homme, de la liberté religieuse, de la véritable application de Vatican II ou du droit à la miséricorde, s’offusquent aujourd’hui de voir Mgr Viganò réclamé de vivre en paix avec lui-même. Ne nous y trompons pas ! Il ne s’agit pas ici d’une erreur ou d’un jugement hâtif mais de l’habituel procédé qui refuse la liberté aux ennemis (déclarés tels) de la liberté.

    Ce faisant, sommes-nous, nous aussi, complices ? Complices, par exemple de Mgr Viganò ? On nous presse, en effet, de prendre partie. Avec cette idée en arrière-fond et son enchaînement pervers : si vous êtes pour Mgr Viganò, vous êtes contre le pape François, donc vous êtes de mauvais catholiques ou, pire, vous n’êtes même plus catholiques.

    La preuve se trouverait dans le fait que Mgr Viganò a demandé au terme de son témoignage la démission du pape François. 

    Et alors ? Mgr Viganò a pris sa responsabilité, au regard d’une situation qu’il connaît et des affirmations qu’il a voulu faire connaître pour le bien de l’Église. 

    Par la grâce de Dieu et par état de vie, nous sommes des laïcs, par notre baptême, enfants de Dieu et rachetés par le sang du Christ, au service de l’Église et de la cité, dans la perspective du bien commun. Mais, contrairement à la confusion qui s’est établie dans une partie de l’Église, nous ne confondons pas notre rôle avec celui des clercs et nous ne réclamons pas une partie (ni le tout, d’ailleurs) de ce qui leur revient. Nous croyons à la nécessité des distinctions et nous croyons même au bienfait des hiérarchies dès lors qu’elles s’exercent en vue du bien commun. Nous ne croyons pas non plus aux bienfaits supposés de la démocratie dans l’Église et à cette pureté qui s’imposerait comme par magie du fait qu’elle viendrait du bas. Plus encore, nous croyons que le Christ a fondé l’Église et qu’il l’a établie sur Pierre et les Apôtres et leurs légitimes successeurs. 

    Il ne nous appartient donc pas de demander la démission du Saint-Père, ni même d’œuvrer pour que d’autres la demandent. Ce n’est pas notre vocation. 

    Encore une fois, Mgr Viganò a pris ses responsabilités, nous prenons les nôtres, là où nous sommes, en priant pour ne pas trop nous tromper et en espérant être assez éclairés pour bien servir le Christ et son Église. 

    Celle-ci dans son enseignement, s’est toujours appuyée sur ce que le pape Jean-Paul II appelait les « deux ailes » pour parvenir à la contemplation de la vérité : la foi et la raison. Non pas la foi isolée, seule, ni  non plus, la raison, également solitaire. Mais l’union féconde de l’une et de l’autre. On ne sépare pas ce que Dieu a uni.

    Notre rappel des limites de notre vocation de laïcs, et notre maintien dans ces limites, nous enjoint de croire en la divinité de l’Église, mais ne nous interdit nullement de vouloir comprendre, au mieux, ce qui se passe actuellement au sein de celle-ci. 

    Concernant plus précisément les faits révélés par Mgr Viganò dans son texte de témoignage, nous souhaitons, au fond, deux choses : 

    1°) Que chaque affirmation de Mgr Viganò soit étudiée et jugée selon le droit de l’Église. Ses affirmations sont suffisamment graves et précises pour que l’Église ne puisse se contenter de les balayer comme s’il s’agissait d’un simple mouvement d’humeur. Il y va au fond du salut des âmes. 

    2°) Que l’Eglise profite de cet événement pour se purifier et retrouver toute la fidélité à son fondateur et à sa mission, étant bien entendu que nous parlons ici des hommes d’Église et non de l’Église en tant qu’elle est le Corps mystique du Christ, sainte et immaculée.

    Ici ou là, nous constatons que l’on accuse Mgr Viganò de telle ou telle pensée, de tel calcul, de tel désir plus ou moins caché, plus moins secret. Mais depuis quand dans l’Eglise juge-t-on les intentions et sonde-t-on les reins et les cœurs ? Depuis quand la calomnie est-elle devenue une vertu ? Même au confessionnal, si le confesseur peut prendre en compte les intentions qui lui sont révélées, c’est essentiellement les actes qu’il juge et pour lesquels il demande une réparation proportionnée.

    Nous ne sommes ni les juges, ni les défenseurs de Mgr Viganò. Nous essayons, à notre mesure et selon nos capacités, d’être les serviteurs de l’Église. Avec saint Ambroise, nous nous souvenons que l'Église est “ immaculata ex maculatis ", immaculée mais constituée d'hommes tachés par le péché. 

    Pour que les hommes entachés par le péché se rapprochent de plus en plus de la blancheur immaculée de l’Église, il faut d’abord reconnaître son péché, en avoir contrition, demander pardon et réparer dans la mesure du possible. C’est la condition essentielle pour commencer à retrouver le chemin de la purification. 

    Il faut ensuite comme nous y invite le Prince des Apôtres, être sobre et vigilant, car, explique saint Pierre en sa première Épitre « votre adversaire le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer ; résistez lui fort de votre foi. »

    Cependant, il est évident que même lorsque chaque point du document de Mgr Viganò aura fait l’objet d’une enquête, d’une réponse appropriée et de décisions à la hauteur de l’enjeu de la part de l’autorité légitime, il faudra maintenir le cap, non seulement pour cette purification nécessaire, car la vérité rend libre, mais aussi pour restaurer l’Église dans toute sa splendeur. 

    Nous voyons bien qu’ici ou là, on profite de la situation dramatique actuelle pour faire monter des idées et des « solutions » d’un naturalisme aussi inappropriée qu’inadéquat. Comment peut-on croire que la solution pour l’Église se trouverait dans une plus grande responsabilité donnée aux laïcs, dans une synodalité plus importante, dans des rapports plus démocratiques, dans une place accrue données aux femmes, dans une collégialité étendue à toute l’Église, dans la chasse ouverte au cléricalisme, etc. ?

    S’il y a les fautes personnelles de ceux qui ont failli ; s’il y a la responsabilité de ceux qui se sont organisés en réseaux, il convient de ne pas oublier aussi que l’un des aspects essentiels de la situation de l’Église aujourd’hui se trouve dans cet horizontalisme qui a réduit la foi catholique à un vague sentimentalisme, sans exigences doctrinales et morales, avec l’oubli gravissime de ce qu’est le Salut et le besoin des âmes. Le péché a toujours existé ; des clercs comme des laïcs ont toujours trahi, parfois gravement, aux exigences de leur baptême et du nom de chrétien. Mais toujours ces trahisons personnelles ont été amplifiées aux époques où la foi, le souci du Salut, du bien des âmes, des fins dernières s’étaient trouvés comme voilés aux yeux du plus grand nombre. 

    La crise que nous traversons aujourd’hui prend son appui sur un scandale absolu, mais elle ne se limite pas à ce scandale. Ses racines sont plus profondes, son influence beaucoup plus étendue. Il y a certes le feu et il faut l’éteindre, c’est-à-dire purifier l’Église pour le rendre à elle-même, c’est-à-dire à son Divin Époux. Mais il y a aussi la nécessité de sortir de la crise de la foi, de cet horizontalité, de ce naturalisme, de cette mondanité qui réduit la foi à un vague humanitarisme teintée de spiritualité et l’Église à une institution d’animation spirituelle mondiale. 

    Seul le Pape, les cardinaux et les évêques peuvent prendre les décisions nécessaires. Nous laïcs, nous pouvons prier à cette intention et grandir dans la foi et la sainteté, Dieu aidant. C’est pourquoi, notre demande est simple :

    Très Saint-Père, rendez-nous l’intégrité de la foi catholique pour que nous puissions vivre intégralement en chrétien. 

    Pour notre part, en ces temps de désolation, nous renforçons notre vie de prière, en recourant à l’oraison et au bréviaire, en augmentant notre recours aux sacrements, en nous abreuvant à la source de la doctrine la plus certaine et de la spiritualité la plus sûre, faisant fi des modes, même spirituelles, faisant fi des théologiens de circonstance ou auto-proclamés, mais leur préférant sans hésitation la voix des saints papes et des conciles, des Pères et des Docteurs de l’Église, des grands saints et des martyres. 

    Sans le recours à la doctrine catholique, aux sacrements catholiques, au sacerdoce catholique, à la prière catholique, surtout des vierges et des moines, il n’y aura pas de vraie sortie de ce temps de crise.

    Mais même dans la boue, nous croyons en la sainte Église, catholique et apostolique. Nous croyons en sa blancheur. Et, nous l’aimons ! Notre temps est décidément celui de la Rome éternelle.

  • La guérison du sourd-muet, homélie pour le 23e dimanche du temps ordinaire

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    La guérison du sourd-muet, homélie du Père Simon Noël 

    Dans l'évangile que nous venons d'entendre, on demande à Jésus, une fois de plus, la guérison d'un malade ; ici il s'agit d'un sourd-muet.

    Nous sommes tous d'une certaine manière face à Dieu des sourds-muets. Et nous avons nous aussi besoin d'être guéris. Nous sommes sourds par exemple, parce que nous ne voulons pas toujours entendre ce que Dieu veut nous dire. Nous avons besoin de silence intérieur pour entendre la voix de Dieu. Le manque de silence dans notre vie, le manque de méditation, le manque de prière font que nous sommes spirituellement des sourds et qu'au lieu d'être ouverts à la volonté de Dieu, nous sommes prisonniers de notre volonté propre, de nos rêves, de notre imaginaire et de nos passions.

    Nous sommes aussi bien souvent des muets, des êtres incapables à la fois de louer Dieu et de témoigner autour de nous de son amour.

    Très souvent, nous prions pour notre guérison ou la guérison de personnes que nous aimons, en cas de maladie physique ou nerveuse. Nous demandons la grâce temporelle d'une guérison corporelle. Et c'est très bien. Je le fais moi aussi. Mais est-ce que nous n'oublions pas de demander aussi et plus encore la guérison de l'âme, la guérison spirituelle ? Or c'est de loin plus important. Nous le savons : Dieu exauce nos prières lorsque nous demandons des grâces spirituelles, car pour lui ce qui importe c'est notre salut éternel. Par contre, Dieu nous exauce lorsque nous demandons des faveurs temporelles, seulement lorsque c'est utile pour notre salut. Si Dieu ne nous exauce pas lorsque nous demandons une grâce temporelle, alors que pourtant nous avons bien prié, c'est qu'alors Dieu nous accordera une autre grâce plus importante pour nous.

    Je le répète. Si nous sommes vraiment chrétiens, c'est d'abord le salut et la guérison de notre âme qui doit avoir pour nous plus d'importance que le reste. Pour ce reste, nous devons plutôt nous abandonner à la divine Providence : Cherchez avant tout le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît.

    Pour opérer la guérison demandée, Jésus emmène le sourd-muet à l'écart de la foule. Si nous voulons guérir spirituellement de nos maladies de l'âme, il est nécessaire de rechercher la solitude avec le Christ, dans la prière et l'oraison. C'est là qu'on voit l'utilité de faire parfois une retraite en silence pour se laisser transformer intérieurement par le Christ. Du moins régulièrement sachons prendre des temps de prière et d'être seuls avec Jésus dans le silence. Pour toi, quand tu pries, entre dans ta chambre et ferme la porte afin de prier ton Père qui est là dans le secret et ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

    Jésus dit alors, en touchant le sourd-muet : ouvre-toi. La guérison opérée par le Seigneur dans notre vie est en effet identique à une ouverture. Une ouverture de tout notre être à Dieu, présent en nous par la grâce au fond de notre cœur, une ouverture à sa lumière, à son amour et à sa vie.

    Enfin Jésus demande le silence sur ce qu'il a opéré. Cela ne sera pas suivi par les témoins de cette guérison. Et il est vrai qu'il est normal de témoigner des merveilles accomplies par Dieu et d'entrer ainsi dans la louange. Mais parfois, lorsque nous recevons de grandes grâces, des grâces de choix, de la part du Seigneur, il nous faut garder le secret, ou du moins ne pas en parler trop vite et sans discernement. Cela doit rester un secret entre nous et Dieu et n'être éventuellement confié qu'à un directeur spirituel. Car il se pourrait qu'en en parlant trop, nous pourrions surtout nous mettre en avant et finalement parler de nous-mêmes et tomber ainsi dans une forme de vanité spirituelle. Si l'on veut que la chaleur reste dans une casserole, il faut laisser le couvercle dessus. Si l'on veut garder dans notre cœur toute la chaleur du feu divin, il est nécessaire de beaucoup pratiquer le silence sur nous-mêmes et notre vie de relation à Dieu.

    Voilà quelques brèves considérations spirituelles sur l'évangile du sourd-muet. Elles ont pour but de nous rappeler quelques règles essentielles de toute vie intérieure véritable. Accueillons donc dans la prière et le silence ce que Dieu nous dit aujourd'hui.